Fièvre du jardinier

La voisine est au téléphone. Elle insiste pour que son interlocuteur pense à s’enduire de crème solaire. “We wouldn’t want premature ageing now, would we ?” ; rire.

Je suis sur le banc au fond du jardin, à la fournaise. Les bras me brûlent, les mains, les genoux sous ma robe. Annoncé par un fourmillement féroce sous la peau, le rouge à venir enfle comme une cloque, ça fait mal, c’est bon. Juste sous mon nez se déploient, fraîches encore et comme glissant entre les nappes de lumière, les feuilles des delphiniums, du chardon bleu, des macerons et des benoîtes, sur lesquelles les lames du soleil s’allongent, luisance liquide. Elles sont sans épaisseur, pure surface, miroirs, capteurs, et je m’étonne qu’elles ne s’étiolent ni ne se racornissent, ou du moins laissent deviner un effort, comme les mains crispées des pivoines, champs de manœuvre des fourmis inlassables.

Sourde à ses protestations, je coule mon corps dans le bois frémissant du banc. Dans mon crâne sonné, ma cervelle est près de tourner à l’œuf dur. Dur aussi le bleu du ciel ; dur, le désir de croître des graines de digitales que je sème, l’index du soleil à blanc sur la nuque ; dure, et parfaite, l’arête de l’instant.

Je marche le nez à terre, guettant le long des murs les fruits des semis du vent. Les jours fastes, des touffes de mauvaises herbes choisies pour leur farouche splendeur viennent s’installer chez moi. Je fais des détours pour hanter les coins où croît la valériane rouge échappée des jardins, que je guigne sans oser y toucher – la racine ne viendra probablement pas, et puis ça ne se fait pas, ici, même si c’est légal. Il y a aussi cette lavande pionnière qui a décidé de s’installer dans une fissure de l’asphalte, derrière ma poubelle bleue, que je déracine mal et rempote dans un terreau dont la générosité l’amoindrira, s’il ne la tue. Je la pose à côté des renoncules et l’admoneste – allez ma grande, bats-toi, montre un peu de quoi tu es faite. Pour faire un peu de place à un bout de ruine-de-Rome chipé au pied du mur du jardin des quakers, je déloge un plant d’herbe-à-Robert dont la constellation conquérante s’étend sur un diamètre de cinquante centimètres. Pourquoi ? Accès de fièvre du jardinier qui, pour une plante à venir, autant dire une vision, se laisse aller à détruire ce qui est. On m’avait prévenue : “You’re there already, thinking : grow, grow, grow, die, die, die !”. Et moi qui révère la vigueur indomptable des mauvaises herbes et ne viens affronter le moindre pissenlit que prête à faire allégeance, consciente de ma défaite, je me suis surprise ce matin à héberger l’idée absurde de me défaire d’un de mes érables, sous le prétexte qu’il est trop vigoureux, pas assez aristocratique. Je n’en ferai rien, mais finirai probablement par rogner encore sur la “pelouse”. Quant au grand forsythia, dont la santé vacille, il a raison de trembler dans son écorce.

Pour courber la fièvre, je vais au bois. Dix minutes de marche, et ceci :

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Garden miscellaneous (2)

Une matinée bien employée pour une grenouille de ma sorte consiste à  :

– Déposer les enfants à l’école.
– Avaler en vitesse quelque chose et vérifier que les quinze livres sterling économisées sont toujours dans le portefeuille.
– Se ruer en ville aussi vite que le permettent des talons un chouïa trop ambitieux pour trouver, au milieu du marché de Saint George’s Street, l’étal de plantes. Le choix est un peu moins alléchant que la semaine dernière, mais il reste de quoi se satisfaire, quelques incontournables des jardins anglais. Deux delphiniums violet foncé, un autre bleu (foncé aussi), un phlox paniculata Mike’s Choice qui fera pendant à mon phlox paniculata Mount Fuji, et trois petits pots de cosmos sonata blancs dans les bras, rentrer à toute vitesse, manquer se rompre la cheville.
– Sortir de la cabane à outils la pelle, constater qu’on n’a pas assez de force pour l’enfoncer dans l’argile, se saisir de la truelle mieux aiguisée et se lancer dans une réduction mesurée de la “pelouse”, meilleure solution pour planter davantage quand l’espace se fait désirer.
– Feindre d’avoir oublié qu’on avait décidé de laisser aux iris de Hollande jusqu’à mi-mai pour fleurir, ou plutôt écouter son instinct et son expérience, lesquels savent que ces bulbes ne fleuriront plus (they don’t earn their keep, comme on dit ici), et enfoncer la fourche avec délice. Empiler le tout sur les bouts de “pelouse”.
– Dégager du parterre les autres plantes (Coreopsis Early Sunrise, Penstemon Phoenix quelque chose, ciboulette, polémoine bleue), afin de les réorganiser, mais sans oser toucher les agapanthes, parce qu’elles sont bien capables de vous le faire payer- en somme, parce qu’on les craint (on connaît sa place dans la hiérarchie du jardin).
– Verser un petit sac de 20 litres de compost sur le tout, demander pardon aux lombrics que la fourche blessera, et planter ou replanter tout son petit monde.
– Se réjouir, se féliciter, sauter à cloche-pied, et considérer avec reconnaissance l’amoncellement de nuages sombres qui menace pluie.

