Inachevé

*

Dans l’anis vert du printemps
cherchant la sève dont tes lèvres
promettaient à jamais d’allaiter mon sourire
j’ai trouvé le germe de novembre

et je n’ai pas pleuré

c’étaient
la prime enfance de la pluie
et l’os immaculé du bois feignant la mort
le fin craquèlement de limbes roussis
pour la faim de ramures futures
et la flamme et le gel de concert crépitant
par le tricot des nervures

en somme la comptine de naissances augurées
un trésor de consonnes et de dents de lait

*

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Feuilles, fleurs, branches et troncs

Suivant l’exemple d’Aldor, dont j’aime lire le blog et écouter les Improvisations, quelques images de silhouettes et de flagrants délits d’éclosion, à Paris et aux alentours…

Les arbres et les plantes, je ne sais comment, ont remplacé le sentiment de perte à la source de mon écriture. Mes photos ne rendent pas justice à ces êtres dont je suis chaque jour davantage habitée, mais elles sont prises et partagées de bon cœur.

Fagus sylvatica, hêtre pourpre, Parc Montsouris

2017-02-25 16.29.15 Fagus sylvatica Hêtre pourpre

Quercus castaneifolia, chêne à feuilles de châtaignier, Jardin des Plantes

2017-04-01 17.13.48 Quercus castaneifolia

Prunus serrulata, Cerisier du Japon, Jardin des Plantes

2017-04-01 16.39.54

Un autre (j’ai un faible pour les cerisiers blancs), Jardin des Plantes

2017-04-01 16.49.172017-04-01 16.47.19

Betula (je ne sais pas lequel), bouleau, Parc Montsouris

2017-03-25 16.20.57

Lichen fruticuleux (Evernia prunastri ) sur tronc de peuplier, Parc de Sceaux

2017-03-12 14.23.482017-03-12 14.23.56

Populus nigra var. Italica, peuplier d’Italie, parc de Sceaux

2017-03-12 14.25.51

Inconnu (marronnier?), Parc de Sceaux

2017-03-12 15.00.35

Monsieur Ginko, un ami de mes enfants, à divers stades de son débourrage. Passage Rimbaut.

Un autre (mâle), Jardin des Plantes

2017-04-01 17.41.33

Un autre (mâle), musée Guimet, déjà partagé

2017-04-02 15.32.13

Enfin, par-dessus un mur, Rungis

2017-03-26 12.40.38

Printemps

Petite, je n’aimais pas le printemps. Tout ce qu’aimaient les autres était indigne de moi – je caricature à peine. Telle était la forme de ma bêtise (bêtise de première de la classe que la vie effrayait) ; à chacun la sienne. Heureusement, ce n’était pas irrémédiable.

Ayant reçu la chance de vivre, qui n’est pas donnée à tous, m’étant non sans douleur réincarnée deux fois (certains appellent cela grandir, mais l’idée d’une continuité entre l’enfance et ce qui la suit me paraît méconnaître la différence essentielle entre ces deux ordres de vie), ayant surtout atteint un âge où je suis enfin capable de comprendre, et ne suis pas loin d’approuver, jusqu’au désir le plus servile de survivre et de croître, je peux le dire : j’aime le printemps.

J’ai pour cela les mêmes raisons que tout le monde, parmi lesquelles comptent le fait d’être un animal (c’est-à-dire haranguée aux cinq sens par la saison nouvelle : tiens, c’est donc à moi, ce corps?) et la possibilité de synthétiser davantage de vitamine D.

Si, dans le vieux combat entre la beauté et l’amour, la forme et le fond, je sais désormais ce qui doit l’emporter, je n’en demeure pas moins le jouet d’un instinct qui me porte à me laisser éblouir par ce qui brille ; ce que fait le printemps avec une force que même ma mauvaise foi ne peut contrer.

Et puis il y a, nouvellement éveillée, une sensibilité au végétal qui semble s’approfondir bien plus rapidement que ne se développent mes connaissances en matière de botanique.

Et encore, ceci :

2017-03-20 13.27.32
Matcha

2017-03-20 13.30.20

Un sakuramochi (de chez Toraya, évoqué dans ce billet du début de mon blog).

