Pirate attack

Tonight in the Lavan family, after the dinner.

Son, handing out the zappers (we have four) : “Here’s your kill, Daddy. And I have a kill, and this one is for Baby Iona.”

Husband : “Oh, so this is for switching Mummy off, is it ? Can we change the channel and see what happens ?”

Son : “No, they are for killing. Now, let’s all get ready for killing Mummy.”

Coming to me with a smile and poking me with the zapper : “You’re killed ! You’re killed !”

Me, tickling him back : “We don’t kill people, it is not nice. We don’t play at killing people.” Him : “But yes, we can go outside and kill somebody if we want to.” Me : “No, we can’t and if we do, we’ll go to prison.” Whatever.

Now all this was quite a surprise because my son is a pretty mild little chap whom I have never seen hitting anybody. He is afraid of slides. How on earth does the nursery manage to turn him into a serial killer, I have no idea. He obviously has no idea what the word means, but seems to hear it a lot there. My antimilitarist husband, who will never allow the purchase of toy guns, is in for a treat. (But he wasn’t the one who was being killed). I have to say I liked it better when he wanted to be Masterchef (he thinks that’s Michel Roux Jr’s name). I wonder what games his sister will come up with, considering she is a lot more of a fighter.

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Tadpole art

Let’s be a shamefully silly parent and share some of my kid’s productions. In fact, my son can’t hold a pen properly, but he likes to play with paint.

Misty Mountains

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Eruption on Mount Doom

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Never too young to begin with Tolkien !

Dance of the red maple

The plants ordered online arrived yesterday (see the list in my previous post : here), and of course, I had to rush on my garden fork, spade, and almost empy bag of compost. I planted everything, except the Hosta June, because I couldn’t face the possibility of slug and snail damage on its pale green painted-looking leaves which seem to glow in a strange and fascinating way. That one I left it in its pot, hoping a band of copper tape would do the trick.

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Then, I had a look. Hum. Well. Even if I didn’t necessarily want to follow to the letter the “stick to a colour scheme” advice, it proved a bit difficult to overlook the uncomfortable clash between the red Shaina maple and the dark pink flowers of Astilbe Rheinland (what a beautiful name, by the way – reminds me of slow walks along the Rhine in Bad Godesberg, where the light mist carried memories of poems by Heine, as well as the dangerous miasma which would give us colds after colds. How much more alive, and seducing, and treacherous the Rhine was, there in Bad Godesberg, than in those places near Strasbourg where my uncle used to take us for a walk in the summers of my childhood ! ).

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So : dark pink feathers (astilbe) / intense red leaves (maple) / shiny metallic purple balls (alliums). Not even mentioning the pink and rose “girly” dianthus and the red roses about to open, with the yellow lupin and yellow potentilla on the sides.  I felt deeply discouraged. I dreamt about it. Massive anticlimax.

So, today, well, I cheerfully vandalised the red maple by moving it several times. Moved a hydrangea to some random other place, put the red maple in its place, and planted the beloved fullmoon maple in the middle, where I had intended it to be since I first saw it and fell in love with its luminous leaves. Then, I pulled out the ugly tulips leaves, and ahhh, felt much better. The pink astilbe feathers and the metallic globes of the alliums don’t look bad on each side of the lamp-like Acer Shirasawanum.

I had another look. The red maple was now really near the fence where a new little Clematis Montana has received the mission to cover the branches of the disgusting fat-leaved ivy (after the aphids and the molluscs, the most hated creature in the garden). It needed to come out a little, and so it did.

By then, the two maples were too close. (Roi des démons, tu me poursuis !). They both are slow growing varieties, but still, everybody needs a bit of space. So up came the poor Shaina again, only to be moved a few centimetres away. I pray that it forgives me.

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The whole composition is far from perfect, but it is not ugly and I can live with it. Oh how I wish I was like my artist friend Marie, or my master glazier sister-in-law, gifted with the ability to know at first glance where each thing should live !

Autour du rêve – voyage dans des souvenirs d’enfance

Hier, je suis allée à la bibliothèque rendre les livres empruntés par mon fils et en chercher d’autres. En fouillant dans le bac, je suis tombée sur cette couverture…

© Grahame Baker-Smith, Templar Publishing

… et je suis restée saisie. Les ailes, la transparence, les nuages, la lumière, ce bleu qui dilate et resserre le coeur – un très court instant, on se sent le souffle coupé.

La monumentalité de l’illustration, la place centrale des personnages sur un arrière-plan presque abstrait, l’expression figée et lointaine des visages, la place proéminente des mains du père, l’aura d’éternité née des ailes, la charge symbolique de la montagne, évoquent le caractère sacré des icônes. De fait, ce livre est un hommage à la relation filiale : il conte, par la voix du petit garcon, la manière dont la vie du père fut dominée – tyrannisée – par le rêve de voler, et comment ce rêve, que l’on croyait disparu sur les champs de bataille d’où le père ne revint pas, parla un jour à l’enfant devenu adulte, et se réalisa enfin. A la fin de l’histoire, le narrateur, devenu père à son tour, se demande si ce rêve parlera un jour à son fils. L’histoire est merveilleusement racontée, mais ce sont les illustrations qui en font toute la force ; elles vous arrachent littéralement à vous-mêmes, et vous jettent en plein ciel.

© Grahame Baker-Smith, Templar Publishing

Et voici que dans les profondeurs de mon ventre où ma mémoire serre les souvenirs qui vacillent au bord de l’oubli, je sens remuer des sensations tres anciennes. Et bien sûr, lorsque j’essaie de distinguer ce qui remonte des abysses, ou d’effeuiller les strates de cette sensation, tout se brouille.

“et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur; je ne sais ce que c’est, mais cela remonte lentement; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.” (Marcel Proust, Du Côté de Chez Swann)

Essayons quand même.

Plein ciel. Il y avait dans mon enfance un livre intitulé Brise, dont je ne retrouve pas la trace. Il racontait l’histoire de la fille du roi des vents. Je me souviens seulement de la force des illustrations – c’est le souvenir le plus ancien de mon amour des choses aériennes. Plus tard, j’ai aimé les avions, les constellations, les récits de la conquête de l’espace.

