Sieste par temps d’orage


 

Dormeur de l’autre rive
Mes rêves rends-les moi, je te rendrai les tiens

Que fait dans ma trachée sous le plein jour des songes
Cette touffeur de nuit
Coulant par le tamis de mes intermittences
Les vapeurs de vos fleuves qu’entame sans faim
– Lasse persévérance –
La roue à aube du soleil ?

Voici entre deux eaux glissant d’un vert à l’autre
Les gueules insomniaques du désir, remords
Hennissant sous l’armure des alligators

Le vent n’est plus. Suaires plus que voiles
Ces barbes espagnoles sur les cyprès chauves
S’abreuvant au bayou où se noient les espoirs
(Hier, Virginia-Louise, une fleur à l’oreille)

Si le Chêne aux bras tors dont le vert indompté
A étranglé l’hiver
Pousse dans ton corps ses racines ailées
Ne bouge pas, Dormeur

Sans sa force et son ombre on dirait ce pays
Médité sous le porche brûlant de l’orage
Par un après-midi de mauvaise conscience

Le dieu était alors en son adolescence

 


 

 

 

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Author: Frog

French and Vietnamese, living between England, France, and an often-dreamt Mediterranean, where my heart dwells.

22 thoughts on “Sieste par temps d’orage”

  1. Étrange comme un songe à la lourde atmosphère. C’est très beau, comme toujours. Avec une musique, ou plutôt un souffle, qui n’appartient qu’à toi.
    Un roman: Ouragan, de Laurent Gaudé, a les deux pieds dans les bayous et l’air épais s’y déploie, un peu comme dans ton poème. (Il va sans dire que je te recommande chaudement cette lecture!)

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      1. Pourquoi attendre une prochaine vie ? tu y es déjà, non ? : “Le vent n’est plus. Suaires plus que voiles, ces barbes espagnoles sur les cyprès chauves s’abreuvant au bayou où se noient les espoirs (Hier, Virginia-Louise, une fleur à l’oreille)”. Là (et dans le reste aussi mais je ne vais pas tout recopier), j’entends, derrière plein de belles choses qui n’appartiennent qu’à toi, l’écho de Saint-John Perse et une pinte de Mac-Orlan période Galveston (bon, mes références répétées vont bientôt dévoiler ma faible culture 😦 )

        et un zeste de Méditerranée, mâtinée bayou bien sûr 🙂

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        1. Merci encore. Je suis heureuse que le poème te plaise. 🙂
          Dans une autre vie j’écrirais un roman et ce serait quelque chose de beaucoup plus âpre, avec miasmes et moustiques. Ah mais bon sang cela a déjà été fait par de vrais auteurs du Deep South qui n’ont pas besoin d’être singés par moi ! 😉

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          1. si j’étais du Deep South, grandi dans une salopette en jean’s entre les moustiques et le steack de caïman, le jug de whisky frelaté et la bière tiède, les petites églises en bois blanc et les prédicateurs itinérants et arracheurs de dents, sous la lourde moiteur qui poisse de l’aube à l’aube les pales du ventilateur épuisé (voilà, j’ai épuisé mon catalogue de lieux communs sur le sud), je crois que j’écrirais des histoires d’esquimaux, bien fraiches, et de randonnées sur la neige, rien que pour rêver à autre chose qu’à la vie de tout les jours 🙂

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        2. J’ai peu lu de MacOrlan. Lequel me conseilles-tu ? Sinon notre petit échange me fait penser à la question de la légitimité que tu avais évoquée (à quoi bon écrire ce que d’autres etc). Peut-être que la force du désir d’écrire sur qqc est une justification suffisante. Par ailleurs cela rejoint des préoccupations plus larges sur le plan politique mais le blog n’est peut-être pas le lieu.

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          1. Mac Orlan ? le premier que tu croiseras 🙂 ou alors, le Petit manuel du parfait aventurier, où Mac Orlan démonte le mythe de l’aventurier et ses propres romans par la même occasion.
            Pour la légitimité, je pense, comme tu le suggères, que (dans le domaine de l’écriture en tout cas, mais pourquoi pas dans l’action politique) elle vient du désir d’écrire. Être né dans le bayou rend légitime pour témoigner de la vie dans le bayou (ou peut remplacer Bayou par Marais, corons, Berlin, tu t’en doutes). Mais pas pour écrire dessus a priori. Autrement dit, l’expérience ne suffit pas, encore heureux. Homère n’a probablement jamais rencontré les sirènes où Circé ; est-ce que ça disqualifie l’Odyssée ?
            Bref, on n’a pas à se justifier d’écrire sur le sujet qu’on choisi. Bien sûr, là, on laisse de côté la question de la reception du texte (lecteurs, éditeur…..)
            Je dirais même que c’est le passage à l’écriture qui justifie le tout : écrire rend légitime l’envie d’écrire.
            Et là, je m’apperçois que mon beau laïus dont j’étais si fier peut se résumer à :”la fin justifie les moyens”
            ouf, tout ça pour finir par sur cette platitude 🙂

