Fièvre du jardinier

La voisine est au téléphone. Elle insiste pour que son interlocuteur pense à s’enduire de crème solaire. “We wouldn’t want premature ageing now, would we ?” ; rire.

Je suis sur le banc au fond du jardin, à la fournaise. Les bras me brûlent, les mains, les genoux sous ma robe. Annoncé par un fourmillement féroce sous la peau, le rouge à venir enfle comme une cloque, ça fait mal, c’est bon. Juste sous mon nez se déploient, fraîches encore et comme glissant entre les nappes de lumière, les feuilles des delphiniums, du chardon bleu, des macerons et des benoîtes, sur lesquelles les lames du soleil s’allongent, luisance liquide. Elles sont sans épaisseur, pure surface, miroirs, capteurs, et je m’étonne qu’elles ne s’étiolent ni ne se racornissent, ou du moins laissent deviner un effort, comme les mains crispées des pivoines, champs de manœuvre des fourmis inlassables.

Sourde à ses protestations, je coule mon corps dans le bois frémissant du banc. Dans mon crâne sonné, ma cervelle est près de tourner à l’œuf dur. Dur aussi le bleu du ciel ; dur, le désir de croître des graines de digitales que je sème, l’index du soleil à blanc sur la nuque ; dure, et parfaite, l’arête de l’instant.

Je marche le nez à terre, guettant le long des murs les fruits des semis du vent. Les jours fastes, des touffes de mauvaises herbes choisies pour leur farouche splendeur viennent s’installer chez moi. Je fais des détours pour hanter les coins où croît la valériane rouge échappée des jardins, que je guigne sans oser y toucher – la racine ne viendra probablement pas, et puis ça ne se fait pas, ici, même si c’est légal. Il y a aussi cette lavande pionnière qui a décidé de s’installer dans une fissure de l’asphalte, derrière ma poubelle bleue, que je déracine mal et rempote dans un terreau dont la générosité l’amoindrira, s’il ne la tue. Je la pose à côté des renoncules et l’admoneste – allez ma grande, bats-toi, montre un peu de quoi tu es faite. Pour faire un peu de place à un bout de ruine-de-Rome chipé au pied du mur du jardin des quakers, je déloge un plant d’herbe-à-Robert dont la constellation conquérante s’étend sur un diamètre de cinquante centimètres. Pourquoi ? Accès de fièvre du jardinier qui, pour une plante à venir, autant dire une vision, se laisse aller à détruire ce qui est. On m’avait prévenue : “You’re there already, thinking : grow, grow, grow, die, die, die !”. Et moi qui révère la vigueur indomptable des mauvaises herbes et ne viens affronter le moindre pissenlit que prête à faire allégeance, consciente de ma défaite, je me suis surprise ce matin à héberger l’idée absurde de me défaire d’un de mes érables, sous le prétexte qu’il est trop vigoureux, pas assez aristocratique. Je n’en ferai rien, mais finirai probablement par rogner encore sur la “pelouse”. Quant au grand forsythia, dont la santé vacille, il a raison de trembler dans son écorce.

Pour courber la fièvre, je vais au bois. Dix minutes de marche, et ceci :

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Garden miscellaneous (2)

Une matinée bien employée pour une grenouille de ma sorte consiste à  :

– Déposer les enfants à l’école.
– Avaler en vitesse quelque chose et vérifier que les quinze livres sterling économisées sont toujours dans le portefeuille.
– Se ruer en ville aussi vite que le permettent des talons un chouïa trop ambitieux pour trouver, au milieu du marché de Saint George’s Street, l’étal de plantes. Le choix est un peu moins alléchant que la semaine dernière, mais il reste de quoi se satisfaire, quelques incontournables des jardins anglais. Deux delphiniums violet foncé, un autre bleu (foncé aussi), un phlox paniculata Mike’s Choice qui fera pendant à mon phlox paniculata Mount Fuji, et trois petits pots de cosmos sonata blancs dans les bras, rentrer à toute vitesse, manquer se rompre la cheville.
– Sortir de la cabane à outils la pelle, constater qu’on n’a pas assez de force pour l’enfoncer dans l’argile, se saisir de la truelle mieux aiguisée et se lancer dans une réduction mesurée de la “pelouse”, meilleure solution pour planter davantage quand l’espace se fait désirer.
– Feindre d’avoir oublié qu’on avait décidé de laisser aux iris de Hollande jusqu’à mi-mai pour fleurir, ou plutôt écouter son instinct et son expérience, lesquels savent que ces bulbes ne fleuriront plus (they don’t earn their keep, comme on dit ici), et enfoncer la fourche avec délice. Empiler le tout sur les bouts de “pelouse”.
– Dégager du parterre les autres plantes (Coreopsis Early Sunrise, Penstemon Phoenix quelque chose, ciboulette, polémoine bleue), afin de les réorganiser, mais sans oser toucher les agapanthes, parce qu’elles sont bien capables de vous le faire payer- en somme, parce qu’on les craint (on connaît sa place dans la hiérarchie du jardin).
– Verser un petit sac de 20 litres de compost sur le tout, demander pardon aux lombrics que la fourche blessera, et planter ou replanter tout son petit monde.
– Se réjouir, se féliciter, sauter à cloche-pied, et considérer avec reconnaissance l’amoncellement de nuages sombres qui menace pluie.