Puis, au lycée, j’ai fait ce rêve où, après des péripéties dont je ne me souviens pas, je m’engouffrais dans un tunnel, à bord d’un chariot de mine qui roulait à une vitesse vertigineuse, et débouchais brutalement dans un ailleurs hors du temps et de l’espace où, clouée au sol, j’étais écartelée et comme soulevée par la vision de quelque chose de blanc tournoyant avec lenteur dans un ciel éblouissant.

Ce rêve a probablement un lien avec les illustrations par Georges Lemoine de la nouvelle Peuple du Ciel de Jean-Marie-Gustave Le Clézio. Si mes souvenirs sont bons, Petite-Croix, une petite fille aveugle qui veut découvrir la couleur bleue, voit, au cours d’un voyage intérieur, un dieu aztèque dérivant dans le ciel. (Je ne saurais dire à quel point Le Clézio a compté dans mon enfance. Pour moi, il a été un des gardiens des clés, celles qui ouvrent sur la signification du monde – j’assume, aussi ridicule que cela puisse sembler.)

Et puis il y a les visages des personnages, sur cette couverture, qui me rappellent un peu celui du roi Charles Cinq-et-trois-font-huit-et-huit-font-seize, dans Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault. Voilà un film d’animation qu’il faut que vous voyiez, si ce n’est déjà fait. La fable inspirée d’Andersen, les textes de Jacques Prévert, les dessins et la musique sont à mon avis inoubliables. (J’aimerais revenir un autre jour sur ce film, dans un post sur les villes imaginaires).

De fil en aiguille, je me rends compte que le lien entre toutes ces choses, illustrations, film, livres (j’ajouterais à cette liste Fleur de Lupin déjà évoqué dans un précédent post et Ratatatam), c’est le rêve, présent comme thème ou dans l’atmosphère onirique de ces oeuvres. Mystère, beauté, étrangeté.

© L’Ecole des Loisirs

Je ne suis pas surprise que Farther ait obtenu la Kate Greenaway Medal en 2011. Je ne résiste pas au plaisir de partager deux autres illustrations de ce magnifique album.

© Grahame Baker-Smith, Templar Publishing

Cheesy stuff (Come back Yunaaaaa !)

Yuna Ito.

Desolee, pas d’accents aujourd’hui, clavier qwerty oblige.

Je n’ecoute pas de musique, ou presque pas, a part les CD de Pierre Delorme et quelques vieilles cassettes de mon adolescence (en ce moment, Clumsy de Our Lady Peace). J’ecoute en bruit de fond, quand je travaille, des morceaux que j’ai mis sur des playlists sur Youtube, et que, pour la plupart, je n’oserais avouer avoir choisis (James Blunt par exemple, il parait que c’est pas cool, tres cheesy, tout ca). Mais en me demandant ce qu’etaient les morceaux qui ont disparu de ces playlists et ont ete remplaces par un ecran disant “Video supprimee”, je me suis souvenue de Yuna Ito.

Yuna Ito est une chanteuse japonaise et hawaienne qui etait active au Japon et avait du succes il y a cinq ans environ. Elle a l’age de ma soeur et lui ressemble beaucoup (oui, j’ai une soeur canon !). Je n’ecoute pas de J-pop, a moins que je ne tombe dessus en regardant des animes ou des films adaptes de manga.

Pour Yuna Ito, ca a commence quand ma meilleure amie m’a offert les deux premiers volumes de Nana, de Ai Yazawa, un manga pour filles qui avait une resonnance speciale pour nous car il decrit une amitie entre deux filles tres differentes et qui ressemble en partie a la notre. Lorsque ce manga a ete adapte en film (que je ne recommande par ailleurs pas, faut quand meme pas exagerer, les acteurs sont aussi credibles que Philippe Seguin en danseuse etoile), Yuna Ito a ete choisie pour jouer le personnage de Layla (Reira), la chanteuse d’un groupe de pop. J’ai regarde le film, en serrant les dents (trop de cheesiness me fait le meme effet que de sucer un morceau de metal rouille – c’est du moins l’image qui me vient a l’esprit lorsque j’essaie de decrire cette sensation), je l’ai trouve d’une nullite confondante, mais j’ai ete frappee par la ressemblance de la chanteuse avec ma soeur, et j’ai voulu en savoir plus sur elle.

Je n’ai pas appris grand chose, mais j’ai ecoute chemin faisant d’autres chansons d’elle, des compositions sentimentales et commerciales dont la survie au Paradis des chefs-d’oeuvre musicaux me semble compromise. Et pourtant, voila que j’ecoute en boucle certains titres, et qu’ils me serrent le coeur ! Yuna Ito, qui n’a rien sorti depuis quelques annees, appartient ainsi a l’epoque des wagashi de chez Toraya et des beaux jours a Paris. De la puissance de la nostalgie ! Elle me ferait presque reecouter des chansons de Dorothee !

Frogs

Did I say that frogs and toads actually live in my garden ? It makes me feel even worse for using slug pellets and stops me from cutting back the ivy as they like to hide in it.

Unlike English people, I am not particularly a bird lover – I mean, I think birds are pretty and lovely, but I am not really interested in them, unless they carry some strong symbolic connotations, like ravens or swallows (I once had a swallow. But this story is for another day). But hang on, I am not a bad person altogether : I like frogs and toads ! I don’t actually know anything about them, but I just find them fascinating, beautiful and mysterious. I also love them because of two texts that I discovered in school.

I strongly disagree with the commonly used argument against literary studies, according to which working on a text in school makes the children hate it. “Books are here to be enjoyed, not studied”, blablabla. As a pupil, I found literary studies very interesting. I am also eternally grateful to my teachers without whom I wouldn’t have heard about so many wonderful novels, poems and plays. Although my parents are both doctors and my Mum has a PhD in 20th century French literature, we rarely talked about books (or even culture in general) at home. My parents had come from Vietnam without a penny and we did not own a lot of books when I was little. It is thanks to the school and the literature lessons that my shelves – and my inner world – slowly filled with treasures.

I find pretentious the idea that one never needs help to understand and enjoy a book. I lacked references, historical and sociological knowledge, points of comparison, etc. I am happy some teachers and fellow pupils shared all that with me.

