Déambulations en souvenir de Georges Lemoine

Mercredi matin. Ma poussette et moi bravons le froid pour aller en ville retrouver mon amie Marie. Je descends Station Road West. Devant moi se dresse la vue habituelle du clocher de la cathédrale surmontant une masse de pierre aux couleurs de l’aurore. Je débouche sur St Stephen’s Road, qu’il faut traverser pour atteindre le pont qui enjambe un bras de la Stour.

Soudain, mon coeur se serre et j’ai dans la poitrine un oiseau qui se débat pour s’échapper. Afflux d’oxygène dans le sang.

C’est la lumière. Le bleu du ciel, strié, infusé de lumière, d’une pureté qui fait venir les larmes aux yeux, un bleu éblouissant qu’on ne voit d’ordinaire qu’après l’orage, ou en bord de mer, à la fois exaltant comme une voile gonflée du souffle de l’été, tendre comme une poignée de myosotis dans une main d’enfant, et d’une intensité tragique.

C’est la lumière des mois minéraux. Janvier, février. Cette lumière découverte pour la première fois dans les nouvelles de Jean-Marie Gustave Le Clézio – Peuple du Ciel, Mondo, Lullaby, par la conjonction des phrases de l’écrivain et des illustrations de George Lemoine qui les accompagnaient.

MONDO ET AUTRES HISTOIRES

Je voudrais parler de Le Clézio, et particulièrement de Mondo et autres histoires, un recueil de nouvelles publié en 1978. Je le voudrais, mais ne le peux pas (encore). On trouve bien sûr des tas d’analyses des oeuvres de Le Clézio partout, mais c’est ma lecture que je voudrais partager, si seulement je savais comment. Je voudrais dire comment la rencontre de l’univers de cet écrivain a changé ma vie et certainement ma perception du monde – de la lumière, des couleurs, du silence – consciente que je ne suis sans doute pas la seule à avoir connu cette expérience.

J’ai découvert ces nouvelles vers l’âge de 10 ans, je crois ; j’avais donc presque l’âge des personnages qui en sont les héros et leur initiation, leur cheminement, furent en quelque sorte les miens. J’ai appris à sentir, à regarder, à percevoir comme eux, à moins que je n’aie été amenée à me reconnaître en eux. Leur manière d’habiter le silence. D’être sensibles à toute nuance de lumière. De vivre dans un monde habité. Quant à leur candeur, leur innocence aiguisée, tranchante, leur audace, je ne crois pas les avoir jamais partagées.

(Je me souviens d’avoir écrit à l’auteur, à l’âge de 10 ou 11 ans, sur une feuille de classeur verte, une lettre farcie de mots pédants (pour une gamine), où j’avais essayé de caser, allez savoir pourquoi, toutes mes connaissances en mythologie grecque. Il me plaît de penser que le personnel préposé à l’ouverture du courrier chez Gallimard ne la lui a jamais transmise.)

Mais c’est de George Lemoine que je me souviens particulièrement en ce mercredi où je marche à la rencontre de mon amie. Ses bleus, ses ciels, ses visages. Si vous avez grandi en France dans les années 1980 et avez transporté dans vos cartables des volumes de Folio Junior, vous serez familiers des dessins de Georges Lemoine, souvent des pastels ou des aquarelles. Si vous les avez oubliés, je souhaite que la lecture de ce petit post permette de les faire émerger des eaux profondes de votre mémoire. Ce sont des dessins qui font se rappeler que la vie vaut le coup.

En faisant une rapide recherche sur Internet, ne voilà-t-il pas que je tombe sur le blog de l’illustrateur (http://georges-lemoine-illustrateur.blogspot.co.uk) ! Je fouille, et tombe sur cette illustration pour L’Enfant et la Rivière d’Henri Bosco, le deuxième livre à avoir compté dans ma vie (au cas où vous vous interrogeriez, le premier fut Le Trente-Cinq Mai d’Erich Kästner).

Et il y avait un braconnier là dedans. Il y avait un dessin du braconnier. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois le mot “taciturne”. Le braconnier s’appelait Bargabot. Je fouille mes étagères. Et… oui, c’est incroyable, je possède un exemplaire de L’Enfant et la Rivière, et je l’avais complètement oublié ! Et voici Bargabot :

Georges Lemoine Bargabot

Le mot taciturne se trouve bien à côté de l’illustration, mais, fait intéressant, ce n’est pas le braconnier qu’il décrit, c’est le narrateur, Pascalet, et ses parents !