Avant

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Après

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Vous me direz qu’à première vue, la différence ne justifie pas un tel débordement d’autosatisfaction, et je reconnais volontiers que ce n’est pas Versailles, mais vous verrez que cet été, ce sera bien joli.

Au passage, saluer les narcisses Sir Winston Churchill, qui sentent si bons, et puis les tulipes Groenland (ce sont les roses et vertes), compagnes des Spring Green tant aimées.

Garden miscellaneous (1)

I’ve decided to stop pretending there is a theme to what I post about my garden, when all I want to do is to share pictures and let the joy spread. Hence the title.

Today is, according to the weather forecast, the last day of sunshine. The mini-summer comes to an end, but, boy was it good while it lasted !

Yesterday, while inspecting my garden, I suddenly noticed that the bearded irises were going to flower.

Even though I look at my plants very carefully almost everyday, I never manage to catch the precise moment when the flower bud swells inside the leaf-looking thing and silently detaches itself, flame or teardrop-shaped. That elusive birth remains an enduring mystery. To me, they evoke the moon appearing as a cloud drifts away. Something about them is reminiscent of old Japanese or Chinese paintings (other than the fact that irises were often depicted in them).

On the other hand, I have a strong suspicion this messy entanglement of dutch iris leaves will produce nothing worthy at all.

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I’ll give them until mid-May to prove me wrong, if they don’t want to end up in the green bin. They were one of the first plants I had. I had no idea what I was doing. They did give a few good flowers in the past, of the ordinary purple-blue kind, but I could really use the space for something more interesting.

The hostas are opening up. Prayers to the God of gardens to preserve them from the hated molluscs.

(Hosta June and Hosta Canadian Blue)

I am mightily pleased with Narcissus tazetta Martinette.

They were worth the wait, for their heavenly scent. With time, I am more and more drawn towards smaller varieties of daffodils. I shall try to plant more of these beautiful flowers. Surely, one can always find space for a few more daffs, no ?

Sadly, in one of my two pots of ranunculus, all the flower buds have been destroyed. More precisely, they seem to have been excavated from inside. If you know what can cause that, I’d be grateful to learn.

On the Alexanders, I found those two little guys. Again, if you know what they are called, please let me know.

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Oh, and a patch of weeds, for good measure.

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Are these willow herbs ? If so, they are allowed to stay. I have also allowed Herb Roberts to grow a bit everywhere. It is gorgeous and so easy to pull up if you grow tired of it.

I hope you are enjoying Spring too !

May it last !

Few places are as beautiful as England when the sun shines as it does this week – it’s that dazzling green. There are so many occasions of exaltation and gratitude that I feel dizzy.

Walking accross the field to go to town, yesterday, I thought I would love to have a blog section called : “Ce que j’ai vu de plus beau aujourd’hui” – “The most beautiful thing seen today”. How and what to choose ? In spite of the flowers, I think I would have to give the prize to that tender-green haze floating around the poplars’ crowns as they start to leaf out. It is so thin, almost intangible, barely perceptible against the bright blue sky, and yet, the sign of an unstoppable force.

All is not perfect, even in my protected little corner of the world. I found the baby blackbird on my lawn. It was laying there, uneaten, its eyes open. I suspect the magpie, as the neighbours’ cat is a lazy, floppy thing only apt to soil the flower beds. Since then, I haven’t seen Mrs Black go back to her nest to feed any other chick… She is still going about in the garden, though, and Mr Black has reappeared. They may be moving from the ivy into the firethorn, which undoutedly provides better protection, but competition is fierce, if the sparrows’ indignant cries are to be believed. However, Mr or Mrs Little Red is still living in the pouch nest offered by Grandma, and I keep my fingers crossed for baby robins !

I have been spending whole days in the garden, planting out Orleya grandiflora seedlings which were trying to root through the capillary mat, sowing white cosmos (my favourite flower of all) and Californian poppies, mulching with horse manure (before the poppy seeds were thrown in, but after the cosmos had been sown – I know I am stupid, but hey, they are tough). I have also dug up a fuchsia and moved it under the boxwood (yes, the poor plant I tried to niwaki-prune last autumn). I expect the displaced fuchsia will be sulking forever. My unsuspecting walk in town ended up with a few additions to the plantations : Astilbe Vision in Pink, another bleeding heart (“les boutons, on dirait des poires avec des têtes de nounours”, dixit my son), a yellow lupin and, more importantly, a dark blue delphinium. Honestly, how was I to know it was market day, and there would be a wonderful stall of cheap yet healthy plants ? By the way, butterflies are about !