Back to our frogs. The first text is Le Crapaud, a poem by Tristan Corbière, one of Verlaine’s “poètes maudits”.

Le crapaud

(Les Amours Jaunes, 1873)

Un chant dans une nuit sans air…
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

… Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré là, sous le massif…
– Ça se tait ; Viens, c’est là, dans l’ombre…

– Un crapaud ! – Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue… – Horreur !

– Il chante. – Horreur ! ! – Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son oeil de lumière…
Non, il s’en va, froid, sous sa pierre.
……………………………………………………………………..

Bonsoir – ce crapaud-là, c’est moi.

The second text is a short story by Dino Buzzati, published in Il Colombre in 1966 (in French, Le K). The French title is Dix-huitième trou. The “hole” in question is on a golf green where an ageing successful businessman is playing with his daughter, her husband-to-be, and a friend, as the day draws to its end. As the round goes on, the businessman, usually a very mediocre player, shows an unexpected and almost unsettling talent even though he is feeling weary and detached, and keeps complaining about flies only he can see. When exhaustion overcomes him, at the 18th hole, the ball gets lost in the rough. As the participants set out to look for it, they realise the businessman is nowhere to be found. In the area where the ball is supposed to have landed, they find a toad, covered in flies, which faces the setting sun as it gives up its struggle and prepares to die. As the animal lifts its head, gasping for breath, its eyes meet the daughter’s gaze. She panicks and calls for her father.

I must say I don’t like the French translation of Buzzati’s short stories in my edition. It feels clumsy, sometimes heavy and, in a word (or two), very laborious – the tenses in particular are all over the place. But then again, I am not able to read Italian… Despite that, I remember feeling moved by the description of the dying toad, because of the way it abandons itself to the evening light.

Please tell me about your own frog stories, I might start a collection !

Petites joies du jour.

Il fait beau, sinon chaud (faut pas rêver), et j’ai passé pas mal de temps à quatre pattes dans la “pelouse” avec le long sécateur, celui qui sert à tailler les haies (c’est marrant, je connais les noms des outils de jardinage en anglais bien mieux qu’en français !). Eh oui, la tondeuse a rendu l’âme il y a quelques semaines, et on est en pleine période de pousse – aux grands maux, les grands moyens. Ce mois-ci, y a plus de sous pour acheter une nouvelle tondeuse, de toute manière.

Je suis assez satisfaite du résultat, à vrai dire. Et un des plaisirs de la tâche a été d’imaginer ce que devaient penser les voisins, à voir la voisine chinoise le derrière en l’air en train de tailler des brins d’herbe avec un sécateur. Sûrement une habitude de là-bas. En Angleterre, on respecte les pratiques culturelles des sauvages.

Autre joie : j’ai maintenant la preuve que les renoncules ne vont pas seulement produire les touffes de feuilles d’un intérêt très limité auxquelles elles m’ont habituée ces derniers mois, mais aussi des fleurs ! Voyez vous-mêmes !

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Dans la série des promesses du jardin :

  • Le rosier nain de chez Marks and Spencer offert par Tante Shelagh, planté au hasard pour voir s’il survivrait et qui porte un tas de boutons de fleurs :

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  • Les alliums les moins pressés de la Terre (Allium Christophii) :

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  • Les cosmos (cf. Sakura et Ino) :

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  • Les lys jaunes choisis par mon fils à Sainsbury’s (qui est un supermarché – ces lys pourraient bien se révéler d’une autre couleur – drame) :

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  • L’oeillet miniature (Alpine Dianthus Starburst) (si, si, cliquez, vous verrez les boutons) :

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  • Le chèvrefeuille rose qui se réveille (groggy, car les pucerons sont déjà là) :

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  • Et surtout une langue d’agapanthe émergeant alors que je la croyais morte !

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Mais pourquoi diable cette raseuse nous montre-t-elle des plantes sans fleur ?

Eh bien c’est le stade que je trouve le plus excitant. On ne sait pas à coup sûr, après tout, si une plante va donner des fleurs, quels que soient les soins qu’on lui apporte. L’apparition des boutons est pour moi l’occasion d’un petit feu d’artifice intérieur et d’un soulagement. Ouf, maintenant, c’est sûr, ça va venir, il ne reste plus qu’à attendre !

Enfin, tout dépend, il reste toujours les ennemis jurés et leurs oeuvres diaboliques :

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Finissons malgré eux sur une note positive : pour une fille des villes, voici une vision réjouissante.

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Et le plus drôle est de voir mon fils qui, après avoir examiné les fraises, fait un tour de 45 secondes dans le jardin puis revient me déclarer : “Maintenant, elles sont rouges, Maman, on peut les manger ?”

La voix de Pierre

Il fait gris. Ça souffle pas mal, il pleuviote de temps en temps. Mois de juin typique des îles britanniques – à quoi mon mari répond en général que oui, et que c’est grâce à ça que les verts sont si riches et si beaux dans ce pays.

A l’adolescence, je serais restée assise à mon bureau, devant mon cahier, à noircir des pages (faisant semblant de travailler pour que les parents me fichent la paix) – l’humeur du moment, le temps qui passe, et ce sentiment que la vie ne va nulle part, et à quoi bon. Le temps, luxe de l’enfance.

Maintenant, je me hâte de faire la vaisselle et profite de la sieste de ma fille (vous l’aurez compris, ce n’est pas une gamine qui peut s’occuper toute seule) pour attraper le panier de linge à étendre, monter dans la chambre de mon fils (où se trouve l’étendage), mettre le lecteur CD en marche, attendre la voix de Pierre, et respirer, enfin. Je ne suis pas une maman douée, je n’ai jamais rêvé d’être maman, je fais ce que je peux et je suis rarement à la hauteur. Mais la voix de Pierre me réconcilie avec moi-même, et aide la petite Antigone que j’étais à faire la paix avec la “part-time working mother of two” que je suis aujourd’hui.

