Solstice


Ainsi qu’il me fut dit
Je dirai le chemin

Au sommet du cap bleu si l’olivier-mémoire
Tremble d’être saisi
N’y lis que le désir

Empoigne sec ta soif et le vide en ton ventre
Agrippe tes semelles à la voie sacrée
Marche clair

Sous le tympan aigu de la Maison du Lion
On ne peut s’y tromper
Même les yeux ouverts saignant de trop d’été
Et quand tu y seras

Pointe précisément ton berceau dans le ciel
Le reflet vertical de ta première entaille
Du nadir de l’amour au zénith de l’exil
Étarque chaque ligne

Dans l’axe de midi qu’elle chante sa note

Au feu de la patience il faut tremper tes os
Tiens bon. Laisse fondre le reste

Juste avant que le vent
N’éteigne de la soif l’infime incandescence

Rassemble et ouvre grand

L’instant viendra de boire à la face éclipsée
D’un millier de Soleils


Sieste par temps d’orage


 

Dormeur de l’autre rive
Mes rêves rends-les moi, je te rendrai les tiens

Que fait dans ma trachée sous le plein jour des songes
Cette touffeur de nuit
Coulant par le tamis de mes intermittences
Les vapeurs de vos fleuves qu’entame sans faim
– Lasse persévérance –
La roue à aube du soleil ?

Voici entre deux eaux glissant d’un vert à l’autre
Les gueules insomniaques du désir, remords
Hennissant sous l’armure des alligators

Le vent n’est plus. Suaires plus que voiles
Ces barbes espagnoles sur les cyprès chauves
S’abreuvant au bayou où se noient les espoirs
(Hier, Virginia-Louise, une fleur à l’oreille)

Si le Chêne aux bras tors dont le vert indompté
A étranglé l’hiver
Pousse dans ton corps ses racines ailées
Ne bouge pas, Dormeur

Sans sa force et son ombre on dirait ce pays
Médité sous le porche brûlant de l’orage
Par un après-midi de mauvaise conscience

Le dieu était alors en son adolescence

 


 

 

 

Une autre ville (Toulouse)

C’est Mister Black, le merle avec lequel je partage mon jardin de Canterbury, qui m’a conduite au blog de Guillaume Sire. WordPress ayant jugé qu’il lui fallait un compagnon, il a fait surgir de dessous le “réseau des ormes” cet autre merle. Sa présence dans la nuit vivante de la forêt a remué dans mes halliers des souvenirs que je ne savais pas abriter, et j’ai continué à parcourir avec bonheur les textes de ce blog, poèmes (Joséphine Lanesem a évoqué ici cette écriture exigeante à l’incision parfois oraculaire), pensées. Bien que ne sachant rien de leur auteur, je me sens en territoire ami, reconnais des préoccupations, des accents, des blessures et les sentiers qu’elles font prendre.

Puis il y a ses écrits sur Toulouse, qui au contraire me sont étrangers, et pour cette raison fascinants d’une autre manière. En moi les cordes de la sensibilité au paysage, qui donnent ma note fondamentale, vibrent à leur lecture. Le souvenir d’une amie très aimée, aussi, qui partit y vivre quand nous avions treize ans – dans ses lettres, j’aurais voulu trouver des regrets plus saignants pour Lyon, égoïstement, sans penser à ce que lui aurait coûté d’exprimer cette peine. Mais en lisant les textes de Guillaume Sire, je me dis qu’il était bien normal de ne plus penser à nos fleuves et nos collines (hélas, Lyon n’appartient qu’en désir au royaume alpin…). Comme il doit être bon d’être de quelque part, quand ce quelque part est Toulouse. Il y a un peu de Sparte (de la mienne, en tout cas), dans cette ville que le soleil semble acculer contre les Pyrénées. Je vous laisse lire.

Ce qu'il reste des brumes

D’un côté la Méditerranée : miroir de feu hellénique ;
De l’autre l’Atlantique : voiles blanches, colère ;
Les Pyrénées : cheveux de glace, flancs d’éboulis ;
Le Lauragais ; le Gers ;
Lotissements aux abords des châteaux, mauvais vins, trafiquants,
Aristos fauchés,
Pizzaïolos.

