Forest

Will you, ere my demise
Let me step inside you
Brother oh my forest
That on the purple paths love winds into your depths
I might once again walk
And marvel once again

Still flowering your chest
The vines of destinies
Some glib life would confine to thin dreams
But for your breath

Nestled under your lungs
There still whisper softly
Pearly-feathered mornings
Oh gentle lullabies to many a scarred night
– Our teeth my blood your pain
Our tears and words in vain
As if we’d never heard about love’s sunny lanes

Yet here around your heart
And down in the tender
Hollow from where life cries its call
First thing and last
There still roars the furnace
Of suns, thousands and one !

When night finally comes
Brother will you entrust
My sleep and all I was and all
I could have been
To deeper soil and soul
Under those trees beyond
Whose dreams colour your eyes
Their roots deep in my song

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Archery

They say you never know
Why you love somebody

But it is for that time
Beyond your time when all
Those arrows loosed blind from young hearts overbowed
Meet unexpected gold
And chime

Hear ! the call is coming home
Over night-rooted crests
Waking deep sullen wastes
(oh years for not much gone
oh life for little spent)
To the meaning of a forest

For that splendour you loved
Splendour is never late

Westernmost

 

Of these westernmost lands
My child
Will you long remember
Between soft folds of velvet green
Paler, darker – oh winds’ fancies
The silvery song of streams ?

With every further step you take
Towards shorter summer
Its soflty spoken rhyme will fade
Its call will sound thinner

Yet in the deeper still waters
Of memory’s dark lake
Where mountains’ roots their next life drink
At heaven’s sunken wells

If you allow your eyes to see
If you let your mind drown
The summer isles will rise anew
Waterfalls will abound

Singing of woven shards of sky
Amongst white cotton spells
And fleeting flames of asphodels
No hell could ever bind

 

 

On the other shore

 

On the other shore
Clouds will be thinner heralds of fair weather
Winds will disagree between mornings and eves
Scattered around noon like dandelions glory
And under loose suns men and women will go
Their noses in the air but their hands in the depth
Of so rich a soil as to make transient life
Seize the seasons’ crown of everglowing fruits

 

 

Un temps à jardiner

Il fait un temps à jardiner
Impossible de l’ignorer
Le ciel est tendre
La brise tend
Une joue amicale

Entre les berges la rivière
Dans son armure de reflets
Se souvient d’avoir été dragon
Sur les branches nues la lumière ramifie
Une très vieille fièvre échappée du secret

La ville vacille au bord du printemps
Ne dirait-on pas qu’un tremblement gagne
Les parallèles et les perpendiculaires
Et s’il fait clair, qu’hésite le compas
Dans les angles tracés au cordeau de l’hiver ?

Béton-acier, armé-trempé, murailles
Inoxydables et trop sûres tenailles
Ne bandez pas en vain votre pauvre sclérose
Rien ne peut contenir
Cette courbe qui vient au ciel de février

Et parmi les hommes en est-il un
D’assez aveugle ou d’assez sourd
D’assez absent, d’assez renié
Que ne le gagne aussi l’inflation de la sève
Tumescence de conquêtes et de rêves ?

Seuls peut-être ceux dont les racines broyées
Empoisonnent le cœur d’une illusion de liberté
Vont s’ignorant, arrogants et perdus
Comme n’étant jamais venus
Au monde

Et pour eux
Le monde prie

En descendant des collines au printemps

L’été a déployé ses voiles.

J’ai été occupée ces trois dernières semaines – famille et amis en visite avant et après le baptême de ma fille. Un soir, alors que nous nous apprêtions à regarder un épisode de Bleach, ma soeur et moi en sommes venues, je ne sais plus pourquoi, à parler de poésie. Ma soeur occupe un poste assez important dans un ministère à Paris qui a bien moins à voir avec la littérature que mon job de prof. Pourtant, elle lit de la poésie, et moi non, plus depuis la naissance de mes enfants. Je suis bien contente d’avoir une soeur qui lit de la poésie.

Pour être honnête, je n’en lisais pas beaucoup auparavant non plus. Il ne m’est arrivé que deux ou trois fois d’aller à la bibliothèque spécifiquement pour emprunter un recueil de poésie, au temps où j’étais lycéenne à Lyon, ou lorsque j’étais en Khâgne. Je feuilletais des recueils de poètes contemporains au hasard, et les reposais rapidement sur les rayons si rien ne se passait, sans laisser le temps à la réflexion de déceler, éventuellement, dans l’amas de sons et d’images, l’idée, le fil directeur, l’enjeu, le truc qui lui donnait un sens. Attitude impatiente, paresseuse et probablement consumériste, mais après tout, la poésie est à mes yeux jeu et gratuité, et c’est simplement en passant qu’elle est révélatrice ; la vérité qui se laisse entrevoir, ou pressentir, n’est pas mieux appréhendée si on se prend la tête à démanteler le texte et à l’analyser. Attention, je ne veux pas dire qu’on ne doit pas étudier de poèmes, mais simplement que l’étude du poème, si elle nous permet de mieux comprendre et apprécier le texte, n’est pas nécessaire à l’expérience particulière que j’appelle révélation et en est même indépendante.

D’autres fois, c’est un poète en particulier que j’allais chercher, parce qu’on m’avait montré un de ses textes et que je me disais, C’est lui ! C’est lui ! et il me le fallait. René Char, Georges Séféris, Odysseas Elytis.

