En songe

A Jehanne

*

l’arbre de la foi ?

je suis couchée dessous
le ciel se ceint de feuilles
cela suffit peut-être

doucement y bourgeonnent les ailes des anges
leur voix de plumes
ce long silence d’en-deçà de la racine
obscur et étranger plus encor que la chair

par-delà la feuillée le ciel joue à plier
l’aune de la promesse :
ce qui à l’instant paraissait frôler la cime
déjà s’est résorbé
– et cet effort
du ventre de l’âme et du corps
insoutenable de tristesse cet effort
doit trouver ailleurs sa raison

à la plus basse branche
j’avais pourtant pendu les armes de l’enfance ;
de la pointe des pieds aux doigts écartelée
je les avais pendues

et il me semble bien avoir tantôt grimpé
là-haut, jusqu’à la branche
d’où l’on voit les chemins et le cours des vallées
et le seuil où l’angelus porte nos pas

sur mon visage s’était posé
le sceau de nacre des nuages

et si c’était en songe ?

et si c’était en songe
je connais les crues du fleuve des rêves

*

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Juniperus thurifera

Nulle trace de vent

Le feu de l’été
assiégeait de cigales
le sentier des thurifères

Chaque pas entêtait de rêves
la feinte fugue des rochers
et par la plus infime anfractuosité
puisant un souvenir d’eau
l’ami genévrier distillait la lumière
comme lui toujours jeune –

car l’Eternel lui fit
la promesse d’infuser son humble bois
de paradis

L’âme accolée, doigt contre écorce
et la bouche embaumée
nous auscultions nos désirs de sagesse

Au promeneur qui
par le soleil des pentes délabrées
eût égaré l’oreille
notre dialogue sans doute eût chanté
un doux air d’après-vin ou bien d’insolation

A ma voix se balançait le silence de l’arbre

Depuis
bien qu’écartelés de cieux contraires
nous coïncidons comme style et cadran
au fronton de midi :

il donne son parfum et moi juste de quoi
par-dessus l’empan de l’exil
en étirer la joie.

Juniperus_thurifera_africana_Imlil_3


Source de l’image (un genévrier thurifère du Maroc)

Sous l’arbre

(En découvrant Serge Wellens)

Sous l’arbre attend mon amoureux
Il est couché, l’arbre est debout
Et leurs ombres s’embrassent

La colline tend son oreille calcaire
Aux lointains du berger
Et sans détour
Déshabille ses reliefs
Pour le rythme qui les sculptera
Dans le soleil

Sous l’arbre mon amoureux
– La chair m’a fait mentir –
En a fini d’attendre

Déjà comblé d’ombre et de lumière
Il vague au-delà de ses frontières
Là-bas
Parmi le halètement du troupeau
Sur l’estivade que dérobe la crête
Dansant aux clarines

Et si le vent te tente, va
Mon amour
Embrasse-le sans crainte
Tu ne te perdras pas
Ton arbre te connaît
Qui s’abreuve à ta source

 

 

Photo : © Joséphine Lanesem (Blog Nervures et Entailles)