Dans la voix, les Toulousains ont des billes de fer. Ils ne parlent pas, mais brisent des cagettes dans leurs coffres tourbeux.
Leurs jambes s’arquent autour du souvenir des chevaux avec lesquels leurs ancêtres labouraient les pâtis.

Les églises bandent au chaud soleil. Les rues s’amoncellent vers la sortie. Je suis brun, malade, colossal, cathare, paranoïde, hasardeux et chimérique. La même torpeur nous anime,
Ma ville et moi,
Qui saigne le jour et fond la nuit.

Toulouse est wisigothique depuis toujours, déjà avant les Wisigoths. Cité violente et vaniteuse, jaillie du sexe de l’Histoire.
Toute son architecture païenne est dédiée à la Lune (Notre Dame de la…

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Création de monde

Voici un billet que j’ai dans le cœur depuis bien longtemps et comme souvent dans ce cas-là, je ne sais par où commencer. Mais puisqu’en toutes choses, ou presque, la voie de la simplicité semble la meilleure, c’est encore celle que je vais adopter aujourd’hui.

J’ai entre les mains Un récit, de Chloé Landriot. C’est le numéro 174 de la collection Polder, une publication liée à la revue Décharge que les lecteurs de poésie contemporaine un peu curieux connaîtront. En faisant un tour sur leur page internet, je remarque d’ailleurs qu’y figurent un autre numéro de Polder et quelques haïkus de Marie-Anne Bruch, dont je suis le blog avec reconnaissance – le sens de l’émerveillement à jamais redevable à celles et ceux qui partagent leurs lectures poétiques avec la sobriété de la générosité.

Je connais Chloé depuis l’hypokhâgne. Venue de Saint-Etienne (ville verte 😉 ), elle occupait dans l’internat du vénérable Lycée du Parc, à Lyon, la même thurne qu’une amie d’enfance à laquelle je suis attachée par toutes les brûlures de la beauté découverte à deux. Je puis ainsi dire que Chloé écrit des poèmes depuis longtemps, et que depuis longtemps je les aime et les admire. En essorant un peu mon esprit argileux, je pourrais tenter de mettre en mots ce qui, dans son écriture ou ma lecture, justifie cette prédilection – il ne s’agit pas d’amitié, qui seule ne me ferait pas écrire cette présentation. Je pourrais souligner, par exemple, que c’est une poésie exigeante – non, pas de celles qui se retranchent dans une obscurité suspecte ou un hermétisme stérile, mais au contraire, d’une clarté qui ne s’atteint qu’à travers le feu où se consument les scories décoratives et mensongères. Ajouter qu’elle parle de l’amour comme personne, et des arbres comme je voudrais savoir le faire. Que, si vous avez l’heureuse curiosité d’y pencher votre regard, c’est à une fabuleuse création du monde que vous assisterez.

Mon jugement paraîtra peut-être biaisé ; remettez-vous en alors à celui de Jean-Pierre Siméon (excusez du peu !) qui écrit dans la préface :

Il y a dans Récit une ambition, un souffle, une largeur de vue et une élévation de la langue dans un lyrisme assumé et dominé comme on en lit peu dans ces temps de parole contrite. Pensez donc, il s’agit de rien moins que de retracer la genèse du monde et de l’humanité depuis l’initial et mystérieux surgissement du vivant dans les noces de l’eau et de la lumière ! Le poème de Chloé Landriot, rappelant l’origine, objectant à la perte, est un acte de foi dans la vie, courageux et intempestif : nous en avons besoin.

Dans un tel poème, il m’est douloureux et presque impossible de trancher et d’extraire, tant chaque strophe naît organiquement de la précédente et donne naissance à la suivante, croissance continue épouse de la vie. Je le fais pourtant et, cela ne vous surprendra pas, vous livre quelques strophes consacrées aux arbres.

***

Vint la vie végétale
Fragile et têtue
Confiante sans espoir
Sûre
De ses racines
Sans souci du ciel.

(…)

Entre ciel et terre
L’arbre se tient
Ouvert aux quatre vents
Aux cents sucs de la terre
Aux mille venelles des eaux capricieuses

Le chemin de ses racines
Est complice des roches
Et possède en secret leur ingénue lenteur
Le port de ses rameaux
C’est la route des eaux dans la route des airs

Il faut tant de chemins
Parcourus sans relâche et sans hésitation
Pour qu’un arbre s’élance.