And today, and it sums it all up : I hanged the laundry to dry outside. Tada !

A few pictures :

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From the Norway maple (érable plane) at my son’s school.

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Claire’s cherry tree. Claire died aged 19 many years ago. People used to hang shiny ribbons from the memorial tree’s branches, but don’t seem to do it anymore.

Now, in my garden :

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With dew, this time, Aldor ! 🙂

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My beloved Hepatica transsylvanica.

 

Under the snake’s head lilies’ skirts.

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Primula Belarina Pink Ice, ready for a wedding !

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Brunnera macrophylla Jack Frost, the plant I wouldn’t be without. The picture doesn’t do justice to its amazing blue.

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Jewel ! Centaurea montana Purple Heart.

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Cornus praying.

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Acer palmatum Osakazuki leafing out. It looks like it is taking its elegant rose gloves off, doesn’t it ?

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Acer palmatum Katsura means business this year (was put in the ground last autumn) and is already out. My son likes to shake its little hands (yes, we are odd).

That’s it for today ! Enjoy the sun while it lasts !

Notes on skylarks, memory and happiness

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Walking one morning on the Holcombe moors under a bright Spring sun. Distances are vanishing into a gleaming haze and on the banks bloom the first coltsfoot flowers.

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Up Moorbottom lane, the warm stones elicit sensations of Southern Alpine paths.

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Lancashire moors, Southern Alps, worlds apart ? Not to me. I walk, grateful for the benevolent pressure of gravity, and my whole being is but a smile. The hilltop is a sea of blond manes, vibrating with the skylarks’ song, and we ride to the frontier whence the clouds rise.

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For the skylarks I am immensely grateful. I love The Lark Ascending, but have never actually seen one, let alone a hill full of them. I follow many as they aim to pierce heavens, and fall. At one point, I see one disappear into the blue, as I was told they do, sometimes, mysteriously. I stand transfixed under the empty sky where its song still resonates. Then comes a familiar pull, inside, a need to put words on this happiness.

This is L’s home, the hills of his childhood. At their foot lies his hometown. It is a small Northern ex-industrial settlement which, at first sight, any visitor would find dreary, to say the least. I still wonder how his first girlfriend, a girl expelled from the Tuscan paradise of Arezzo, survived the aesthetic (as well as climatic and cultural) shock. As for him, who had no other home to escape to, he found salvation through an interest in local history. Researching the archives to write the story of his region and try to salvage the remnants of the Industrial Revolution heritage from the shortsightedness of local councils infinitely broadened the possibilities of what first seemed to be on offer. On those soot-dark mill town walls, a wealth of echoes started to resonate, windows opened onto a richly animated world. Under its veil of rain, the landscape began whispering, speaking, singing. History wasn’t that merely useful source of valuable lessons it is so often sold as, but a meeting place and a condition of happiness. In L’s case, there was a deliberate attempt to draw from the powers of memory (his own and that of others) in order to defeat the poverty of his experience. For me too, happiness and memory are intrinsically intertwined, but in a different way.

My mind’s memory is very poor, and not improving. Of concepts and ideas I find myself quite deprived. Of cultural references – facts, dates, names, stories, those bricks needed to build a decent system of thoughts –, I have to admit to being less endowed than any person of a similar level of education should be. Why, I can’t even remember events in my own life, and those I can recall, I am often unable to order chronologically, even approximately. Yet it is memory that heals me and makes me happy. I hesitate to use the word “heal”, as I can’t pretend to have ever been torn apart by any particular event – but I was born and long lived under the star of an intense and unfathomable sadness.

Early in my life – before the age of ten – I waged war against time, in which my youth could only see a dispossessing monster, by trying to remember everything. That such a doomed pursuit could only lead to deeper sadness didn’t stop me from trying with all I had. It may have developed my writing skills but it was exhausting. It was bitter. On the edge of adulthood, stubborn though I was, I simply had to let go. Having yielded to the healthy necessity to forget, I survived. Yet, memory undoubtedly is at the heart of any happiness I experience now. Not the overburdened and then discarded storage system of my childhood, but a different form of memory. One through which, though unable to summon facts and dates, I experience what I would tentatively describe as volume, depth and thickness of sensation. A perception of complexity rooted less in the mind than in the body.

The frontier between the physical world – reality, as some would call it – and its spiritual body, is fading. There are layers in the light and layers in the present. I can perceive them. It is nothing new, but time, and gardening, have sharpened my consciousness of it, and extended the depth to which I can perceive. I can feel the continuous presence of what a restricted linear conception of time would have us believe are different instances, all of which supposedly dead but one, which is fleeting, and now gone. Oh, but things remain ! To describe that, French words come to me: concomitance, rémanence.