Pierre est – était – mon professeur de guitare. Je crois que j’ai eu la chance de le voir toutes les semaines du temps scolaire entre les âges de 7 ou 8 ans et 15 ans (je ne suis pas douée pour la chronologie), sauf une année où j’avais déménagé. Le cours que je suivais était intitulé, si mes souvenirs sont bons, “Guitare d’accompagnement”, par opposition au cours de “Guitare classique” enseigné par David Wood, et qui me paraissait beaucoup moins fun. Tout ce que je comprenais, gamine, c’était que dans le cours de Pierre, on apprenait des chansons, et que dans le cours de David, on se faisait très mal aux doigts en essayant de jouer des trucs compliqués. J’aimais chanter, on me disait que j’avais une jolie voix, et j’étais contente. Je n’ai jamais été une instrumentiste douée, et je crois que je n’étais pas non plus une bonne interprète – je veux dire, même quand j’ai grandi et que j’étais plus en mesure de comprendre les paroles des chansons. Pour moi, chanter bien, c’était chanter juste, avec une “jolie voix”, parfois fort et parfois doucement.

Les cours avaient lieu dans une toute petite salle. Il y avait des chaises sur le côté pour les parents s’ils voulaient rester, et une affiche de pièce de théâtre sur le mur. Par dessus l’épaule de Pierre, je passais de longues minutes, tous les mercredis, à me demander s’il était possible que “Kenneth Branagh” fût un vrai nom, comment ça se prononçait, et qui pouvait le porter. Pierre, lui, était d’une douceur et d’une patience à toute épreuve. A la fin, quand je ne travaillais plus et que j’étais devenue incapable de jouer ce qu’il me donnait, il a simplement demandé, d’un ton un peu las : “Quyên, tu n’aimes plus la guitare ?”

Petite, je comprenais vaguement que Pierre écrivait de vraies chansons qu’on peut acheter sur des disques, car mes parents en avaient des copies et nous les écoutions souvent. J’aimais les mélodies et les rythmes, même si je ne comprenais pas souvent les idées. Je voyais les images. Elles sont restées imprimées dans ma mémoire : il y avait la Méditerranée toute verte, Théo Van Gogh regardant son frère devenu fou au milieu du champ, et désespérant de parvenir à le toucher, le Yang-Tsé-Kiang roulant ses eaux jaunes entre des berges à la Gauguin, une chanson joyeuse sur le métissage et une autre commençant par “Cheveux d’ébène aux blanches hanches”, dont j’entends encore les accords solennels et poignants.

Récemment, j’ai retrouvé Pierre sur Facebook. J’ai pu avoir ses deux derniers disques, et je n’écoute plus qu’eux. Leur titre donne une bonne idée du style de Pierre : Le Flâneur, et Ca ira bien comme ça. Si vous voulez avoir une meilleure idée de leur contenu et écouter des chansons ou des extraits, voici l’adresse de son site : http://pierredelorme.free.fr/index.htm.

(Pardon, je ne sais pas de qui est le tableau)

Pour moi, c’est une voix de mon enfance, la voix de quelqu’un qui a compté plus que je ne saurais dire, dont le timbre et les accents recèlent d’innombrables souvenirs de mon vieux Villeurbanne, des amis du groupe de guitare, des voyages en voiture jusqu’à Strasbourg où nous passions nos vacances, et qui, chargée de tout ce temps vécu et révolu, et de toutes ces choses désormais enfouies dans le néant mais dont la musique garde la mémoire,  me rejoint ici, à Canterbury, et me rappelle d’où je viens. Et c’est à la fois un pincement au coeur – je n’ai plus 15 ans, ma guitare reste dans sa boîte, les étés de Lyon sont loin, et il y a toutes ces petites morts auxquelles on survit mais qui nous entament petit à petit – et un baume précieux.

C’est aussi le talent poétique, la précision des mots, la vivacité des images, l’absence de prétention, la sincérité et la légèreté – toutes choses auxquelles j’aspire dans mon écriture et dans ma vie, sans le plus souvent y parvenir. Quoi qu’il en soit, je serais bien contente si après m’avoir lue, vous aviez la curiosité d’écouter la voix de Pierre.

A la découverte de Gardeners’ World.

Varicelle, quand tu nous tiens ! Hélas, la mauvaise humeur de ma fille me condamne à rester assise dans le fauteuil – si je vais dans la cuisine, ça râle, si je vais dans le jardin, encore pire.

Je viens donc de passer deux jours (ou trois ?) à regarder des épisodes de Gardeners’ World sur la BBC.  Ma nouvelle idole est donc Monty Don et j’en viens à me demander comment j’ai pu vivre tant d’années sans lui. Pour ceux qui ne le connaitraient pas (je veux dire pour vous autres mes compatriotes, car il est impossible qu’il se trouve un Britannique qui ne connaisse pas Monty Don), le présentateur de cette fameuse émission de jardinage de la BBC – que dis-je, de cette institution nationale – est un grand type bien bâti, bientôt sexagenaire, et heureux propriétaire d’un magnifique jardin qui doit faire 100 fois la taille du mien. Wikipédia m’apprend qu’il n’est pas un jardinier professionnel, mais qu’importe, puisqu’il prend merveilleusement la pose, un pied sur la pelle, le visage buriné juste ce qu’il faut, à la manière des cowboys des pubs Marlboro de mon enfance. J’oublie le chien au poil luisant installé à ses côtés, prêt à bondir à sa suite le long des allées.

Enfin, ce n’est pas pour son look que je le regarde – ah, si seulement j’avais su plus tôt que faire de mes tulipes après la floraison, ou comment réunir les conditions idéales à la culture des agapanthes !

J’espère, cela dit, que l’humeur de ma fille va rapidement s’améliorer, car j’arrive à la fin de la série et n’ai aucune intention, malgré les supplications de mon fils (ou ses ordres), de regarder les courses automobiles.

En attendant d’avoir plus de liberté de mouvement, je rêve des plantes que je devrais recevoir dans une dizaine de jours et qui, je l’espère, arrangeront l’aspect désolé de mes parterres où se dressent lamentablement les tiges des tulipes dont les fleurs ont passé. En voici la liste, pour le plaisir d’égréner des noms de plantes, auxquels je trouve une qualité musicale (et puis c’est rigolo comme un semblant de latin donne au jardinier débutant et ignorant que je suis le sentiment de faire partie du club) (et tiens, cette phrase me fait penser à une amie féministe, quel est le féminin de jardinier ?) :

Brunnera macrophylla Jack Frost

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Astilbe Rheinland.

