Divination

Tu ne sais pas où je suis. Quand tu essaies de me situer, parce que tu perçois un appel et voudrais le transcrire, ou parce qu’un matin mon mystère agace ta curiosité plus que d'ordinaire, tu es obligée de t'en tenir à des approximations : je serais "quelque part dans le ventre" (passant ta baguette…

Bleu (février – Delphes)

Ce fut le jour où le dieu né à Délos posa son regard sur la montagne au-dessus de la plaine de Crisa que le bleu naquit. Le dieu vit la montagne, et de la montagne il vit la mer, au-delà de la longue plaine noyée d'oliviers où s'ébattaient les farouches, et le dieu dit :…

histoire de rien

Tandis que les autres demeuraient silencieux, il se mit à aller et venir, fouillant dans tous les tiroirs. La nuit pâlissait. S’il avait été seul, il se serait simplement mis à la fenêtre pour guetter l’instant où l’ange du levant entame son chant. Depuis des années qu’il s’y essayait, il n’avait jamais réussi à saisir…

Blanc

Cuisine de l'écriture. Sempiternels problèmes de focalisation, d'énonciation, de position, d'opacité. Ou comment l'outil fait obstacle à son ouvrage. Caillou, calcul, scrupule, moteur qui câle : la tentative d'incarnation du pur élan, sens ou vision, dans la mécanique malhabile de la phrase, ne va jamais sans une petite grimace de douleur. Raté, encore raté, allez…

Ton coeur (récit de rêve)

De ce rêve dystopique, je ne m’éveille pas soulagée de retourner dans une réalité plus riante, car je sais que ce à quoi j'échappe demeure pour d'autres une prison bien réelle hier, aujourd'hui, demain.Je suis avec un jeune homme (la nature de notre relation m'échappe, sommes-nous amis, vagues cousins ?) de sortie dans un grand…

Irène et Madeleine

"Nous sommes le courage l'une de l'autre" est le thème issu du féminisme radical coréen que propose Joséphine Lanesem pour l'Agenda ironique de ce mois-ci. Nous sommes invités à inclure des anaphores et des chiasmes dans nos textes. Prise par le temps, j'ai retravaillé un bout de roman laissé de côté. C’est toujours l’histoire d’Irène,…

A la Tour d’Ecthelion

"For the fashion of Minas Tirith was such that it was built on seven levels, each delved into the hill, and about each was set a wall, and in each wall was a gate." Vois-tu ce pinacle de lumière, au faîte de la Cité Blanche ? Jaillissant des ailes battant d’un millier d’oriflammes, ancrant la Tour…

Le Voyage de Kanako (6)

Il a plu cette nuit. Ce n’était pas encore l’orage tant attendu, mais tout de même une honorable rincée, appliquée, méticuleuse. En poussant la porte de l’immeuble, Kanako sent passer sur sa peau un reste de fraîcheur, murmure d’adieu de la nuit. Il est six heures à peine. On est mieux dehors qu’à l’intérieur où…

Le voyage de Kanako (5)

Un vase débordant d’hortensias bleus trône au centre de la table basse où la vieille Setsuko donne son goûter à Ryo. Pour compléter leur inodore présence, une coupelle remplie de billes de bois de santal est posée à côté. Kanako se met sur la pointe des pieds pour ne pas se prendre la hanche au…

Le Voyage de Kanako (4)

"Kanako, viens voir un peu par ici !" Elle décapsule, verse et s’incline auprès des trois ouvriers de la table huit, puis se retourne. Le poing sur la hanche, la mine importante, le patron la convoque à la table de Bouton de nacre et Pantalon de lin. Elle s’essuie les mains dans son tablier, rentre…

Le voyage de Kanako (3)

« Kanako ! Madame Tête-en-l’air ! Ma parole, c’est à se demander si c’est l’ouïe ou le cerveau ! »Kanako se retourne et s’empresse de venir éponger la table. Pour la forme : la graisse et la sueur y ont élu domicile depuis bien trop longtemps. Le couple qui patiente devant a le sourire crispé…

Le voyage de Kanako (2)

Qu’une rencontre de hasard et une histoire somme toute si brève puisse ainsi bouleverser le cours d’une vie, quand elle y songe, voilà qui demeure un sujet de stupéfaction. Elle ignore si l’idée d’un lendemain a jamais effleuré le jeune homme en qui elle peine encore à reconnaître le père de Ryo. De son côté,…

Le voyage de Kanako (1)

Chaleur humide. Quelques mouches font une ronde bruyante sous le plafonnier. Les doigts et les cuillers adhèrent aux toiles cirées. Chacun porte sur la lèvre supérieure et le bombé du front le baiser luisant de l'été. Kanako a passé la nuit à se retourner dans ses draps, poursuivie par l'empreinte moite de son corps. Le…

Ecole encore (récit de rêve)

Ecole de nouveau, mais cette fois, dans les univers souterrains familiers (intérieurs sans fenêtre, couloirs en lumière artificielle, mon inconscient de fourmi). Je suis quelque chose d’indéfini, plutôt élève que professeur. Nous sommes en assemblée, assis sur des bancs de part et d’autre d’une allée comme à l’église. Eloi fait des bêtises avec je ne…

Ecole idéale (récit de rêve)

(Sieste de fin d’après-midi) L'école. Plus que les bâtiments réels, leur esprit magnifié - une atmosphère de prestige et de grandeur sereine. Dans la grand-salle que de larges baies vitrées ouvrent sur le parc, les élèves et leurs parents sont rassemblés pour une célébration de fin d’année. Une brise de fin d'après-midi met un mouvement…

Erié

Ils sont assis sur la rive sablonneuse du lac Erié, parmi des herbes folles. Ils chantent, et dans l'entretissement de leurs voix insiste à s'immiscer, susurrant, le souffle primordial du clapotis de l'eau. A demi visible, un tronc incline un échevèlement de brindilles et de feuilles. La lumière baisse. La chanson approche sa fin. Le…

Camp fire

... reprise d'une chanson populaire, d'une chanson d'amour, par un frère et une soeur dont les voix s'épousent comme des peaux. ... or si sa voix à lui demeure en sa clarté et sa jeunesse mêmes mondaine, sa voix à elle est faite de la matière de l'écho, ample comme l'épaule d'ombre de la montagne…