Cité de sable (récit de rêve)

Ils ont des noms dont je ne me souviens plus. Ce petit groupe d’enfants, dont je me suis retrouvée responsable, je dois maintenant le guider hors de cette cité de sable, grandiose, étrangère. Nous glissons le long de hauts murs aveugles, vastes pans d’ocre aux courbes solennelles. Qu’y faisons-nous ? Combien de temps y sommes-nous restés ? Je ne sais plus.

Il me semble qu’au départ c’était simplement une cité historique que nous visitions, ou plutôt une sorte de parc d’attraction historique. Je me souviens de la caisse d’un magasin, où j’explique au caissier, un homme aux cheveux longs, aimable, que je suis un peu inquiète car je me demande où sont les parents de ce petit garçon sauvageon qui s’est attaché à notre groupe. Peut-être travaillent-ils ici ? Mais le caissier remarque que le petit garçon ne porte pas le badge que tous les membres du personnel ont au cou. Lui aussi commence à s’inquiéter. Plus tard le garçon qui a un peu grandi me confie des expériences pénibles dont je ne me souviens plus. Il a fui.

Le parc d’attraction n’en est plus un, c’est une vaste cité dont le contour, le plan, les symboles et les règles m’échappent, la forme urbaine d’un silence inquiétant. Nous y demeurons pourtant quelques temps. Il y a une piscine où j’emmène ma troupe d’enfants – étrangement, très municipale. D’un coup, je ne sais plus pourquoi, je décide qu’il est temps de s’en aller. J’instruis aux miens (mais qui sont-ils ?) de rassembler nos affaires, en veillant scrupuleusement à ne prendre que ce qui nous appartient. Je mentionne des peluches. Certains habitants / employés nous aident à partir discrètement. Nous fuyons et, si nous n’avons pas physiquement secoué la poussière de nos sandales, il me semble que c’était tout comme.

A présent, je constate que résonne en moi une vision – un souvenir – d’Israel quittant l’Egypte.

Advertisements

La colère (récit de rêve)

Ma colère galope et fuit.

Dans la maison à l’immense escalier de chêne où tant de mes songes me ramènent, ma main lisse en montant la rampe cirée. Du seuil des combles où je suis en sécurité, j’aperçois Nathalie sur le palier de l’étage inférieur. Pour l’oreille conquise de quelque disciple, elle déboulonne solennellement des statues : la vérité c’est qu’il – si respecté, un notable ! – était un pédophile, un manipulateur. Elle parle de Monsieur T, que j’aime, et une fureur haineuse enfle en moi. Lorsqu’elle est partie, je descends de mon perchoir (en volant?) et viens consulter les bouquins qu’elle a ouverts, avec la révérence d’un moine sur le manuscrit à copier, pour étayer ses calomnies. Ramassis de ragots, me dis-je avant de lire. L’étudiante aux longs cheveux à qui Nathalie s’adressait me fait comprendre mon erreur : il ne s’agissait pas de Monsieur T mais de je ne sais quelle figure historique, d’un roi peut-être.

Mon père, en pleine conversation téléphonique, pénètre dans l’antichambre de la salle d’eau où je veux prendre une douche. Je suis à moitié nue et dois ceindre mes hanches d’une serviette. Je suis très agacée. Mon père refuse de quitter l’antichambre, pris dans sa conversation, balayant mes besoins et ma personne dérisoires d’un geste du menton et de la main. Alors je lui fais avaler mes paroles mauvaises et boire la coupe d’impertinence. Ma mère, je le crois, voudrait apaiser les choses, mais que m’importe, désormais, en moi, la houle de la colère monte en rythme.

Assise à part, à une table, je fais du chant harmonique comme Etienne, la main en conque devant la bouche. Les harmoniques ont une puissance sauvage, gutturale, nomade. Mes voisins de table sont impressionnés. D’autres personnes viennent s’asseoir. L’un me demande mon numéro. Je réponds vertement puis lance que de toute façon je suis trop vieille et mariée. Alors Luke est assis à ma droite. Arrivée à maturité, la colère fait des phrases :

Les cavaliers sont morts
C’était hier
Seulement

Ils sont tombés dans la nuit éternelle
Où le puits de colère plonge ses racines.

Les larmes naissent. La phrase tourne :

Où le puits de racines plonge sa colère

Les larmes déferlent, brouillent la source de la tristesse, et m’exilent.

