Bredouille

Fouillé partout dans mes classeurs de grec pour chercher un texte que je voulais traduire, à l’exemple de Joséphine. Ironie du sort, c’est l’amour que m’inspirait ce texte qui le soustrait aujourd’hui à mes recherches : ne l’avais-je pas diligemment retiré du classeur pour le serrer dans quelque pochette destinée aux coups de cœur ? Pochette aussi précieuse qu’introuvable, comme il se doit. Un texte que j’ai su par cœur, que j’ai encré cent fois sur mes trousses et mes intercalaires, et qu’il est désormais impossible, évidemment, de faire recracher à ma mémoire.

Eh bien, à quoi sert Internet, me direz-vous ? Oui, bien sûr, mais ce que je cherchais, c’était surtout le polycopié de la Maîtresse N., couvert de ses annotations, dans cette écriture ronde qui convenait si peu à son tempérament de bretteuse et ne donnait aucune idée de la façon qu’elle avait d’attaquer Thucydide et Lucien, la plume rageuse, mâchonnant sa langue dont la pointe faisait pousser une sphère baladeuse dans le creux de sa joue. Homère seul faisait descendre sur elle un air de sérénité rêveuse, freinant le débit de sa voix pour y couler une douceur un peu distante. Même les séances de scansion, où nous charcutions des vers l’un après l’autre (les vers, les élèves aussi) en quête d’un rythme (longue – brève – brève ; galope, galope, petit helléniste ; saute la césure ; et hop, on recommence) , étaient un plaisir. C’était une Maîtresse que nous aimions, franche, se fâchant sans retenue sur les copies, mais juste et soupesant la langue avec une admirable subtilité.

En attendant de remettre la main sur ce texte fugueur, j’ai épousseté ma page d’accueil qui laissait à désirer. La page About mérite également le balais, mais cela attendra.

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Prométhée enchaîné, Nicolas-Sébastien Adam, au Louvre.

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