Addendum

Thanks to a friend kind enough to read this blog and lend me his camera, I can now add some pickies to illustrate my previous gardening post.
Here is Acer palmatum Katsura, last month and now :

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and the scorched-leaved Acer Shirawasanum Aureum

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and the reddening Osakazuki, which looks a lot brighter in reality.

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And this is my wall of Cosmos, quite damaged by the last days of rain.

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I also had some pretty Acidanthera flowers (glaieuls d’Abyssinie, ca en jette comme nom, non ?)

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Thank you James !

Katsura

Mon post d’hier aurait certainement eu plus d’impact avec quelques photos. J’ai donc le plaisir de vous présenter les nouveaux hôtes du jardin, autour desquels il faudra recomposer les plantations. Ils sont encore très petits, sauf Acer palmatum Osakazuki, que voici.

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On le choisit car c’est le Prince de l’automne, ses couleurs d’octobre sont parmi les plus vives. On me dit que son nom signifie “aux feuilles semblables à une tasse de saké” en raison de leur légère incurvation.

Acer palmatum Redwine, le premier que j’aie acquis. Ses feuilles sont de couleurs variées selon leur âge, avec une dominante bronze. Je n’ai pas pu résister à le mettre en terre.

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Celui-ci est Acer palmatum Shaina. Je ne sais pas d’où vient son nom. Je l’ai choisi pour sa couleur rouge, bien sûr, qui doit apporter un contraste aux feuillages verts, mais aussi car Shaina est le Chevalier du Serpent dans Saint-Seiya. (Je ne vais pas me lancer sur ce sujet… not today, not next week, maybe not ever. Je ne saurais par où commencer et comment m’y prendre. Saint Seiya est mon petit mythe fondateur personnel).

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Le fameux Acer Shirawasanum Aureum, Fullmoon Golden maple.

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Dès que j’ai vu une photo de son feuillage sur Internet, j’ai su qu’il me le fallait. Le mien est encore tout petit, mais attendez voir, il atteindra toute sa gloire, dussé-je en périr ! Je suis sortie tout à l’heure, après le dîner, pendant la vaisselle,  et pour petit qu’il fût, il resplendissait d’une lueur verte, presque fluorescente, dans la pénombre grandissante.

Voici enfin Acer palmatum Katsura.

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Je l’ai choisi après avoir vu des photos des ses feuilles bordées de rose, délicates comme des fleurs, mais aussi, comme Shaina, en raison de son nom. Katsura est le nom japonais d’un autre arbre, Cercidiphyllum. C’est aussi, bien sûr, celui de la Villa impériale Katsura près de Kyoto, que je rêve de visiter un jour. Or, voici comment j’ai découvert son existence, dans l’adolescence : en tombant sur une carte postale que ma mère avait reçue d’une de ses connaissances. La carte reproduisait un tableau que cette amie avait vu lors d’une exposition.

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Villa impériale de Katsura au printemps, de Bernard Cathelin.

Lorsque j’ai posé les yeux dessus, quelque chose s’est passé. C’était comme… une vitre qui se brise. Des yeux qui se décillent. Les écailles du dragon blanc qui s’éparpillent dans le vent, au moment où Haku se souvient de son nom, dans Le Voyage de Chihiro. Une porte s’est ouverte. J’avais l’habitude de regarder des photos de tableaux célèbres, dans des livres d’art ou des magazines (je me rappelle une série sur les grands musées du monde qui accompagnait les numéros du Nouvel Observateur auquel mes parents étaient abonnés dans mon enfance). Je me contentais de les trouver beaux ou pas. Mais là… Il ne s’agissait pas du tout de ça. J’étais accrochée. Crochetée par le dedans, et de tout le corps. C’était comme le choc de l’évidence. Ou encore, comme une reconnaissance, une réminiscence. Peut-être du même ordre que dans le coup de foudre, où l’on tombe en arrêt devant quelque chose de soi-même, que l’on ne connaissait pas, et dont une autre personne se révèle le vecteur nécessaire. Les couleurs, la violence du contraste, les proportions ? Aujourd’hui encore, je ne sais pas trop. C’était juste, ce jour-là, la rencontre avec une face de la perfection.

