Le vent de l’incendie

Est-il vrai que de ton corps ils ont brisé l’arc
Qu’ils l’ont emprisonné, corseté d’ombres blêmes
Et qu’ils l’ont mis au pas, troué et menotté ?

Ils sont venus hautains par la route du soir
Jeter contre mon seuil leur morgue et leur victoire
Mais de leur bouche amère

Suintait une souillure qu’ils ne voyaient pas
– C’est que les yeux leur manquent
L’orgueil les a scellés

Peut-être sans cela auraient-ils deviné
Que ton âme est torrent, furieuse crue de rêves
Ascension brutale du gel à la brûlure

Que sur ton corps leurs fers allument des foyers
A débusquer leur nuit
Au plus épais des songes

Que Midi t’a fait naître
Pour servir le Soleil
Et sur la peau du monde rythmer sa conquête

Qu’à la mort éblouie tu n’abandonneras
Que cendre éparpillée
Au vent de l’incendie.

Leur morgue était sans dent
La force aussi leur manque
Celle qui pousse au corps quand une âme l’infuse

– J’ai soufflé sur leur ombre
Le soir les a repris

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Au Marché aux Oiseaux

D’abord une enfilade de cages
Puis à l’écart, sur une table, sous une toile
Une fraction de tronc
Quelques départs de branches
Un envers de bonsaï

Le bec fourrageant sous un épis lourd de grains
Et l’aile oblique, faussement sage
(Vois l’éclat mal terni d’un soleil fait de plume !)
Indifférent au jacassement de ses frères
Il t’attendait. Comment, aucune cage ?

Il n’est pas attaché ? Non. A sa patte brille
Un simple anneau doré. Il n’est pas attaché !
Et tes yeux s’écarquillent
Qu’est cette liberté
Qui même au ciel renonce ?

Je te regarde, mon fils, tendre
Amoureux des oiseaux
La joie fait vibrer ton visage
Et ton sourire frétille, ruisseau
Où se mire un instant le rêve d’un envol

Quand une main trop curieuse outrepasse ses droits
L’oiseau répond d’une aile vive
Comme un fouet. Devines-tu
Qu’il faut à l’amitié, plus que feu du désir
Patiente lumière ?

Il faut à l’amitié tes pas à contrecœur
S’éloignant,
Et pour que reste libre la source de la joie
Une cage à ton désir
– Ecoute comme chante l’absence d’un chant

Tout cela il le faut
Mais, promis,
Au Marché aux Oiseaux
Nous reviendrons tantôt