No effort of the mind is required. It is simply there: the radiance of a form of consciousness which appears in the likeness of a physical sensation, for it is rooted in the body and its memory. And so, years passing, I find myself increasingly relying on unconscious or barely conscious movements seated in my flesh to feel, of course, but also learn, remember, write. All that might not deserve to be called “thinking”, but it makes me happier. More learned people might say I am merely trying to describe something which psychoanalysts and explorers of the subconscious are familiar with. To me, it is a spiritual experience.

The feeling of incompleteness, of hollowness, we are told, is a distinctive part of the human condition. With conscience comes the sharp bite of loneliness. Yet… Try to walk in life as you would up a sunny mountain side, opening your senses, widening your conscience, sharpening your awareness: more is present than first appears. Feel how the densified air holds and defines your body, your mood, through pleasure and pain, how manifold the world, how it embraces you, abrades you, how its manifestations become signs, and marvel at your soul revealed. Is there really such a thing as loneliness ? It is love I feel. And if I get the chance to answer to its call, to share a few words, even to the passing wind, then this life is worthwhile indeed.

*

Behold
On the hilltops, skylarks
Shrill as light’s beating heart
Shooting up in the blue
Till all is song

*

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Sur Le Cirque bleu

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*

Approche mon aimée
Cette nuit est propice
Dénoue ta longue natte et ombre tes paupières
Du pigment bleu des songes
– Ensemble pénétrons dans les eaux giboyeuses

Entends-tu bien-aimée
Hennissant de désir sous l’archet de la lune
La verdeur vagabonde de l’été ?
Garde-toi de son œil plein de mélancolie
D’autres s’y sont noyés

Or s’approche dansant
Et plus saint que l’Espagne livide
Foulant ton front de neige et ton ventre grenat
Vacillant et livré, absout et triomphant
L’amour ivre et trempé au sang cru de la joie

Ayant ensorcelé la crécelle du coq
Il se love en la mandorle de tes bras
Jusqu’à ce que le frôle
Entre deux eaux, furtive
L’écaille d’obsidienne d’un vain souvenir


Participation à l’Agenda Ironique d’avril, organisé ce mois par L’Atelier sous les feuilles autour du Cirque bleu de Chagall.

Ciel et cendre

Chez Réda le ciel domine, inconstant et liquide, miroir de la vie temporelle, et le poète glisse sur ses rives, avec des ailes au coin des paupières. La pipe aux lèvres, les yeux plissés (une poussière sur le cil ?) il salue du menton la mort, menant familière son troupeau de tendres trépassés vers quelque fleuve français – la brume s’attarde sur le chemin de halage, mais par une déchirure dans les nuées furtive une promesse. Il oublie parfois sa pipe au coin de la table, alors je l’embouche en vitesse, tire, tousse et crache un nuage chétif.

Chez Séféris le rhapsode campe au flanc d’un volcan surgi d’une aube rouge sur la mer. Chacun de ses chants est une mouvante sculpture de cendres où s’offre et s’esquive la braise de la mémoire. Prise dans la ronde des Heures, une Erinye égarée se trompe de victime, et Oreste fleurit. La mer même, sang et souffle, a un goût fumé et ferrugineux de vin d’adieu, jusqu’à ce que le matin, par les serres de l’aigle vengeur, brandisse le fouet de l’amour – en une lacération la voici rendue à sa nudité héroïque. Alors le rhapsode, fatigué de sonder l’horizon, s’assoit sous le genêt. De sa flûte, il tire plus de voiles blanches que ne peut l’en déposséder le destin.

Et moi, qui ai cru à la légendaire fertilité des volcans, je rêve toutes les nuits de le rejoindre et de goûter à même sa bouche l’arrière-goût somptueux de Smyrne perdue. Sinon, à quoi bon ce ventre ?

“Ce corps qui souhaitait fleurir comme une branche,
Porter ses fruits, devenir flûte dans le gel,
L’imagination l’a enfoui dans un essaim bruyant
Pour que passe, et l’éprouve, le temps musicien.”

Georges Séféris

O Spring where art thou ?

Now is the season when blackthorns turn into clouds. Upon meeting their blooming branches, I am never quite sure if it is them, or I, who take off for the sky.
This old one, the top of which crowns the end of the path, between oak trunks, sings of Spring.

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Yet everything in my garden seems late this year, except for trees : on the maples, the dogwood and the copper beech, the buds are fattening appropriately. What is left of the forsythia tries to cheer up a very soggy garden. Even though I had a few dwarf crocus and irises (from my bulb lasagna), I am yet to witness the flowering of my first daffodil. I am all the more grateful for the brave little Hepatica transsilvanica and her neighbours, a little primula and a pink pulmonaria.

