Si tu reviens

Il est tard, l’ombre vient. Mon esprit vagabonde
J’écoute une chanson. Et soudain, je te vois
Jeune dieu se levant sur le monde assombri
Astre double à ton astre jumeau étranger

Frère à l’âme brisée, égaré de toi-même
Qui sais mieux que quiconque le chant de l’exil
Te souviens-tu ce soir de ma voix, de ma main
Souviens-toi, je t’aimais, et n’osais te le dire

Je revois la prison au pied de la falaise
Gardée de toutes parts de vagues mugissantes
Où tu voulus sceller le désir de puissance
L’envers de ton visage – avant qu’il t’engloutît

Je revois du péché la blafarde souillure
Sur tes lèvres amères autrefois si pures…
Dans la nuit où elle erre en mal de ses racines
Mon âme te désire et lentement se creuse

Sur mes ténèbres que s’illumine ta face
Dans mon absence que renaisse ta présence
Et qu’au creux de ma faim se donne ton regard
De loin en loin si proche – oh, je te le promets

Tout sera renoué, toutes choses nouvelles,
Comme houle naissante, écume du matin
Percée de la saison, tache d’encre de l’aube…
Saga, de tes lointains, Saga, si tu reviens

 

Photo Kuno Lechner

Shonen

C’est la quatrième fois que j’essaie de publier ce fichu post, et que Firefox ou WordPress me laissent tomber. Il n’y a pas de mot capable de décrire l’état d’irritation dans lequel je suis. Perdre sa matinée pour un post de blog qui ne sert à rien, c’est la haine. Tout ça à cause des images. Pour les voir en plus grand, cliquez dessus, que je ne me sois pas crevée pour rien. Bon, je me calme.

C’est la fin de l’année, et tout le monde autour de moi semble débordé. Les parents de mes élèves du samedi courent dans tous les sens, de spectacle de fin d’année en concours de piano, de fête d’anniversaire en compétition de sport. En revanche, je me demande bien par quel mystère je me trouve, moi dont les enfants ne vont pas encore à l’école et ne sont pas invités à 36 birthday parties, également en train de courir après le temps.

Ah si. Réflexion faite, il n’y a aucun mystère là derrière. Je viens de lire un paquet de chapitres de Bleach…

Bleach 1

… suivi d’un paquet de chapitres de Naruto.

NarutoCoverTankobon1

Donc forcément. Bon, eh bien puisque nous y sommes, allons-y…

Je suis une lectrice de Naruto et de Bleach. Ce n’est pas que je tolère les mangas shonen quand je n’ai rien de mieux à faire, ou qu’en les feuilletant je veuille en savoir davantage sur les moeurs des ado, non. Je les aime.

Oui, j’ai treize ans et demi et je savoure les grands sentiments chevaleresques, les déclarations grandiloquentes, les batailles où les gentils ressuscitent, les moments où les méchants qui me déplaisent s’en prennent plein la tronche, et plus encore ceux où les méchants se révèlent être en fait des gentils que la vie a maltraités. Je dis les méchants qui me déplaisent, car j’ai la plupart du temps une prédilection pour les méchants, pourvu, bien entendu, qu’ils aient la classe, ce qui est assez souvent le cas dans les mangas.

Tout a commencé il y a longtemps avec Saint Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque).

saint_seiya_009-9

A vrai dire, j’ai choisi d’étudier le grec à cause de la série, et je n’étais pas la seule, à en croire les collègues qui fréquentaient l’IUFM avec moi !

Je ne m’attarderai pas sur les raisons plutôt évidentes de l’immense succès du genre. Dessin efficace, souffle épique,  personnages attachants bien que peu complexes, débauche de bons sentiments mêlés à suffisamment d’humour pour éviter la nausée (tout juste), combinaison d’une structure répétitive et prévisible et de quelques coups de théâtre fracassants, format par épisodes qui permet au lecteur de développer un attachement durable à l’univers décrit, etc. Bon, pour être honnête, on oublie rarement, à la lecture, que ces mangas sont destinés à des gamins de 13 ans. Et pourtant.

