Voie

De toi-même tu ne sais rien. A peine l’existence t’a-t-elle effleurée – trop peu pour que tu aies pu te mouler à sa forme. Au je que tu prononces, quelques voix font l’aumône d’un tu. Si d’aventure il te semble y percevoir plus qu’un écho de convention, la curiosité aussitôt te tourmente ; tu brûles … Continue reading Voie

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Saisons

La poésie est une activité saisonnière. Non pas en ce qu'elle serait attachée à une saison plus qu'à une autre, mais en ce qu'elle sert de canal à ce que chacune susurre en passant. Comme le jardinage, elle vacille en équilibre sur le dos du temps qui court, attentive à cette note dans le halètement … Continue reading Saisons

Ensemble (II)

  Inconnaissante Comme le vide au cœur du bois Qui ne se peuple que sous l'archet J'appartiens au hasard des rencontres Ma conscience est de passage Que l'onde entre deux brumes la fende D'un arbre qui s'étoile Ou l'aile entre deux eaux D'un oiseau noir - c'est-à-dire blanc - Sonnant l'appel Comme l'herbe parmi la … Continue reading Ensemble (II)

Une autre ville (Toulouse)

C’est Mister Black, le merle avec lequel je partage mon jardin de Canterbury, qui m’a conduite au blog de Guillaume Sire. WordPress ayant jugé qu’il lui fallait un compagnon, il a fait surgir de dessous le “réseau des ormes” cet autre merle. Sa présence dans la nuit vivante de la forêt a remué dans mes halliers des souvenirs que je ne savais pas abriter, et j’ai continué à parcourir avec bonheur les textes de ce blog, poèmes (Joséphine Lanesem a évoqué ici cette écriture exigeante à l’incision parfois oraculaire), pensées. Bien que ne sachant rien de leur auteur, je me sens en territoire ami, reconnais des préoccupations, des accents, des blessures et les sentiers qu’elles font prendre.

Puis il y a ses écrits sur Toulouse, qui au contraire me sont étrangers, et pour cette raison fascinants d’une autre manière. En moi les cordes de la sensibilité au paysage, qui donnent ma note fondamentale, vibrent à leur lecture. Le souvenir d’une amie très aimée, aussi, qui partit y vivre quand nous avions treize ans – dans ses lettres, j’aurais voulu trouver des regrets plus saignants pour Lyon, égoïstement, sans penser à ce que lui aurait coûté d’exprimer cette peine. Mais en lisant les textes de Guillaume Sire, je me dis qu’il était bien normal de ne plus penser à nos fleuves et nos collines (hélas, Lyon n’appartient qu’en désir au royaume alpin…). Comme il doit être bon d’être de quelque part, quand ce quelque part est Toulouse. Il y a un peu de Sparte (de la mienne, en tout cas), dans cette ville que le soleil semble acculer contre les Pyrénées. Je vous laisse lire.

Ce qu'il reste des brumes

D’un côté la Méditerranée : miroir de feu hellénique ;
De l’autre l’Atlantique : voiles blanches, colère ;
Les Pyrénées : cheveux de glace, flancs d’éboulis ;
Le Lauragais ; le Gers ;
Lotissements aux abords des châteaux, mauvais vins, trafiquants,
Aristos fauchés,
Pizzaïolos.

Dans la voix, les Toulousains ont des billes de fer. Ils ne parlent pas, mais brisent des cagettes dans leurs coffres tourbeux.
Leurs jambes s’arquent autour du souvenir des chevaux avec lesquels leurs ancêtres labouraient les pâtis.

Les églises bandent au chaud soleil. Les rues s’amoncellent vers la sortie. Je suis brun, malade, colossal, cathare, paranoïde, hasardeux et chimérique. La même torpeur nous anime,
Ma ville et moi,
Qui saigne le jour et fond la nuit.

Toulouse est wisigothique depuis toujours, déjà avant les Wisigoths. Cité violente et vaniteuse, jaillie du sexe de l’Histoire.
Toute son architecture païenne est dédiée à la Lune (Notre Dame de la…

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Des paysages

Quelques notes, très imprécises encore, nées de l’écoute récente d’une improvisation d'Aldor (Les beautés bouleversantes), elle-même inspirée de la lecture d'une ravissante célébration d'un paysage italien écrite par Joséphine Lanesem. Dans son improvisation, qu'il juge "insuffisamment réfléchie" mais qui est comme souvent une invitation pour l'auditeur à laisser son esprit vagabonder à sa suite, Aldor … Continue reading Des paysages

Si

Sur la soie de ta peau sous tes iris de lierre Transhume un flot d'étoiles Si j'afferle une voile Et déploie son appel au mât de mes prières Conduira-t-il ma course au havre des désirs Et si sur ma boussole L'aiguille en vain s'affole Auras-tu l'impatience de me secourir La mer est écheveau de rêves … Continue reading Si

Hespérides

Ton visage parle d'Îles Où surnage le Couchant Comme sur leurs rivages L'été perpétuel Il m'entête au passage D'une faim d'ombre douce Il déjoue mes paupières et arrime ma soif Aux étoiles transhumant Immobiles passagères Sur la soie de ta peau sous tes iris de pierre Et que luise trop léger L'orient de ton sourire … Continue reading Hespérides