Lucidité

Je lis un livre sur Philippe Jaccottet (Une poétique de l'insaisissable de Jean Onimus, chez Champ Vallon). Je suis frappée de ce que cette écriture soit si souvent une façon de soupeser le pessimisme, de rendre compte d'un doute qui ronge obstinément (et parfois de le surmonter - temporairement) et qu'elle mérite pour cela d'être qualifiée … Continue reading Lucidité

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Un autre blog

Invitée à partager les textes et en particulier les poèmes qui me nourrissent, j'ai décidé de ne pas charger davantage ce blog et d'en ouvrir un autre, Constellation. Vous y êtes les bienvenus si le cœur vous en dit.

Le vol de la bécasse

Un texte de Guillaume Sire que je lis et relis.
Je le partage dans la pensée que d’autres seront peut-être traversés de ce vol avec le même mouvement de serrement-dilatation du cœur sur un paysage en creux, rayonnant d’être aimé.

Ce qu'il reste des brumes

La bécasse est une motte de terre volante ; c’est la terre, le terreau, les cèpes de la Toussaint et l’humus dans un oiseau ; une marionnette emplumée sur sa hampe ; une pipe à opium piégée dans les lichens ; une broche ; son vol est erratique et joyeux à la croule mais constant et silencieux à la passée ; elle a une âme et sert d’âme à la forêt. Tout son mystère est dans les yeux noirs, ronds, autonomes, placés à l’endroit des oreilles — des yeux qui écoutent — et dans la tige du bec : son gouvernail. Les bécasses retiennent leur sentiment, terrées, puis s’échappent quand la terre transpire en novembre. Elles ont de l’eau glacée dans les ailes, parce que la pluie est leur nature, et volent comme des bouquets de feuilles mortes dans le vent où elles trouvent des appuis et des prises pour des accélérations géniales…

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Toulouse en hiver

Toulouse en hiver. On ne m’écrit pas tous les jours quelque chose d’aussi beau. Merci à Guillaume Sire.

Ce qu'il reste des brumes

Pour Quyên Lavan

L’hiver n’est pas l’entrée d’un cimetière. Calme oui, mais il n’est pas sinistre. De même que les volcans éteints ne sont pas morts et ne sont pas moins beaux, de même Toulouse n’est pas morte en hiver mais repliée vers le cœur, à la source des murmures.

Les étudiants se regroupent aux rez-de-chaussée des boulevards et près de la rue des Filatiers — or chargé de la bière, vin chaud de Fronton, sourire carié des bocks.

Rien n’est figé, ce n’est pas l’hiver des pauvres en imagination.
Ce n’est même pas le carême.

Là-bas, les Pyrénées taillent des plaies dans les yeux du marbre.

La Garonne se couvre d’écailles dont s’échappe une buée terreuse.

Les platanes du canal sont fiers et presque russes, eux si fin-de-siècle d’avril à septembre.

Il fait froid bien sûr, il y a le calme, la fin de la nature européenne ; mais…

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Une autre ville (Toulouse)

C’est Mister Black, le merle avec lequel je partage mon jardin de Canterbury, qui m’a conduite au blog de Guillaume Sire. WordPress ayant jugé qu’il lui fallait un compagnon, il a fait surgir de dessous le “réseau des ormes” cet autre merle. Sa présence dans la nuit vivante de la forêt a remué dans mes halliers des souvenirs que je ne savais pas abriter, et j’ai continué à parcourir avec bonheur les textes de ce blog, poèmes (Joséphine Lanesem a évoqué ici cette écriture exigeante à l’incision parfois oraculaire), pensées. Bien que ne sachant rien de leur auteur, je me sens en territoire ami, reconnais des préoccupations, des accents, des blessures et les sentiers qu’elles font prendre.

Puis il y a ses écrits sur Toulouse, qui au contraire me sont étrangers, et pour cette raison fascinants d’une autre manière. En moi les cordes de la sensibilité au paysage, qui donnent ma note fondamentale, vibrent à leur lecture. Le souvenir d’une amie très aimée, aussi, qui partit y vivre quand nous avions treize ans – dans ses lettres, j’aurais voulu trouver des regrets plus saignants pour Lyon, égoïstement, sans penser à ce que lui aurait coûté d’exprimer cette peine. Mais en lisant les textes de Guillaume Sire, je me dis qu’il était bien normal de ne plus penser à nos fleuves et nos collines (hélas, Lyon n’appartient qu’en désir au royaume alpin…). Comme il doit être bon d’être de quelque part, quand ce quelque part est Toulouse. Il y a un peu de Sparte (de la mienne, en tout cas), dans cette ville que le soleil semble acculer contre les Pyrénées. Je vous laisse lire.

