Haïkus pour Itachi

 

 

Insondable profondeur
Ton regard – si doux
Où veille un astre funeste

———

Renflement d’opale
Doucement déferle
La vague de ton épaule

 ———

Si ce soir la solitude
Te serre à la gorge
De ton nom, dépouille-toi

———

Le silence dans ses paumes
De ténèbres t’enveloppe
Tu sais le chemin

———

O frère solaire
sous le boisseau de la nuit
survis, pas à pas

Mais c’est quoi, Naruto ?

Et alors après tout ça, voilà que mon amie me dit…  “Mais c’est quoi, Naruto?”.

Et là, moi, embarrassée, embourbée. Comment expliquer ? C’est pour des gamins, ça se publie dans un magazine hebdomadaire, c’est dans une sorte de Japon médiéval fictif avec des cinémas mais sans voitures, il y a un héros bête qui veut sauver le monde, flanqué d’un dopplegänger intelligent mais méchant. Naruto c’est le gentil bête, et il aime Sasuke, le méchant intelligent, et il veut le sauver des ténèbres. Y a plein d’aventures, des maîtres (parce que les gamins sont des apprentis ninja), des ennemis très très vilains, des amis, des démons à queues multiples, et même un peu de géopolitique, si on veut. J’ai oublié de mentionner la guimauve, et le côté répétitif, mais je crois que mon amie a bien compris.
“C’est un peu comme Game of Thrones, alors”, me dit mon amie, et moi, “Oui, un peu”, et c’est assez vrai, mais avec de la guimauve.

Il faut reconnaître que le lien entre cette description et le besoin d’écrire des poèmes sur Itachi reste assez obscur. La question que pose vraiment mon amie est : pourquoi aimes-tu tant Naruto? Faudra que je réfléchisse à mieux m’expliquer. Je ne veux pas avoir l’air de sous-entendre que Naruto est un chef-d’oeuvre. Mais, après tout, Naruto a un succès fou dans le monde.

Quant à moi, je crois que je suis accrochée moins à cause de Naruto que de moi-même. J’ai quand même fait Lettres Classiques à cause de Saint Seiya. Chez Naruto, je me sens chez moi. Je n’ai pas honte, je sais apprécier la littérature aussi bien qu’un autre, mais je me sens chez moi chez Naruto autant que chez Camus ou Séféris. C’est un sentiment d’appartenance malgré le dépaysement, de familiarité, de reconnaissance. Il y a des scènes, dans Le Voyage de Chihiro, dont j’avais rêvé avant de les voir. Quel lien entre Naruto et Le Voyage de Chihiro? Eh bien je ne saurais le définir, mais il existe. Si je dis que c’est le Japon, cela paraîtra très contestable, voire absurde. Et pourtant… Qu’est-ce que le Japon ?

Oui, voilà : qu’est-ce que le Japon ? C’est la question que mon coeur se pose, doucement, sans chercher à y répondre, doucement, constamment. Sans chercher à y répondre, mais dans l’étonnante certitude que la quête de cette réponse serait la seule qui compte vraiment. Avec le sentiment étrange que je me trouverais, moi aussi, le jour où je la rencontrerais.

Et comme quelques images valent mieux qu’un long discours…

Un héros idiot mais gentil :

Naruto Sunset by Shade 2

Son ami trop cool et très méchant (mais c’est pas vraiment de sa faute, ben oui, of course) :

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Un méchant très très vilain (un ancêtre du susmentionné ami – il est aussi très très cool, c’est de famille) :

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Itachi, seul dans sa catégorie, la classe absolue (c’est aussi le frère du fameux ami, décidément) :

Uchiwa Itachi crime 3

Enfin, et surtout, un démon à queues multiples (celui-ci en a neuf – noter qu’il s’agit du renard orange, pas de l’autre créature qui n’a pas d’existence propre, voir le manga pour de plus amples informations).

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Voilà, amie, je ne sais pas si je t’ai donné envie. Il est probable qu’à notre âge, il soit trop tard pour commencer ce genre de lecture et qu’on ne puisse plus faire semblant d’y croire si on n’est pas tombé dedans quand on était petit. Mais si d’aventure la vie te semble fade, essaie toujours, c’est bon pour la circulation !