Avant

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Après

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Vous me direz qu’à première vue, la différence ne justifie pas un tel débordement d’autosatisfaction, et je reconnais volontiers que ce n’est pas Versailles, mais vous verrez que cet été, ce sera bien joli.

Au passage, saluer les narcisses Sir Winston Churchill, qui sentent si bons, et puis les tulipes Groenland (ce sont les roses et vertes), compagnes des Spring Green tant aimées.

Petites surprises

Avertissement. Sur les blogs de jardinage, on ne voit le plus souvent que de superbes plantes en fleur, des arbres majestueux, des spécimens rares, des pelouses manucurées. A Dieu ne plaise qu’une mauvaise herbe s’avise de paraître ! Aucune perfection de ce genre ne vous attend chez moi.

J’aime trouver dans mon jardin des choses que je n’ai pas plantées. Si des indésirables tels que le liseron ou la ronce pointent le bout de leur nez, je les arrache, et c’est une joie du corps. Le terrain n’est pas assez grand pour que la tâche de désherber devienne une insurmontable corvée (il y a bien le vieux lierre et ses cousins… mais c’est un autre sujet). Le plus souvent, les surprises sont bonnes et nourrissent ma gratitude envers le vent et les oiseaux. Chez moi, par exemple, le houx pousse comme une mauvaise herbe, ce qui est une bénédiction (où vous verrez qu’il a fait sec et que personne n’a épanché de fumier sur ce jardin depuis deux ans).

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La glycine de Susan, que je continuerai à nommer ainsi bien que ma voisine canadienne aux beaux yeux myosotis ait vendu sa maison durant notre absence, a fait un petit.

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Auriez-vous une idée de l’identité de ce jeunot ? Glycine aussi ? Jeune frêne ? Wait and see !

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En creusant au pied de l’aucuba du Japon que je retrouve tel que je l’avais laissé, à la fois vigoureux et affecté d’une maladie qui nécrose certaines de ses feuilles jusqu’à l’obsidienne, j’ai senti ma fourche s’enfoncer d’un coup jusqu’au manche. Cela ne m’était jamais arrivé – sous la couche superficielle de bon terreau, notre sol argileux oppose d’ordinaire une résistance opiniâtre. Je bascule la fourche. Surprise : une vieille souche surgit de la terre, révélant alentour et au-dessous des espaces vides, des ébauches de galeries. Elle est beaucoup plus jolie en réalité que sur la photo ci-dessous (le rouleau de scotch vous donnera une idée de la taille).

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Ce vestige sous-terrain se trouvait déjà là avant notre arrivée en 2011. Il est certainement la raison pour laquelle les pulmonaires installées au-dessus ne parvenaient pas à s’épanouir vraiment. J’ai donc déplacé les pulmonaires et je vais garder la souche pour laisser les enfants en explorer les trésors (en plus de l’habituelle colonie de cloportes).

Enfin, j’ai la joie de constater que la véronique fausse gentiane, plantée il y a quelques jours, semble se plaire assez pour lancer de nouvelles feuilles (le bazar tout autour vient de la santoline voisine que j’ai sévèrement ramenée à sa base).

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A bientôt pour un billet sur mes mauvaises herbes ! 🙂

P.S. : J’oublie de vous dire qu’il y a dans mon jardin toute une famille de merles ! Mister Black n’a pas perdu son temps. Le rouge-gorge a également fait quelques apparitions.

 