Souvent, je pensais à Gatzo. Où était-il ? Parfois, à la tombée du jour, très haut dans les nuages, les canards passaient, volant en triangle, à travers une bourrasque. Et leurs cris sauvages me pénétraient. Mes parents, me voyant se taciturne, devenaient, eux aussi, très taciturnes. Ils avaient essayé de tout, et rien ne m’avait réussi.

Facéties de la mémoire.

Du ciel maritime de Canterbury aux paysages du Lubéron. Clin d’oeil du destin, mon amie Marie est, sinon du Lubéron, du moins du Sud (oui, je sais, le Sud est vaste, et vague, mais ne me cherchez pas des poux, soyez cool, c’est juste un blog, hein).

P.S. : En bonus, ce petit film très intéressant de Loïc Seron où vous pouvez voir Lemoine travailler chez lui en 2008 : https://www.youtube.com/watch?v=HJqYHi6OMRc

Regardez-le, il est chouette (bien que le choix de la musique me laisse dubitative).

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Without feathers

Je suis retournée poser pour James Bland, et bien que ça n’ait rien donné en termes de production, la séance a été très intéressante pour moi, et m’a fait penser à ma relation avec certaines œuvres picturales.

Il y a des tableaux qui nous impressionnent, nés d’un talent qui nous semble rare (ouah, c’est incroyable !), ou en appellent à notre sens du beau (c’est très joli), ou encore nous surprennent et nous font réfléchir (mais que crois-tu que l’artiste a voulu exprimer ?). Il y a aussi ceux que la tradition critique nous présente comme des chefs d’oeuvre et que l’on passe pas mal de temps, dans mon cas du moins, à observer avec un sentiment d’ennui que l’on cherche à masquer, un pincement de déception au coeur (mince, je dois être bête, ou manquer de goût…). Et ceux qui ne se suffisent pas à eux-mêmes et que l’on apprend à apprécier après avoir entendu le conférencier nous en présenter la genèse ou faire la biographie de l’artiste.

Et puis il y a ceux devant lesquels on s’arrête, et que l’on ne quitte pas des yeux, sans savoir pourquoi. Pendant un moment, le monde alentour s’évanouit, et un phénomène étrange a lieu à l’intérieur de soi où il semble que l’agencement des sensations et des pensées sourdes qui constituaient notre état d’âme à cet instant précis entre dans un lent processus de réarrangement, quasiment sensible, comme si les organes eux-mêmes étaient affectés, dans un mouvement assimilable à celui par lequel les rouages du mécanisme d’un coffre-fort jouent les uns contre les autres et atteignent la combinaison qui en commande l’ouverture. Clic.

C’est une expérience rare, et légèrement dérangeante. On ne la comprend pas, et pourtant, on ne peut la nier. C’est une expérience de type mystique, dans le sens où la connection qui s’établit a la qualité / la force de la nécessité. Parce qu’on ne reconnaît pas (encore) les raisons de cet “accrochage”, il semble être indépendant des circonstances. C’est une expérience verticale, qui transcende le contexte de la rencontre avec l’oeuvre et les péripéties de notre histoire personnelle récente, et nous emplit d’une vibration étrange qui semble le signe d’une réalité qui nous dépasse. Que se passe-t-il quand je suis en face de ce tableau ? Pourquoi ?

C’est un sentiment assez semblable à ce que je disais au sujet de certains passages de Proust ou de Le Clézio : toute contingence s’efface, les Portes du Royaume s’entrebaillent. Pourtant, là où le processus de la lecture (déroulement dans le temps) et la familiarité de la langue étirent en quelque sorte le sentiment, le rendent souple et délié, l’immédiateté de la rencontre avec une image le condense, et rend le choc plus étrange, plus lourd. A la joie se mêle de l’angoisse (pour être plus précise, de la terreur au sens religieux du mot). On finit par penser à une réminiscence, faute de pouvoir mieux l’expliquer. Il se peut que notre corps se souvienne de quelque chose que la mémoire active ne peut plus atteindre. Ce tableau me raccroche à mon passé, ou plutôt superpose le présent et le passé, niant la temporalité. Contact de l’éternité.

Pour moi, c’est arrivé avec le fameux “Villa impériale de Katsura au printemps” de Bernard Cathelin que j’ai déjà mentionné plusieurs fois dans ce blog. Mais aujourd’hui, en regardant de nouveau sur une photo “Still Life With Boat” que j’ai aperçu dans le studio de James l’autre jour, j’ai ressenti des échos de cette sensation.

Still Life With Boat 2013

Je le regarde, je le regarde encore. Qu’est-ce donc qui me fait ça ? Est-ce l’angle du mât ?

