Cigales nocturnes

  Éteins ce chant Trop intérieur et trop lointain Éteins ce chant Je ne peux plus Entrer dans la nuit des cigales - Le temps déjà était né Me semble-t-il Tout juste Et comptait sur ses doigts Debout dans le vertige étoilé de la nuit Des galaxies aux cils - Sur mon âme la pluie…

Juniperus thurifera

Nulle trace de vent. Le feu de l’été assiégeait de cigales le sentier des thurifères. Chaque pas entêtait de rêves la feinte fugue des rochers et, par la plus infime anfractuosité puisant un souvenir d’eau, l’ami genévrier distillait la lumière comme lui toujours jeune - car l’Eternel lui fit la promesse d’infuser son humble bois…

Méditerranée

A Joséphine Notre rencontre n'est pas datée, aucune image n'en est restée. Elle eut lieu à l'âge où la durée ne se scinde ni ne s'accumule, courant ignorant des digues, houle d'outre-rivage. Je sais seulement que je l'ai vue. Bleue, mais non comme peuvent l'être tes yeux ou le ciel, la tristesse ou la joie, le…

Le dos à l’Ile

A Joséphine ... Que la route te soit belle Comme tu remontes le printemps Légère, c'est promis D'amandier en peuplier Vers un pays de noirs mélèzes Sème derrière toi L'éclat des oliviers La mélodie des pins Tresse leurs parfums Que je suive ta route Les brumes du Nord Tendres et traîtresses Sous ton pas feront…

L’adieu à la perte

J'ai discuté avec toi, amie. Comme toujours, tes phrases allument des fanaux aux points précis du paysage où la lumière est nécessaire. Je découvre ce soir, en t'écoutant, que mon premier manuscrit n'a pas été écrit "à partir de" la perte. C'est une prise de conscience assourdissante. Car la perte est pour moi l'expérience primordiale,…

Attendre le soleil

Trois jours à Toulon et toujours pas de soleil. Ca ne fait rien, j'aime être ici, la double vue sur la mer laiteuse par les baies vitrées de mes parents. Les ferries vont et viennent, témoins d'une Corse qui subsiste dans la brume, d'une Sardaigne vacillant à l'horizon de la conscience. Toujours pas de soleil.…

Baies vitrées

Mes parents habitent à Toulon, dans une tour. L'immeuble est tout à fait comme on peut l'imaginer, du béton en érection qui ruine le paysage, une attestation de moeurs louches. Il faut pourtant y pénétrer, s'armer de patience devant la porte de l'ascenseur qui met à descendre les vingt étages autant d'empressement que le résident…

L’exilé

Tentative en souvenir de Séféris. "Où que me porte le voyage, la Grèce me fait mal." Ainsi l'exilé porte-t-il dans son bagage La mémoire et l'oubli également fatals Et ses visions enfouies au fond d'un silence hivernal. Il tient en équilibre entre des pensées sages La charge d'aujourd'hui, le souci de demain Et le poids…