Scandale

La vérité sur Gillian Ferguson-Brown ! … Ah, vous voulez connaître la vérité… Eh, pourquoi limiter ses ambitions, quand on a pour soi l’autorité de la jeunesse… Mais croyez-moi, oubliez cette dame, elle ne mérite pas votre attention… Je ne sais ce qu’on vous a raconté, mais n’y accordez pas trop de poids… Détail, épiphénomène… Si elle est vraiment belle ? Qu’est-ce que j’en sais ? … L’ai trop vue pour savoir à quoi elle ressemble… Vous avez mieux à faire… Peu de temps et beaucoup à voir… Mettons-nous donc en chemin, dégourdissons-nous les jambes, voulez-vous… Après tout ce qu’on vient de nous faire ingurgiter, cela nous soulagera… D’ici au moulin en passant par l’écluse, c’est une exquise promenade, la rivière égrène ses jardins… C’est bien pour eux que vous êtes ici, n’est-ce pas… Comme tous nos visiteurs… Il nous vient même des cars de touristes, surtout au début de l’été, prêts à subir quelques heures de virages pour s’emplir le nez du parfum de nos roses – tenez, en voilà un… Américains ? Non, Hollandais ? D’habitude, ce sont des bordées de Chinois… Ne demandent pas toujours la permission de prendre des photos… Ça a beau être flatteur, il y a la manière… Que voulez-vous… Question de culture… Remarquez que je distingue les Chinois des Japonais… Ces derniers… Une relation aux jardins très intéressante… Je vous ai parlé de mon voyage à Kanazawa ? … Oui, n’est-ce pas, ces lupins sont remarquables… Une partie de la collection nationale se niche ici… Des spécimens que vous ne verrez nulle part ailleurs ! Celui-là ? Mais non, il n’a rien de rare, c’est Manhattan Lights, plutôt en vogue, je suis étonné que vous ne l’ayez pas rencontré avant… Vous aimez ? … Moi, je ne suis pas sûr… A force de tirer le végétal vers l’architecture… On finit par tomber dans la confusion… Très nouvelle génération cosmopolite, si vous voulez mon avis… Pardon, je ne voulais pas… Allez, les vieux ont toujours tort… Quand même… C’est un peu tape-à-l’œil, non ? … Pardon ? Là-bas derrière ? Ah, ça… Ne perdons pas de temps mon ami… Il y a suffisamment à voir ici… Comment ? Oui, c’est bien chez la dame qui vous intrigue… Gillian Ferguson-Brown, la femme du médiéviste, oui… Non, ils ne sont pas séparés, ce n’est pas ça… C’est chez lui aussi, bien sûr, mais c’est elle qui… Enfin ce jardin, c’est son fait à elle… Lui… Il préfère certainement ne pas s’en mêler… Ecoutez, le temps nous manquera pour faire tout le circuit, si… Mais enfin, qui est-elle pour vous ? … Vous êtes médiéviste, vous ? A votre âge ? … Mais je vous croyais paysagiste ? … Vous n’en avez pas la tête, en tout cas… Et puis quel lien entre cela et Gillian ? … Très bien. Puisque vous y tenez. Vous l’aurez voulu ! … – Voilà. … Oui, hein ! … Haha, même à vous, ça vous en bouche un coin ! … Venimus, vidimus, allons-nous-en… Comment je l’explique ? Est-ce que ça s’explique, ça ? Ma foi, il n’y a qu’à voir !… Est-il besoin d’en dire plus ? Par ici, on ne sursaute plus… Mais on ne peut pas dire qu’on s’y soit habitué… Enfin, tout de même ! … Ce trèfle, ce pissenlit à en éteindre le soleil, cette infestation de mousse… Si elle tenait aux saletés, aux mauvaises herbes, que ne pouvait-elle choisir, je ne sais pas, moi, Ruine-de-Rome, herbe-à-Robert, myosotis… Les fleurs en sont tolérables, si on veut… Mais le plantain en bordure ! Des massifs de pâturins ! Des haies d’orties ! Mieux : la podagraire… La podagraire, nom de Dieu ! Pas besoin de vous faire un dessin, hein, les racines, des années de lutte, imaginez la nervosité des jardins d’à côté… Même vous, qui avez une préférence pour les compositions touffues… Qui froncez le nez devant les parterres léchés…Vous devez bien reconnaître qu’ici… D’ailleurs, l’esthétique importe peu, ce n’est pas là que le bât blesse… Certains diraient même que c’est relatif… Non. Il ne s’agit pas de goûts et de couleurs. Il ne s’agit même pas de plantes. Pour nous, c’est clair… Ce « jardin » n’est là que pour dénigrer les autres… On est bien au-delà de l’espièglerie… Du pied-de-nez… Ca dépasse de loin l’impertinence… Serait-on au milieu de nulle part, au fin fond de la campagne, où personne ne s’aventure… Mais son jardin est à peine en retrait des nôtres, on ne peut pas le manquer… Où qu’on