A vide

De ces journées, de ces soirs où il est difficile, peut-être, de se l'enlever du diaphragme - cet encombrement - cette masse nerveuse, fuyante mais inexorable - ce poids de désir - à vide.Désir n'est pas le mot, car ce n'est pas charnel, pas directement du moins, pas comme l'éclair dans le regard quand épaules…

per umbram – théâtre d’ombres

Après d'interminables jours de pluie, enfin ! un rayon de soleil. Soudain février semble être là, déjà, dans son éclaboussement ébloui - un scintillement peut-être dû aux myriades de goutelettes encore suspendues dans l'air, qu'un soleil de novembre anglais n'est pas de force à résorber. Le coeur et les yeux clignent, entre rire et larmes.…

Crépuscule d’octobre

Il est presque six heures, sur le chemin du retour. Comme je quitte l'enceinte de la cité - une frontière désormais immatérielle, dont les derniers signes physiques (une pierre carrée, une borne milliaire, le tracé fantôme d'un rempart, la vibration d'un pomoerium) ne sont plus déchiffrables que pour une minorité, et qui pourtant demeure perceptible…

D’un train à l’autre

Au printemps la lumière naît des feuillages. Les bourgeons qui débourrent sont autant de minuscules luminaires tirant du long sommeil de l’écorce un scintillement de création.Désormais l’été est mûr. Les arbres ne produisent plus la lumière, ils la reçoivent. Lancé vers l’Est, le train fend la Normandie grasse malgré la sécheresse. Entre deux bois, sur…

Sur la corniche

L’heure tremble encore de chaleurles éclats de la journée s’embrasent -éclats de rire et d’eau dans la lueuraquatique des platanestoutes les promesses d’une table familiale marbrée du feuillage de l’étéet la roseraie pâlie de soleil, déserte dans le feu de l’après-midiau large de laquelle nous avons croiséL’heure tremble encore de chaleuret la lune plus fine…

In the Middle Room

J'ai pensé à toi aujourd'hui. Je pense à toi tous les jours, mais aujourd'hui, m'étant trouvée dans cette toute petite salle de classe avec une large fenêtre donnant sur un bout de toit et les arbres, en face de cet homme qui m'intrigue depuis le départ, que certains n'aiment pas parce qu'il a fait ses…

Enfin le train

Enfin le train, dont ces dernières années nous avaient privé, le train, sa berceuse et son hoquet. Le passage, et sa jouissance douce-amère. A la racine du nez, entre les yeux, une bulle se forme, excroissance immatérielle, mixture de sensation et d’imagination, quelque chose d’acidulé et de tendu qui signale à la fois le réconfort…

Février (Delphes)

Lundi matin, dans le bus. Je suis assise à ma place habituelle, à l'étage, au deuxième rang sur la droite, près du bouton qui commande l'arrêt. J'ai ouvert les fenêtres embuées. Le beau temps sourit.Dans mon cartable attend le manuel de Classical Civilisation que j'ai l'habitude de feuilleter pendant le trajet, en préparation de mon…

Thomas Becket

Début juillet. Je rentre de Douvres. Fatigue, paupières de plomb sur des yeux près de s’exorbiter : une courte nuit hachée de cauchemars de prof suivie d'une journée de formation (baragouin et sigles, et en anglais en plus), des livres oubliés au collège et autres maladresses se solvant par un bus raté d'une cruelle minute.…

Up Hawkshaw Lane

Evening walk up Hawkshaw Lane in a warm breeze. A few blackbirds perched on the lines sing the day's lullaby. It was a summer's day, a blustery and dazzling day, full of kites, cotton-grass and buttercups. Holcombe Hill cotton-grass Now there are only two of us, and we leisurely follow the lane up towards the…

Snow

For the first time since the Beast of the East, we have snow in Canterbury. Instead of the jewel colours of iris reticulata, we have this: Night glows with the blue Arctic winter daylight. How I wish my camera could capture it. Day dazzles and speaks of far-away mountain peaks one could see, faint in…

Colonies

Pays obscur de la mémoire, pays à trappes et à trous, dense comme la moisissure sublimant le fruit qui s'émousse, comme la forêt depuis le seuil où l'on hésite. Par-dessus s'étend la fine strate que l'on nomme le présent, pour aller vite, et sur lequel on avance pas à pas, tâche après tâche, les uns…

Un cadeau de Cadou

Aujourd'hui, je fouillais mon Cadou pour trouver un poème à étudier avec Hana - notre anniversaire, pas sans poésie. Noté celui-ci et recopié celui-là, crochetée au passage par une cadence ou une image qui, à la relecture (mais sait-on lire quand on manque autant de sommeil), s'est déjà ternie. Alors j'ai donné congé à mes…

De Tony à Frankie

Mystérieuse circulation des sensations dans et par les mots. Il y a Tony qui a dû évacuer sa maison de la vallée de Santa Clara à cause des incendies qui ravagent la Californie, et qui partage une image du ciel étouffé de fumées, entre les arbres et les cables électriques. Je lui écris de prendre…

Last day

That's it. It's done. This was my last day working for the school. I can't complain, my contract was extended to cover the whole school year when I should have stopped at Easter. I was already on borrowed time. It hurts. Back in France, in my previous life, I jumped through the hoops of an…

Birthday boy

Last minutes of his eleventh birthday. I am not quite sure why I feel the need to write this tonight. He has always been his own little person. His English grandparents said of him, when he was a toddler, that he had his own agenda. Yet he was not really stubborn - on the contrary,…

Optimisme

deux choses que je me suis dit que je devais noter aujourd'hui lesquelles déjà pour la syntaxe revenez un autre jour de moindre fatigue seems like the other half - what an absurd expression - may have emailed himself out of a job et nous potentiellement - encore un mot horrible - out of our…

Ecole encore (récit de rêve)

Ecole de nouveau, mais cette fois, dans les univers souterrains familiers (intérieurs sans fenêtre, couloirs en lumière artificielle, mon inconscient de fourmi). Je suis quelque chose d’indéfini, plutôt élève que professeur. Nous sommes en assemblée, assis sur des bancs de part et d’autre d’une allée comme à l’église. Eloi fait des bêtises avec je ne…

Ecole idéale (récit de rêve)

(Sieste de fin d’après-midi) L'école. Plus que les bâtiments réels, leur esprit magnifié - une atmosphère de prestige et de grandeur sereine. Dans la grand-salle que de larges baies vitrées ouvrent sur le parc, les élèves et leurs parents sont rassemblés pour une célébration de fin d’année. Une brise de fin d'après-midi met un mouvement…