(“Et, peut-être, les mâts, invitant les orages 

Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages 

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…”)

Ce jaune de lumière artificielle y est bien sûr aussi pour quelque chose, dont le caractère cru semble traduire l’angoisse de la tempête et la violence des éclairs. Le lit, avec ses plis, la couture du drap, n’est-il pas gros de menace, monstre marin prêt à engloutir le bateau ? L’association du jaune et du noir, signe de danger dans la nature, agit-il sur mon inconscient ? Et il y a la grande solitude qui émane du tableau… Je tâtonne, je regarde encore, je ne trouve pas de réponse.

James dit qu’il n’a pas fini, qu’il va ajouter les plumes qui se trouvent sur le mât du bateau en réalité. En ce qui concerne ma perception de ce tableau, je crois qu’elle changera inévitablement s’il le fait. Un bateau à la dérive ne doit plus avoir de voiles. Mais ce n’est pas moi l’artiste.

Witnesses

There’s that good-looking young Jehovah’s Witness, S.,  who comes back to ring my bell from time to time. The first time, he just introduced himself and the other young man who accompanied him. He asked me if I sometimes thought about the state of society, whether I found things hard. Did I wonder whether things could be better ? Or something like that. I just answered his questions. I liked his shy smile, his young skin and admired his courage. I briefly thought of the number of times people must have shut their door in his face, or insulted him. I felt strangely comforted at the thought that some people actually care about things like the possibility of God, the meaning of life, salvation and hope. Yes, I can hear some people sniggering as their heart goes cold and hard inside them and disgust swells in their throat. “I thought she was clever. I had no idea she was that type of bigot. Thank God I am not like that”. Well, vous pouvez aller vous faire voir.

The second time, S. came back with a young woman. I let them in, fetched the big green Bible from the bibliothèque, opened it, found some cards inside, covered in the beautiful and peaceful hand-writing of the lady who walked with me on the path to baptism some years ago. I found quite sweet the way S. and his learned friend were trying to find answers to my questions in the text. I was very impressed with their knowledge of the Bible. Of course, simple quotations did not answer my questions. I am a Catholic and I don’t believe you can just take a verse out and apply it to any situation. Moreover, I am a late convert, and my faith barely covers a deep-rooted background of scepticism, cynicism and, yes, let’s say it, atheism. I am one of those who want to believe in God and find it hard, but believe (feel) that therein lies the answer.

Anyway.  I have been shouted at for talking to those people, and aggressively asked if I was going to become a Jehovah’s Witness now, etc. I have to say that is what some members of my family did after their arrival in the USA in the seventies, and it didn’t go down well at the time with other family members. But shouting at me for talking to them or implying I am some sort of easily brainwashed child is counter-productive. Why is it so hard for some people to understand that being religious isn’t necessarily the result of some brainwashing ? Why do they feel so annoyed and threatened ? What is the source of their animosity and anger ? Why not just ignoring us ? I still haven’t found a satisfactory explanation, although I have been on both sides now.

I don’t know much about Jehovah’s witnesses, just a few facts, and notably that they are considered as untouchable in France (dangerous members of a sect). I was raised by the French school to share that point of view and only talk about them with utmost disgust. Now it makes me smile. I am not at all interested in becoming one of them, and I probably disagree with a good number of their beliefs, but I will keep talking to them. I know they consider other religions as evil, especially mine (I will always remember how my Auntie’s face froze as she discovered a picture of the Virgin in my bedroom – she looked as if she had been face to face with the Devil), and I don’t care. People are people. People who want to talk about important things are more pleasant to me than people whose interests are limited to the latest fashion trend or the results of yesterday’s match (don’t get me wrong, I think sports are great and I enjoy looking at a tastefully dressed person as much as anyone else).

I told S. that I am a Catholic and I don’t want him to waste his time. He keeps coming back. Maybe he just wants to talk about God. Maybe he isn’t just attempting to convince me (which he is, of course), but goes his way trying to be a witness to God’s love.

In front of the black wall

Matin gris de novembre, promesse de pluie. James m’a demandé de poser pour un portrait. Je le connais depuis quelques années. Quand mon fils était bébé, James venait se promener avec nous. Au début, je ne comprenais pas grand chose de ce qu’il disait, à cause de la barrière de la langue, mais je progresse lentement. C’est un intellectuel et j’aimerais être capable de soutenir une conversation intéressante avec lui en anglais, mais ce n’est pas encore vraiment le cas. Ce qui est bien, c’est qu’il ne semble pas m’en vouloir. J’aime son travail et particulièrement son usage des couleurs. Il expose pas mal cette année et vous pouvez découvrir certains de ses tableaux sur son site Internet :

http://www.jamesblandpaintings.com

L’escalier dans sa maison est raide – je le reconnais d’un tableau intitulé Upstairs.

