En songe

A Jehanne

*

l’arbre de la foi ?

je suis couchée dessous
le ciel se ceint de feuilles
cela suffit peut-être

doucement y bourgeonnent les ailes des anges
leur voix de plumes
ce long silence d’en-deçà de la racine
obscur et étranger plus encor que la chair

par-delà la feuillée le ciel joue à plier
l’aune de la promesse :
ce qui à l’instant paraissait frôler la cime
déjà s’est résorbé
– et cet effort
du ventre de l’âme et du corps
insoutenable de tristesse cet effort
doit trouver ailleurs sa raison

à la plus basse branche
j’avais pourtant pendu les armes de l’enfance ;
de la pointe des pieds aux doigts écartelée
je les avais pendues

et il me semble bien avoir tantôt grimpé
là-haut, jusqu’à la branche
d’où l’on voit les chemins et le cours des vallées
et le seuil où l’angelus porte nos pas

sur mon visage s’était posé
le sceau de nacre des nuages

et si c’était en songe ?

et si c’était en songe
je connais les crues du fleuve des rêves

*

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