L’oreille et le nez

J'écoute une vieille chanson de Ben Howard. Cliché : il capte quelque chose d'extraordinaire dans l'ordinaire. Ce quelque chose m'importe pourtant, car je le poursuis, moi aussi, sans guitare et sans musique, et si je crois parfois le saisir, je déchante bien vite. Ses mélodies - celles d'avant - sont clairement parentes les unes des…

La route du matin

  A Marie, nautonnière du matin Dire la nouveauté d'une vie où à l'heure matinale se conjuguent, non plus de parcimonieux reflets de ciel sur des trottoirs humides, mais des champs, des bois, des chevauchements de vallées, et les rayons ininterrompus de l'hiver. Ainsi donc, le matin. Ne spéculons pas sur le fait qu'il me…

Arcane (2)

Percevoir l’arcane du monde et tâtonner vers son déchiffrement est l’objet même de la poésie. La poésie ne peut advenir sans cette foi perceptive, aussi brumeuse soit-elle, d’une vérité à la fois immensément lointaine et trop proche, et dont le monde est une manifestation. C’est à cela qu’on la reconnait : au passage de son…

Arcane (1)

« La matière est l’excroissance de l’amour » (Rodin) Quand je marche, il me semble répondre à l’exigence du paysage. Ce désir qui me harponne et me pousse dès qu'un peu de ciel s'ouvre, qui m’écartèle, qui justifie non seulement ma présence en ce lieu mais mon existence même, ce désir, s’il passe par moi,…

Le vol de la bécasse

Un texte de Guillaume Sire que je lis et relis.
Je le partage dans la pensée que d’autres seront peut-être traversés de ce vol avec le même mouvement de serrement-dilatation du cœur sur un paysage en creux, rayonnant d’être aimé.

Ce qu'il reste des brumes

La bécasse est une motte de terre volante ; c’est la terre, le terreau, les cèpes de la Toussaint et l’humus dans un oiseau ; une marionnette emplumée sur sa hampe ; une pipe à opium piégée dans les lichens ; une broche ; son vol est erratique et joyeux à la croule mais constant et silencieux à la passée ; elle a une âme et sert d’âme à la forêt. Tout son mystère est dans les yeux noirs, ronds, autonomes, placés à l’endroit des oreilles — des yeux qui écoutent — et dans la tige du bec : son gouvernail. Les bécasses retiennent leur sentiment, terrées, puis s’échappent quand la terre transpire en novembre. Elles ont de l’eau glacée dans les ailes, parce que la pluie est leur nature, et volent comme des bouquets de feuilles mortes dans le vent où elles trouvent des appuis et des prises pour des accélérations géniales…

View original post 13 more words

Sieste par temps d’orage

Dormeur de l'autre rive Mes rêves rends-les moi, je te rendrai les tiens Que fait dans ma trachée sous le plein jour des songes Cette touffeur de nuit Coulant par le tamis de mes intermittences Les vapeurs de vos fleuves qu'entame sans faim - Lasse persévérance - La roue à aube du soleil ? Voici…

Allemagne (Et la lumière fut)

Il pleut à verse. J'en connais une qui aimerait cette cavalcade qu'accompagnent les borborygmes du tonnerre. A l'heure qu'il est, je l'imagine protégée de l'eau par l'eau, glissant parmi les algues brunes d'un lac. Je lis (avec une tragique lenteur, comme toujours) Et la lumière fut, de Jacques Lusseyran. Une amie d'Angleterre me l'avait recommandé,…

Des paysages II (Gracq)

Chose promise, chose due. Voici le texte de Julien Gracq dont je parlais dans mon billet précédent, et qui est un de mes passages préférés du livre d'où il est extrait. Qu’est-ce qui nous parle dans un paysage ? Quand on a le goût surtout des vastes panoramas, il me semble que c’est d’abord l’étalement…

Sur le jonc

Qu'ici grâces soient rendues à l'humilité du jonc oriflamme des marges oblique trait d'union par qui s'épousent l'eau et le vent Souple sans langueur effilé sans être acerbe sachant plier comme fendre flûte ténue où la bise à la cime du courroux susurre à peine Omis dans la comparaison pâle dans le souvenir subtil comme…