Upstairs

La première fois que je l’ai vu, il m’a rappelé cet autre tableau de Bernard Cathelin, dont j’ai parlé ici. (Pardon pour cette très mauvaise photo, je n’ai rien trouvé d’autre). 

1984_Villa imperiale de Katsur au printemps

C’est seulement aujourd’hui que je les regarde côte à côte que je comprends pourquoi : ils évoquent le passage, et l’ouverture, et la promesse du Paradis. Ils me rappellent ce rêve (évoqué ici) où j’étais projetée hors d’un tunnel en plein ciel.

La chambre-atelier est petite. L’unique fenêtre est voilée d’un carré de tissu blanc qui filtre la lumière. Il y a des toiles adossées contre le mur bleu pâle. Le mur de droite, quand on entre, est peint d’un rouge tirant sur le rose. Mais c’est le mur de fond qui attire le regard. Il est noir, d’un noir brillant et réfléchissant, d’une obscurité de miroir. J’éprouve une drôle d’émotion à le voir “pour de vrai”, après l’avoir beaucoup admiré dans deux tableaux que j’achèterais si j’en avais les moyens.

Black Wall 1

Black Wall 2

Je m’assois par terre, devant le mur noir. A ma gauche se dressent un sommier et un matelas relevés contre le mur. A ma droite, la chaise que l’on voit dans ces tableaux, des piles de CD, et quelques petits meubles dont la présence ne se traduit dans ma mémoire que sous la forme de taches de couleur et d’une certaine densité sensible.

Un tube de peinture vide qui se balance au bout d’un fil accroché au plafond vient danser devant ma figure, surprenant fil à plomb dont la présence commence par m’intimider.

James est installé en face de moi, de l’autre côté de sa toile posée sur le sol, parfois assis, accroupi, ou à genoux. Il s’entoure de son matériel et pose des couleurs sur sa palette. Je sens la nervosité me gagner, et, dès que mon regard croise le sien, monter en flèche. Je demande si je peux enlever mes lunettes. La nervosité retombe. (Je songe un instant au “gas and air” que les sages-femmes d’ici donnent aux parturientes en leur répétant : “Breathe on this, it will take the edge off the pain”.) Délivrée de toute acuité visuelle, je ne peux plus lire le regard de James, je baigne dans un brouillard bienheureux. C’est bien la première fois que je suis contente d’être myope.

Pour moi, l’intérêt de cette séance est surtout de pouvoir assister au travail de James, ou, plus précisément, de le voir travailler. Je m’intéresse aux changements de densité et d’intensité qui surviennent dans la manière d’être des gens. Il porte un jean et un Tshirt et j’ai l’impression de le voir, comme je ne l’avais pas vu avant, “dans son élément”, comme on dit. Plus calme et plus à l’aise, et très vivant.  Il me dit qu’il déteste peindre debout et a été inspiré en voyant des artistes japonais peindre à même le tatami. Nous parlons, je ne sais plus trop de quoi, et le manque de sommeil me fait certainement dire des tas d’idioties, de lieux communs, de phrases sans queue ni tête. Je ne sais pas comment il arrive à peindre avec tout le blabla que je lui déverse dessus. Je n’ose pas trop regarder ce qu’il fait, mais je remarque la rapidité de ses gestes, leur précision. La densité de sa présence a complètement changé. J’ai probablement lu trop de manga, je peux presque sentir la “pression spirituelle”.  

Le fait que James soit prêt à converser pendant qu’il peint rend les choses agréables et aisées, et atténue pour le modèle la bizarrerie d’être objectifié, mais n’efface pas l’asymétrie de la situation : le peintre fait ce qu’il fait, fait son truc en quelque sorte, tandis que la personne qui pose, et qui n’est pas professionnelle, se trouve dans une situation étrange. En même temps, l’observation est mutuelle. 

Après la pause café (un café que je trouve délicieux alors que je n’en bois pas d’ordinaire car je le trouve agressif), James me demande de choisir un disque. Je tombe sur un CD de Debussy.

