Enfin le train

Enfin le train, dont ces dernières années nous avaient privé, le train, sa berceuse et son hoquet. Le passage, et sa jouissance douce-amère. A la racine du nez, entre les yeux, une bulle se forme, excroissance immatérielle, mixture de sensation et d’imagination, quelque chose d’acidulé et de tendu qui signale à la fois le réconfort…

Première nuit de printemps

Fenêtres ouvertes sur la nuitblancs lampadairesjetant plus d’encre au ciel Une étoile perce ma myopieLe plaisir vient trop tôtcomme la saisonVoisle printemps replie le linceul de l’hiver et sa respiration fait une rumeur comme en ce poème où sur la palme chante la mélancolie d’un vieil enfant(La fenêtre est en haut, et du monde on…

Février (Delphes)

Lundi matin, dans le bus. Je suis assise à ma place habituelle, à l'étage, au deuxième rang sur la droite, près du bouton qui commande l'arrêt. J'ai ouvert les fenêtres embuées. Le beau temps sourit.Dans mon cartable attend le manuel de Classical Civilisation que j'ai l'habitude de feuilleter pendant le trajet, en préparation de mon…

Cigales nocturnes

  Éteins ce chant Trop intérieur et trop lointain Éteins ce chant Je ne peux plus Entrer dans la nuit des cigales - Le temps déjà était né Me semble-t-il Tout juste Et comptait sur ses doigts Debout dans le vertige étoilé de la nuit Des galaxies aux cils - Sur mon âme la pluie…

Pères

  A H. Tu m'as accompagnée de rêve en rêve l'autre nuit. Nous constatons que nous avons le même bout de pays ouvert sur Google map dans nos téléphones portables. Sur ta version, une longue plage occidentale, des eaux transparentes infusées de soleil. Sur ma version, le même endroit, mais présenté sous l'aspect d'une carte…

Méditerranée

A Joséphine Notre rencontre n'est pas datée, aucune image n'en est restée. Elle eut lieu à l'âge où la durée ne se scinde ni ne s'accumule, courant ignorant des digues, houle d'outre-rivage. Je sais seulement que je l'ai vue. Bleue, mais non comme peuvent l'être tes yeux ou le ciel, la tristesse ou la joie, le…

Racines

Nos racines entremêlées dans l'obscure chambre où l'enfance avide entrouvre ses paupières nous dispensent des longs palabres (Et pourtant je te les inflige moins pour toi que pour moi non pas que j'aime m'écouter mais c'est qu'en te parlant je dissipe la nuit qui me cache à moi-même).

Exil

On me le dit souvent, je n'ai pas de mémoire Les livres et les dates, les faits, tout m'échappe Je récris chaque jour les pages de l'histoire Que le temps chaque jour minutieusement sape J'exerce mes yeux à sonder les profondeurs De l'enfance. Ne dit-on pas que ses images Au-delà de l'oubli conservent leur splendeur…