Alerte

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Comme le cerisier délesté de lui-même
par un soupir du ciel
il faudrait se livrer

Ou comme le passant à mi-pas suspendu
devant la perfection aléatoire et éphémère
inhaler la grâce du renoncement et
consentir ?

Sans façon

Aucune giclée de roses
aucun printemps lascif se livrant au mirage
des saules ployant sur les eaux de leurs larmes
ne me dit rien qui vaille

Petit père bonne mère
je crois bien davantage
au grelot de l’alouette des tourbes
qui creva ce matin mon élan par la brande
sous la stase augurale de deux éperviers

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Printemps

Petite, je n’aimais pas le printemps. Tout ce qu’aimaient les autres était indigne de moi – je caricature à peine. Telle était la forme de ma bêtise (bêtise de première de la classe que la vie effrayait) ; à chacun la sienne. Heureusement, ce n’était pas irrémédiable.

Ayant reçu la chance de vivre, qui n’est pas donnée à tous, m’étant non sans douleur réincarnée deux fois (certains appellent cela grandir, mais l’idée d’une continuité entre l’enfance et ce qui la suit me paraît méconnaître la différence essentielle entre ces deux ordres de vie), ayant surtout atteint un âge où je suis enfin capable de comprendre, et ne suis pas loin d’approuver, jusqu’au désir le plus servile de survivre et de croître, je peux le dire : j’aime le printemps.

J’ai pour cela les mêmes raisons que tout le monde, parmi lesquelles comptent le fait d’être un animal (c’est-à-dire haranguée aux cinq sens par la saison nouvelle : tiens, c’est donc à moi, ce corps?) et la possibilité de synthétiser davantage de vitamine D.

Si, dans le vieux combat entre la beauté et l’amour, la forme et le fond, je sais désormais ce qui doit l’emporter, je n’en demeure pas moins le jouet d’un instinct qui me porte à me laisser éblouir par ce qui brille ; ce que fait le printemps avec une force que même ma mauvaise foi ne peut contrer.

Et puis il y a, nouvellement éveillée, une sensibilité au végétal qui semble s’approfondir bien plus rapidement que ne se développent mes connaissances en matière de botanique.

Et encore, ceci :

2017-03-20 13.27.32
Matcha

2017-03-20 13.30.20

Un sakuramochi (de chez Toraya, évoqué dans ce billet du début de mon blog).

Je dirai seulement que pour goûter à nouveau ce wagashi, j’ai attendu neuf ans (exil britannique, et caetera). Ma mémoire, pourtant spécialiste de l’engloutissement général, n’a pas réussi à soustraire au champ de mon désir ce petit gâteau enveloppé d’une feuille de cerisier salée. Ohanami en une bouchée.

P.S. : Merci à ma petite sœur de m’avoir invitée ! 🙂

Sakura

Il y a un arbre dans le champ près de chez moi
Le vent frôle en passant les rubans de couleurs
Que des mains en tremblant ont noués pour qu’y pleure
La ronde des saisons en souvenir de toi
Claire.

L’arbre est un cerisier. Son écorce striée
De soie pourpre et de cendre est faite pour la main
Et fête pour les yeux. En suivant le chemin
Déployé par ses bras on voit se ramifier
La lumière.

Au lever du printemps il s’étire et scintille
Et danse dans la brise. Lorsque l’été descend
Le feuillage plus dense voile les rubans
Mais dans l’ombre mouvante ils sont là qui distillent
Leur prière.

De toi, je ne sais rien et c’est sans importance
Sur le pèlerinage des quatre saisons
Mes pas l’un après l’autre espèrent l’oraison
Fidèle et éblouie des pétales qui dansent
Ephémères.