se tienne, si on lève les yeux… Par conséquent, la main qui plante ça cherche à offenser… A travers nos jardins, comprenez bien que c’est la trame de la communauté, du village, que nous tissons… Il faut être aveugle ou sans cœur pour ne pas en goûter l’harmonie… Et là, paf, au milieu… Cette déchirure dans la finesse de la tapisserie… Comme une brûlure de cigarette… De celles sur lesquelles elle tire à longueur de journée, dont elle nous enfume sans vergogne, qu’elle tétait déjà adolescente… Cette bouche goulue dans ce visage sévère… Déjà à l’époque… Pas étonnant que ça n’ait pas marché, les bébés… Et maintenant, là, entre nous, parmi nous, en nous, l’éclosion de cette tache, cette blessure, cette horreur… Ce scandale. Là, c’est dit. Vous trouvez que je vais trop loin, il ne s’agit que de jardinage… Si, si, je vois bien, vous hésitez… Pourtant, vous avez sursauté, vous aussi, tout à l’heure, au premier coup d’œil, les mots vous ont manqué, reconnaissez-le… Le scandale vous a éclaboussé, vous aussi… Est-ce que votre génération sait encore ce qu’est un scandale ? Vous voyez, si ce n’était que la manifestation elle-même, la chose, ça, là… Mais non, le véritable écueil, au fond, c’est… Comment dirai-je ? …. Après le haut-le-cœur, après la secousse, il y a le rebond, la réplique sismique… Le scandale monte en graine au rythme des mauvaises herbes de Gillian… Et au bout, il y a la rupture. L’aboutissement du scandale, c’est l’expulsion de l’Eden, fruit de la division. Mais plus grave encore qu’être éclaboussé, déséquilibré, troublé… Plus grave qu’être contaminé… Il y a la responsabilité… Dans une communauté comme la nôtre, dans ce village où nous vivons de concorde, que se soit levée cette femme – je ne dirai pas encore une… Que cette femme ait trouvé parmi nous de quoi créer ceci… Malheur à celui par qui … Nous n’avons pas su garder Gillian, nous sommes donc coupables… On savait que sa stérilité… Quand elle a cédé, quand elle a accepté de ne plus soumettre le pauvre Harold à toutes ces démarches pour concevoir un enfant… Nous l’avons crue assagie… C’est alors qu’elle fait sortir de terre, de son délire, ce jardin, qu’elle nous le met sous le nez… On aurait accepté un jardin négligé, après tout elle souffrait, ils souffraient tous les deux, tout le monde peut comprendre ça, surtout pour une femme… Mais regardez : ce n’est pas de la souffrance… C’est du vice… Car vous voyez bien que ce n’est pas un terrain vague, que tout est étudié, qu’elle y consacre son temps… Pensez-vous que le hasard puisse avoir si opportunément placé le chardon-aux-ânes… Ces paniers suspendus débordant de chiendent… Ces prêles qu’elle utilise pour accentuer le chaos, comme des verges pour nous battre… Savez qu’on les appelle Queues-de-rat ? … Le liseron qu’elle encourage comme on lâche des fauves ! Et ça montre les dents, ça se propage, ça essaime, ça rhizome, ça se répand, se reproduit… Les voilà donc, ses enfants monstrueux et immortels… Ce jardin est un acte de vengeance… Elle ne titille que le chaotique dans la plante… La puissance diabolique… Et après ça, on la croise au marché, précédée de ses chiens, le pas tonitruant, la crinière provocatrice… Oh non, aucune honte… Pis que cela, c’est à nous qu’elle veut faire honte… Quand on la rencontre… Ca ne tardera pas à vous arriver… Eh bien, quand on la rencontre… D’ailleurs, où est Harold, hein, pourquoi n’est-il jamais avec elle… Je sais bien que les livres, que les conférences… Mais enfin même les vedettes de l’université ont des vacances, pas vrai… Elle va seule, toujours, louve parmi ses chiens, marchant comme Lady Salisbury elle-même n’oserait le faire… Oui, la duchesse du château sur la colline… Elle ne fait même pas semblant, ne prend pas l’air de rien… Son air, c’est vous qu’il renvoie au néant…Non sans vous avoir insulté… Et pourtant, Gillian a la main habile, croyez-moi, on ne parle pas mieux qu’elle aux plantes, aux concours de fleurs elle gagnait toujours haut la main, du temps où elle faisait encore semblant… Et même pour réaliser ceci… Ainsi, si elle voulait… Mais non… Pensez-vous… Petite, déjà, les gens disaient, sa mère elle-même disait, et d’ailleurs quel besoin… Ca se voyait… « Gillian, c’est de la mauvaise graine »…


