D’un train à l’autre

Au printemps la lumière naît des feuillages. Les bourgeons qui débourrent sont autant de minuscules luminaires tirant du long sommeil de l’écorce un scintillement de création.Désormais l’été est mûr. Les arbres ne produisent plus la lumière, ils la reçoivent. Lancé vers l’Est, le train fend la Normandie grasse malgré la sécheresse. Entre deux bois, sur…

Sur la corniche

L’heure tremble encore de chaleurles éclats de la journée s’embrasent -éclats de rire et d’eau dans la lueuraquatique des platanestoutes les promesses d’une table familiale marbrée du feuillage de l’étéet la roseraie pâlie de soleil, déserte dans le feu de l’après-midiau large de laquelle nous avons croiséL’heure tremble encore de chaleuret la lune plus fine…

In the Middle Room

J'ai pensé à toi aujourd'hui. Je pense à toi tous les jours, mais aujourd'hui, m'étant trouvée dans cette toute petite salle de classe avec une large fenêtre donnant sur un bout de toit et les arbres, en face de cet homme qui m'intrigue depuis le départ, que certains n'aiment pas parce qu'il a fait ses…

Enfin le train

Enfin le train, dont ces dernières années nous avaient privé, le train, sa berceuse et son hoquet. Le passage, et sa jouissance douce-amère. A la racine du nez, entre les yeux, une bulle se forme, excroissance immatérielle, mixture de sensation et d’imagination, quelque chose d’acidulé et de tendu qui signale à la fois le réconfort…

Première nuit de printemps

Fenêtres ouvertes sur la nuitblancs lampadairesjetant plus d’encre au ciel Une étoile perce ma myopieLe plaisir vient trop tôtcomme la saisonVoisle printemps replie le linceul de l’hiver et sa respiration fait une rumeur comme en ce poème où sur la palme chante la mélancolie d’un vieil enfant(La fenêtre est en haut, et du monde on…

Divination

Tu ne sais pas où je suis. Quand tu essaies de me situer, parce que tu perçois un appel et voudrais le transcrire, ou parce qu’un matin mon mystère agace ta curiosité plus que d'ordinaire, tu es obligée de t'en tenir à des approximations : je serais "quelque part dans le ventre" (passant ta baguette…

Bleu (Mondo et autres histoires, Le Clézio)

Voici de tous les livres celui qui compta le plus pour l'enfant que j'ai été. Je l'ai lu, relu, chéri comme un texte sacré, prêté, perdu, racheté. Impossible de déterminer à quel point ma perception fut influencée par ce recueil et en quelle mesure je ne fis que reconnaître, éblouie, l'expression même de ce que…

Bleu (février – Delphes)

Ce fut le jour où le dieu né à Délos posa son regard sur la montagne au-dessus de la plaine de Crisa que le bleu naquit. Le dieu vit la montagne, et de la montagne il vit la mer, au-delà de la longue plaine noyée d'oliviers où s'ébattaient les farouches, et le dieu dit :…

Simple présence

C'est toujours la même chose, ce que tu écris. Toujours les mêmes choses qui frappent à ta porte, la même main de la lumière qui te prend à la gorge, et qui serre. Tu ne pourrais pas être un écrivain, ou seulement le genre d'écrivain qui sans cesse réécrit et trahit la même quasi-histoire, sous…

Février (Delphes)

Lundi matin, dans le bus. Je suis assise à ma place habituelle, à l'étage, au deuxième rang sur la droite, près du bouton qui commande l'arrêt. J'ai ouvert les fenêtres embuées. Le beau temps sourit.Dans mon cartable attend le manuel de Classical Civilisation que j'ai l'habitude de feuilleter pendant le trajet, en préparation de mon…

histoire de rien

Tandis que les autres demeuraient silencieux, il se mit à aller et venir, fouillant dans tous les tiroirs. La nuit pâlissait. S’il avait été seul, il se serait simplement mis à la fenêtre pour guetter l’instant où l’ange du levant entame son chant. Depuis des années qu’il s’y essayait, il n’avait jamais réussi à saisir…

Blanc

Cuisine de l'écriture. Sempiternels problèmes de focalisation, d'énonciation, de position, d'opacité. Ou comment l'outil fait obstacle à son ouvrage. Caillou, calcul, scrupule, moteur qui câle : la tentative d'incarnation du pur élan, sens ou vision, dans la mécanique malhabile de la phrase, ne va jamais sans une petite grimace de douleur. Raté, encore raté, allez…

