Le Voyage de Kanako (6)

Il a plu cette nuit. Ce n’était pas encore l’orage tant attendu, mais tout de même une honorable rincée, appliquée, méticuleuse. En poussant la porte de l’immeuble, Kanako sent passer sur sa peau un reste de fraîcheur, murmure d’adieu de la nuit. Il est six heures à peine. On est mieux dehors qu’à l’intérieur où…

Le voyage de Kanako (5)

Un vase débordant d’hortensias bleus trône au centre de la table basse où la vieille Setsuko donne son goûter à Ryo. Pour compléter leur inodore présence, une coupelle remplie de billes de bois de santal est posée à côté. Kanako se met sur la pointe des pieds pour ne pas se prendre la hanche au…

Le Voyage de Kanako (4)

"Kanako, viens voir un peu par ici !" Elle décapsule, verse et s’incline auprès des trois ouvriers de la table huit, puis se retourne. Le poing sur la hanche, la mine importante, le patron la convoque à la table de Bouton de nacre et Pantalon de lin. Elle s’essuie les mains dans son tablier, rentre…

Le voyage de Kanako (3)

« Kanako ! Madame Tête-en-l’air ! Ma parole, c’est à se demander si c’est l’ouïe ou le cerveau ! »Kanako se retourne et s’empresse de venir éponger la table. Pour la forme : la graisse et la sueur y ont élu domicile depuis bien trop longtemps. Le couple qui patiente devant a le sourire crispé…

Le voyage de Kanako (2)

Qu’une rencontre de hasard et une histoire somme toute si brève puisse ainsi bouleverser le cours d’une vie, quand elle y songe, voilà qui demeure un sujet de stupéfaction. Elle ignore si l’idée d’un lendemain a jamais effleuré le jeune homme en qui elle peine encore à reconnaître le père de Ryo. De son côté,…

Le voyage de Kanako (1)

Chaleur humide. Quelques mouches font une ronde bruyante sous le plafonnier. Les doigts et les cuillers adhèrent aux toiles cirées. Chacun porte sur la lèvre supérieure et le bombé du front le baiser luisant de l'été. Kanako a passé la nuit à se retourner dans ses draps, poursuivie par l'empreinte moite de son corps. Le…

Ecole encore (récit de rêve)

Ecole de nouveau, mais cette fois, dans les univers souterrains familiers (intérieurs sans fenêtre, couloirs en lumière artificielle, mon inconscient de fourmi). Je suis quelque chose d’indéfini, plutôt élève que professeur. Nous sommes en assemblée, assis sur des bancs de part et d’autre d’une allée comme à l’église. Eloi fait des bêtises avec je ne…

Ecole idéale (récit de rêve)

(Sieste de fin d’après-midi) L'école. Plus que les bâtiments réels, leur esprit magnifié - une atmosphère de prestige et de grandeur sereine. Dans la grand-salle que de larges baies vitrées ouvrent sur le parc, les élèves et leurs parents sont rassemblés pour une célébration de fin d’année. Une brise de fin d'après-midi met un mouvement…

Erié

Ils sont assis sur la rive sablonneuse du lac Erié, parmi des herbes folles. Ils chantent, et dans l'entretissement de leurs voix insiste à s'immiscer, susurrant, le souffle primordial du clapotis de l'eau. A demi visible, un tronc incline un échevèlement de brindilles et de feuilles. La lumière baisse. La chanson approche sa fin. Le…

Camp fire

... reprise d'une chanson populaire, d'une chanson d'amour, par un frère et une soeur dont les voix s'épousent comme des peaux. ... or si sa voix à lui demeure en sa clarté et sa jeunesse mêmes mondaine, sa voix à elle est faite de la matière de l'écho, ample comme l'épaule d'ombre de la montagne…

EDR 2 (le jeune amant)

  Le jeune amant a une tête à se nommer Juan, ou Esteban, alors c'est ainsi qu'elle le désigne, en pensée, puisqu'en dehors il est peu besoin de s'interpeler quand on ne veut se connaître que de la peau et des abîmes. Thomas, dont le nom compte seul parmi les vocables du monde, l'appelle Julian.…

Eau de rose

    Dès qu’il franchit le seuil elle se sent possédée. Il est devant elle comme un arbre dont elle serait l'ombre fidèle, comme une falaise - l'horizon se soulève. En silence, il balaie le vestibule du regard, prend la température du lieu. Son nez haut et droit dirige un faisceau d'énergie de gauche à…

Cité de sable (récit de rêve)

Ils ont des noms dont je ne me souviens plus. Ce petit groupe d’enfants, dont je me suis retrouvée responsable, je dois maintenant le guider hors de cette cité de sable, grandiose, étrangère. Nous glissons le long de hauts murs aveugles, vastes pans d’ocre aux courbes solennelles. Qu’y faisons-nous ? Combien de temps y sommes-nous…

La colère (récit de rêve)

Ma colère galope et fuit. Dans la maison à l’immense escalier de chêne où tant de mes songes me ramènent, ma main lisse en montant la rampe cirée. Du seuil des combles où je suis en sécurité, j’aperçois Nathalie sur le palier de l’étage inférieur. Pour l’oreille conquise de quelque disciple, elle déboulonne solennellement des…

Tempête

Il y a ce roman qui sommeille dans un coin depuis plus d'un an, que je ne me résous pas à abandonner sans parvenir à le reprendre. J'avais posté ici un début possible. Lire vos commentaires encourageants m'avait dissuadée de renoncer tout à fait. Il y avait un autre début, avant : le voici. Février…

Swallowfield

J'ai décidé de poster ici ce début de roman qui ne convient pas. Façon de ne pas être tentée d'y revenir, tiraillée par quelques images que j'ai aimé écrire et auxquelles j'ai du mal à renoncer. Adieu petite tentative, tu trouveras peut-être ici quelques lecteurs.     Saisi, Denis pose pied à terre à l’entrée du…

“J’ai trois souvenirs de films”

J’ai, je crois, moins de dix ans et nous montons à Paris pour rendre visite à la famille. La fabrique du souvenir, froissée, sent l’hiver : lumière grise, légèrement mordue de vert comme par une mousse de printemps – oui, probablement février par temps couvert. C’est ma première fois à la Cité des Sciences de…

Vous en reprendrez bien encore un peu ?

Compagnons d'écriture et amis lecteurs, Maintenant que les appétits sont apaisés et les esprits sustentés, j'ai l'honneur et la joie de déclarer gagnants de cet Agenda de rentrée consacré aux épices ... ... la série Hourvari au Cagibi de Martine l'Ecritur'bulente, et le Pique-nique en forêt de Carnets Paresseux ! Si vous ne les avez pas lus, précipitez-vous…

A table !

Pour inaugurer l'automne, saison dont la raison d'être est évidemment d'amasser de quoi réveillonner en beauté, je vous avais invités à épicer l'Agenda ironique. Or, comme nous sommes tous conviés ce jour à un festin concocté par la joyeuse bande des épices de Martine, voici les mets apportés par quelques aimables commensaux. Soyez sûrs de…