Trying

And so my parents left Toulon, on the Mediterranean coast. They now live in a small prettyish town on the river Seine. Black alders grow on its banks, tall poplars heavily laden with gleaming mistletoe. There is a cold and beautiful medieval collegiate church which looks like Notre-Dame-de-Paris’ little sister.

It is very far from Toulon.

Does it matter ? And why does it feel like something or someone somewhere died or was forgotten ?

Soon February will be on me, with its arrows of light. It will be pins and needles inside my head, and longing, longing, longing.

Oh, to see them again as they walk time through the sky, from one light to another – Mount Caume, Mount Faron, Mount Coudon. And crushed thyme on limestone hill paths.

I am trying to write a novel. It would feature an old English cottage garden and Cotswolds rolling hills. A beloved home under thick trees, and how to leave it. I am trying but not succeeding. One can only write about things that sit through one’s heart, or lungs, or guts. At least, it is the case for me.

 

 

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Attendre le soleil

Trois jours à Toulon et toujours pas de soleil. Ca ne fait rien, j’aime être ici, la double vue sur la mer laiteuse par les baies vitrées de mes parents. Les ferries vont et viennent, témoins d’une Corse qui subsiste dans la brume, d’une Sardaigne vacillant à l’horizon de la conscience.

Toujours pas de soleil. Ca fait quelque chose quand même.

Comme entrevoir le visage du grand amour dans le reflet d’un miroir lui-même reflété sur une vitrine, se retourner sans pouvoir déterminer dans quelle direction de la réalité il se trouvait, s’embrouiller dans le complexe tracé des angles, dans une trame de rais. Amour, je sais que tu es là, montre-toi.

Ou comme le croiser dans une soirée où chacun des visages, des noms, des voix, des histoires colportées, jusqu’à chacun des verres et des petits fours patientant sur la nappe empesée, semble plus intéressant que soi. Et l’on ne sait que faire de cet irréductible sentiment, de cette foi absurde logée en son ventre, que le destin est de vous faire vous rencontrer et vous aimer.

Ainsi la Méditerranée dans son voile de grisaille, me refusant son sourire.

Elle peut ne pas sourire, je demeure là en amour.

Et voilà qu’au moment de publier ce post, les nuages s’ouvrent…

Baies vitrées

Mes parents habitent à Toulon, dans une tour.

L’immeuble est tout à fait comme on peut l’imaginer, du béton en érection qui ruine le paysage, une attestation de moeurs louches. Il faut pourtant y pénétrer, s’armer de patience devant la porte de l’ascenseur qui met à descendre les vingt étages autant d’empressement que le résident moyen à les gravir toutes les fois que la technologie tient à se faire désirer, affronter la chaleur d’étuve qui y règne en toute saison et que l’été pimente d’odeurs idoines. Une fois la porte du logement ouvert, quelques pas en avant (pas la place pour davantage), et voilà, la baie vitrée m’aimante. Suspendue à bonne hauteur, je ne peux que rendre grâce à tout va, à Dieu (en qui je crois mais qui viendrait à l’esprit de tout mécréant en de semblables circonstances), à l’âme vindicative qui conçut la première ce projet aberrant, à l’architecte que l’on suppose au bord du désespoir de s’être ainsi renié, aux officiels corrompus, aux aléas du destin qui conduisit mes parents à élire, parmi les milliers de possibles, ce modeste appartement du dix-septième étage.

J’ai grandi à Lyon – quasiment vingt ans de ma vie. J’ai fait mes études et appris mon métier à Paris. Je suis devenue mère à Canterbury. De retour à Paris, je réalise un rêve d’enfance en pondant une tentative de roman (en cours). Toulon, je n’y ai passé que quelques semaines de vacances depuis un an et demi. Ce n’est donc pas ma ville, et à peine est-elle celle de mes parents, qui ne s’y sont que récemment installés.

Pourtant, pourtant. Il faut vous imaginer que, née dans un trou anéanti de pluie dans un coin trop moche de Normandie pour être mentionné, je file depuis l’enfance un inassouvissable désir d’être grecque (ou grec, peu importe, et si possible de l’époque classique telle que je l’imaginais à 8 ans). La Méditerranée, c’est mon fix – surtout avec montagnes. Alors oui, je n’y viens qu’en vacances, mais maintenant que mes parents ont ici leur résidence principale, qu’ils sont officiellement toulonnais, taxes locales et tout, eh bien je me sens enfin, quoique très imparfaitement, très incomplètement, chez moi. Rapatriée, en quelque sorte.

C’est difficile à décrire. Il faudrait y mettre de l’Ulysse retrouvant Ithaque, et ça vous donnerait peut-être le mauvais genre de rire, au lieu de l’émotion qu’il serait si bon, si doux, de partager ensemble.

Les baies vitrées, j’y reviens. C’est qu’il y en deux. Celle du salon, orientée à l’Est, offre à la vue les pentes du Mourillon, le clocher de Saint-Flavien parmi les toits, et au-delà, l’horizon suspendu de la grande rade, vaste envolée parlant lumière avec le ciel, égrenant ses arpèges de reflets selon les heures. Celle de la chambre, côté Nord, donne sur la petite rade, les ferries corses, les paquebots surdimensionnés écrasant le port de leur morgue descendue des fjords, d’occasionnels trois-mâts, la belle estivade (ce mot fait ici faux-sens mais je n’ai pas pu résister à sa musique), le chapelet de restaurants, le stade Mayol chantant d’une seule voix, un fin crépitement de joyeuse activité, fort plaisant mais qui ne serait rien, rien, sans la présence, derrière lui, au-dessus de lui, des monts toulonnais.

Faron, Caume, Coudon (et les entre-deux dont je ne connais pas le nom). Par tous les temps, sous toutes les lumières, ondulant et vibrant, pesant contre le ciel, contre ma rétine, contre ma chair et mon coeur. Je les remâche dans mes rêves, je les mentionne dans mon roman, j’y fais courir des personnages. La nuit, je guette leur noir plus noir, les fanaux de leurs sommets jouant aux étoiles. Je voudrais être peintre.

Par l’une et par l’autre fenêtres, le ballet des hirondelles me confirme que j’étais attendue ici.

Convaincre mes parents du coup de génie dont ils ont fait preuve en s’installant précisément au dix-septième étage de cette tour que le vent fait gémir, hululer, striduler, qu’il investit avec une violence telle qu’il vous sera impossible de fermer les portes comme de les ouvrir s’il lui prend l’envie (et elle lui vient souvent), de rugir un p’tit coup.
Opiner dare-dare dès qu’ils font mine de mentionner la douceur de vivre en ce pays, les rabrouer illico s’ils osent se plaindre du soleil et du mistral. Lutter de toutes mes forces contre le nomadisme maternel, lui dire, oui, oublie tout, petits-enfants et le reste, prends racine ici s’il te plaît. Je ne dis pas que ce paysage est ce qui se fait de mieux autour de la Grande Bleue, loin s’en faut, mais que je n’en espérais pas tant, et qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Nous y sommes, restons-y.

p.s. : J’ai bien conscience que ce post devrait s’accompagner de photos, mais les miennes sont si mauvaises que je préfère vous épargner une déception que vous risqueriez d’imputer au paysage alors qu’elle devrait tout à mon impéritie.

p.s. 2 : J’oublie de vous dire que la tour répond au doux nom de Corvette. Dans le quartier, on trouve également un Drakkar, une Caravelle, que sais-je encore, toute une flotte de béton. Inspiré.

p.s. 3 : La prochaine fois, vous raconter notre quête encore infructueuse du sommet du mont Coudon.