© Royal Horticultural Society

Heuchera Beauty Colour

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Hosta June. 

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© Peter Laughton

Hosta Clifford’s Stingray

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© Peter Laughton

Helleborus Blue Metallic Lady

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© Peter Laughton

Hepatica Transsilvanica Blue Jewel

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© Peter Laughton

La plupart de ces plantes ont été choisies pour leur feuillage. Il me semble que choisir une plante pour ses feuilles et non plus pour ses fleurs est un signe de maturation pour un nouveau jardinier. Je m’autocongratule donc. Je sais que je serai moins fière dans quelques temps : certaines de ces plantes sont les mets de choix des gastropodes haïs qui se fichent ouvertement de ma figure.

N.B. Je précise que les photos viennent du site Plantify.co.uk où j’ai acheté les plantes (y compris mes érables).

P.S. Je crois avoir trouvé le titre du blog. La photo d’en-tête est d’une allée à Mount Ephraim’s Garden, un merveilleux parc pas loin de Canterbury.

C’est la Bérézina.

Not feeling on top of anything today. My daughter is suffering very badly from chickenpox and has been screaming for most of the day, starting at 2 am last night. Her father has been running between chemist shops to find creams and antihistamin drugs.

On the gardening front, I have finally accepted that the sowing of various annuals some weeks ago is probably going to fail. The Cosmos (cf. in Naruto, that moment between Sakura and Ino) have come up but are losing their battle against snails. The Nemophila 5 spots are in the same situation. And of the Love-in-a-mist, there is no sign. (Which makes my going up to the nusery even more painful as I stare with envy at the neighbours’ beautiful borders filled with bearded irises, rose buds, alliums (mine take so long to open, I may be dead before there is anything to see), clouds of blue Love-in-a-mist – I’d better stop here). On the other hand, weeds are doing wonderfully in my garden, and another type of aphids has infested the pink honeysuckle.

But I haven’t given up hope. Having gone to Sainbury’s for a ready meal, I came home with yellow flowers (my son’s favourite colour, he wouldn’t let me buy them otherwise) : yellow lilies and lupin. It’s my second attempt with a lupin – as usual, it was bought for its name : some of you may also have read the wonderfully illustrated Fleur de Lupin by Binette Schroeder as a child. If you have, it is unlikely you have forgotten it.

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© Ecole des Loisirs

Also, a pink dianthus. Not surrendering yet !

(Yes, I realise I am doing it again : buying random things to fill holes in the flower bed, a course of action which is unlikely to create harmony, especially with the Japanes maples in the middle of it. But I accept that I am only a beginner and that it will take time before I get an idea of what I should be doing.)

Slugs and snails and puppy dogs’tails

So. Slugs and snails. Well, there’s not much to say, really. I think I am losing the battle.

I tried the nasty pellets, but wasn’t too happy about it. I am not super green, etc, but if you can avoid using nasty stuff, why not try ?

So I purchased copper tape for the pots and some “large” copper rings for the delphiniums and other plants which are in the ground.  Copper deters slugs and snails as it produces a slight electric shock when in contact with their mucus.

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Then, I read that 90% of slugs live underground – what would stop them from creeping inside the ring from underneath ? I had to find something else.

I discovered nematodes. They are microscopic parasitic worms and some of them will infest slugs. They come as a fine powder that you mix with water and apply to your soil with a watering can. The worms can provide you with up to 6 weeks of protection (which could well mean one week). Nevertheless, I felt super clever, super green, one step ahead of the molluscs. I followed the instructions as well as I could. I would no longer stay awake at night worrying about slugs !

And then, I discovered that most of my plants are eaten by snails. Big snails. And nematodes don’t work on them.

Things got worse when I found one enormous snail hiding under one of the blue hydrangea’s leaves. The blue (now turning pink because of our hard water) hydrangea is in a pot on which copper tape has been applied. (Yes, I know, I bought a plant that was forced, it is evil, etc.)

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And another big snail on the delphinium which is in the middle of a copper ring (this is direct provocation, right ?), with no leaves overhanging or forming a bridge which the pest could use to sail inside the ring. Right. OK. Stay calm. Maybe, I need to clean the copper on which the rain has splattered some earth.

Anyway, I resorted to ecoterrorism again, using blue pellets. I try to use them sparingly, but still, not very satisfying. What I feel, is that I could probably get in control of slugs and snails if I was consistent and determined. But I am lazy and easily discouraged. Oh well.

I also found loads of aphids on the red climbing rose today. And I am wondering whether I should spray them, fearing that they might infest other plants, or leave them be (the climbing rose is far from the house), hoping for ladybirds to visit my garden. The truth is, I should wear some gloves, be brave, and crush them. But that is disgusting. I think I might actually hate aphids more than cockroaches. Anybody who has read Les Fourmis by Bernard Werber understands me. OK, it is not good literature, but is entertaining, and made me consider ants (and aphids) differently.

On a rather better note, I noticed that some shoots are coming from the Anémones de Caen little “bulbs” I planted some time ago, thinking they would never work as they like good drainage, and I have clay. OK, shoots don’t mean I will get any flowers, but it is still good news. Better than my lilies of the valley, which never showed up. 🙂 Let’s not sin against Hope.

And hopeful I certainly am, for I have planted a 50 p climbing rose from Poundland today. I don’t expect much of it, but I like to give everything its chance (providing they are not pests) (or weeds).

Des wagashi de chez Toraya.

Jardiner, c’est bien ; manger, c’est encore mieux.

L’autre soir, j’étais en train de coucher ma fille (ce qui requiert de s’asseoir par terre dans sa minuscule chambre pour lui donner son biberon en trois fois, avec des pauses de 10 minutes entre deux tétées, lors desquelles elle attrape tout ce qu’elle peut, tire, défait, déballe, déchire, goûte et jette, tandis que j’essaie d’avancer de quelques pages dans mon bouquin), lorsque la sonnette de la porte d’entrée retentit.

Stupeur. Puis colère. Oui, parce que dans ce pays, les démarcheurs aiment à passer à des heures où ils ont davantage de chances de vous trouver chez vous, et ont une prédilection perverse pour l’heure du dîner. Ce qui me permet de mettre en marche le disque habituel : “Hein, en France, si les vendeurs faisaient ça, dis donc, qu’est-ce qu’ils prendraient, gnagnagna”. Engoncée dans mon indignation, la bouche pleine de marmonnements contenus, j’attends que mon mari aille ouvrir.