The path of the unknown

Thus
you go shrouded in mystery
– oh return of the morning mist –
walking the path of loneliness
under your steps shutting the world’s
voices

(and I know
the quality of your silence
colour, shiver and density
resonating and swathing me
like a surging forgotten
lullaby)

If peace
is awaiting you somewhere, then
beyond the line of ended times
and only then. Burning away
tears of determination slice
the space

Raven
walking the path of the unknown
come blood or fire, for long alone
do not stumble, do not delay
under your steps hope is coming
to light

Tu n’es pas dans le pouvoir de tes yeux

Tu n’es pas dans le pouvoir de tes yeux
créateurs de mondes où s’abîment les confiants
ni sous l’illusion tissée par tes doigts
occupés au linceul des ennemis

mais dans l’écartèlement des ailes
au-dedans de ta poitrine
corbeau cloué pourtant prêt à l’envol
sur la croix du renoncement

Tu n’es pas sous la cape de nuit
où filent les nuages de la colère
ni dans le nom exécré par mille bouches
légende d’une nuit meurtrière

mais assis de l’autre côté
sans espoir de rédemption
englouti et muet
aucun dieu ne t’attend

pourtant c’est bien l’amour
et c’est bien l’espérance
don sans retour
et transcendance

 

Itachi, 100 – Solal, 0

Pendant que le monde fait rage, je lis Naruto, de nouveau. Comme je ne me souviens jamais de l’endroit où je me suis arrêtée l’année précédente, je reprends au hasard. Je lis des shonen par élans, une fois par an en général. Je me lance dans un marathon de chapitres enfilés frénétiquement jusqu’au dernier disponible, et puis je laisse reposer pendant un an, plus ou moins. Ca me prend comme ça, j’ai une envie grandissante de Naruto, ou de Bleach, pas parce que je pense que ce sont les meilleures oeuvres (évidemment !), mais parce que ce sont les titres que je lisais en France, et dont la publication s’est poursuivie.

Je lis, je grince des dents au contact de traductions hâtives qui n’ont ni queue ni tête, je m’esquinte les yeux à tenter de déchiffrer la densité des scènes de bataille. J’ai mal au dos mais je ne décolle pas de mon inconfortable chaise. Mon coeur bat, ma gorge se serre, mon flot sanguin s’accélère, quelque chose ressuscite en moi. J’ai 13 ans, la chape du quotidien me glisse des paupières, mon coeur se gonfle. Il y a des ennemis sadiques, des martyrs, des saints, de faux forts, de faux faibles, il y a, certes, beaucoup de violence justifiée, les méchants finissent par ramasser ce qu’ils méritent, et vive la bagarre au nom de la paix – ce n’est qu’une BD.

Itachi Uchiwa, abîmé dans la ténèbre du sacrifice d’amour, se dresse magnifique comme une tour couronnée de corbeaux au sommet d’une montagne ; le Démon-Renard emplit le ciel de l’insoutenable éclat d’une étoile naissante ; la guerre fracasse le paysage d’un horizon à l’autre ; tout le monde souffre et se tend d’un même souffle, et, renversant les destinées, le simplet Naruto sauve le monde parce qu’il ne peut concevoir le mal. Ca fait du bien !

Et me voilà, à un âge plus que raisonnable, me demandant comment les liens de l’amitié pourront se renouer entre Naruto et Sasuke tandis que, précédée de ma poussette, je cherche un tapis de bain anti-dérapant chez Boots. Et me voilà, chargée de yaourts et de lingettes, tanguant dans la rue parmi les visages de personnages pour gamins de 12 ans, le coeur emporté, le pas enthousiaste, me récitant leurs noms. Il y a probablement des tares dont l’âge ne nous guérit pas. Tant mieux !

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En même temps, je relis Le Silence de la mer, que j’aime ; je n’arrive pas à terminer Frankenstein, que je trouve affligeant, et je continue Belle du seigneur, qui me semble être une comédie très réussie, mais une histoire d’amour peu engageante et assez lamentable. Je suis un peu déçue, comme plusieurs personnes dignes de confiance m’avaient dit le plus grand bien de ce roman – je dois dire que je le lis avec plaisir, et hâte de connaître la chute, mais sans émerveillement. Heureusement, il y a Naruto. A défaut de pouvoir aimer Solal, je peux admirer sans fin Itachi et fantasmer tout mon soûl. 😉

On the Nine-tailed Fox

Lurking in the darkness, waiting for its hour,
Star of hatred and blade of wrath, hidden so deep
The light of your conscience won’t reach the secret shore
On which the ripples die of its ominous sleep,

Skulking and rumbling, sighing and snarling, the Curse
Creeps up into your dreams, and to your soul adverse
Will colour in your days in unsuspected shades,
Waiting for your anger to open wide the Gates.

Tightly the Seal of Love have kept them shut so far
But there is not a heart anger does never sway
Beware, young warrior, born under Kyuubi’s star
The Nine-tailed will awake ; the Fox will find his way.

Kyuubi_Power_by_Eipuriru_chan
Thanks to the fan who coloured the picture, I am sorry I don’t know your name.