Thomas Becket

Début juillet. Je rentre de Douvres. Fatigue, paupières de plomb sur des yeux près de s’exorbiter : une courte nuit hachée de cauchemars de prof suivie d'une journée de formation (baragouin et sigles, et en anglais en plus), des livres oubliés au collège et autres maladresses se solvant par un bus raté d'une cruelle minute.…

In the bleak midwinter

Voici dressés entre le givre du ciel et celui des champs les arborescences noires du patient sommeil. Il semble que la vie, se retirant dans les profondeurs, ait pris soin de laisser sur la terre une marque, un repère, une cible vers laquelle elle orientera et rassemblera ses forces au sortir du repos. Prudence de…

Questions à Jean-Yves Masson

Un entretien avec Jean-Yves Masson sur le blog Littérature Portes Ouvertes de Gabriel Grossi. Des mots qui dénouent la gorge et rendent clarté et consistance à ce qui s’effrite. Jean-Yves Masson est un poète français contemporain dont j’aime beaucoup l’oeuvre. Né en 1962 en Lorraine, il a publié, depuis les années quatre-…Questions à Jean-Yves Masson

Epistémocrates de tous pays…

Un article salutaire d’Alain Lecomte du blog Rumeur d’espace, que je me permets de rebloguer ici (le titre est savoureux !). Il y rend compte de sa lecture du numéro 86 de la revue Cités, “La Langue sous contrôle”. Remettons les points sur les i concernant les manipulations moralisatrices et complètement farfelues que l’on fait subir à la langue dans le cadre de la révolution culturelle actuelle.

Rumeur d'espace

Hasard des lectures en ce mois de juillet: l’intéressant numéro de la revue Cités (Philosophie, Politique, Histoire) le numéro 86, paru sous le titre La langue sous contrôle?, dans lequel interviennent Sonia Branca, Liliane Sprenger-Charolles, Marc Hersant, Yves-Charles Zarka etc. collaborateurs habituels, mais aussi Yana Grinshpun, François Rastier, Jean Szlamowicz, et qui contient une interview de Jean-Claude Milner (par Isabelle Barberis et Franck Neveu) ainsi que la recension du dernier livre de Pierre-André Taguieff sur «L’imposture décoloniale». C’est surtout pour le titre et pour Milner que je l’avais acheté, mais je n’ai été déçu par aucun des articles. Sans être forcément d’accord avec toutes les positions exprimées, on doit leur reconnaître au moins le mérite d’êtres roboratives. La problématique générale est celle d’une opposition à des mouvements qui tendent aujourd’hui, en tout cas dans le monde intellectuel et universitaire, à imposer leur loi en dépit, semble-t-il, de toute scientificité…

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Semonce de l’été

Holly Mount Orchard Voici la semonce de l'été. Il importe peu que ce soit ici une petite ville qui, se dépeuplant de ses étudiants, se prépare à l'assoupissement - banlieues mélancoliques, métropoles trop sûres d'elles, vallons d'herbes et d'oiseaux, l'appel est le même. Le fond de l'air a une odeur de résine et de feu…

Ton coeur (récit de rêve)

De ce rêve dystopique, je ne m’éveille pas soulagée de retourner dans une réalité plus riante, car je sais que ce à quoi j'échappe demeure pour d'autres une prison bien réelle hier, aujourd'hui, demain.Je suis avec un jeune homme (la nature de notre relation m'échappe, sommes-nous amis, vagues cousins ?) de sortie dans un grand…

Up Hawkshaw Lane

Evening walk up Hawkshaw Lane in a warm breeze. A few blackbirds perched on the lines sing the day's lullaby. It was a summer's day, a blustery and dazzling day, full of kites, cotton-grass and buttercups. Holcombe Hill cotton-grass Now there are only two of us, and we leisurely follow the lane up towards the…

Transcendance, mémoire, espérance

Titre trop prometteur pour un texte qui n'explique, n'éclaire ni ne synthétise rien. Il reprend seulement les thèmes traités par les derniers articles de Joséphine Lanesem, dont la lecture éblouie me donne envie d’écrire. Rien qu'une divagation personnelle, comme toujours, puisque je ne suis pas vraiment capable de plus. Lire Joséphine, c'est venir présenter à…