Ma participation au quatrième exercice de l’atelier d’été de François Bon : Ah, vous ne connaissez pas Bréhier, à partir d’un texte de Nathalie Sarraute. Le narrateur s’adresse au lecteur-personnage pour parler d’un autre personnage – une approche progressive.

Parole de sécateur

Je n’ai pas vraiment d’identité à décliner. La marque de fabrique, l’année de production, toutes ces vétilles d’état civil ont été emportées par les frottements et la sueur des années. Mon manche écaillé qui fut vert et la vis tachée de rouille qui cheville la croix déguisée de mon corps feraient mauvais effet sur le banc à outils d’un jardinier plus soigneux. Mais la main qui me manie n’en a cure : je n’ai rien perdu de mon mordant, voilà tout ce qui compte.

Manche et lames ensemble, je mesure moins de vingt centimètres : de quoi me loger confortablement dans la main à laquelle je suis fait. A mon sourire en miroir on trouve, selon l’angle, un air de bec de perroquet ou de corps de poulpe aux tentacules repliées. J’habite sur une étagère rouillée, dans la cabane aux araignées qui ne tient debout que par un de ces miracles réservés aux choses les plus humbles. A côté de moi, compagnon d’oxydation, patiente un cousin plus jeune, manche noir, quelques centimètres de plus, qui n’a pas souvent l’heur d’être de sortie. Solidarité familiale oblige, il m’arrive de me cacher sous un buisson ou un sac de terreau dans l’espoir que mon absence lui donnera une occasion de se rendre utile (s’il a de la chance, ce sera un jour où la main n’aura pas fait l’effort de se ganter et l’embrassera de la paume et des doigts…). Hélas ! A la première pression sur le manche, bruit suspect d’écorce distendue et de bois vert supplicié – la main se raidit. Un silence éclair puis un tonnerre de jurons s’abattent dans le jardin. Le merle effronté lui-même s’éloigne à tire-d’ailes, indigné. Une malédiction sur plusieurs générations est instamment promise aux concepteurs de mon pauvre cousin, dont les lames en enclume ont le malheur d’écraser et de broyer les délicates fibres ligneuses.

Mon salut est d’avoir été équipé de lames dites franches, ou en ciseaux : je tranche net et sans déchiqueter. On m’aiguise de temps en temps, dans l’urgence et maladroitement, espérant faire acquérir au fil de mes lames une finesse qui rendrait la coupe idéale et la blessure irréelle. C’est qu’avec moi, la main s’imagine investie du pouvoir de faire œuvre de chirurgie, d’architecture et de sculpture parmi les arbrisseaux et les buissons. Je ris sous cape (ou plutôt sous ma garde). Bien qu’elle croie poursuivre les linéaments du symbole et aspirer à l’abstraction, je la sais en réalité mue par un désir bien plus charnel, maternel, contradictoire, de tour à tour soigner et domestiquer, servir et dominer. Les jours de paix, nous ne faisons que retirer les branches mortes et malades, celles dont le tracé contrevient à une croissance harmonieuse, et rendre aux lignes maîtresses leur force. C’est du menu ménage, de l’artisanat, humble et patient. Si art il y a, c’est un art de l’observation. La source vive jaillit de l’accord du climat, de l’espèce et de la terre : voilà d’où vient la beauté, dont nous ne sommes qu’indignes serviteurs. Notre danse est lente : régulièrement, la main me pose sur l’herbe où je me lave à quelque rayon pendant qu’elle considère le geste suivant, soupèse sa nécessité, hésite sur son orientation. Il y a des bois qu’elle ne me laisse toucher qu’avec révérence : érables du Japon, hêtre pourpre, glycine de Susanne, céanothe où sous le crépitement des abeilles s’émiette le bleu du ciel. A d’autres suffit l’honneur de la précision : cornouiller, chèvrefeuille, redoutable buisson ardent. Et puis il y a les jours de guerre, où l’émancipation du rosier grimpant, du cotonéaster et du lierre est perçue comme une provocation, et alors… Gare aux dégâts. Le lierre, surtout, vole pèle-mêle dans une furie d’arrachage ; elle l’attaque de tout ce qu’elle trouve, même avec le cousin aux lames d’enclume, enragée de se savoir éternellement vaincue.

Dans la section minutieuse comme dans la taille effrénée, je suis source de plaisir. A travers mon attouchement des plantes, c’est une forme d’amour que la main peut exprimer. Le geste qu’ensemble nous accomplissons, étrangement, nous apparente de loin aux puissances élémentaires du vent et du soleil qui informent la vie. C’est une ivresse qui finit par vous tarauder. Aussi ne suis-je pas le seul hôte de la cabane aux araignées à qui la main aime faire prendre l’air. Quand elle a des projets plus ambitieux, ou que le plaisir de la minutie finit par l’agacer d’un désir plus avide, elle m’oublie dans le coin d’un parterre et file chercher la fourche. Voilà bien une autre cadence ! Je les ai vues batailler contre un buisson ancien qui résistait de toutes ses racines, possible réincarnation de la vieille Renaude de Monsieur Seguin (oui celle-là qui la première tint bon contre le loup jusqu’à l’aurore). Rage, furie, corrida ! A ce jeu tous les coups sont permis, et le buisson ne fut pas de reste. La victoire resta longtemps indécise entre l’alliance terre-racines et la coalition mains-fourche. Le buisson finit par céder : inclinaison, hésitation, basculement. Ce fut alors une Déposition, tendre et solennelle.

