Enfin le train

Enfin le train, dont ces dernières années nous avaient privé, le train, sa berceuse et son hoquet. Le passage, et sa jouissance douce-amère. A la racine du nez, entre les yeux, une bulle se forme, excroissance immatérielle, mixture de sensation et d’imagination, quelque chose d’acidulé et de tendu qui signale à la fois le réconfort…

Février (Delphes)

Lundi matin, dans le bus. Je suis assise à ma place habituelle, à l'étage, au deuxième rang sur la droite, près du bouton qui commande l'arrêt. J'ai ouvert les fenêtres embuées. Le beau temps sourit.Dans mon cartable attend le manuel de Classical Civilisation que j'ai l'habitude de feuilleter pendant le trajet, en préparation de mon…

Transcendance, mémoire, espérance

Titre trop prometteur pour un texte qui n'explique, n'éclaire ni ne synthétise rien. Il reprend seulement les thèmes traités par les derniers articles de Joséphine Lanesem, dont la lecture éblouie me donne envie d’écrire. Rien qu'une divagation personnelle, comme toujours, puisque je ne suis pas vraiment capable de plus. Lire Joséphine, c'est venir présenter à…

Irène et Madeleine

"Nous sommes le courage l'une de l'autre" est le thème issu du féminisme radical coréen que propose Joséphine Lanesem pour l'Agenda ironique de ce mois-ci. Nous sommes invités à inclure des anaphores et des chiasmes dans nos textes. Prise par le temps, j'ai retravaillé un bout de roman laissé de côté. C’est toujours l’histoire d’Irène,…

Colonies

Pays obscur de la mémoire, pays à trappes et à trous, dense comme la moisissure sublimant le fruit qui s'émousse, comme la forêt depuis le seuil où l'on hésite. Par-dessus s'étend la fine strate que l'on nomme le présent, pour aller vite, et sur lequel on avance pas à pas, tâche après tâche, les uns…

Ecole encore (récit de rêve)

Ecole de nouveau, mais cette fois, dans les univers souterrains familiers (intérieurs sans fenêtre, couloirs en lumière artificielle, mon inconscient de fourmi). Je suis quelque chose d’indéfini, plutôt élève que professeur. Nous sommes en assemblée, assis sur des bancs de part et d’autre d’une allée comme à l’église. Eloi fait des bêtises avec je ne…

Une Amérique

Quelque chose de l'Amérique s'ébroue, remue, passe et repasse, murmure. Refuse de céder, s'attarde comme le fantôme d'un éblouissement au fond de la rétine, et teinte mes pensées comme une encre migrant dans la pulpe du papier. Passe ton chemin, lecteur féru de faits, il n'y a ici que l'errance et le reflet d'une perception,…

Ce qui reste

  ... et pourtant à toutes choses les mots ne sont pas bons. Certaines, les laisser décanter, un an au moins, que les oripeaux du reportage s'effritent et que reste, sinon ce qui devait rester, ce qui reste vraiment. Et si la cicatrice est encore sensible, écrire. A Sainte-Anne la première fois on se perdit…

Essor

  Je doute de ma langue plus que de ma peau je doute de mes yeux et doute de vos voix je douterai demain d’avoir jamais vécu ici - comme à présent d’avoir connu là-bas tel regard autrefois   Mais jamais de l’aube et de l’essor que contre le courant mon lent désir amonte en…

Ciel et cendre

Chez Réda le ciel domine, inconstant et liquide, miroir de la vie temporelle, et le poète glisse sur ses rives, avec des ailes au coin des paupières. La pipe aux lèvres, les yeux plissés (une poussière sur le cil ?) il salue du menton la mort, menant familière son troupeau de tendres trépassés vers quelque fleuve…

Jacksonville boy

A Steve Je traverse le champ. Le matin est beau. C’est à la mer que nous devons ce vent fantasque, cette lumière blanche et liquide, presque scintillante, et ces nuages qui caressent en hâte la flèche de la cathédrale. Une bruine imperceptible à la peau fait chanter le jardin. Quand elle tourne à la pluie,…

Du pareil au même

Il a plu. Sur le chemin de l'école, nous longeons le grand pré pour ne pas risquer les chaussures vernies de la petite. Du côté de la ville, par-dessus le clocher de la cathédrale, glisse une superposition de plumes noires. Par beau temps, nous nous élançons éperdus dans ce pré comme on se jette à…

Variations (haikus)

  PRINTEMPS   A travers la page Un cri d'hirondelle fuse Le poème éclot. L'hirondelle trace Son ellipse folle A la pointe de ma plume L'éclat du matin Sur la face des nuages Reflet d'un sourire   MEMOIRE L'hirondelle lance Sa note stridente Dans les champs de ma mémoire Une goutte tombe Deux ou trois…

Sakura

Il y a un arbre dans le champ près de chez moi Le vent frôle en passant les rubans de couleurs Que des mains en tremblant ont noués pour qu'y pleure La ronde des saisons en souvenir de toi Claire. L'arbre est un cerisier. Son écorce striée De soie pourpre et de cendre est faite…

Exil

On me le dit souvent, je n'ai pas de mémoire Les livres et les dates, les faits, tout m'échappe Je récris chaque jour les pages de l'histoire Que le temps chaque jour minutieusement sape J'exerce mes yeux à sonder les profondeurs De l'enfance. Ne dit-on pas que ses images Au-delà de l'oubli conservent leur splendeur…

De l’écriture et de l’amitié

Quelques amis et connaissances me demandent de temps en temps, en passant : "Pourquoi n'écris-tu pas de nouvelles ?". Certains, je crois, aiment me lire ; d'autres voient que je m'ennuie ; d'autres enfin pensent qu'il est criminel d'une manière générale de ne pas développer et exploiter ses talents (au sens biblique). A tous (mais…