L’heure tremble encore de chaleur
les éclats de la journée s’embrasent –
éclats de rire et d’eau dans la lueur
aquatique des platanes
toutes les promesses d’une table familiale
marbrée du feuillage de l’été
et la roseraie pâlie de soleil, déserte dans le feu de l’après-midi
au large de laquelle nous avons croisé

L’heure tremble encore de chaleur
et la lune plus fine qu’un sourire en coin

Ensemble
nous accordons nos pas au souffle de la mer
telle qu’en contrebas elle s’allonge
s’offrant au ciel d’où ne s’absente plus
le long soleil du crépuscule d’été
et le ciel se penche, lourd
en chaque recoin de son immense beauté
de son plomb de tristesse
de son poids de désir
comme une main d’homme que Dieu aurait choisie
pour qu’elle t’appelle et te nomme
et te somme de vivre

ainsi nos pas
ainsi la mer et le ciel

Nos pas s’en vont vers le feu du couchant
ce Visage là bas suspendu dans sa gloire
déjà neuve, toujours ancienne
souriant comme ton cœur en équilibre
sur cette pointe où s’épousent sans retour
le désespoir et l’espérance

ainsi le ciel et le couchant
ainsi ton coeur

La jeunesse du monde remonte vers nous
dans le tintamarre du sang frais
et nous croise sans nous voir
carènes nocturnes que nous sommes
poussées par une brise venue de loin

toi
creusée de luttes
qui ne tiens plus que par un fil ou deux
si prête à t’envoler que la chair même de ta chair
ne t’ancre plus qu’à peine
avec la foi de feu des grands aimants

et moi
plus lourde à mesure des années
moins âpre et plus aveugle
recevant de chaque saison son cercle d’opacité
avec la foi ligneuse du printemps

Or, sans besoin de se toucher
nos mains se serrent et se retiennent
elles nous ancrent l’une à l’autre
et l’une et l’autre
à ce pays qu’on appelle la vie
dont l’une à l’autre sans mot nous nous disons
le relief et l’empan
la couleur et l’odeur
si l’eau en est ce jour plus salée que les larmes
et combien près de sombrer la lumière demeure
vivante

Et si mes yeux ne les voient pas
je perçois les étoiles coiffant les collines
derrière nous, à l’Est
cigales célestes

de cet amour voyant
je suis comblée

7 thoughts on “Sur la corniche

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