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Other friends are barely poking up, amongs which a Pasque flower which was not far from being true to its name (on time for Easter), eryngium Neptune’s Gold, an astrantia, two geraniums. They don’t make for impressive pictures, to say the least, but bring so much joy I had to give them a place here. Be grateful I am sparing you from the bits of lupins, bleeding hearts, etc.

I equipped myself with a poor woman’s greenhouse.

So far, it is housing two floppy tomato plants, a dying cutting of choisiya which survived the whole winter only to give up now, potential seedlings (orlaya grandiflora, which I first thought were borage, a reluctant set of unknown seeds which might be rose campion) and other mysterious seedlings which might be borage (???). Ahem. And some charming little cutting definitely leafing out, which I hope is from a bushy pink salvia adorning the other side of our street. And that makes me think I neeeeed Salvia Armistad in my life (I think Salvia guaranitica Black’n Blue has survived the cold !).

And here, proof that I was right to buy the dead-looking Clematis Jackmanii Superba from the reduced shelf at the garden centre last autumn !

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The best thing is that the little nest given by Grandma to my son has been carpeted by a robin.

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Alas, the other day, I inadvertently came nose-to-beak with him / her while he / she was inside. He / she flew away in great fright and the nest might stay empty…

To follow my menial but joyful gardening activities, read my Gardening Diary page.

Peter

It is Holy Week. So many things have wanted to pour out of me this week, or come to words through me, and I haven’t had the time, and I’m bursting at the seams. I am tempted to let some of them tumble down here in a most disorganised way. Perhaps, I should limit myself to the first.

Last Sunday was Palm Sunday. Grey skies, a dry spell between showers, a few daffodils pinned on the light shadow of a shuddering tree, Father Anthony with his smile in his eyes, kids crossing their palms, procession. We read Mark’s version of the Passion. I read along. As every time, and maybe even more this year that I have recently come back to communion, I feel my heart painfully tightening until the moment of Peter’s fall. The denial of saint Peter. And as he breaks down and weeps, I too break.

Here is Peter, or Simon, to whom Jesus gave the name of Kephas, the rock. How not to be touched by him ? He embodies humanity in all its tenderness and imperfection, in its moving and messy thirst for love. I certainly love him, for his passion, for his frailty, for his faults, especially this one, the one. A more serious one can hardly be conceived, coming from a man who was amongst the first companions of Jesus, who walked along him for three years – and what years ! -, sharing his bread, his wake, his sleep, his prayers, his friendship. A man who loved Jesus at first sight. When he was told, not long before the master’s death, that he could have no part with him if he didn’t let him wash his feet, didn’t he exclaim : “Then, Lord, not just my feet, but also my hands and my head as well!” ? How he would need it !

What did he know of the divinity of Christ ? What did he understand of the Son of Man ? That remains unknown, but one thing certain is he loved Jesus, as much as he didn’t know himself. “Even though all should have their faith shaken, mine will not be.” And “Even though I should have to die with you, I will not deny you.” It is almost as if these fiery proclamations summoned upon him the hour of darkness. But they didn’t : the hour of darkness was summoned long before, and not confined to him.

Standing by the fire, face and hands in the glow, the first amongst the disciples, the friend, the brother, the lover says, repeats and swears that he does not know “this man about whom you are talking“. In the Devil’s soft hand, Peter is tried, stumbles on the oh-so-natural fear of death and falls as fully as possible – thrice. “And immediately a cock crowed a second time.

In the denial of my brother, I hear my own. And underneath this terrible event,  from which it should be impossible to rise again, preceding and following it, resounding from the place whence love stems, I hear Jesus, at the end, in the last text of the Gospels, asking thrice : “Simon, son of John, do you love me ?“. To the unfaithful, the weak and the cowardly, but to the friend who cried, Jesus entrusted his lambs, for whom he became man and died.

That is why I became a Christian. I believe that a God who decides to become lowly and die, a God who chooses Peter, amongst all, to steer his ship, the God of the kenosis, was not created by man. In him, unfailing love is proven. Tonight, the light will be rekindled.

 

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En l’église Saint-Pierre-et-Paul de Ville-sur-Saulx. Source : Wikimedia Commons ; author : Amassychamp. 

Ecrire (2)

J’ai un cours de grec à préparer pour cet après-midi. Je me retourne dans mes draps, j’attends le moment où l’énergie, qui rampe diffuse à ma périphérie, se rassemblera et me jettera hors du lit sans aucun effort de ma part. A quoi bon sommer ma volonté, qui toujours obtempère de si mauvaise grâce que je peine à la déclarer mienne.

Ma pensée éparpillée en diverses contrées de la mémoire ne me présente rien d’intelligible.

