Alerte

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Comme le cerisier délesté de lui-même
par un soupir du ciel
il faudrait se livrer

Ou comme le passant à mi-pas suspendu
devant la perfection aléatoire et éphémère
inhaler la grâce du renoncement et
consentir ?

Sans façon

Aucune giclée de roses
aucun printemps lascif se livrant au mirage
des saules ployant sur les eaux de leurs larmes
ne me dit rien qui vaille

Petit père bonne mère
je crois bien davantage
au grelot de l’alouette des tourbes
qui creva ce matin mon élan par la brande
sous la stase augurale de deux éperviers

.

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Moisson

 

 

Le temps s’en vient comme qui

possède des champs barbus d’or en abondance

et ne songe à faucher que pour qu’un peu de suc

au bout de chaque tige cristallise en miel

l’ininterruption

 

 

Time is coming as who

has fields of bearded gold in abundance

and thinks of mowing only so that a bit of sap

at the tip of each stem

crystallises into honey

the uninterrupted

 

 

Février

Envie aujourd’hui de poster de nouveau ce poème écrit il y a quatre ans. Contrairement à d’autres que j’ai commis, je l’aime encore. Il faisait clair dans la petite salle où j’attendais mes étudiants. C’étaient de grands garçons qui, bien qu’hésitant encore à devenir des hommes, partageaient dans leur essence l’audace du perce-neige. Avec eux aussi, je jardinais.

In the Writing Garden

Le ciel est tissé de lumière
A travers les champs célestes
Voguent des voiles de fête
Et fusent les flèches solaires

Sous l’obscur velours des paupières
L’incandescence demeure
La forteresse intérieure
Est éventrée – tout est offert

Les secrets que l’ombre resserre
Désirs, songes et pensées
A travers ciel projetés
Se dissolvent dans la lumière

Sur tes iris de métal clair
Tes paumes de pierre polie
Toute tristesse abolie
Je reconnais le printemps vert

Par tous les pores de ma peau
Moi qui oubliais de vivre
Comme au zénith l’oiseau ivre
Je file au son du chant nouveau.

Illustration de Georges Lemoine.
Vous pouvez lire un entretien très intéressant avec l’illustrateur ici.

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Musaraigne

Homme
Tu es sur la terre pour plus
De souffrance et de joie qu’il n’y a
D’abeilles aux lèvres du soleil
De sève aux paupières des forêts
De peine à la racine des dents

Le reste n’est pas ton lot

Aussi
Dévêts-toi de ton manteau de pluie
Délivre tes épaules de la maille étroite
Des sagesses d’acier
Décroche les volets de tes fenêtres
Abolis sans tarder
L’auvent carrant son ombre sur ton porche, déjà 
Fissuré par l’ennui plus que par les orages

Et debout sur le seuil, pardonne 
Pardonne au vent fou qui disperse
La patience des jours et l’ardeur de la nuit

S’il faut être prudent que ta prudence soit
La flamme en la prunelle du renard
– acculé par l’hiver au linceul des clairières
Il scrute sous la neige
(Son corps, tout écoute, déjà se sent bondir)
Le murmure intermittent de la vie musaraigne
Certain de la saisir autant qu’elle est certaine
D’accoster la première au printemps