La peinture et Debussy. Miacrielle , je ne sais pas où tu es, ni si tu liras ce texte un jour. Dans cette chambre baignée d’une lumière tamisée de novembre, c’est ta chambre que je revois – les murs blancs, les affiches de théâtre, l’aquarium, les iris mauves dans la cour, les fenêtres de Matisse, la blondeur extraordinaire de tes cheveux. La Mer de Debussy sortait à plein pot par les grandes enceintes noires. Ma peau se souvient de ta plume, des caractères à l’encre de Chine que tu traçais et que je n’osais pas frotter sous la douche. Mon coeur se serre au souvenir de ces moments où tu m’as donné le sentiment d’une élection inespérée et ô combien exaltante. Je sens l’obstacle en moi – en un sens, je suis restée arrêtée en ces années-là, incapable d’avancer, comme si le privilège d’être aimée de toi devait m’empêcher de vivre autre chose.

Nous remontons et il reprend son travail. Il semble être content, et je suis très soulagée, car les portraits ne sont pas son activité préférée. Bien qu’il ne soit pas satisfait du résultat final (“It is not a good painting”), j’en suis quant à moi ravie. Il me rappelle une matinée rare, sans travail ni enfants, où il me semble avoir étudié James à ma manière.

Je me permets de mettre deux versions de ce portrait.

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P.S. Et voici la dernière version du portrait.

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Au bord

Novembre. Il est bientôt temps de planter les tulipes. Les cosmos, bien qu’abattus par le vent, continuent leur inlassable floraison. Peut-être vais-je les couper pour libérer de la place et jeter un coup d’œil sur la pivoine ensevelie au-dessous et qui est probablement foutue.

Je me pose des questions, en ce moment. Les mêmes que d’habitude, bien qu’elles semblent plus mordantes que de coutume. Je me vois dans le regard des autres, et je me découvre un peu plus sombre, plus terne, plus fatiguée qu’auparavant. Comme quelqu’un me l’a fait remarquer, c’est un peu comme si les bons moments n’effaçaient plus, comme autrefois, un arrière-plan de mélancolie ou de légère amertume. Et je m’interroge. Peut-être est-ce le début de la fameuse mid-life crisis. Mon mari me fait remarquer que je dois agir (i.e., chercher un travail qui me convienne), que je ne serai pas heureuse si je continue à ne rien faire.

Il se trouve qu’agir est mon problème. Je me souviens de ces moments où mes parents me confiaient des paperasses à porter à la Poste ou quelque démarche administrative à accomplir à la Banque. J’avançais dans la rue avec une boule d’angoisse dans le ventre, les muscles contractés, essayant de me répéter ce qu’il faudrait que je dise à la dame ou au monsieur. J’étais probablement une ado empotée. Pourtant, au collège ou au lycée, je n’étais pas timide, j’avais de bons amis, j’étais confiante comme le sont les bons élèves qui se soucient peu d’être populaires. Mais parler à des adultes inconnus en position d’autorité me faisait peur, plus qu’à d’autres. Cette angoisse m’a suivie en Khâgne, où certaines colles étaient de la torture, à l’oral de l’ENS (que j’ai raté) où je ne comprenais plus ce qu’on me disait, et jusqu’à ce que je me prépare à l’agrégation comme auditrice libre à l’ENS et que je voie de quelle manière les normaliens et d’autres surmontaient leur peur et arrivaient à garder leur calme, voire à en mettre plein la vue. Vivre à Paris, loin de ma famille, et auprès de camarades qui m’encourageaient et me poussaient, m’a certainement beaucoup aidée. Il me semble que mes années d’enseignement dans les collèges de banlieue m’ont permis de tenir l’angoisse à distance. Venir ici a été l’occasion d’une régression. La maternité ne m’a pas rendue plus forte.

Un ami de Paris me disait, il y a quelques années, que les jeunes Asiatiques ont souvent des difficultés à se motiver seuls, ayant eu l’habitude d’être poussés par la volonté de leurs parents, en quelque sorte maintenus dans un état de minorité et de crainte de l’autorité. C’est probablement vrai, en partie. Et cependant, je ne blâmerais pas mes parents, qui m’ont laissée libre de faire mes choix (pour des parents vietnamiens, laisser leur fille choisir la littérature, et les Lettres Classiques en particulier, ce n’est pas rien. Mes parents croyaient en moi). Je ne sais pas d’où vient cette crainte qui m’habite – mes parents ne sont certainement pas des gens peureux – leur vie ne leur permettait pas ce luxe.

En attendant, je me sens comme ankylosée. Au bord de l’action, toujours au bord.

Et subrepticement monte aussi des profondeurs la déception, monstre au rictus amer, qui a fait tant de dégâts dans la vie de certains de mes proches, incapables de faire le deuil de leurs espérances et désirs inassouvis, et d’aller de l’avant.