Nous avons été des arbres
Et le temps pour nous n’avait pas la même couleur

De notre apparition il n’est nul souvenir
Nul ne dit notre histoire
Pourtant chacun la sait au plus profond de soi

(…)

Nous avons été nourris
Dans le mystère
Du corps à corps
Puisant avec vigueur dans le sein de la terre
Aspirant goutte à goutte
De toute notre force
Lente et inexorable
Le suc d’entre les roches

Nous avons été nourris
Dans le mystère
Du ciel intact
Accueillant dans la transparence de nos feuilles
Ce qui de la lumière
Peut étoffer un corps
Et le rendre plus beau

Lumière – nourriture

(…)

Et nous ne dormions pas
Car nous sommes aussi les enfants de la nuit
Sans peur et sans tristesse
Capables d’accueillir ses mille chants secrets
Sans en rien dévoiler au jour
Fidèles
Relais de son amour
Et nous le redonnions –
Fraîcheur, parfum, ombre dense –
Mêlant dans notre sève
Les eaux de la nuit courbe et le feu du ciel blanc
Mêlant dans notre sève
Les deux amours.

(…)

Nous avons été des arbres
Et tu fus parmi nous
A présent
Déracine ton ombre
Porte haut le feuillage des années sans nom
Et marche.

***

Voici la présentation de la collection Polder. Vous pouvez vous y abonner ici ou m’indiquer dans les commentaires votre éventuel désir de vous procurer le recueil.
L’image d’en-tête est l’illustration de couverture, et l’oeuvre de l’artiste lyonnaise An Sé.

Des paysages

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Quelques notes, très imprécises encore, nées de l’écoute récente d’une improvisation d’Aldor (Les beautés bouleversantes), elle-même inspirée de la lecture d’une ravissante célébration d’un paysage italien écrite par Joséphine Lanesem.

Dans son improvisation, qu’il juge “insuffisamment réfléchie” mais qui est comme souvent une invitation pour l’auditeur à laisser son esprit vagabonder à sa suite, Aldor explore les relations entre la beauté perçue et l’émotion qu’elle fait naître en lui, ou pas. Rares sont à ses yeux les choses à la fois belles et capables de nous émouvoir. Parmi celles-ci, il compte la musique, les textes poétiques et les femmes – toutes réalités qui ont en commun une beauté source d’émotion. Aldor souligne qu’en elles, plus qu’en un paysage ou un tableau, la dimension temporelle est sensible, qu’on y rencontre le changement, le mouvement, une mutabilité qui éveille en nous une émotion liée à la possibilité de la perte. Au contraire, à la perfection au front de pierre, sans commune mesure avec notre nature, nous ne vouons qu’une froide admiration, peut-être entachée de crainte (j’espère ne pas trop trahir son propos, il me corrigera si c’est le cas).

Sur la perception de l’éphémère dans la genèse ou le tissu de l’émotion, je le suis entièrement. L’appréciation des visages, des musiques, tire son saisissement de cette danse nécessaire à laquelle nous condamne l’incertain équilibre du présent. Le mouvement du temps, en eux que nous considérons mais également en nous qui les considérons, nous met au ventre le feu du désir, aux yeux l’intensité de saisir ce qui ne peut que nous échapper, au cœur la pointe d’amertume ou de révolte devant une indomptable solitude. Ils passeront, ils passent déjà, et nous avec. Autrement dit, notre finitude commune donne à l’instant de notre rencontre un poids infini, une irremplaçable valeur ; la mort nous fait don de l’intensité la plus haute. Vous allez me dire que vous êtes bien contents de savoir que je suis d’accord avec Aldor sur ce point mais qu’il n’était pas nécessaire de répéter laborieusement ce qu’il a déjà fort bien dit. Vous avez raison. Seulement, cette exclusion du paysage du royaume des choses belles et émouvantes m’a causé une surprise extrême, et s’est mise à me travailler. Qu’on me pardonne d’utiliser mon blog pour débrouiller mes pensées.