Soudain, un picotement de lumière – sous les paupières, sous la peau, dans le ventre. Je n’ai pas le temps de me garder que déferle sur moi, bleu, or, resplendissant et doux-amer, le chagrin que l’on nomme nostalgie. Comment s’y méprendre ? Il n’y a que lui pour embrasser ainsi les racines des îles, le bras puissant, les écailles scintillantes, que lui pour vous agripper simultanément à tous les points nodaux de votre corps, et vous tenir comme à la crête de l’amour. Me voici aplatie comme une algue sous la houle d’un jour de colère, terrassée, étranglée de larmes que je ne savais pas contenir. Parmi les visages que la mer charrie, il y a ceux des personnages qui se prêtèrent pour un temps au jeu de ma plume. Comme il est étrange que leur évocation me déchire.

Ayant galopé avec un vif bonheur dans l’écriture d’un premier roman, je pensais très naïvement que je n’aurais pas trop de difficulté à en entreprendre un second. Il n’en est rien. Je piétine à la lisière du jardin. Le portail, à l’ombre des ifs, ne se laisse pas franchir. Plusieurs fois, j’ai cru avoir réussi à mettre un pied à l’intérieur. Le temps d’un battement de paupière, j’étais de nouveau dehors, à fouiller mes poches pour retrouver la clé. Inutile d’allonger la sauce d’un nouveau chapelet de phrases – piétiner n’aura d’autre conséquence que de m’enfoncer plus avant dans la boue.

Il faudrait que de l’autre côté du portail, dans cette vieille maison aux bardeaux de cèdre, quelqu’un réponde à mon appel. Il faudrait que mon désir soit tel que quelqu’un n’ait d’autre choix que de venir à moi. Voilà ce que la nostalgie me rappelle ce matin – il n’y a personne, pour l’instant, dans ce jardin, que j’aie besoin de rencontrer autant que François, Hana, Frankie ou Meryam.

Aride business, et vain, que de vouloir écrire quand l’amour ne vous porte pas. L’amie qui autrefois me répondit “j’écris par amour” ne parlait pas légèrement. J’irais plus loin : je n’écris que par amour.

In the garden again !

Finally ! A sunny day ! The February big freeze was for me, who am lucky enough to live in a heated house, a welcome thing.

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I had not seen proper snow for what felt like an eternity, and my daughter had the joy of her first snowman. Being British, the schools closed for two days, to my children’s delight. I went up university where I am now teaching ancient Greek with the unmistakable snow-aroused feeling of being the first human to tread into an unknown world. On the way up the hill, the big oak was wearing magnificent ermine. I felt awake and alive as I haven’t felt for some time, and somehow called upon.

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Before the February big freeze, I went out optimistically to plant things bought in Wilko or M&S and therefore not precisely identified : a bleeding heart (cœur de Marie) of the ordinary kind, some physalis (lanternes), two echinops ritro (oursins bleus), one eryngium alpinum (chardon bleu des Alpes), and a geranium pratense Splish Splash. Of course, being too lazy to put labels down, I now can’t remember where I planted most of them, which means some will be weeded with oblivious enthusiasm. They might find solace in the sound of my jolly weeding tunes. Of course, they might also have been killed by the frost.

In the half conscious fever of Spring, I also cut a circle in the “lawn” to plant an unnamed “red paeony” from M&S (bareroot, or whatever it is called). To be honest, I don’t know what to call the green-and-brown thing on which we tread between the flowerbeds. I can still discern signs that in a distant past predating our presence in this house, it must have been a lawn. Now, I couldn’t even call it “grass”. It is mainly moss and various weeds (most of which I welcome in this kind of asylum blanket) sucked down into greedy squidgy clay. We keep talking about putting down stepping stones, and in my dreams I picture a red brick path, like Monty Don’s. However, there are a few clues indicating this won’t happen any time soon. My husband’s and my own DIY inclination and skills are famously inexistent. And as for our organisation… Suffice to say that the water butt bought last Autumn is still lying down near the bike box, while the new retractable hose happily rests under the dining table, keeping company to boxes of books. Anyway, regarding the “red paeony” : a few days later, I started to worry I must have planted it too deep, so up it came, only to show me that it had already sent down nice little white roots !

Outdoors, I have sown white nigella damascena (nigelle de Damas), aquilegia chrysantha Yellow Queen (ancolie) and lychnis coronaria (coquelourde des jardins). I also put some borage seeds (bourrache) in cracks here and there, hoping it will prevail over the dandelions. Indoors, I have gone for orleya grandiflora and more borage. I still have an envelope full of yarrow (achillée millefeuille) and wild carrots seeds. See the theme ? Of course, I have no idea where all this will go. I am only guided by a desire for something lacy, airy and white, which would also make me the favour of self-seeding in the future.

You are quite lucky my mobile phone tendered its resignation this morning. Otherwise, I would have inflicted on you my whole picture-roll of green and reddish bunny-ear-shaped things poking up from the remnant of mulch. This is for me the most exciting time of year, when stuff I had completely forgotten suddenly appears and shouts its salutation to the new season. It is quite alright to be alive.