Il y a beaucoup de choses, comme ça, japonaises, ou qui parlent du Japon, qui me font cet effet, que je reconnais. Je ne sais pas pourquoi. Je ne suis pas Japonaise, je ne suis jamais allée au Japon, j’ai abandonné mon très bref apprentissage de la langue quand mon fils est né. J’ai quelques connaissances japonaises, avec lesquelles j’ai des échanges limités en raison de la barrière de la langue et de codes culturels différents. Aussi ne suis-je pas en mesure d’expliquer ni même de comprendre ce lien avec le Japon, qui existait déjà quand j’étais enfant, avant que la mode du Japon ne soit devenue la déferlante qu’elle est à présent en France. Et pourtant, il existe, et est l’une des constantes de ma vie – je dirais même ma note fondamentale, plus certaine que mes choix politiques ou moraux et même que ma foi. Pour un peu, je croirais presque aux vies antérieures !

Entanglement.

Au départ, je n’aime pas l’idée du blog. Je le perçois comme une conjugaison du nombrilisme et de l’exhibitionnisme. L’ère de la confession me répugne.

J’ai tenu un journal intime durant de longues années. Je ne crois pas que son contenu soit d’un intérêt quelconque pour tout autre que moi. Je ne suis pas une artiste, ni une spécialiste de quoi que ce soit, j’ai des velléités deci-delà. J’ai du mal à accepter mon désir d’écrire et d’être lue (nombrilisme, etc), et peur d’être jugée. J’ai des scrupules mais pas la force de me tenir à ce qui est juste et de bon goût. Bref, rien de très original dans tout ça.

En même temps, je suis tenue, et parfois étranglée, par un certain nombre de passions qui ne mènent à rien de concret, en tout cas à aucune expertise, faute de temps et de détermination, et qui touchent à des thèmes aussi divers que les sacs à main, la littérature, le Japon, la religion, et, dernier en date, le jardinage. Je n’ai pas le temps de courir les bibliothèques et de m’instruire. Mais il faut que je fasse quelque chose de ces désirs qui me soulèvent et parfois me tordent les entrailles. J’entre donc dans l’ère de la confession, du blabla thérapeutique. Faute de savoir, je vais supposer, imaginer, déblatérer et, péché suprême, raconter ma vie.

Ma meilleure amie vient d’écrire un court roman, pour le plaisir, et veut que je partage le bonheur d’écrire. D’habitude, je lui écris des lettres sans queue ni tête, en attendant mes élèves, des premières et des terminales d’un lycée réputé de Canterbury, qui viennent me faire part de leurs aventures du week-end ou de leur désir de changer le monde, en français. Mais mon contrat s’est terminé pour cette année scolaire, et je n’aurai plus l’occasion d’attendre la jeunesse, dans mon petit bout de salle dont les fenêtres ouvrent sur les champs. Si je ne m’astreins à raconter ici ma vie, je vais pourrir du dedans.

Dans ma vie antérieure, j’étais professeur de lettres classiques, dans des collèges de la banlieue parisienne. J’aimais mes élèves, beaucoup, passionnément. Ils m’inspiraient. Ils me serraient le coeur. Maintenant, je suis assistante de français dans ce lycée de Canterbury, Kent, et je m’occupe de mes deux enfants, mon fils le rêveur, ma fille la pirate. Il faut que je fasse quelque chose de mon bazar intérieur.

Le titre du blog, provisoire, vient de ma marraine, qui aime à fouiller dans ces “magasins de n’importe quoi” où l’on trouve parfois un trésor entre des assiettes en carton et des cordes à sauter à 1 euro. Bien sûr, j’aspire à l’ordre et à l’harmonie, ou plus précisément à l’ordre et à la classe, mais la vérité, c’est que je suis l’hôte d’un grand tas de n’importe quoi où j’espère que se cache un trésor.

J’écrirai aussi, parfois, dans ma langue d’adoption, l’anglais. I have that funny feeling my entangled inner life might well be disentangled by the use of another language.

Ainsi, vogue la galère. Mon prochain post portera probablement sur l’arrivée de quatre érables du Japon, nommément Acer palmatum Katsura, Acer palmatum Osakazuki, Acer palmatum Shaina et, last but not least, Acer Shirasawanum Aureum. La nuit, au lieu de dormir, j’essaie de résoudre l’équation de leur positionnement dans mon tout petit jardin de terraced house. Et je me répète le nom Acer Shirasawanum Aureum, goûtant la musique de ses syllabes élancées, mordorées, d’une distinction tranquille. Les Anglais le nomment Full Moon Golden Maple. Sous l’éclat de la lune végétale, bonne nuit !