Cela ne vous étonnera pas si vous lisez le fouillis de mes textes, je suis de ceux qu’un paysage réduit en cendres, et fait renaître. Aucun visage, aucun être humain, ni peut-être même aucune mélodie – et je sais pourtant la musique capable de me conduire pieds et poings liés en des lieux dont rien dans mon expérience sensible ne m’annonçait l’étrangeté – ne me saisit avec autant d’intensité. Disant cela, je n’envisage pas forcément les paysages “sublimes” qui explosent l’étroitesse de notre point de vue ordinaire et lui imposent un changement radical, de nature à nous imprimer dans la rétine, le tympan et le reste, la conscience aiguë de notre insignifiance. Le tendre vallonnement d’un paysage façonné par l’homme, la course sinueuse des murets de pierre parmi les herbes hautes des Yorkshire Dales, peut vriller en moi une émotion aussi cuisante que les sommets où veillent les glaciers, sentinelles des étoiles. Non, ce n’est pas parce que je suis croyante. Bien avant d’avoir entendu parler de Dieu, bien avant d’envisager la possibilité de son existence, quand rien ne me paraissait plus ridicule que de s’en remettre à un Etre supérieur invisible, invérifiable, inaccessible, muet, et surtout incapable de régler la scandaleuse marche de l’histoire, j’ai perçu que le monde était habité (j’emploie cet adjectif sans le définir, faute d’en trouver un autre qui décrive mieux ma sensation). La conversion a permis d’articuler autrement cette relation (païenne, si vous voulez) à la crucifiante beauté des paysages, mais elle n’y a rien changé, fondamentalement.

Le monde a un langage, et pour le recevoir tout en moi a été accordé. Je ne le comprends pas. Mais je l’entends. C’est pourquoi j’écris, comme si les mots étaient la matière dans laquelle, à force de pétrissage, je devais trouver de quoi déchiffrer le sens de cette rencontre. Je connais un homme qui monte camper seul au sommet des montagnes du Lake District, contemple le paysage, puis replie sa tente et redescend. Il me dit qu’il ne veut que se laisser traverser de l’émotion, sans rien tirer d’elle, sans l’asservir à un quelconque objectif (cet homme peint). L’écoutant, je ressens un frisson de tristesse, peut-être de peur. Moi, je dois écrire. Ce que me transmet le paysage, ou ce qui vient à moi à travers lui, est de l’ordre de l’amour, et je dois y répondre par une démarche du même ordre. Je n’en connais d’autre, pour l’instant, que le partage de la poésie.

Joséphine me fait remarquer qu’un paysage n’est pas une image. On y marche, on y engage son corps, on y apprend le pouvoir et l’acuité de ses sens. Le paysage est mouvement et temporalité (tiens, il y a un texte de Julien Gracq qui parle des émotions nées du changement d’un paysage sous la lumière des heures fuyantes – à retrouver). Il arrive même que notre survie soit en jeu – tentation et fascination du bord de la falaise, de l’arbre aux branches dangereusement effilées, de cette ligne sombre, plus loin sur les vagues, au-delà de laquelle il est certain qu’enfin, nous entendrons la musique qui commande à l’inimitable grâce des cétacés et des algues.

Toutefois, j’aime et désire avec la même violence des paysages que j’ai très peu d’espoir de traverser un jour, faute de moyens et de temps. Tout ce que je ne verrai pas, tout ce dont la vie puis la mort me priveront : sujet de révolte noire dans l’enfance. J’ai grandi consumée d’une soif terrible d’embrasser la totalité des paysages que la Terre a à offrir. Désir déraisonnable, avide et dont la lame acérée a longtemps nourri ma colère ; cause ou symptôme d’une étrange amertume, d’une tristesse pesante, très tôt dans ma vie. Voir, voir plus, voir encore, mais pour quoi faire ? Je n’en sais rien. Je répéterai que c’est une forme d’amour dont je fais l’expérience dans la contemplation, ou dans la relation qui se noue avec un paysage. Certains s’étonneront peut-être : s’il y a beaucoup à admirer (et encore, pourquoi ?), il y a peu à aimer dans des accidents de relief et des végétaux de hasard. Pourtant, à mes yeux, tout paraît nécessaire. Chaque chose est là pour contribuer à l’harmonie du monde (aussi grinçante qu’elle semble parfois). Chaque chose raconte, et tout raconte.