 

 

Février

Envie aujourd’hui de poster de nouveau ce poème écrit il y a quatre ans. Contrairement à d’autres que j’ai commis, je l’aime encore. Il faisait clair dans la petite salle où j’attendais mes étudiants. C’étaient de grands garçons qui, bien qu’hésitant encore à devenir des hommes, partageaient dans leur essence l’audace du perce-neige. Avec eux aussi, je jardinais.

In the Writing Garden

Le ciel est tissé de lumière
A travers les champs célestes
Voguent des voiles de fête
Et fusent les flèches solaires

Sous l’obscur velours des paupières
L’incandescence demeure
La forteresse intérieure
Est éventrée – tout est offert

Les secrets que l’ombre resserre
Désirs, songes et pensées
A travers ciel projetés
Se dissolvent dans la lumière

Sur tes iris de métal clair
Tes paumes de pierre polie
Toute tristesse abolie
Je reconnais le printemps vert

Par tous les pores de ma peau
Moi qui oubliais de vivre
Comme au zénith l’oiseau ivre
Je file au son du chant nouveau.

Illustration de Georges Lemoine.
Vous pouvez lire un entretien très intéressant avec l’illustrateur ici.

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Blanche

Dans ma tête intermittente
une ville dérive
blanche

Il suffit que conspirent dans un angle ébloui
un mur et un rayon :
oblique je bute
– les jeux sont ainsi faits –
à la racine du mystère

Dans les éclats de ma chute se lèvent
aveugles et prémonitoires
des tours au front de phares
un échiquier de façades
et de fenêtres rares
comme des yeux meurtris par un reflet de flamme
sur une épée levée à mi-chemin des douves

On chercherait en vain le refuge d’une ombre
d’un arbre
ou bien d’un souvenir :
ce que gardent les murs, nul
ne le sait ni ne s’en préoccupe –
ils sont habités de l’extérieur
par le cobalt des cimes et le diamant des
ruines

et dans les rues désertes dévale un long cri
oh mémoire des os
qui prend les apparences par leur cœur de marbre
et les fait chanter juste

 

*

Juniperus thurifera

Nulle trace de vent

Le feu de l’été
assiégeait de cigales
le sentier des thurifères

Chaque pas entêtait de rêves
la feinte fugue des rochers
et par la plus infime anfractuosité
puisant un souvenir d’eau
l’ami genévrier distillait la lumière
comme lui toujours jeune –

car l’Eternel lui fit
la promesse d’infuser son humble bois
de paradis

L’âme accolée, doigt contre écorce
et la bouche embaumée
nous auscultions nos désirs de sagesse

Au promeneur qui
par le soleil des pentes délabrées
eût égaré l’oreille
notre dialogue sans doute eût chanté
un doux air d’après-vin ou bien d’insolation

A ma voix se balançait le silence de l’arbre

Depuis
bien qu’écartelés de cieux contraires
nous coïncidons comme style et cadran
au fronton de midi :

il donne son parfum et moi juste de quoi
par-dessus l’empan de l’exil
en étirer la joie.

Juniperus_thurifera_africana_Imlil_3


Source de l’image (un genévrier thurifère du Maroc)

Je lis

Je lis
les poèmes d’une amie
dans le petit matin gris

sur la couverture
deux saules bleus se penchent

sous l’arche de leurs pleurs
feinte de pluie d’été
une lumière vive passe une barrière

derrière
certainement, un champ
un alpage un pâtis
un invisible pré toute aile déployée
une preuve du vent

le petit matin gris
épouse le papier, parfait baiser
d’une pâleur à l’autre
pulpe à pulpe, velours

consentement de mots
qui racontent l’amour
ainsi qu’à mon amie
il vint faire visite

(la porte était ouverte et la pluie avenante
mais je sais bien qu’il en allait surtout
de ses yeux aux racines liquides
ses yeux frères des saules)

 


En lisant Vingt-Sept Degrés d’Amour, de Chloé Landriot, aux éditions Le Citron Gare. Pour le commander : ici.

Si j’étais toi

Si j’étais toi
Je noierais le souci de mon nom
Dans les eaux d’un torrent
Et l’y laisserais là.