Le soir tombe et il est trop tard pour les tulipes. Un autre jour…

P.S. : On me fait remarquer à juste titre qu’en publiant de telles choses, je risque de dégoûter de potentiels employeurs. C’est très embêtant. Je tiens donc à préciser que je suis maintenant parfaitement capable d’aller à la Poste ou à la banque et que je peux même le faire en anglais. J’ai réussi à tenir des classes de trente collégiens de banlieue pourrie dans un état de calme (relatif), voire parfois de joie et de bonne humeur (si si !). Les élèves ne sont pas un problème – c’est le guichetier grincheux. Si vous m’offrez un boulot et un salaire décent, je vous promets de l’action et de la qualité. 😉

Glorious red

OK, now is the time to show off (yes, I know I didn’t do anything). This is it. This is what I was hoping for, this is my minute of exaltation.

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I wish I knew how to take a proper photo, one that would actually show this tree’s incredible colours.

It doesn’t matter now that I am a grumpy bore and a bad mother (forever losing my temper for nothing). I am the lucky companion of this Japanese maple and it makes me very happy.

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(I am not even envious of the neighbour’s silver birch, with its green and yellow leaves and wonderful bark which calls the hand).

Addendum

Thanks to a friend kind enough to read this blog and lend me his camera, I can now add some pickies to illustrate my previous gardening post.
Here is Acer palmatum Katsura, last month and now :

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and the scorched-leaved Acer Shirawasanum Aureum

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and the reddening Osakazuki, which looks a lot brighter in reality.

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And this is my wall of Cosmos, quite damaged by the last days of rain.

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I also had some pretty Acidanthera flowers (glaieuls d’Abyssinie, ca en jette comme nom, non ?)

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Thank you James !

Gizza’ job ! I can do that !

My, my, the camera hasn’t come back yet. Dear Student of my husband, whoever you are, please give it back. I need it. A blog without any pictures is probably worse than a blog without words (OK this sentence is totally stupid).

It isn’t today that you will be lucky enough to hear about something more interesting than “Me, my feelings and what I think of it all”. My apologies. Here it comes again. I only write this to clear my mind.

I said I work in a grammar school. I am a foreign language assistant, working with Year 12 and 13 pupils (who, for some mysterious reason, must now be referred to as students, not pupils. They absolutely have to be taken seriously.) I enjoy my work because of the kids. A fair number of them are able to speak French reasonably well and some of them are good enough to debate, laugh, joke, and make me feel like I’m having a friendly conversation. I have always liked my pupils. In fact, they are the reason I enjoy teaching. When I left France, where I used to teach French and Classics, I missed them for a long time. Even those who gave me a hard time.

But hey, I am a qualified teacher and hold an excellent teaching qualification. A friend said to me today : “You can’t stay an assistant forever.” Of course, she is right. If only because it doesn’t pay enough. I also need to make something of my brain. So, why don’t I apply for a teaching job ?

Well, I can’t drive. I have never taught in England. I can’t afford to retrain (and the thought of having to pay for a training which is academically way below what I did for free in France – I even got a “good student grant” from the state when I was in Paris…). Childcare here is so expensive I would have to be very well paid to make it worthwhile (which is unlikely as I don’t have any experience in this country).

OK. All this may be true but is also bullshit. I am scared actually. I come from a system where you only need to be academically good to get a job. I was a good student. I was quick and clever. I am committed and very loyal. But I don’t know how to sell myself. Of course, everybody is more or less scared of being judged when they apply for a new job, so I am just an average coward. This doesn’t help at all.

You out there, if you need somebody like me and can pay more than the cost of childcare, please hire me. I can correct your spelling, translate, read you my favourite poems out loud while you are cooking (did that to my mum for a number of years), write your letters for you, correct your thesis’ writing style (of course, if you are Proust, you don’t need my services), teach you Latin and / or ancient Greek, give private tuition, initiate you into my family’s long tradition of hunting for crumbs and sing CBBies lullabies. Anybody ?

PS : Thanks to Bernard Hill and my husband for the brilliant title.

PS 2 : I should have written “your thesis’s writing style”, as a friend pointed out. So maybe I shouldn’t correct your spelling in English…

Quick update. (And about rose-tinted glasses.)

The rain and the cold have arrived.

The Katsura maple is a deep purple colour. The Osakazuki is very slowly reddening. Redwine lost all its leaves some time ago because of mildew, but has lots of buds. Acer Shirawasanum Aureum is looking quite ugly as its leaves are scorched.

I still have a wall of pink and white cosmos at the back of the garden.