Je suis une fan de Bleach. Si mon mari était moins sensé, je couvrirais les murs de posters représentant les capitaines Byakuya Kuchiki…

Kuchiki Byakuya

… et Gin Ichimaru.

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J’aime la qualité anguleuse des dessins de Tite Kubo, l’énergie incroyable qui émane de ses scènes de bataille, le style des costumes et l’expression des regards. La qualité esthétique des dessins est pour une grande part dans le plaisir que je prends à m’immerger dans le monde d’Ichigo. (D’ailleurs, quand ma soeur et moi, nous regardons l’épisode de Bleach où l’on apprend que Rukia va être adoptée dans la famille noble des Kuchiki, je ne suis pas la seule à me raidir sur ma chaise au moment où Byakuya – la classe absolue – croise sans le voir le pauvre Renji, terrassé par la vision d’une supériorite devant laquelle il ne peut que plier et renoncer. Sans vouloir balancer, cela dit…).

Je suis une fan de Naruto. L’événement de l’année 2007 a été pour moi la mort d’Itachi Uchiwa.

Uchiwa Itachi portrait or

(La découverte de son sacrifice quasi christique a également été le moment où j’ai cessé de porter de l’intérêt à son frère. Le beau Sasuke n’a pas grande valeur, finalement. Il ne comprend rien à rien et est totalement paumé. Vraiment, on ne comprend pas sous l’effet de quel défaut de vision tout le monde, dans l’univers de Naruto, se trouve magnétiquement entraîné vers lui).

uchiwa Sasuke noir et blanc 2

Les frères Uchiwa :

Uchiwa frères dos_by_pokefreak

A vrai dire, je trouve les dessins moins intéressants et saisissants que ceux de Bleach. J’ai également du mal à accepter que l’auteur puisse s’en tirer avec la distribution éminemment sexiste des rôles parmi les personnages (Sakura ne peut être, évidemment, qu’une infirmière améliorée – mais après tout, c’est encore pire pour Orihime dans Bleach). Le personnage principal, Naruto, a une psychologie plus primaire encore que celle du héros de Bleach (on peut d’ailleurs la résumer ainsi pour l’un et l’autre : gros muscles, petit cerveau, grand coeur). Mais il se dégage de lui une telle énergie positive qu’on ne peut que se sentir enthousiasmé, malgré la guimauve des grands sentiments. Et il est entouré de personnages plus complexes et intéressants, qui deviennent au fil des années de véritables types et des références, comme Kakashi, Orochimaru, Gaara, Shikamaru, et surtout Itachi (bon, OK, j’arrête).

J’aime Bleach et Naruto. Je ne suis même pas gênée de l’avouer. (C’est plus gênant, d’ailleurs, d’admettre qu’on aime les mangas pour filles, va savoir pourquoi). Vive Naruto ! Vive Bleach ! Vive la jeunesse ! 😉

En bonus, la superbe couverture du chapitre 341 de Naruto :

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N.B. Je ne possède évidemment les droits d’aucune de ces images qui appartiennent à Tite Kubo pour Bleach et à Masashi Kishimoto pour Naruto, ainsi qu’à la maison d’édition Shueisha qui les publie.         

Katsura

Mon post d’hier aurait certainement eu plus d’impact avec quelques photos. J’ai donc le plaisir de vous présenter les nouveaux hôtes du jardin, autour desquels il faudra recomposer les plantations. Ils sont encore très petits, sauf Acer palmatum Osakazuki, que voici.

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On le choisit car c’est le Prince de l’automne, ses couleurs d’octobre sont parmi les plus vives. On me dit que son nom signifie “aux feuilles semblables à une tasse de saké” en raison de leur légère incurvation.

Acer palmatum Redwine, le premier que j’aie acquis. Ses feuilles sont de couleurs variées selon leur âge, avec une dominante bronze. Je n’ai pas pu résister à le mettre en terre.