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          2. Haha, Homere. Ca me rappelle aussi cette querelle dans le petit milieu des auteurs à la mode, Camille Laurens qui accusait Marie Darrieussecq d’avoir osé écrire sur la mort d’un enfant sans l’avoir vécue. Enfin je n’ai pas suivi tout cela, j’en ai seulement entendu parler après.
            Sur la légitimité – ce n’est peut-être pas la bonne question. Disons que si j’ai envie de lire un texte sur le bayou par quelqu’un qui en vient, ce n’est pas parce qu’il a davantage le droit d’en parler, mais parce que je crois que notre voix est informée par notre enracinement. A travers sa voix, c’est une émanation de sa terre que je désire percevoir – en tant que lectrice. Le regard d’un étranger est tout aussi intéressant mais c’est autre chose. Cela dépend des paysages mais pour le Deep South, je crois que ce qui m’intéresse, c’est le paysage en tant que patrie et non simple décor (ni même personnage). Dans les textes de Guillaume Sire, c’est aussi ce qui vient à moi : la voix du fils d’une terre. Mon état civil ne confirme aucun de mes enracinements.

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          3. Houlà, quelle pauvreté si on ne pouvait parler que de ce qu’on a vécu….et quelle tristesse !
            Je crois que je comprends ce que tu veux dire par la voix et l’enracinement ; alors en effet, je me fourvoyais avec la fausse question de la légitimité. Et là, je crois que nous avons deux façons très différentes : il me semble que pour moi les paysages écrits sont d’abord des écritures. Ils peuvent être des patries, des pays, des décors, ça n’empêche pas. Mais d’abord des mots sur la page. Même – surtout – Giono et son écriture de topographe.
            Et puis ta réflexion me pose une autre question (à moi de m’en débrouiller me diras-tu) : et moi, moi qui suis un « né-quelque-part » de la plus commune espèce, moi qui n’y songe même pas tellement c’est inscrit partout, évident, là, quelle patrie (quelle toute petite patrie, quel terroir, quel patelin) émerge de mes écritures, sachant que je ne décris rien de « vrai » mais que ça doit inspirer/transpirer/transparaître ?

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          4. C’est moi qui me fourvoyais en parlant de légitimité. 😉
            Cette question des mots sur la page… c’est une différence importante de façon de voir. Je ne peux nier qu’un paysage écrit est une page. Mais le langage pour moi et surtout la façon dont chacun en use parle du réel d’une façon qui n’est pas arbitraire. Etant ce que nous sommes, nous n’avons pas tellement, à mon avis, accès au reel sans passer par les mots. Aussi une vraie patrie est-elle dans mon idée aussi une patrie de mots, d’histoires etc. Je simplifie grossièrement bien sûr. C’est un peu le problème que je reconnais quand je dis que je ne sais pas bien jouer. J’use des mots sans légèreté parce que… parce que le mot est presque la chose ou son essence. C’est peut-être un défaut de vision de ma part.
            Je ne me risquerais pas à me prononcer sur toi cher Carnets, tu es trop bien caché. 😉 Tu aimes la mer…

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          5. Bien sûr que tu as raison, le paysage écrit est fait de mots, mais celui qu’on ressent et qu’on essaie de décrire est bien réel.
            Dans nos discussions, je me rends compte que je suis emprunté avec les mots ! J’ai du mal à faire coïncider ce que je crois vouloir dire et ce que dit la phrase une fois écrite. C’est sans doute pour cela que je les laisse décider du ton de mes petites histoires.
            Mais je ne vois pas de “défaut de vision” dans ce que tu dis, et il est bon d’être sérieux (même en jouant).
            Il faudrait que Joséphine passe par là pour éclaircir tout cela 🙂

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          6. 😀 Ecoute je crois m’être embrouillé les neurones moi aussi. Peu importe – vive le bayou que l’on en soit ou pas, vive les îles aux crabes attentifs et les mondes suspendus au regard d’un renard !

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          7. Tu as vu les photos de Fields of Sight prises par Joséphine à Cassel ? Elles rejoignent notre discussion. Les dessins que l’artiste inscrit sur la photo me semblent expliciter – déplier, révéler, faire advenir – le paysage pris par la photo.

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    1. Merci ! Maintenant que vous le dites, je crois deviner des échos et je me sens évidemment tres honorée (le sentiment est d’ailleurs plus d’une joie reconnaissante, et je ne trouve jamais le bon mot).

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