Ce qu'il reste des brumes

D’un côté la Méditerranée : miroir de feu hellénique ;
De l’autre l’Atlantique : voiles blanches, colère ;
Les Pyrénées : cheveux de glace, flancs d’éboulis ;
Le Lauragais ; le Gers ;
Lotissements aux abords des châteaux, mauvais vins, trafiquants,
Aristos fauchés,
Pizzaïolos.

Dans la voix, les Toulousains ont des billes de fer. Ils ne parlent pas, mais brisent des cagettes dans leurs coffres tourbeux.
Leurs jambes s’arquent autour du souvenir des chevaux avec lesquels leurs ancêtres labouraient les pâtis.

Les églises bandent au chaud soleil. Les rues s’amoncellent vers la sortie. Je suis brun, malade, colossal, cathare, paranoïde, hasardeux et chimérique. La même torpeur nous anime,
Ma ville et moi,
Qui saigne le jour et fond la nuit.

Toulouse est wisigothique depuis toujours, déjà avant les Wisigoths. Cité violente et vaniteuse, jaillie du sexe de l’Histoire.
Toute son architecture païenne est dédiée à la Lune (Notre Dame de la…

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Valdrada

Une nouvelle traduction d’un extrait des Villes Invisibles d’Italo Calvino par Joséphine Lanesem. Prêtez-vous au jeu de réflexions…

Nervures et Entailles

Les anciens construisirent Valdrada sur les rives d’un lac avec des maisons toutes en vérandas, les unes au-dessus des autres, et des rues hautes dont les balcons à balustrade donnent sur l’eau. Ainsi le voyageur en arrivant voit deux villes : l’une s’élève au-dessus du lac, l’autre s’y reflète tête en bas. Rien n’existe ou n’arrive dans une Valdrada que l’autre Valdrada ne répète, car la ville a été construite de telle sorte qu’en chaque point elle se reflète dans son miroir, et la Vadrada d’en bas, dans l’eau, contient non seulement toutes les stries et saillies des façades qui s’élèvent au-dessus du lac, mais aussi l’intérieur des pièces avec leur plafond et leur plancher, la perspective des couloirs, les miroirs des armoires.
Les habitants de Valdrada savent que tous leurs actes sont à la fois un acte et son image spéculaire, à qui appartient la dignité propre aux images, et…

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Armilla

Un autre extrait des Villes Invisibles d’Italo Calvino, lu et traduit par Joséphine Lanesem. Cette fois, c’est la ville d’Armilla, et si vous avez besoin de beauté et de légèreté, ce texte est pour vous ! Merci encore à Joséphine !

Nervures et Entailles

Là où je voudrais vivre (et où peut-être je vis déjà)

Qu’Armilla soit ainsi parce qu’inachevée ou démolie, qu’il y ait à son origine un sortilège ou seulement un caprice, je l’ignore. Le fait est qu’elle n’a ni murs, ni plafonds, ni planchers : elle n’a rien qui la fasse ressembler à une ville, excepté les canalisations de l’eau, qui montent à la verticale là où devraient être les maisons et se ramifient là où devraient être les étages : une forêt de tuyaux qui se terminent en robinets, douches, siphons, déversoirs. Contre le ciel resplendit le blanc de quelque lavabo ou baignoire ou autre faïence, comme des fruits tardifs restés accrochés aux branches. On dirait que les plombiers ont terminé leur travail et sont partis avant l’arrivée des maçons ; ou que leurs installations, indestructibles, ont résisté à une catastrophe, tremblement de terre ou corrosion des termites.
Abandonnée avant ou après avoir été…

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Isidora

Voici, venant du blog Nervures et Entailles, une lecture par Joséphine Lanesem du texte d’Italo Calvino mentionné dans mon billet précédent, avec sa traduction. Je ne sais ce qui me saisit davantage, de la musicalité de la voix ou de la fidélité de la traduction. Merci à Joséphine !

Nervures et Entailles

À l’homme qui chevauche longuement sur les terres sauvages vient le désir d’une ville. Il arrive finalement à Isidora, ville où les immeubles ont des escaliers en colimaçon incrustés de coquillages marins, où l’on fabrique selon les règles de l’art longues-vues et violons, où l’étranger qui hésite entre deux femmes en rencontre toujours une troisième, où les combats de coqs dégénèrent en rixes sanglantes entre les parieurs. À tout cela il pensait quand il désirait une ville. Isidora est donc la ville de ses rêves : avec une différence. La ville rêvée l’entourait jeune ; à Isidora il arrive à un âge avancé. Sur la place il y a le muret des vieux qui regardent passer la jeunesse ; lui est assis parmi eux, à la file. Les désirs sont déjà des souvenirs.

*

All’uomo che cavalcava lungamente per terreni selvatici viene desiderio d’una città. Finalmente giunge a Isidora, città dove i palazzi hanno…

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