Quetzalcoatl

 

 

La brise froisse à peine l’ourlet de mon rêve

Le silence est ardent

A l’Occident fulmine un symbole inconnu

Fendant le bouclier riveté de la nuit
Dérive magmatique
Cuirassé de consonnes un dieu étranger

Le feu de ses écailles a fauché les étoiles
Et sous le vent de ses plumes s’ébroue
Un peuple de volcans éperdus

Crachats immémoriaux
Exhalaisons
Acclamations

Puis le silence

Or mes yeux d’avoir cru gèlent dans leur orbite

Le lendemain le ciel est clair
Plus qu’un bouquet de cimes
Une haleine enivrante s’attarde dans l’air
La nostalgie
Cherche son ancre

 

 

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Sieste par temps d’orage

Dormeur de l’autre rive

Mes rêves rends-les moi, je te rendrai les tiens

Que fait dans ma trachée sous le plein jour des songes
Cette touffeur de nuit
Coulant par le tamis de mes intermittences
Les vapeurs de vos fleuves qu’entame sans faim
– Lasse persévérance –
La roue à aube du soleil ?

Voici entre deux eaux glissant d’un vert à l’autre
Les gueules insomniaques du désir, remords
Hennissant sous l’armure des alligators

Le vent n’est plus. Suaires plus que voiles
Ces barbes espagnoles sur les cyprès chauves
S’abreuvant au bayou où se noient les espoirs
(Hier, Virginia-Louise, une fleur à l’oreille)

Si le Chêne aux bras tors dont le vert indompté
A étranglé l’hiver
Pousse dans ton corps ses racines ailées
Ne bouge pas, Dormeur

Sans sa force et son ombre on dirait ce pays
Médité sous le porche brûlant de l’orage
Par un après-midi de mauvaise conscience

Le dieu était alors en son adolescence

 


 

 

Voler comme Yubaba

Cette nuit, le compagnon de ma sœur a rêvé de moi. Qu’on se rassure, il ne s’agit de rien qui risque de semer la zizanie dans la famille.

Campons le décor : j’étais dans leur maison de campagne. C’est une bâtisse normande du XIXème siècle, en brique rouge, avec tour d’angle sous son chapeau de fée. Il y a un jardin – oui, un jardin où JE VAIS POUVOIR CREUSER, PLANTER, ARROSER, FAIRE POUSSER, parler à  mes leurs plantes comme la (presque) vieille folle que je suis, bref, accomplir ma destinée !!! Mais je m’égare. Dans le rêve, je me trouve dans la salle haute de la tour qui a été réaménagée en bibliothèque. Moi, dans une bibliothèque : jusque là, rien de très improbable.

C’est alors que je m’élance par la fenêtre. Ma sœur et son compagnon crient. Mais au lieu de m’écraser sur le gravier deux étages plus bas, je déploie mes ailes et m’envole… “à la manière de Yubaba”, précise mon beau-frère.

Vous connaissez Yubaba si vous avez vu le magnifique Voyage de Chihiro de Hayao Mizazaki.

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C’est la terrifiante sorcière qui dirige l’établissement thermal où la jeune héroïne va devoir travailler pour retrouver ses parents qu’un sortilège a transformés en cochons.

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Yubaba est cruelle,

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cupide,

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irascible,

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rancunière, manipulatrice,

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d’une laideur sublime,

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et je l’adore.

Plus jeune, je rêvais régulièrement que je volais. C’était le plus souvent une expérience difficile et terrifiante. Le vol me permettait d’échapper à des ennemis (yakuzas, loups capables de bondir de 10 mètres en hauteur, etc), mais je le maîtrisais si mal que je manquais toujours m’écraser contre quelque chose ou me perdre, incapable de me diriger vers le lieu que je cherchais à atteindre. Yubaba, elle, s’élance dans la nuit comme on plonge dans son élément.

P.S. 1: Mon nom, en vietnamien, est le nom d’un oiseau.

P.S. 2 : En forçant un peu le trait, ne pourrait-on imaginer que le rêve décrit ce moment de ma vie où je fais enfin ce que je veux (écrire) et qu’il signifie qu’un éditeur s’intéressera à mon manuscrit ? Non ? Ah bon…