Bruits de pas dans l’escalier, la porte s’ouvre : “It’s K. With presents from Toraya.”

Hein ?! J’ouvre des yeux comme des soucoupes. K. ? Toraya ? TORAYA !

Je dégringole les escaliers, remercie avec profusion, m’embrouille, et dois avoir l’air complètement hagard.

K. est la jeune épouse d’un professeur japonais en visite à l’université où travaille mon mari. Elle n’a pas trente ans. Elle est belle comme le jour. Je crois que malgré la barrière de la langue et la réserve orientale (cliché peut-être, mais vrai dans son cas), nous sommes assez complices (ça aide d’avoir des enfants en bas âge). Ses parents sont venus du Japon pour lui rendre visite et ont ramené – pour moi ! – des wagashi de chez Toraya, le salon de pâtisserie de Tokyo, qui prétend avoir commencé à fournir la maison impériale au XVIème siècle.

J’ai le sac en papier dans les mains, empli de paquets de petits gâteaux et d’un sachet de papate douce confite. Les gâteaux sont délicatement emballés dans du papier brun-mauve, la couleur de la pâte d’azuki. Je me fais un thé vert (lui aussi est un cadeau de K., il vient de la plantation d’un de ses cousins).

Toraya

Tout à coup, me revoilà quelques années en arrière, dans la petite succursale parisienne de Toraya, à l’époque où je goûtais les joies d’une indépendance nouvelle et dépensais mes premiers salaires en wagashi et en sacs à mains. Bien qu’installée dans ce pays depuis quelques années, je garde la sensation de vivre en suspens, dans l’attente d’un retour à cette vie où il me semblait que je me réalisais (illusion puissante du matérialisme). Quelle douce, quelle savoureuse surprise, de retrouver soudain ces parfums !

Je revois le visage de mes amis, les couleurs des soirs d’été dans le Jardin des Tuileries, l’atmosphère de fête du Boulevard Saint-Michel, le lèche-vitrine bras dessus, bras dessous avec ma soeur et ma cousine, la poésie des banlieues à travers la vitre du RER, lorsqu’un rayon les caressait – l’ivresse des possibles, rebondie, juteuse, dorée. Contrairement aux Anglais, j’aime les villes, les grandes surtout, la qualité de l’anonymat entre le camaïeu de gris des immeubles, cette sensation que l’aventure attend au détour d’une rue. Je goûte l’ironie douce-amère que ces wagashi, censés symboliser la nature et les saisons, soient pour moi le signe du bonheur révolu de vivre à Paris.

Katsura

Mon post d’hier aurait certainement eu plus d’impact avec quelques photos. J’ai donc le plaisir de vous présenter les nouveaux hôtes du jardin, autour desquels il faudra recomposer les plantations. Ils sont encore très petits, sauf Acer palmatum Osakazuki, que voici.

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On le choisit car c’est le Prince de l’automne, ses couleurs d’octobre sont parmi les plus vives. On me dit que son nom signifie “aux feuilles semblables à une tasse de saké” en raison de leur légère incurvation.

Acer palmatum Redwine, le premier que j’aie acquis. Ses feuilles sont de couleurs variées selon leur âge, avec une dominante bronze. Je n’ai pas pu résister à le mettre en terre.

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Celui-ci est Acer palmatum Shaina. Je ne sais pas d’où vient son nom. Je l’ai choisi pour sa couleur rouge, bien sûr, qui doit apporter un contraste aux feuillages verts, mais aussi car Shaina est le Chevalier du Serpent dans Saint-Seiya. (Je ne vais pas me lancer sur ce sujet… not today, not next week, maybe not ever. Je ne saurais par où commencer et comment m’y prendre. Saint Seiya est mon petit mythe fondateur personnel).

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Le fameux Acer Shirawasanum Aureum, Fullmoon Golden maple.

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Dès que j’ai vu une photo de son feuillage sur Internet, j’ai su qu’il me le fallait. Le mien est encore tout petit, mais attendez voir, il atteindra toute sa gloire, dussé-je en périr ! Je suis sortie tout à l’heure, après le dîner, pendant la vaisselle,  et pour petit qu’il fût, il resplendissait d’une lueur verte, presque fluorescente, dans la pénombre grandissante.

Voici enfin Acer palmatum Katsura.

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Je l’ai choisi après avoir vu des photos des ses feuilles bordées de rose, délicates comme des fleurs, mais aussi, comme Shaina, en raison de son nom. Katsura est le nom japonais d’un autre arbre, Cercidiphyllum. C’est aussi, bien sûr, celui de la Villa impériale Katsura près de Kyoto, que je rêve de visiter un jour. Or, voici comment j’ai découvert son existence, dans l’adolescence : en tombant sur une carte postale que ma mère avait reçue d’une de ses connaissances. La carte reproduisait un tableau que cette amie avait vu lors d’une exposition.

1984_Villa imperiale de Katsur au printemps

Villa impériale de Katsura au printemps, de Bernard Cathelin.

Lorsque j’ai posé les yeux dessus, quelque chose s’est passé. C’était comme… une vitre qui se brise. Des yeux qui se décillent. Les écailles du dragon blanc qui s’éparpillent dans le vent, au moment où Haku se souvient de son nom, dans Le Voyage de Chihiro. Une porte s’est ouverte. J’avais l’habitude de regarder des photos de tableaux célèbres, dans des livres d’art ou des magazines (je me rappelle une série sur les grands musées du monde qui accompagnait les numéros du Nouvel Observateur auquel mes parents étaient abonnés dans mon enfance). Je me contentais de les trouver beaux ou pas. Mais là… Il ne s’agissait pas du tout de ça. J’étais accrochée. Crochetée par le dedans, et de tout le corps. C’était comme le choc de l’évidence. Ou encore, comme une reconnaissance, une réminiscence. Peut-être du même ordre que dans le coup de foudre, où l’on tombe en arrêt devant quelque chose de soi-même, que l’on ne connaissait pas, et dont une autre personne se révèle le vecteur nécessaire. Les couleurs, la violence du contraste, les proportions ? Aujourd’hui encore, je ne sais pas trop. C’était juste, ce jour-là, la rencontre avec une face de la perfection.