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Celui-ci est Acer palmatum Shaina. Je ne sais pas d’où vient son nom. Je l’ai choisi pour sa couleur rouge, bien sûr, qui doit apporter un contraste aux feuillages verts, mais aussi car Shaina est le Chevalier du Serpent dans Saint-Seiya. (Je ne vais pas me lancer sur ce sujet… not today, not next week, maybe not ever. Je ne saurais par où commencer et comment m’y prendre. Saint Seiya est mon petit mythe fondateur personnel).

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Le fameux Acer Shirawasanum Aureum, Fullmoon Golden maple.

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Dès que j’ai vu une photo de son feuillage sur Internet, j’ai su qu’il me le fallait. Le mien est encore tout petit, mais attendez voir, il atteindra toute sa gloire, dussé-je en périr ! Je suis sortie tout à l’heure, après le dîner, pendant la vaisselle,  et pour petit qu’il fût, il resplendissait d’une lueur verte, presque fluorescente, dans la pénombre grandissante.

Voici enfin Acer palmatum Katsura.

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Je l’ai choisi après avoir vu des photos des ses feuilles bordées de rose, délicates comme des fleurs, mais aussi, comme Shaina, en raison de son nom. Katsura est le nom japonais d’un autre arbre, Cercidiphyllum. C’est aussi, bien sûr, celui de la Villa impériale Katsura près de Kyoto, que je rêve de visiter un jour. Or, voici comment j’ai découvert son existence, dans l’adolescence : en tombant sur une carte postale que ma mère avait reçue d’une de ses connaissances. La carte reproduisait un tableau que cette amie avait vu lors d’une exposition.

1984_Villa imperiale de Katsur au printemps

Villa impériale de Katsura au printemps, de Bernard Cathelin.

Lorsque j’ai posé les yeux dessus, quelque chose s’est passé. C’était comme… une vitre qui se brise. Des yeux qui se décillent. Les écailles du dragon blanc qui s’éparpillent dans le vent, au moment où Haku se souvient de son nom, dans Le Voyage de Chihiro. Une porte s’est ouverte. J’avais l’habitude de regarder des photos de tableaux célèbres, dans des livres d’art ou des magazines (je me rappelle une série sur les grands musées du monde qui accompagnait les numéros du Nouvel Observateur auquel mes parents étaient abonnés dans mon enfance). Je me contentais de les trouver beaux ou pas. Mais là… Il ne s’agissait pas du tout de ça. J’étais accrochée. Crochetée par le dedans, et de tout le corps. C’était comme le choc de l’évidence. Ou encore, comme une reconnaissance, une réminiscence. Peut-être du même ordre que dans le coup de foudre, où l’on tombe en arrêt devant quelque chose de soi-même, que l’on ne connaissait pas, et dont une autre personne se révèle le vecteur nécessaire. Les couleurs, la violence du contraste, les proportions ? Aujourd’hui encore, je ne sais pas trop. C’était juste, ce jour-là, la rencontre avec une face de la perfection.

Il y a beaucoup de choses, comme ça, japonaises, ou qui parlent du Japon, qui me font cet effet, que je reconnais. Je ne sais pas pourquoi. Je ne suis pas Japonaise, je ne suis jamais allée au Japon, j’ai abandonné mon très bref apprentissage de la langue quand mon fils est né. J’ai quelques connaissances japonaises, avec lesquelles j’ai des échanges limités en raison de la barrière de la langue et de codes culturels différents. Aussi ne suis-je pas en mesure d’expliquer ni même de comprendre ce lien avec le Japon, qui existait déjà quand j’étais enfant, avant que la mode du Japon ne soit devenue la déferlante qu’elle est à présent en France. Et pourtant, il existe, et est l’une des constantes de ma vie – je dirais même ma note fondamentale, plus certaine que mes choix politiques ou moraux et même que ma foi. Pour un peu, je croirais presque aux vies antérieures !