I have planted all my alliums, the snowdrops and the muscari. I follow the advice of waiting for Novembre for the tulips as it worked quite well last year. The sea holly and the bearded irises haven’t been delivered yet (and I heard on Gardeners’ World that you should really plant bearded irises in September…).

Auntie Shelagh’s rose has decided to flower again, so have the Anémones de Caen.

Don’t feel like blogging at the moment. I mean, I would like to write something else than “Me, my feelings, what I think of it all”, but don’t have time to do any research (when will I be able to write that post about Gotham City and Minas Tirith and other fabulous cities ?). I didn’t want to write a self-centred blog, but it’s just what I end up with as I need time to write about any other subject.

A friend said I sound harsh on myself in my posts, but I am just harsh on everybody and I am not a fan of rose-tinted glasses. I don’t think one deserves love or respect just when one is nearly perfect. People should be able to be realistic or honest about themselves without being suspected of self-loathing. I think rose-tinted glasses are a sign of weakness or low self-esteem. It’s like this crazy belief some people have that they actually deserve their good luck… but no, I am not going to write about that now, I still need friends. End of the cheap psychology paragraph. 🙂

Will add pictures when the camera comes back, it has apparently been borrowed by one of my husband’s students (??!?).

I am not miserable, I just need more sleep.

De l’utilité des méduses pour guérir l’exaspération.

Bon, le temps passe, et je ne poste rien. On me dit que le secret d’un blog bien tenu est d’écrire à intervalle régulier. Zut alors.
Ce ne sont pas les sujets de râlerie qui me manquent. Mais si je commence à me laisser aller à m’étaler ici à chaque fois que l’exaspération me tient, je ne crois pas que je garderai un lecteur.

Il faut me voir regarder les infos, ou lire les journaux. On n’entend plus le présentateur ni les reporters. C’est le règne bruyant de l’éructation auto-satisfaite. Non pas que je dise absolument n’importe quoi, mais il s’agit souvent plus de la réaction allergique que du fruit d’une réflexion. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas raison (pour autant qu’on puisse avoir raison en matière d’opinions). Juste que bon, je n’irais pas participer à un débat sérieux sur aucun des sujets qui alimentent ce déchaînement (la politique le plus souvent). J’ai tous les défauts des idéalistes déçus. C’est mon mari qui me déteint dessus.

D’ailleurs, je renonce souvent à regarder les infos depuis quelques temps. J’écoute le flash sur Radio Four, je jette un coup d’oeil sur quelques articles du site de BBC News, et puis je m’immerge dans la fiction (dernièrement, Dexter, et maintenant, Homeland – j’ai hâte que The Good Wife reprenne). J’ai évidemment plus de plaisir, mais je m’interroge aussi sur cette évasion dans le monde des séries. J’ai l’impression qu’elle participe de la procédure d’anesthésie douce à laquelle je me livre depuis longtemps, plus ou moins consciemment.

Je jouais l’autre jour avec mon fils à un jeu de cartes qui nous amuse et nous fait dépenser quelques calories : chaque carte indique une action à imiter, avec le dessin de l’animal correspondant (“Slither like a snake” est notre action de prédilection, mais il y a aussi “Sniff like a dog”, “Scutter like an ant”, “Charge like a bull”, etc). Nous tombons sur “Wobble like a jellyfish”, qui pourrait se traduire par quelque chose du genre de “Tremblotte comme une gelée parce que tu es une méduse” (Waouh, heureusement que je ne suis pas traductrice). Et nous voilà donc, mon fils et moi, à glisser d’un bout du salon à l’autre, les bras ballottant (comme des tentacules, vous l’aurez compris), portés par des courants imaginaires. (Quant à essayer d’imiter la grâce d’une méduse quand on sent bien ses kilos en trop et que l’idée même d’un régime vous fait vous précipiter sur les barres de Lion dans la supérette du coin, ça reste un challenge).