Il y a beaucoup de choses, comme ça, japonaises, ou qui parlent du Japon, qui me font cet effet, que je reconnais. Je ne sais pas pourquoi. Je ne suis pas Japonaise, je ne suis jamais allée au Japon, j’ai abandonné mon très bref apprentissage de la langue quand mon fils est né. J’ai quelques connaissances japonaises, avec lesquelles j’ai des échanges limités en raison de la barrière de la langue et de codes culturels différents. Aussi ne suis-je pas en mesure d’expliquer ni même de comprendre ce lien avec le Japon, qui existait déjà quand j’étais enfant, avant que la mode du Japon ne soit devenue la déferlante qu’elle est à présent en France. Et pourtant, il existe, et est l’une des constantes de ma vie – je dirais même ma note fondamentale, plus certaine que mes choix politiques ou moraux et même que ma foi. Pour un peu, je croirais presque aux vies antérieures !

The Japanese maples have arrived.

Arrivée des érables. Rien que leur nom est un enchantement – ce « a long », trainant, qui s’allonge comme branche sous la brise.

Depuis quelques jours, je m’inquiétais de ne pas avoir assez de place pour les planter, je me reprochais d’avoir eu les yeux plus gros que le ventre, comme d’habitude. Je me disais, tant pis, j’en renverrai un. Je prenais conscience que planter des arbres dans un jardin n’est pas un geste anodin – il ne s’agit plus de jonquilles ou d’iris !

Croissance

Concrètement, c’est un investissement en espace et en argent. Si on le met en terre, ce qui me paraît préférable, il faut prévoir large, l’imaginer dans la splendeur des décennies à venir, déployant sa canopée à des mètres à la ronde et un réseau de racines plus étendu encore. Pour moi qui ai un tout petit jardin, l’achat de cinq érables, je le reconnais, relève de la folie douce ou de la mégalomanie la plus stupide, c’est selon. Ah, mais, pour ma défense, ce sont des érables du Japon, acer palmatum. Leur croissance est lente, et ils se prêtent à la taille, puisqu’on peut faire de certaines de leurs variétés des bonsaïs. Cela dit, tailler un érable de manière à respecter sa grâce naturelle est un art que je ne suis pas sûre de maîtriser à l’avenir.

Enracinement

Surtout, l’arrivée de ces arbres me fait m’interroger sur ma relation à cette maison. Nous y vivons depuis deux ans, ma fille est née dans le salon (littéralement), mon fils va faire sa rentrée dans l’école du quartier. Mais, rien à faire, je ne me sens pas enracinée ici. Est-ce parce que ce n’est pas mon pays ? Je ne crois pas. Apres avoir vécu quatre ans en Angleterre, je prévois que rentrer en France me sera difficile. On s’habitue à un autre mode de pensée, de nouveaux codes sociaux… enfin, ce serait le sujet d’un autre post. Pour revenir à nos moutons, je voudrais pouvoir emmener mes arbres avec moi quand je partirai. Ca tombe bien, les érables du Japon peuvent vivre heureux dans de grands pots, si l’on ne rechigne pas à les soigner – les arroser, les rempoter, tailler leurs branches et (rarement) leurs racines. Pourtant, quand je les regarde, dans leurs pots, ca me démange, j’ai une envie viscérale de les mettre en terre. L’art du bonsaï n’est pas pour moi, j’aime que les êtres vivants prennent leurs aises (sauf les humains dans ma maison qui ont intérêt à quitter leurs chaussures… bref…). Et puis je me sens mesquine – quoi ? Pourquoi ne pas les laisser aux prochains occupants de la maison ? C’est quoi cette cupidité, cette possessivité ? Et qui me dit que j’aurai un jardin dans mon prochain logement ?

Dépaysement

Je songeais hier, dans mon post, à la construction du jardin idéal (tiens, je me sens très facteur Cheval, en ce moment) et à la manière de composer avec le cadre dont j’ai hérité. Je ne suis pas près d’y parvenir. Après avoir planté en un joyeux fouillis mes tulipes, mes alliums, les rosiers nains offerts ou récupérés d’autres membres de la famille qui ne voulaient pas les jeter, etc… VLAN ! Voici que je fiche en plein milieu de tout ça un arbre qui ne souffre pas le désordre et symbolise à lui seul la grâce et l’harmonie.

Le voilà, debout au milieu du parterre, entre les tulipes échevelées. Il conjure dans la dentelle de ses feuilles et le ploiement caractéristique de ses branches des visions de jardins japonais – perfection immobile, évidence qui réduit au silence.

Et tout autour, mes semis à demi levés, mes pots de pensées en fin de parcours, tout ce brouhaha et ce remue-ménage…

C’est bon, tout ça devra lever le camp, tout est à recommencer.

Introduction to my little garden and a discovery for me.

Hello again. Well, this blogging business was first suggested to me by my husband, amused by my newly found passion for growing things and fighting slugs and snails (a battle which I am losing). So, a gardening blog this will be, most of the time. It could be entitled : “The ignorant and hopeful gardener”. I apologise right away for this long and boring post.

I live in a little terraced house and my north-facing (alas) garden is very small. When we moved in two years ago, it was a lovely low maintenance garden, with established shrubs, lots of ivy covering (and supporting) the fence, ferns and grasses. Some plants forming the hedge might have been chosen to deter burglars, like the firethorn or a big climbing red rose with fierce claws. As for (visible or noticeable) flowering, the neighbour’s magnificent wisteria was covering the shed’s roof, fighing for space with the exuberant honeysuckle (a true Miyazaki monster, see picture). There is a forsythia, the aforementioned climbing rose, two hebes, a potentilla fructicosa (or so I believe). ImageImage

ImageI did not touch a thing in this garden… until recently. The only thing I did was to try to rescue a miniature rose from M&S which was a gift. I planted it in a random place in the flower bed in front of my house. My in-laws, who are probably the best in the world, came to help and mowed the garden, pruned the shrubs, kept the ivy in check. I, meanwhile, had my pirate daughter and tried to survive.