De fait, le paysage vient souvent à moi, ou moi à lui, à travers un réseau de récits, de légendes, de souvenirs et d’échos. Je ne le regarde pas en géologue, en botaniste, ni en archéologue – non pas que je refuse ces lectures, bien au contraire, mais je n’ai pas les connaissances techniques. Comme bien des gens, je lis le paysage en poète, en héritière d’une tradition d’histoires dont il suffit que me parviennent des effluves ténus pour que ma perception gagne en profondeur. Cela est le plus vrai quand je pense à la Méditerranée. Bien que parmi les centaines d’histoires lues, écoutées, traduites, la plupart aient déserté ma mémoire active, elles nourrissent obscurément et puissamment ma perception de ses paysages et mon inscription en leur sein. Je viens à elle, elle vient à moi, et nous nous rencontrons en cette béance lumineuse que sa beauté et ses légendes ouvrent dans mon âme. Écartèlement de sa lumière, écartèlement de mon désir. Contrairement au Renard, qui a attendu le Petit Prince pour aimer les blés (Aldor en parle merveilleusement ici), je n’ai pas besoin du souvenir d’un être aimé (c’est même l’inverse : j’aime les visages quand le rêve vient lever en eux des paysages). Même en l’absence de récits et d’une connexion « précise » avec un paysage, je le perçois toujours comme habité. Les plaines de Mongolie, que je rêve de parcourir un jour sans avoir rien lu à leur sujet, me parlent d’une liberté promise par la pression du vent dans le velours des herbes hautes. L’espace et la lumière suffisent. Le rêve qui est nécessaire à l’amour est directement tissé dans la matière du monde. J’ajouterai que depuis quelques années, les arbres sont progressivement devenus pour moi les signes et les messagers les plus clairs de cette intention. Il y a quelque chose de personnel dans leur rayonnement. Est-ce que je verse dans l’animisme ? Je n’en sais rien. Je ne me reconnais pas dans le terme. Ce que je perçois dans la beauté d’un arbre n’est pas vraiment un esprit – à ce stade de ma recherche, je ne sais pas comment expliciter l’adjectif « personnel ».

Même lorsque Dieu me semblait inconcevable et inacceptable, les paysages ne m’ont jamais donné la possibilité de croire le monde totalement absurde. Ils sont pour moi la source de la plus grande joie, du plus grand désespoir, de la conscience la plus vive de la condition humaine. Etre homme, pour pouvoir les parcourir, les peser de mon poids, les mesurer en infinis multiples de mon insignifiance, pour advenir par eux, tirer mon corps de leur embrassante matérialité, illuminer mon âme du rayonnement de leur toute-puissante immatérialité.

Etre homme, entendre ce que le paysage ne dit qu’à l’homme, et s’accomplir.

Photo : en montant au Col de Rabou, Dévoluy, Alpes. 

Si

Sur la soie de ta peau sous tes iris de lierre
Transhume un flot d’étoiles
Si j’afferle une voile
Et déploie son appel au mât de mes prières

Conduira-t-il ma course au havre des désirs
Et si sur ma boussole
L’aiguille en vain s’affole
Auras-tu l’impatience de me secourir

La mer est écheveau de rêves solitaires
Et si à trop sonder
J’éteins l’éternité
Regarde-moi sombrer docile comme pierre

Mais je vogue sans ancre et mon amour aptère
A dépouillé l’espoir.
Me voici pour un soir
Sur la foi d’une peau et de deux iris verts

Hespérides

Ton visage parle d’Îles
Où surnage le Couchant

Comme sur leurs rivages
L’été perpétuel
Il m’entête au passage
D’une faim d’ombre douce

Il déjoue mes paupières et arrime ma soif
Aux étoiles transhumant
Immobiles passagères
Sur la soie de ta peau sous tes iris de pierre

Et que luise trop léger
L’orient de ton sourire
Rémanent dans ma nuit éreintée de désirs
Déjà

Tout est scellé

– Par ces archipels nus
Oh, s’il plaisait à Dieu
D’égarer mon salut
Dans le sang du soleil