Insignifiance

je vis sous l’aile transparentede l’insignifiancesous son manteau de feuilles au ventinvisible qui vais au grand jourmuette en mes paroles sourdesignorante ignorée dans ma nuit s’efforce l’étoilement patientd’une confiance qui ne m’appartient paset néanmoins m’enserre(chuchote, flamme de mes os)comme un souffle venu du ventre de la terrequi fait vieillir l’hiver je vis sous le voile…

Vertige de l’herbe

Marcher : cette houlecreux après creuxcrête après crêtesur les reins de l’élanà chaque souffle son trébuchementà chaque chute son étonnement une cambrureet puis la résurgence et de l’œil jusqu'à demainla flèche le filinoù se suspend l’instant (la foi est une incantation infime)d’espace en espace conquis et renoncéincessamment s’avancentfront après front de verdeurà chaque brin, le rêve de sa frange de lumièredans…

Cigales nocturnes

  Éteins ce chant Trop intérieur et trop lointain Éteins ce chant Je ne peux plus Entrer dans la nuit des cigales - Le temps déjà était né Me semble-t-il Tout juste Et comptait sur ses doigts Debout dans le vertige étoilé de la nuit Des galaxies aux cils - Sur mon âme la pluie…

Imagine que soit donné

Imagine que soit donné à qui pétrit l’opacité de se comprendre sourcier : la table, la chaux et l’écuelle le halo frêle sur le bois fêlé et jusqu’au jour cruel qui siffle sous la porte non moins que les rivages des îles s’abreuvent au suc du rêve c’est bien le rêve qu’à l’aube grise telle…

Elle passe

elle passe coiffée d’algue folle avec son ombre qui va l’amble la brûlure soudain au sommet de mon crâne ! sur le seuil étonné de mes lèvres une bulle garde le secret d’un cri elle passe miroitante à l’enjambée d’ibis et l’urne qui me contient se leste du plomb de l’instant immortel ce qu’elle emporte,…

N’effarouche pas

N’effarouche pas La joie qui sursaute au détour du chemin Tendresse, remonte les veines de ses bras Vers le martèlement - O millier d’étourneaux ! Tant est près le ciel que le sol penche Comme à la pinède son faisceau d'éclairs A ce coeur la sagesse de l'orage : L’ardente inexistence de demain   Don't…

L’heure des arbres

Descendant Forty Acres Road au lever du soleil. Un coup d'oeil dans l'air encore crissant de givre vers les arbres de Pine Tree Avenue. L'arbre appartient à certaine lumière. Au bouleau toujours jeune, l'expansion (matin). Au tremble et au peuplier, la suspension (zénith). Au chêne, l'ambre charnelle de quatre heures avec son ombre qui bascule.…

Germe

* Dans l’anis vert du printemps cherchant la sève dont tes lèvres promettaient à jamais d’allaiter mon sourire j’ai trouvé le germe de novembre et je n’ai pas pleuré c’étaient la prime enfance de la pluie et l’os immaculé du bois feignant la mort le fin craquèlement de limbes roussis pour la faim de ramures…

Petits bourgeons du jour

* Je gratte la surface La surface me gratte Dans les bons jours nous sommes L’une à l’autre patiemment Comme soeurs s'épouillant Jouant des ongles et minutieuses Telles la pluie * À la faveur du chant nocturne Que l’on nomme silence Une étoile Penche sur moi Le feu de l’interrogation Or de réponse plus de…

Soir

* Ayant atteint le degré d’opacité où le mystère même s'éteint je vais par les fenêtres cognant à l'armure lamée des nuages les lambeaux du silence mien du soir la soie suture mes lèvres par leur val désormais refermé un souffle presque un baiser une âme de montgolfière refuse d’oublier le grain de l'air au-delà…

Alerte

. Comme le cerisier délesté de lui-même par un soupir du ciel il faudrait se livrer Ou comme ce passant à mi-pas suspendu devant l'éphémère perfection inhaler la grâce du renoncement et consentir Sans façon Aucune giclée de roses aucun printemps lascif se livrant au mirage des saules ployant sur les eaux de leurs larmes…

Si lentement

. Si lentement l’été s’en vient Et je peine je peine Sur son rai à enfiler mon pas Les mots se sont éparpillés Graines promises à d’autres contrées - Et ce vent qui cavalier m’érode En familier A mon tour j’essaime le silence : L’aigrette du pissenlit De mon souffle embrumé recevra son plumage Et…

Moisson

    Le temps s’en vient comme qui possède des champs barbus d’or en abondance et ne songe à faucher que pour qu’un peu de suc au bout de chaque tige cristallise en miel l’ininterruption     Time is coming as who has fields of bearded gold in abundance and thinks of mowing only so…

Quetzalcoatl

    La brise froisse à peine l’ourlet de mon rêve Le silence est ardent A l’Occident fulmine un symbole inconnu Fendant le bouclier riveté de la nuit Dérive magmatique Cuirassé de consonnes un dieu étranger Le feu de ses écailles a fauché les étoiles Et sous le vent de ses plumes s’ébroue Un peuple…

Ma terre est de franche pauvreté

*     Ma terre est de franche pauvreté où seul croît ce qui tremble au seuil de l’existence ténu En héritage le vent me légua l’arrière-peau de toute nudité Mais penche-toi sur ma poussière : plus qu’en fertile cendre y palpite la pulpe des saisons de bois vert Orpheline de mon ombre je possède…

Poetry, pomegranate and persimmon

Prévisible, voilà ce que je suis. Il a suffi d'un jour de lumière cristalline à la porte de février pour que des mots s'en viennent. Après des mois de silence, soudain quelques poèmes tambourinent au portillon, des poings et des pieds, dégringolant comme Bifur, Bofur, Bombur et Thorin sur le paillasson de Bilbo... mais de…

“Je ne suis rien”

Les hasards de WordPress me renvoient ce matin à un extrait du Bureau de tabac de Pessoa qu'Andréa avait eu la bonté de partager l'an passé sur son blog (merci encore !). Je le relis, me demandant comment j'ai pu oublié l'avoir lu. Depuis longtemps, je ne m'inquiète plus de la disparition des monceaux d'inutiles…

Essor

  Je doute de ma langue plus que de ma peau je doute de mes yeux et doute de vos voix je douterai demain d’avoir jamais vécu ici - comme à présent d’avoir connu là-bas tel regard autrefois   Mais jamais de l’aube et de l’essor que contre le courant mon lent désir amonte en…

Arcane (2)

Percevoir l’arcane du monde et tâtonner vers son déchiffrement est l’objet même de la poésie. La poésie ne peut advenir sans cette foi perceptive, aussi brumeuse soit-elle, d’une vérité à la fois immensément lointaine et trop proche, et dont le monde est une manifestation. C’est à cela qu’on la reconnait : au passage de son…