Sonnet sur l’exil

Et puisque nous sommes de naissance exilés
Suspendus par la soif aux fontaines taries
Sans mots devant les arbres qu’un rayon nourrit
Assez pour toucher ciel et s’y enraciner

Et puisque nous roulons nos manques et nos peines
Pierres sur lesquelles aucun dieu ne construit
Sa maison éternelle, et qu’à goûter les fruits
Du Jardin maternel nos faims resteront vaines

Suivons en hirondelles l’été qui s’enfuit
Passons comme nuages promesse de pluie.
Jour après jour levant notre incertain bivouac

Marchons loin du Royaume en semant au hasard
Les chansons de l’Exil. Et quand viendra le soir
Fendant les vives-eaux montons vers notre Pâque

Sternes

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Sternes, d’un pôle à l’autre lancées
A la poursuite de l’été
Cargos, sur la plaine stérile
Poussant des rêves mercantiles

Quand se rencontrent vos sillages
Incandescences de passage
Que semez-vous ? Écume et plumes
Vaines oboles à la brume

D’autres tentant leurs migrations
Grevés d’une ancre d’espérance
De leur vie feront libation

Tracez pour eux vers l’horizon
Les lignes de notre inconscience
Où leurs âmes se suspendront

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Illustration prise sur le site de la RSPB, Arctic tern

Patience

Voici que je découvre la ville au matin
Reflets sur le trottoir d’un ciel encore brouillé
Comme il est étranger, ce premier pas restreint
Lorsqu’aux portes closes les enfants sont confiés !

A quoi vais-je occuper les heures qui s’avancent ?
Les mots assis en rond attendent patiemment
La mélodie qui ne vient pas. Dans le silence
Je m’assois avec eux tendant l’oreille au vent

La note profonde se tait. S’en sont allés
Les éclats, les couleurs, et le pressant appel
Lové dedans mon ventre aux heures dérobées

Le jour s’enfuit déjà. Muette sentinelle
Ensemble nous guettons la naissance du chant –
L’hirondelle revient à qui croit au printemps

Sonnet à mon amie

Je t’écris aujourd’hui pour que le chemin compte
Pour que ce jour de clair automne ne s’efface
Sans avoir déposé sa mesure fugace
Mêlé sa note unique à la chanson du monde

Pour que le chemin compte aujourd’hui je t’écris
Le ciel est beau l’automne est tendre et dans la terre
Bleue de l’enfance où nos racines s’entreserrent
D’autres automnes clairs bercent encor leurs fruits

Mais voici sur le chemin l’Age qui s’en vient
La main tendue. Il n’est plus temps de l’ignorer
Les promesses miroirs ont quitté les lointains

En voilà dans sa paume les éclats dorés.
Amie, tire avec moi le fil de la tendresse
Célébrons de ce jour l’inextinguible liesse.