Ce jour-là, mon cousin connut son heure de gloire : dans le bois promis à la mort, ses lames broyeuses furent les bienvenues. Le tas de branches qu’il fit grandir sur l’herbe avait un air de bûcher prometteur d’immortalité. Las, personne n’eut l’instinct d’y mettre le feu. Qu’importe ! Les cloportes viendraient le consacrer, eux dont l’éternité ne fait aucun doute.


Contribution sans alexandrins à l’Agenda ironique de Juin organisé ici par Les Narines des Crayons. Cette fois encore l’ironie ne s’est pas laissé attraper, veuillez me pardonner. Quant aux alexandrins, j’ai épuisé ma réserve hier. Mais le sujet préparé par Clémentine était trop tentant pour que j’y renonce !

Mister Black

Mon fils et moi rentrons du cours de piano. Les arbres se réveillent. Un chant nous arrête en pleine rue. It’s a blackbird, dit mon fils. Nous levons la tête et devinons à contre-jour, perché au sommet d’un vieux platane, quelques étages au-dessus d’un gros pigeon, le chanteur amoureux. C’est l’ouverture officielle du printemps.

En attendant les lettres de refus des éditeurs, je me suis lancée dans un nouveau projet de roman avec l’enthousiasme des innocents. Je me suis amusée à imaginer le plan du jardin du personnage principal (où vous verrez que je ne sais pas dessiner et que mon sens des proportions n’est pas sans rappeler Numérobis, l’excellent architecte d’Astérix et Cléopâtre).

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J’aimerais que mon mari, qui lui en est capable, me fasse un meilleur plan, et surtout un dessin qui donnerait une idée du dénivelé. L’arbre chevelu du coin Sud-Ouest a été dessiné par mon fils et est censé représenter un saule pleureur. Je le laisse pour lui faire plaisir, même s’il s’accorde mal avec le chêne d’à côté.

Seulement voilà, depuis quelques jours, Mister Black me picore l’arrière de la tête – c’est que je lui avais promis une tentative de poème.

Mister Black est le merle de mon jardin de Canterbury. Lui présenterait sans doute les choses autrement, dirait qu’il m’a tolérée quelques années sur son territoire, que je lui faisais pitié, fille des villes pour qui la terre n’était encore qu’un agrégat de minéraux et de choses mortes, une poussière dépouillée de ses ailes, juste bonne à tacher les habits et, contrairement à l’eau ou à la lumière, un non-élément, tout au plus une toile de fond. Vie antérieure. Pour ma défense, je répondrai que lorsque les encouragements de mon beau-père, fin jardinier, et l’inconscience me firent me saisir de la fourche, je fis rapidement la preuve de mon utilité, dérangeant bien plus de vers de terre qu’il n’était nécessaire. Ayant alors trouvé un intérêt à me tenir compagnie, Mister Black se mit à surveiller de près mes efforts, me pressant de battre en retraite pour le laisser prendre son déjeuner en paix. A ce petit jeu, on finit par s’entendre. Il ne tenta jamais sur moi l’attaque qu’il lança sur la voisine – au cri qu’elle poussa, je crus qu’elle s’était blessée, c’est si vite arrivé avec des outils de jardinage qui traînent. Il s’avéra que Mister Black lui avait tout bonnement sauté à la figure, sans l’ombre d’une hésitation. La négligence de ma voisine était bien en cause, mais ne portait pas sur les outils : elle avait eu l’imprudence de s’aventurer trop près de son nid. Le printemps n’était pourtant qu’explosion d’avertissements…

Me reconnaîtra-t-il quand je reviendrai, l’été prochain ?

Je ne sais pas si le poème finira par se manifester, mais Mister Black ne manquera pas de faire une apparition dans mon nouveau texte. 🙂

P.S. : La photo d’en-tête est d’un prunellier (blackthorn) au Parc de Sceaux. La raison ?

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Les hortensias

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J’aime les hortensias. Dans les jardins, leur air d’abondance, leur aise prétentieuse et mensongère qui masque mal leur santé de poitrinaires : point trop de ceci, point trop de cela, nous sommes des divas. Avec du soin et pas mal d’eau, ils occuperont vite tout l’espace que vous leur aurez alloué, et davantage. La main, l’épaule.

J’aime leurs infinies nuances, leur extravagance. Il faut à tout prix qu’ils vous jettent à la figure leurs têtes plus grosses que de raison, coiffées de ces bonnets de grand-mère, avec ou sans dentelle mais toujours délicieusement démodés.

