Voeux

Et puisqu’il est presque minuit et que je me trouve ici, devant mon ordinateur, comme déversée sur ma chaise par une journée éreintée de routes et de chemins de fer, de serrures et de rangements, au bord de me demander s’il faut, ou s’il vaudrait mieux ne pas, partir à la recherche de ce bout de chemin dérobé à la nuit d’il y a quelques semaines où, sous la caresse d’une brise dépliant au bout de bras glaciaux des doigts presque tièdes, je m’étais sentie enrubannée de brume et d’une joie insoupçonnée,
il me semble qu’il vaudrait mieux abandonner à cette heure clémente le passé somnolant et ramasser dans la conque d’à présent ce qui se trouve de mousse chaleureuse, d’écume bienveillante, de flamme nocturne, pour souhaiter au lecteur ami qui passerait par ici une nuit qui lui soit barque et berceuse, et un matin de pâleur, de parfums, un matin d’île, léger d’infinies fondations marines et de mondes promis, et que Dieu lui prête vie, c’est à dire de quoi faire l’expérience d’aimer toujours mieux,
mais ce souhait ne me vient que forcé, arraché, abîmé déjà. Ami lecteur, je peux te souhaiter, plus honnêtement, que Dieu te donne de quoi lutter, que la flamme qui te tient encore debout ne soit mouchée par rien ni personne,
et si tu as tort, eh bien, de trouver quelque part la force de quitter cette peau sans y laisser la peau. Cela, je te le souhaite de tout coeur.

Advertisements