En attendant ce jour
En toute frontière considère l’horizon :
La promesse enivrante et l’appel à franchir
Chaque sommet livré à l’emprise du ciel

A l’arbre de l’hiver emprunte ses chemins
Nus et déterminés. A l’arbre de l’hiver
Emprunte la patience comme l’impatience
La sûre gestation de la résurrection

Ne crois pas plus en ta passion
Qu’en aucune autre éclosion
Mais ne lamente pas l’opacité de ton esprit :

Celui qui écrivait
Sans penser je possède et la Terre et le Ciel
Son âme aura parlé que tu puisses te taire

Aiguise enfin ton âme à chercher sans relâche
Une éternelle gloire
Dans ce grain de poussière

 


Pour l’Agenda Ironique de janvier, hébergé sur le blog Grain de Sable, chez Victor Hugotte. La consigne n’est pas tout à fait respectée : le nombre des conseils s’est limité à sept. J’ai une excuse : c’est mon chiffre favori. Le vers cité est du merveilleux Fernando Pessoa, et voici le poème en son entier.

XXXIV

Je trouve si naturel que l’on ne pense pas
que parfois je me mets à rire tout seul,
je ne sais trop de quoi, mais c’est de quelque chose
ayant rapport avec le fait qu’il y a des gens qui pensent…

Et mon mur, que peut-il bien penser de mon ombre ?
Je me le demande parfois, jusqu’à ce que je m’avise
que je me pose des questions…
Alors je me déplais et j’éprouve de la gêne
comme si je m’avisais de mon existence avec un pied gourd…

Qu’est-ce que ceci peut bien penser de cela ?
Rien ne pense rien.
La terre aurait-elle conscience des pierres et des plantes qu’elle porte ?
S’il en est ainsi, eh bien, soit !
Que m’importe, à moi ?
Si je pensais à ces choses,
je cesserais de voir les arbres et les plantes
et je cesserais de voir la Terre,
pour ne voir que mes propres pensées…
Je m’attristerais et je resterais dans le noir.
Mais ainsi, sans penser, je possède et la Terre et le Ciel.

Fernando Pessoa
Le Gardeur de troupeaux et les autres poèmes d’Alberto Caeiro, Gallimard, p.86
Traduction d’Armand Guibert

Par-dessus le toit

Par ma fenêtre se déverse le toit de mon voisin. Avant notre séjour à Paris, c’était celui d’une voisine. Elle s’appelait Susan, elle était canadienne, et quand elle vous regardait c’était toujours le printemps, une éclosion de myosotis. Nous avons vécu quatre ans côte à côte sans jamais faire advenir ce thé que nous nous étions promis de partager. La vieille glycine qui chevauche les panneaux de treillis séparant nos jardins garde pour moi la mémoire de son nom. Le temps que surnagera le souvenir, elle restera la glycine de Susan, bien qu’aujourd’hui un autre en soit propriétaire et qu’aucun d’eux ne l’ait plantée.

De ma fenêtre je pourrais presque, si l’envie m’en prenait, compter les dômes de mousse accrochés à ce toit, auxquels le reflet givré du matin donne l’air de petites toques de vison. A cette tâche se consacrent déjà les choucas qui nichent dans nos cheminées. Ils vont, penchant leur fabuleux œil clair d’un rang de tuiles à l’autre, satisfaits et bourgeois, peu soucieux d’employer leurs ailes à explorer le monde. Passé midi, une ou deux pies s’invitent pour sautiller le long de la gouttière, et ça fait des bruits de filles en talons qui auraient un peu trop levé le coude, un bruit anglais. Les choucas se retirent alors vers les cheminées et on évite tout à la fois querelle familiale et lutte des classes. C’est que les corvidés, splendides et mal aimés, se plaisent bien chez nous. N’ai-je pas surpris, un matin de retour de l’école, le timide geai des chênes ?

Ce toit moussu, ce mur de briques rouges, j’en perçois la beauté et ne leur veux aucun mal. Mais essayez donc de faire prendre un peu d’essor à la pensée quand trois mètres seulement vous séparent de l’impact ? Cette proximité qui touche à la promiscuité interdit presque de concevoir, par-dessus ce toit, arbre berçant sa palme ou cloche dans le ciel qu’on voit.

Cependant, de la ligne de faîte naissent des nuages qui ce matin filent vers le Nord-est. Entre deux averses, ils consentent à mon brouillard une once de lumière.

 

Trying

And so my parents left Toulon, on the Mediterranean coast. They now live in a small prettyish town on the river Seine. Black alders grow on its banks, tall poplars heavily laden with gleaming mistletoe. There is a cold and beautiful medieval collegiate church which looks like Notre-Dame-de-Paris’ little sister.

It is very far from Toulon.

Does it matter ? And why does it feel like something or someone somewhere died or was forgotten ?

Soon February will be on me, with its arrows of light. It will be pins and needles inside my head, and longing, longing, longing.

Oh, to see them again as they walk time through the sky, from one light to another – Mount Caume, Mount Faron, Mount Coudon. And crushed thyme on limestone hill paths.

I am trying to write a novel. It would feature an old English cottage garden and Cotswolds rolling hills. A beloved home under thick trees, and how to leave it. I am trying but not succeeding. One can only write about things that sit through one’s heart, or lungs, or guts. At least, it is the case for me.