Last autumn, my father-in-law took me to the garden centre (we are one of those people without a car) and I just thought : I want more colours and more flowers. So I bought bulbs. Daffs, Irises, tulips Angelique, alliums, crocuses, fritillaries. And an hellebore. Planted them more or less randomly. Now it is Spring and I have had a nice display – I mean flowers and colours. I have been buying mixes from various high street shops to enhance my collection with peonies, renunculas, anemones (which won’t work in my clay), agapanthus, aquilegias, lilies, acidantheras, bleeding hearts. Most of them have not flowered yet.

Now here is the thought : I believed I wanted a cottage style garden, informal and flowery, like most of my neighbours’ plots. And only by planting did I realise it was not going to work. Indeed, I have inherited a relatively formal setting where there is limited space available for planting. With young children, I can’t sacrifice the lawn yet. And I have neither the means nor the time to change the whole layout. So, I can’t change the whole thing, and I don’t see it working as a cottage garden. I want something else, which would work as a whole, a beautiful ensemble. All this, with me being a complete beginner and an impatient ignorant.

I realise now that what makes this apprentissage so interesting is the emergence of an intellectual, if not conceptual, process in the way I envisage the garden, its cultivation and my approach to it. My father-in-law had drawn my attention to the fact that gardening is not at all a communion with nature of some sort, as we are constantly fighting bugs and weeds, diseases and what we perceive as ugly shapes. But it isn’t either an physical outdoor activity which will give your tired mind a desired rest. No. I slowly realise that my garden is like the sheets of paper where, some years ago, I had to answer a question and lay down a dissertation (in three parts and nine subsections – yes French schools). How to achieve that harmonious and meaningful composition ? The flowers are individually pretty, but together? Moreover, just as in an essay, where the teacher is trying to determine whether you can think on your own and form an opinion which is not just borrowed from some famous book, you want your garden to say something relevant and personnal.

Now all this is obvious for anybody who has any gardening experience. For me, it is a discovery and I must say I am a bit disappointed. I thought that planting anything, waiting and then witnessing its awakening and the unfolding of its mysterious beauty would be a simple and unshaded joy. Now things have to be grown not for themselves, but as elements of a abstract plan, colourful reflections on an immaterial dream (I know, dreams are immaterial, right?). As a result, I’ll always be disappointed, even if my skills were great.

That’s not even mentioning my “coup de sang” for the Japanese maples (which should arrive tomorrow… please). Japanese maples are like a dream. That, as well as my losing battle against molluscs, will have to be treated another time. Again, apologies for this long post.

Entanglement.

Au départ, je n’aime pas l’idée du blog. Je le perçois comme une conjugaison du nombrilisme et de l’exhibitionnisme. L’ère de la confession me répugne.

J’ai tenu un journal intime durant de longues années. Je ne crois pas que son contenu soit d’un intérêt quelconque pour tout autre que moi. Je ne suis pas une artiste, ni une spécialiste de quoi que ce soit, j’ai des velléités deci-delà. J’ai du mal à accepter mon désir d’écrire et d’être lue (nombrilisme, etc), et peur d’être jugée. J’ai des scrupules mais pas la force de me tenir à ce qui est juste et de bon goût. Bref, rien de très original dans tout ça.

En même temps, je suis tenue, et parfois étranglée, par un certain nombre de passions qui ne mènent à rien de concret, en tout cas à aucune expertise, faute de temps et de détermination, et qui touchent à des thèmes aussi divers que les sacs à main, la littérature, le Japon, la religion, et, dernier en date, le jardinage. Je n’ai pas le temps de courir les bibliothèques et de m’instruire. Mais il faut que je fasse quelque chose de ces désirs qui me soulèvent et parfois me tordent les entrailles. J’entre donc dans l’ère de la confession, du blabla thérapeutique. Faute de savoir, je vais supposer, imaginer, déblatérer et, péché suprême, raconter ma vie.

Ma meilleure amie vient d’écrire un court roman, pour le plaisir, et veut que je partage le bonheur d’écrire. D’habitude, je lui écris des lettres sans queue ni tête, en attendant mes élèves, des premières et des terminales d’un lycée réputé de Canterbury, qui viennent me faire part de leurs aventures du week-end ou de leur désir de changer le monde, en français. Mais mon contrat s’est terminé pour cette année scolaire, et je n’aurai plus l’occasion d’attendre la jeunesse, dans mon petit bout de salle dont les fenêtres ouvrent sur les champs. Si je ne m’astreins à raconter ici ma vie, je vais pourrir du dedans.

Dans ma vie antérieure, j’étais professeur de lettres classiques, dans des collèges de la banlieue parisienne. J’aimais mes élèves, beaucoup, passionnément. Ils m’inspiraient. Ils me serraient le coeur. Maintenant, je suis assistante de français dans ce lycée de Canterbury, Kent, et je m’occupe de mes deux enfants, mon fils le rêveur, ma fille la pirate. Il faut que je fasse quelque chose de mon bazar intérieur.

Le titre du blog, provisoire, vient de ma marraine, qui aime à fouiller dans ces “magasins de n’importe quoi” où l’on trouve parfois un trésor entre des assiettes en carton et des cordes à sauter à 1 euro. Bien sûr, j’aspire à l’ordre et à l’harmonie, ou plus précisément à l’ordre et à la classe, mais la vérité, c’est que je suis l’hôte d’un grand tas de n’importe quoi où j’espère que se cache un trésor.

J’écrirai aussi, parfois, dans ma langue d’adoption, l’anglais. I have that funny feeling my entangled inner life might well be disentangled by the use of another language.

Ainsi, vogue la galère. Mon prochain post portera probablement sur l’arrivée de quatre érables du Japon, nommément Acer palmatum Katsura, Acer palmatum Osakazuki, Acer palmatum Shaina et, last but not least, Acer Shirasawanum Aureum. La nuit, au lieu de dormir, j’essaie de résoudre l’équation de leur positionnement dans mon tout petit jardin de terraced house. Et je me répète le nom Acer Shirasawanum Aureum, goûtant la musique de ses syllabes élancées, mordorées, d’une distinction tranquille. Les Anglais le nomment Full Moon Golden Maple. Sous l’éclat de la lune végétale, bonne nuit !