Il y en a un qu’il me faut évoquer. Planté à l’entrée de la maison de mon amie, il a décidé de bloquer le passage vers le garage et le côté de la maison. Si on lui en laissait l’occasion, il boucherait la porte d’entrée. Vigoureux et caractériel, il est d’une beauté stupéfiante : ses énormes fleurs blanches teintées de vert évoquent tout à la fois des nuages de beau temps, la reine d’Angleterre, la barbapapa, le moelleux d’un édredon neuf, l’ouate de la neige, la gloire de l’été, et la distinction de ses propriétaires. C’est qu’il n’est pas donné à n’importe qui de posséder une telle créature. L’installer à côté de la porte d’entrée relève d’une stratégie bien pensée : voyez les invités se pressant dans l’allée. Avant même que la porte s’ouvre et qu’apparaisse le sourire radieux de la maîtresse de maison (mon amie sait recevoir), ils ne peuvent que se sentir honorés d’être ainsi accueillis par ce choeur de vierges en coiffes de dentelle et corsages vert sombre.
(Mon amie m’a laissé prendre quelques branches pour en faire des boutures. Malgré mes pouces verts, je n’avais encore jamais réussi à bouturer quoi que ce soit. Pour l’hortensia de mes rêves, ça a été pareil. Oh well.)

En feuilletant les magazines de jardinage que mes beaux-parents me passent, je tombe sur une nouvelle variété récompensée au Chelsea Flower Show (une des raisons pour lesquelles il faut que je revienne en Angleterre. Je rêve de m’y rendre. Ca, et les pub quizz. Mais ce sera pour une autre fois). Sur la photo, la plante a un côté un peu trop propre sur soi, trop bien dessiné, presque artificiel (fleurs d’un rose pâle bordé d’un liseré plus profond ; cela dit, il ne faut jamais faire confiance aux photos, surtout promotionnelles). Mais elle s’appelle Saori. Il me la faut. Un jour, quand j’aurai de nouveau un jardin.

Et puis il y a les massifs bleus de Bretagne, sur fond de murs de granit et de toits d’ardoise. Voilà le vrai pays des hortensias, où sous la bruine et le vent s’exhale leur nature véritable. Voyez comme s’accordent et se répondent le ciel d’anthracite, les ardoises luisantes, la lumière changeante et le scintillement des fleurs. L’hortensia breton n’est ni prétentieux, ni capricieux – accordé à son paysage de franchise et de simplicité, ouvert à l’assaut des éléments, il semble naître de l’air et des embruns pour en concentrer la couleur et la matérialiser. Derrière chaque hortensia exilé sous ses dentelles extravagantes, c’est cela que je perçois, le pays de granit, les cris des goélands dans le grand vent qui courbe les mâts.

Photo : Hydrangea macrophylla Miss Saori sur le site de la RHS : https://www.rhs.org.uk/shows-events/rhs-chelsea-flower-show/2014-stories/Plant-of-the-Year-2014

Petites joies du jour.

Il fait beau, sinon chaud (faut pas rêver), et j’ai passé pas mal de temps à quatre pattes dans la “pelouse” avec le long sécateur, celui qui sert à tailler les haies (c’est marrant, je connais les noms des outils de jardinage en anglais bien mieux qu’en français !). Eh oui, la tondeuse a rendu l’âme il y a quelques semaines, et on est en pleine période de pousse – aux grands maux, les grands moyens. Ce mois-ci, y a plus de sous pour acheter une nouvelle tondeuse, de toute manière.

Je suis assez satisfaite du résultat, à vrai dire. Et un des plaisirs de la tâche a été d’imaginer ce que devaient penser les voisins, à voir la voisine chinoise le derrière en l’air en train de tailler des brins d’herbe avec un sécateur. Sûrement une habitude de là-bas. En Angleterre, on respecte les pratiques culturelles des sauvages.

Autre joie : j’ai maintenant la preuve que les renoncules ne vont pas seulement produire les touffes de feuilles d’un intérêt très limité auxquelles elles m’ont habituée ces derniers mois, mais aussi des fleurs ! Voyez vous-mêmes !

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Dans la série des promesses du jardin :

  • Le rosier nain de chez Marks and Spencer offert par Tante Shelagh, planté au hasard pour voir s’il survivrait et qui porte un tas de boutons de fleurs :

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  • Les alliums les moins pressés de la Terre (Allium Christophii) :

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  • Les cosmos (cf. Sakura et Ino) :

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  • Les lys jaunes choisis par mon fils à Sainsbury’s (qui est un supermarché – ces lys pourraient bien se révéler d’une autre couleur – drame) :

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  • L’oeillet miniature (Alpine Dianthus Starburst) (si, si, cliquez, vous verrez les boutons) :

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  • Le chèvrefeuille rose qui se réveille (groggy, car les pucerons sont déjà là) :

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  • Et surtout une langue d’agapanthe émergeant alors que je la croyais morte !