Quetzalcoatl

 

 

La brise froisse à peine l’ourlet de mon rêve

Le silence est ardent

A l’Occident fulmine un symbole inconnu

Fendant le bouclier riveté de la nuit
Dérive magmatique
Cuirassé de consonnes un dieu étranger

Le feu de ses écailles a fauché les étoiles
Et sous le vent de ses plumes s’ébroue
Un peuple de volcans éperdus

Crachats immémoriaux
Exhalaisons
Acclamations

Puis le silence

Or mes yeux d’avoir cru gèlent dans leur orbite

Le lendemain le ciel est clair
Plus qu’un bouquet de cimes
Une haleine enivrante s’attarde dans l’air
La nostalgie
Cherche son ancre

 

 

Sieste par temps d’orage

Dormeur de l’autre rive

Mes rêves rends-les moi, je te rendrai les tiens

Que fait dans ma trachée sous le plein jour des songes
Cette touffeur de nuit
Coulant par le tamis de mes intermittences
Les vapeurs de vos fleuves qu’entame sans faim
– Lasse persévérance –
La roue à aube du soleil ?

Voici entre deux eaux glissant d’un vert à l’autre
Les gueules insomniaques du désir, remords
Hennissant sous l’armure des alligators

Le vent n’est plus. Suaires plus que voiles
Ces barbes espagnoles sur les cyprès chauves
S’abreuvant au bayou où se noient les espoirs
(Hier, Virginia-Louise, une fleur à l’oreille)

Si le Chêne aux bras tors dont le vert indompté
A étranglé l’hiver
Pousse dans ton corps ses racines ailées
Ne bouge pas, Dormeur

Sans sa force et son ombre on dirait ce pays
Médité sous le porche brûlant de l’orage
Par un après-midi de mauvaise conscience

Le dieu était alors en son adolescence

 


 

 

Voler comme Yubaba

Cette nuit, le compagnon de ma sœur a rêvé de moi. Qu’on se rassure, il ne s’agit de rien qui risque de semer la zizanie dans la famille.

Campons le décor : j’étais dans leur maison de campagne. C’est une bâtisse normande du XIXème siècle, en brique rouge, avec tour d’angle sous son chapeau de fée. Il y a un jardin – oui, un jardin où JE VAIS POUVOIR CREUSER, PLANTER, ARROSER, FAIRE POUSSER, parler à  mes leurs plantes comme la (presque) vieille folle que je suis, bref, accomplir ma destinée !!! Mais je m’égare. Dans le rêve, je me trouve dans la salle haute de la tour qui a été réaménagée en bibliothèque. Moi, dans une bibliothèque : jusque là, rien de très improbable.

C’est alors que je m’élance par la fenêtre. Ma sœur et son compagnon crient. Mais au lieu de m’écraser sur le gravier deux étages plus bas, je déploie mes ailes et m’envole… “à la manière de Yubaba”, précise mon beau-frère.

Vous connaissez Yubaba si vous avez vu le magnifique Voyage de Chihiro de Hayao Mizazaki.

Résultat de recherche d'images pour

C’est la terrifiante sorcière qui dirige l’établissement thermal où la jeune héroïne va devoir travailler pour retrouver ses parents qu’un sortilège a transformés en cochons.

Résultat de recherche d'images pour

Yubaba est cruelle,

Image associée

cupide,

Image associée

irascible,

Résultat de recherche d'images pour

rancunière, manipulatrice,

Image associée

d’une laideur sublime,

Résultat de recherche d'images pour

et je l’adore.

Plus jeune, je rêvais régulièrement que je volais. C’était le plus souvent une expérience difficile et terrifiante. Le vol me permettait d’échapper à des ennemis (yakuzas, loups capables de bondir de 10 mètres en hauteur, etc), mais je le maîtrisais si mal que je manquais toujours m’écraser contre quelque chose ou me perdre, incapable de me diriger vers le lieu que je cherchais à atteindre. Yubaba, elle, s’élance dans la nuit comme on plonge dans son élément.

P.S. 1: Mon nom, en vietnamien, est le nom d’un oiseau.

P.S. 2 : En forçant un peu le trait, ne pourrait-on imaginer que le rêve décrit ce moment de ma vie où je fais enfin ce que je veux (écrire) et qu’il signifie qu’un éditeur s’intéressera à mon manuscrit ? Non ? Ah bon…