(J’ai aimé la Grèce longtemps, longtemps, de toutes mes forces, de tout mon souffle, et je ne savais pas comment les gens pouvaient vivre sans une Grèce intérieure tant la mienne m’orientait toute entière. Ensuite l’âge adulte est arrivé et tout s’est émoussé. Mais de loin en loin, j’entends encore ce vers ou cette phrase de Séféris qui disait “Où que me porte le voyage, la Grèce me fait mal.”

Et je me souviens, elle me faisait mal, et jamais autant qu’à la naissance de l’été, quand la lumière au-dehors semblait déclencher l’éblouissement intérieur que je reconnaissais – éclat brûlant des marbres, reflet de métal de la mer, débauche de lumière, de bleus, de blanc, vertige aveuglant, pureté minérale, vision déchirante. Ô patrie intérieure, beauté insurpassable. C’était mon pays, je l’avais reconnu. Mes racines s’y trouvent encore, quelque part dans cette partie de nous qui demeure en enfance. Peut-être était-ce le fait d’être une fille d’immigrés. Je croyais qu’on choisissait ainsi sa patrie. Quand je suis allée en Grèce, pour de vrai, je ne l’ai pas reconnue, sauf sur la colline de Sparte, où il m’a semblé que reposait mon rêve bruissant parmi les feuilles des oliviers. Sparte. Quand donc ai-je cessé de croire que tu me faisais moi-même ?).

Surtout, j’ai eu l’occasion de découvrir et d’aimer des poèmes en feuilletant les manuels scolaires qui m’étaient confiés de collège en collège (j’étais TZR, titulaire en zone de remplacement, ce qui signifie que je n’avais pas de poste fixe et étais envoyée deci, delà. Etre brillamment reçue à l’agrégation pour être envoyée comme remplaçante dans des collèges de banlieue. Heureusement que j’aime les élèves et que je crois à la mission des hussards noirs, toute référence anticléricale mise à part).

Et c’est ainsi que j’ai lu “En descendant des collines au printemps” de Desnos. Il m’a saisie tout de suite et je l’ai fait lire à toutes mes classes à partir de la 5ème. J’ai toujours étudié la poésie à la fin de l’année scolaire, au risque de ne pouvoir couvrir qu’une partie de la séquence, alors même que je la place au-dessus des autres genres. Il me semble que pour bien lire de la poésie en classe, il faut que l’esprit se sente libre, léger et vagabond, comme aux premiers jours de soleil et de chaleur, et que pour les “mauvais élèves” et ceux qui n’aiment pas l’école, les barreaux de la cage aient commencé de se dissoudre dans la montée de l’été. Je crois que je voulais que l’élément de contrainte inhérent à tout enseignement scolaire soit le moins sensible possible. Je voulais qu’en prêtant à la lecture une oreille distraite, ils soient touchés et émus, sans se sentir obligés de feindre l’intérêt. Je voulais qu’ils l’aiment, et que les mots rendent leur vie plus belle.

Et voici le poème :

En descendant des collines au printemps

A ‘heure où la rosée brille dans les toiles d’araignées

Au bruit lointain du fer battu dans les forges,

Au miroitement du jour dans l’eau des rivières.

 

En descendant des collines au printemps

J’ai laissé, dis-je, avec l’hiver les chagrins et les rancunes

Un amour profond me transporte de joie

Et ma haine elle-même me transporte et m’exalte.

 

En descendant des collines au printemps

Abandonnant des tombes vermoulues et des souvenirs,

Ivre des parfums de la terre et de l’air

Et me dilatant jusqu’à contenir le monde.

 

En descendant des collines au printemps,

J’ai brisé les balances où je pesais la vie et la mort,

Enfin prêt à accueillir l’été et les vendanges,

Prêt à accepter que le chemin, mon chemin s’interrompe.

 

En descendant des collines au printemps

Vivant de plus de joie qu’au jour de ma jeunesse

Mais attentif aux parfums de la terre et de l’air,

Attentif à l’écho d’une petite chanson lointaine

Chantée, d’une voix mal assurée, par une petite fille

Que jamais je ne connaîtrai.

Robert Desnos, dans Destinée arbitraire, 1943.

Comme je me posais des questions sur la fin du poème et sur cette mystérieuse petite fille, ma soeur m’a dit qu’elle connaissait un autre poème de Desnos, plus ancien, qui pouvait éclairer celui-là. Le voici :

La Voix

Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu’elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée 
Parvient pourtant, distinctement, jusqu’à nous.

Bien qu’elle semble sortir d’un tombeau 
Elle ne parle que d’été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie, 
Elle allume aux lèvres le sourire. 

Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles, 
L’écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l’entendez-vous pas ? 
Elle dit “La peine sera de courte durée”
Elle dit “La belle saison est proche.”

Ne l’entendez-vous pas ?

Robert Desnos – Contrée (1936-1940)

Ce poème me fait sourire mais ne me touche nullement comme le premier, qui parle à la fois de transfiguration et d’accord avec la vie, et dont le ton est tout autre. Je ne sais pas quand Desnos l’a écrit, mais il sait que sa fin est proche. La mort est au coeur de ce chant. On ressent à la fois le mouvement descendant du lest, et l’envol, l’exaltation. La pesanteur et la grâce.

Qui sait, peut-être aurez-vous envie de me faire connaître un poème que vous aimez ? Merci de tout coeur si vous le faites ! 🙂