Un temps à jardiner

Il fait un temps à jardiner
Impossible de l’ignorer
Le ciel est tendre
La brise tend
Une joue amicale

Entre les berges la rivière
Dans son armure de reflets
Se souvient d’avoir été dragon
Sur les branches nues la lumière ramifie
Une très vieille fièvre échappée du secret

La ville vacille au bord du printemps
Ne dirait-on pas qu’un tremblement gagne
Les parallèles et les perpendiculaires
Et s’il fait clair, qu’hésite le compas
Dans les angles tracés au cordeau de l’hiver ?

Béton-acier, armé-trempé, murailles
Inoxydables et trop sûres tenailles
Ne bandez pas en vain votre pauvre sclérose
Rien ne peut contenir
Cette courbe qui vient au ciel de février

Et parmi les hommes en est-il un
D’assez aveugle ou d’assez sourd
D’assez absent, d’assez renié
Que ne le gagne aussi l’inflation de la sève
Tumescence de conquêtes et de rêves ?

Seuls peut-être ceux dont les racines broyées
Empoisonnent le cœur d’une illusion de liberté
Vont s’ignorant, arrogants et perdus
Comme n’étant jamais venus
Au monde

Et pour eux
Le monde prie

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