Premier refus

Lundi, petit tour chez P.O.L. et Verticales. Aujourd’hui, sous la pluie, Editions de l’Olivier et Editions du Seuil.

J’ai aussi reçu, ce matin, ma première lettre type de refus. Elle vient des éditions de Minuit. Dommage qu’ils aient gribouillé sur la page de garde, le reste du manuscrit est en (trop?) bon état et aurait pu être envoyé chez un autre éditeur, à ce fâcheux détail près…

Je suis étonnée de ne pas ressentir la pointe de tristesse et de déception à laquelle je me préparais lorsque j’imaginais recevoir ce genre de réponse. Ne nous emballons pas, ce n’est que la première, le découragement attend probablement la troisième ou la quatrième pour commencer à peser. Je crois que j’ai été soulagée que ce ne soit pas Actes Sud. Eux aussi me refuseront certainement, mais je ne voulais pas qu’ils soient les premiers à le faire – caprice du cœur !

A leur crédit, les éditions de Minuit ne vous font pas poireauter durant des mois ! C’est donc un franc refus, il n’y a rien à regretter. Et cependant, j’aurais aimé savoir ce qui a fait pencher la balance. Si le manuscrit était trop gros, si c’était une question d’intrigue, de style, de thème (je ne suis pas sans savoir que la présence de la religion dans mon histoire en hérissera plus d’un), de rythme. S’il a même été lu. Enfin, je suppose que s’il fallait, à une maison comme Minuit, rédiger ce genre de réponse détaillée pour chacun des milliers de manuscrits qu’elle reçoit par an, elle fermerait boutique !

Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention de vous assommer à chaque lettre de refus qui me parviendra. Cependant, s’il m’en vient une d’intéressante, je ne pourrai probablement pas résister à l’envie de le raconter. Mais celle-ci, en sa qualité de première, méritait d’être signalée.

Pendant ce temps, je continue de rêver de cette cour printanière au fond de laquelle se trouvent les bureaux de P.O.L. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la photo ne rend pas justice aux plantations qu’il ne vous reste qu’à imaginer étoilées de fleurs.

2017-03-20 11.17.32

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Déposés

Cet après-midi, sous la pluie, je suis allée faire un tour du côté de Saint-Germain-des-Prés puis vers Vavin pour déposer mon manuscrit chez quelques éditeurs.

Qu’il soit dit, tout d’abord, que j’ai été gracieusement reçue partout. On m’a dit bonjour, on m’a même souri, on a pris mon manuscrit sans ironie. Chez Albin Michel, on m’a demandé si c’était un roman, et quand j’ai déclaré fièrement avoir obéi à l’injonction du recto simple, on m’a félicitée comme la petite fille sage, l’élève modèle, dans la peau de laquelle je m’étais inconsciemment glissée. “On”, à chaque fois, était une femme.

La porte des Editions de Minuit, rue Bernard-Palissy : une arche sombre dans un épais mur crème, portant une discrète enseigne noire qu’il faut chercher pour la repérer. De vagues souvenirs de descriptions balzaciennes (chambres, antres, lieux de mystère) me remuent dans l’arrière-vision. “Entrez sans sonner”, dit une petite pancarte. L’invitation, le soupçon d’informalité, sonnent comme les préludes d’un jeu. Je suis aussitôt prise d’enthousiasme pour ce lieu.

Derrière la porte, il y en a une autre, tout aussi sombre. Entre les deux, un espace clair-obscur et intime, une antichambre menue, presque un abri, où sortir ma précieuse enveloppe de son sac mouillé et me préparer à affronter des regards que j’imagine hautains ou indifférents, à moins que ne m’attende quelque autre forme d’initiation.

Je pousse la seconde porte qui s’ouvre sans bruit. De l’autre côté, personne ; peut-être, vaguement, une rumeur étouffée. La lumière de ce jour pluvieux est assez chiche pour donner l’impression qu’on a glissé dans un de ces vieux films aux nuances de grisaille. De mieux en mieux ! Une autre pancarte invite le visiteur à gravir les escaliers vers l’étage où se trouve l’accueil. Je n’ai plus peur, je monte.

En haut, le palier donne, à gauche, sur une salle dont la porte ouverte ne me laisse apercevoir qu’une photocopieuse, et en face, sur un bureau bien éclairé (“Accueil – Secrétariat”). Une femme blonde y est assise, qui écoute ma requête. Au moment où elle prend mon enveloppe, elle sourit et me demande si j’ai bien indiqué mes coordonnées postales. Je souris en retour, un brin exaltée, je la remercie, je file, reconnaissante, un peu étonnée de n’avoir pas été changée en crapaud ou en statue. Je ne sais si d’autres personnes se trouvaient dans la salle de la photocopieuse, où si cette femme était la seule âme présente, la source unique de l’enchantement du lieu. On ne se réclame pas de Minuit sans raison…

Chez Grasset, rue des Saints-Pères, c’est plus grandiose, il y a du marbre luisant, de l’espace, des plantes – genre, bureau de gouverneur romain dans Astérix.

Chez Albin Michel, l’espace ne manque pas non plus, mais c’est sombre. Pour atteindre leur porte, il faut traverser des grappes de lycéens, bruyants, vulgaires, très vivants.

Il est très probable que tout cela ne donne rien en terme de publication, mais l’expérience vaut le coup. Ma vie est si sage que cette sortie, pour moi, relève déjà de l’aventure. Le calme, le silence feutré (j’étais à chaque fois la seule visiteuse), les sourires, ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. Et je reste persuadée qu’il se passe des choses rue Bernard-Palissy qui dépassent l’édition de textes.

Et maintenant, la longue épreuve de la patience… Je reprendrai mes distributions dans quelques temps. Je remercie de tout cœur ceux d’entre vous qui espèrent avec moi.