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Mais pourquoi diable cette raseuse nous montre-t-elle des plantes sans fleur ?

Eh bien c’est le stade que je trouve le plus excitant. On ne sait pas à coup sûr, après tout, si une plante va donner des fleurs, quels que soient les soins qu’on lui apporte. L’apparition des boutons est pour moi l’occasion d’un petit feu d’artifice intérieur et d’un soulagement. Ouf, maintenant, c’est sûr, ça va venir, il ne reste plus qu’à attendre !

Enfin, tout dépend, il reste toujours les ennemis jurés et leurs oeuvres diaboliques :

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Finissons malgré eux sur une note positive : pour une fille des villes, voici une vision réjouissante.

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Et le plus drôle est de voir mon fils qui, après avoir examiné les fraises, fait un tour de 45 secondes dans le jardin puis revient me déclarer : “Maintenant, elles sont rouges, Maman, on peut les manger ?”

The Japanese maples have arrived.

Arrivée des érables. Rien que leur nom est un enchantement – ce « a long », trainant, qui s’allonge comme branche sous la brise.

Depuis quelques jours, je m’inquiétais de ne pas avoir assez de place pour les planter, je me reprochais d’avoir eu les yeux plus gros que le ventre, comme d’habitude. Je me disais, tant pis, j’en renverrai un. Je prenais conscience que planter des arbres dans un jardin n’est pas un geste anodin – il ne s’agit plus de jonquilles ou d’iris !

Croissance

Concrètement, c’est un investissement en espace et en argent. Si on le met en terre, ce qui me paraît préférable, il faut prévoir large, l’imaginer dans la splendeur des décennies à venir, déployant sa canopée à des mètres à la ronde et un réseau de racines plus étendu encore. Pour moi qui ai un tout petit jardin, l’achat de cinq érables, je le reconnais, relève de la folie douce ou de la mégalomanie la plus stupide, c’est selon. Ah, mais, pour ma défense, ce sont des érables du Japon, acer palmatum. Leur croissance est lente, et ils se prêtent à la taille, puisqu’on peut faire de certaines de leurs variétés des bonsaïs. Cela dit, tailler un érable de manière à respecter sa grâce naturelle est un art que je ne suis pas sûre de maîtriser à l’avenir.

Enracinement

Surtout, l’arrivée de ces arbres me fait m’interroger sur ma relation à cette maison. Nous y vivons depuis deux ans, ma fille est née dans le salon (littéralement), mon fils va faire sa rentrée dans l’école du quartier. Mais, rien à faire, je ne me sens pas enracinée ici. Est-ce parce que ce n’est pas mon pays ? Je ne crois pas. Apres avoir vécu quatre ans en Angleterre, je prévois que rentrer en France me sera difficile. On s’habitue à un autre mode de pensée, de nouveaux codes sociaux… enfin, ce serait le sujet d’un autre post. Pour revenir à nos moutons, je voudrais pouvoir emmener mes arbres avec moi quand je partirai. Ca tombe bien, les érables du Japon peuvent vivre heureux dans de grands pots, si l’on ne rechigne pas à les soigner – les arroser, les rempoter, tailler leurs branches et (rarement) leurs racines. Pourtant, quand je les regarde, dans leurs pots, ca me démange, j’ai une envie viscérale de les mettre en terre. L’art du bonsaï n’est pas pour moi, j’aime que les êtres vivants prennent leurs aises (sauf les humains dans ma maison qui ont intérêt à quitter leurs chaussures… bref…). Et puis je me sens mesquine – quoi ? Pourquoi ne pas les laisser aux prochains occupants de la maison ? C’est quoi cette cupidité, cette possessivité ? Et qui me dit que j’aurai un jardin dans mon prochain logement ?

Dépaysement

Je songeais hier, dans mon post, à la construction du jardin idéal (tiens, je me sens très facteur Cheval, en ce moment) et à la manière de composer avec le cadre dont j’ai hérité. Je ne suis pas près d’y parvenir. Après avoir planté en un joyeux fouillis mes tulipes, mes alliums, les rosiers nains offerts ou récupérés d’autres membres de la famille qui ne voulaient pas les jeter, etc… VLAN ! Voici que je fiche en plein milieu de tout ça un arbre qui ne souffre pas le désordre et symbolise à lui seul la grâce et l’harmonie.

Le voilà, debout au milieu du parterre, entre les tulipes échevelées. Il conjure dans la dentelle de ses feuilles et le ploiement caractéristique de ses branches des visions de jardins japonais – perfection immobile, évidence qui réduit au silence.

Et tout autour, mes semis à demi levés, mes pots de pensées en fin de parcours, tout ce brouhaha et ce remue-ménage…

C’est bon, tout ça devra lever le camp, tout est à recommencer.