Je dirai seulement que pour goûter à nouveau ce wagashi, j’ai attendu neuf ans (exil britannique, et caetera). Ma mémoire, pourtant spécialiste de l’engloutissement général, n’a pas réussi à soustraire au champ de mon désir ce petit gâteau enveloppé d’une feuille de cerisier salée. Ohanami en une bouchée.

P.S. : Merci à ma petite sœur de m’avoir invitée ! 🙂

Un temps à jardiner

Il fait un temps à jardiner
Impossible de l’ignorer
Le ciel est tendre
La brise tend
Une joue amicale

Entre les berges la rivière
Dans son armure de reflets
Se souvient d’avoir été dragon
Sur les branches nues la lumière ramifie
Une très vieille fièvre échappée du secret

La ville vacille au bord du printemps
Ne dirait-on pas qu’un tremblement gagne
Les parallèles et les perpendiculaires
Et s’il fait clair, qu’hésite le compas
Dans les angles tracés au cordeau de l’hiver ?

Béton-acier, armé-trempé, murailles
Inoxydables et trop sûres tenailles
Ne bandez pas en vain votre pauvre sclérose
Rien ne peut contenir
Cette courbe qui vient au ciel de février

Et parmi les hommes en est-il un
D’assez aveugle ou d’assez sourd
D’assez absent, d’assez renié
Que ne le gagne aussi l’inflation de la sève
Tumescence de conquêtes et de rêves ?

Seuls peut-être ceux dont les racines broyées
Empoisonnent le cœur d’une illusion de liberté
Vont s’ignorant, arrogants et perdus
Comme n’étant jamais venus
Au monde

Et pour eux
Le monde prie

Fleur

A Hana

…….

Le long de la Seine
Les pavés dansants
Sous le pas des retrouvailles

…….

Une brume grise et humide baignait les Tuileries ce matin. Sous la verrière du petit café, nous quatre devant nos tasses fumantes, à plaisanter. Quand nous sommes descendus sur les quais, le fleuve s’est vêtu de reflets. Le printemps sur nous tout à coup, tu as eu chaud, nous avons ouvert nos manteaux.
Nous avons longé la Seine cuirassée de lumière, passé le Pont Neuf, et nous nous sommes tenus à la poupe de l’Ile. Le paysage était voilé de l’éveil d’un saule pleureur, souple, vert, ton jumeau.
Place Dauphine, nous avons mangé ensemble dans une flaque de soleil. On répétait : It’s a nice day, et tout était sourire. Le couple qui buvait un verre de vin deux tables plus loin souriait lui aussi. La pensée familière ne m’est pas venue qu’il est indécent d’être heureux malgré l’état du monde.
J’écris un texte où tu es un peu, beaucoup, je te regarde grandir de loin, et je ne sais plus si mon émotion vient de toi, du printemps ou du long labeur de l’écriture. Le bonheur ce matin est entier, et tu fleuris.

Variations (haikus)

 

PRINTEMPS

 

A travers la page
Un cri d’hirondelle fuse
Le poème éclot.

L’hirondelle trace
Son ellipse folle
A la pointe de ma plume

L’éclat du matin
Sur la face des nuages
Reflet d’un sourire

 

MEMOIRE

L’hirondelle lance
Sa note stridente
Dans les champs de ma mémoire

Une goutte tombe
Deux ou trois feuilles scintillent
Mémoire éblouie

Souviens-toi de moi
encore une fois
avant que la nuit ne tombe

Février

 

Le ciel est tissé de lumière
A travers les champs célestes
Voguent des voiles de fête
Et fusent les flèches solaires

Sous l’obscur velours des paupières
L’incandescence demeure
La forteresse intérieure
Est éventrée – tout est offert

Les secrets que l’ombre resserre
Désirs, songes et pensées
A travers ciel projetés
Se dissolvent dans la lumière

Sur tes iris de métal clair
Tes paumes de pierre polie
Toute tristesse abolie
Je reconnais le printemps vert

Par tous les pores de ma peau
Moi qui oubliais de vivre
Comme au zénith l’oiseau ivre
Je file au son du chant nouveau.

Illustration de Georges Lemoine trouvée sur Internet, et que je m’excuse d’utiliser sans autorisation.
Vous pouvez lire un entretien avec l’illustrateur ici.