Sonnet sur l’exil

Et puisque nous sommes de naissance exilés
Suspendus par la soif aux fontaines taries
Sans mots devant les arbres qu’un rayon nourrit
Assez pour toucher ciel et s’y enraciner

Et puisque nous roulons nos manques et nos peines
Pierres sur lesquelles aucun dieu ne construit
Sa maison éternelle, et qu’à goûter les fruits
Du Jardin maternel nos faims resteront vaines

Suivons en hirondelles l’été qui s’enfuit
Passons comme nuages promesse de pluie.
Jour après jour levant notre incertain bivouac

Marchons loin du Royaume en semant au hasard
Les chansons de l’Exil. Et quand viendra le soir
Fendant les vives-eaux montons vers notre Pâque

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Author: Frog

French and Vietnamese, living between England, France, and an often-dreamt Mediterranean, where my heart dwells.

22 thoughts on “Sonnet sur l’exil”

  1. Ah oui, quand même…
    Je ne suis pas très au fait des sonnets et autres tournures poétiques, mais on sent la maîtrise, très belle maîtrise et surtout, surtout beaucoup le plaisir des mots, le plaisir d’écrire. Et ça c’est encore plus beau 🙂

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  2. Une troisième variation sur l’exil et la terre d’attache – terre, ville, maison – ; posée, plus apaisée, j’imagine plus travaillée que “comme si tu étais par naissance…” mais j’imagine seulement, car savoir si tu (oui, ça y est je vous tutoie, c’est venu tout seul – si vous êtes d’accord / tu veux bien ?) versifie vite et bien ou dans la longueur lente, je n’en sais rien et honnêtement en tant que lecteur le travail d’écrire ne me regarde pas.
    Bref c’est là encore magnifique, et comme j’ai peu d’auteurs dans ma gibecière je retrouve ici des échos de Saint John Perse.
    merci !

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    1. Tutoyons-nous, je le veux bien, c’est presque tendrement proposé. 😉 Merci du compliment et de la comparaison imméritée mais qui me remplit de gratitude. Moi aussi j’aime ce que j’ai lu de Saint-John Perse, beaucoup, beaucoup. Tiens, tu me donnes envie de poster des poèmes de lui (probablement les bouts que tout le monde connaît, mais qu’importe, ça fait du bien).
      Tu as raison, bien sûr, c’est bien plus apaisé que mon texte précédent. La forme du sonnet pousse à prendre de la distance, et l’exil est commun à tous les hommes. C’est ma petite variation sur le vieux thème de l’exil du Paradis et de la nostalgie qui s’ensuit.
      Pour la versification, je ne saurais te dire (d’ailleurs tu ne me demandes rien) : tout dépend du poème. Quand j’ai commencé à en écrire, au contraire de certains, j’ai choisi d’apprendre à travers des formes versifiées et rimées, qui canalisent. Trop souvent, la liberté conduit au bazar, à l’informe. Inventer ses règles et qu’elles soient fécondes en beauté, c’est pour les gens expérimentés, à mon avis. Mais au fond, tout dépend du poème, de ce qu’il demande. C’est toujours lui qui vient à moi, non l’inverse, du coup, si j’ai trop de mal, si l’écriture est laborieuse, je laisse tomber : ce poème ne veut pas passer par moi. Je ne passe jamais un temps trop long dessus (ce qui est embêtant, c’est qu’ils me viennent souvent très tard la nuit, et bonjour le sommeil – la poésie est mauvaise pour la santé). une amie dont deux recueils vont être publiés (j’en parlerai) dit qu’on peut revenir sur un poème longtemps après, et trouver ce qui lui manquait sans qu’on ne l’ait su – n’ayant encore jamais cherché à donner une forme “définitive” ou “publiable” à mes tentatives, je n’ai pas l’expérience de cela.
      Et toi, comment ça se passe pour toi ?

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  3. Tu dis que tu ne peux, ou n’aimes pas suivre une consigne, que ton écriture ne t’obéit pas et surgit sans contrainte, et puis tu écris des sonnets… 🙂
    Je suis impressionnée, je n’ai pas ta maîtrise. Déjà trouver le mot juste et suggestif (au sens de faire surgir) si en plus il doit entrer dans le mètre et rimer… Mais je dois me tromper en ayant cette vision artificielle, c’est que je n’écris pas de poésie (au sens de genre poétique, qui a l’origine est tout de même caractérisé par le vers).

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    1. Je ne m’explique pas trop pourquoi j’ai envie de vers. Ca depend vraiment du poème. L’écriture de sonnets et d’autres poèmes à forme fixe est le seul moment où j’ai l’impression de contrôler le flux. Et encore. Comme je le disais dans ma réponse à carnets, si ca ne vient pas, je n’insiste pas. Tu as deja toute la maîtrise nécessaire dans ton écriture qui est à la fois très précise et vive – comme si elle était spontanée.

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    2. Et tu as raison, on tombe vite dans l’artificialité si on se crispe, surtout pour les rimes. La forme a tendance à vouloir dévorer le fond, il faut donc avoir qqc à dire d’assez fort et qui puisse résister.

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  4. Encore une autre manière de dire, très belle, ce vide du coeur en exil, où qu’il soit. Mais l’espoir est présent, et je crois que le chant de l’exil est un beau moyen de s’ancrer dans le monde, envers et contre tous les déracinements. Et si nos racines les plus sûres étaient les êtres que nous aimons et qui nous accompagnent, installent avec nous le bivouac?

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      1. J’ai la conviction que c’est le seul salut possible. Les mots et l’autre, qui devient notre port d’attache. Les amitiés profondes. Ils deviennent un terreau fertile et pansent nos errances. Un peu. Mais je n’ai pas, comme toi, la souffrance de l’enfance arrachée à la terre lointaine, de l’enfance sans langue dans laquelle on se sent chez soi. Alors je n’ai pas, sans doute, cet abysse aussi profond. Je ne peux qu’essayer de te comprendre à travers tes mots.Seulement, je me sens aussi un peu éparpillée, et j’ai beaucoup déménagé, presque frénétiquement, quand j’ai quitté les usines. Je dois encore chercher pourquoi… Et cela n’empêche pas d’aimer les lieux que nos vies traversent (trop vite?).

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        1. Je n’ai pas vraiment été arrachée à un pays, seulement baladée d’un appartement à l’autre, mais les errances de ma mère et d’autres avant elle m’habitent. Cela doit être commun à bien des enfants d’immigrés. Seulement je l’ai ressenti très vivement. Ce que tu disais au sujet de la mémoire des gènes. Pour la langue, je trouve etrange de ne pas comprendre ce que je dis moi même dans les enregistrements de ma petite enfance, en vietnamien. Je le parle encore, mais assez mal. L’exil est une source infinie d’inspiration et j’attends tes textes avec tendresse.

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          1. L’arrachement de ta mère est un peu tien aussi, du coup. Et comme tu le dis, la question de la langue est cruciale. En quelle langue rêves-tu? Je suis ne train de mettre en lien ma soif de renouveau et déménagement avec mon grand père qui s’enracina si fort à Aulueyres qu’il en oublia ses enfants. Je viens de le comprendre, grâce à toi. Traumatisme de l’enracinement. En allant à Aulueyres, j’essaye de me réconcilier avec l’idée, de le comprendre.

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          2. C’est passionnant quand les échanges font venir ces résurgences et nous lancent sur des pistes qu’on ne savait pas même avoir oubliées. J’aime bien ce nom, Aulueyres. Je vais le mettre dans ma tentative de roman. 🙂

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