Ceci et cela

dix ans

le monde en son essor a poussé des racines
puis la ramure où se tend vagabonde
l’innombrable voilure du ciel

dans l’herbe des talus et l’ombre des taillis
j’ai appris ânonnant les gammes de la joie
à compter les saisons
et parfois
le jour m’ayant heurtée au diapason du vent
je perçois le songe d’un chant

mais puisqu’il faut tout dire
sous peine de ténèbres plus que de souillure
sous peine de néant

oui puisqu’il faut tout dire

le temps en son essor a racorni le monde
autour d’un doigt
autour d’un ventre

entre des murs qui ne gardent de rien
plus chétifs qu’un mensonge
les gorges rétrécies
allaitent des courants bien trop prompts à la crue
tandis qu’à force de crocs émoussés
la rancune insatiable mâche et remâche
son cri de fauve aux abois

en somme le vilain miracle de l’amour
asséchant le cours de mon sang
sur le vain parchemin des années

*

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