Calligraphie

*

A Koshu

Novembre grisonnait embué
Et l’automne ployait
Trop tendre tôt dissout

Droits comme midi se dressaient
Ton corps et ton pinceau
(Quant à l’autre bras de la croix
C’était l’encre allongée dans sa pierre)

Tu ne dis que ceci :

La ligne révèle qui nous sommes.
Traçons-la
Comme le sabre son destin
Plus leste que le sang
De fourreau clair en fourreau pur

L’encre jaillit

Alors je vis
Dans la vibration de ton arc
Suspendue la déroute du fleuve

Et l’aval et l’amont les doigts joints sur la rive
De la feuille surprise
Y faire éclore les songes du vide :

Une écaille, une aile, un soupir
L’éclair noir d’une vie
Pupilles par où Dieu nous désire

L’œuvre du calligraphe
N’est pas ce que signe le sang de son sceau
Mais l’élan même de la terre au paradis

*

 

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Promesse

A Akemi

Paris fait la roue, éclaboussé de soleil
Virant et s’exaltant au sursaut de l’été
Au coin des murs, la lumière aiguise ses lames
Dans l’épaisseur du jour découpant le silence

J’entends ta voix. Elle a perdu son chant
Et perdu sa couleur. C’est une voix de perte
Elle énonce assourdie la croisée des chemins
Dont l’un pas plus que l’autre ne connaît ton pas

L’enfant qui te restait de l’amour emporté
A pris son envol. Sur l’épaule délaissée
Le tendre poids enfui laisse un soupir amer
Au bord de la fenêtre s’installe l’absence

Ainsi s’est dénoué le lien de la promesse
tenue. Las, qui tiendra désormais tout ensemble
Le souffle et la mémoire et la peine de vivre
Dans cette apesanteur où s’effacent les noms ?

Pourtant, ton pinceau va, délesté du passé
Au sourire de cendre de la liberté
Il oppose obstiné sur la blancheur éclose
Arabesque de joie où le temps se recrée

L’encre qui vire

et s’exalte