Et voilà que, me balançant mollement d’un bout de la pièce à l’autre, je réalise soudain ce qui me plaît tant dans cet exercice – il met en accord, par le mouvement physique que j’essaie de reproduire, mon corps avec mon état intérieur. Oui, c’est exactement ainsi que flotte mon esprit dans les eaux troubles de l’incertitude, n’ayant aucune lumière sur la direction que devrait prendre ma vie, tentant de se maintenir dans cet état à la lisière du monde végétal et animal, en amont de la conscience, dans un état sinon de béatitude, du moins d’absence d’angoisse et d’exaspération. A ma mère qui se demandait l’autre jour, à l’occasion de mes 33 ans, si ma vie était conforme à mes rêves de jeune fille (elle mentionnait “un mari gentil et des enfants adorables”), je ne saurais trop quoi répondre. Je ne sais pas de quoi je rêvais précisément. Je ne m’imaginais pas en maman. A vrai dire, j’ai l’impression de naviguer en eaux inconnues. Ma boussole n’est pas adaptée, et je me laisse porter par les courants. C’est ainsi que je flotte et que j’attends. Je ne sais pas vraiment quoi, d’ailleurs, mais je garde de la jeunesse cet espoir qu’une métamorphose ne saurait manquer de se produire, un jour, qui me ferait m’élever vers une destinée d’exception. Je sais, moi aussi ça me fait doucement rigoler, mais que voulez-vous, à chacun ses illusions.

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Photo de Hans Hillewaert, Wikimedia Commons.

P. S. Mais j’oublie que c’est aujourd’hui la saint François d’Assise. Il fut un temps où sa destinée d’exception – la plus incroyable, la plus passionnante, la plus poignante – me paraissait presque à portée de main. Je sais maintenant qu’il n’y a probablement aucune chance que je sois semblable à François, mais peu importe, penser à lui me fait relativiser bien des choses. Il a choisi la meilleure part, et je me demande bien pourquoi je ne me contente pas de dire oui et d’essayer de m’engager, comme lui, sur le sentier, quelqu’escarpé qu’il soit, de l’amour inconditionnel.

Guitare

Il fallait bien que ca arrive un jour. D’habitude, Je regarde le coffre de ma guitare, “rangé” sur le lit superposé d’en haut dans la chambre de mon fils, en me disant, “Ca serait bien de la sortir”, et je vais voir ailleurs s’il n’y a pas autre chose à faire. Il arrive même, mais rarement, que je la sorte. Je fouille alors dans mon tas de partitions pour retrouver des chansons où il y a cinq accords au maximum, histoire de ne pas avoir à travailler, chantonne, trouve désagréable ma voix encrassée, et laisse mon fils triturer les cordes (d’ailleurs, où a-t-il encore fichu mon diapason?).

Cependant, depuis que Pierre Delorme (http://pierredelorme.free.fr/index.htm) m’a envoyé ses chansons, et qu’au fil des écoutes je les trouve de mieux en mieux, de plus en plus belles, de plus en plus justes, j’ai vraiment terriblement envie de la reprendre, cette guitare, et terriblement envie de savoir chanter comme Pierre.

Et voilà qu’hier, en écoutant Julien Clerc chanter Les Séparés, je me retrouve à chercher la partition sur Internet. Et je tombe sur des vidéos, sur Youtube, d’un guitariste qui adapte des airs de films d’animation, qui les joue, et qui partage les partitions sur son blog (http://blogdebenoit.wordpress.com/). Voici le lien vers les vidéos : http://www.youtube.com/user/MrBenoit34/videos

Et l’impossible arrive. Au lieu de regarder Dexter, je suis en train de m’esquinter les yeux devant le générique de fin de Chihiro (faut commencer par quelque chose de facile), de pester contre l’absence d’imprimante dans le salon, et de me dire, j’ai mal aux doigts, mais qu’est-ce que ça fait du bien, et de jubiler, jubiler, jubiler.  Evidemment, je joue comme une quiche, je n’ai plus joué depuis plus de 15 ans, et je n’étais pas très douée de toute façon, mais peu importe, vous dis-je, je jubile. C’est mieux que de chanter en l’esquintant le thème de Princesse Mononoke toute la journée comme je le fais depuis une semaine. C’est même mieux que de regarder Dexter. C’est fantastique. Pourvu que ça dure. Ca me permettrait de jouer avec mon amie Marie qui commence à apprendre. Et ça, ce serait chouette.

Merci donc, monsieur Benoît, et s’il vous plaît, continuez.

Success with the Cosmos.

 

How time flies. Son is now going to school, which mainly consists for the moment in playing with Legos / trains / puzzles / cars. Daughter is bossing everybody around, even without using any recognisable words. I try not to imagine what it will be when she is older, as I already feel totally defeated.

I look at the holiday pictures, the peaks, the glaciers, the sky, and I wonder how it is that people can live far from mountains, just like I do presently. It’s not just their beauty. It’s the awe, the wonder, the power of revelation – that feeling that you wake to realise what your nature is, glorious and insignificant at the same time. How your heart swells with peace and strength.

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When I came back, instead of following my habit of walking around in my house looking for reasons to feel miserable (why is the house disgusting, etc), I just ran out into the garden. And this is what struck me first :

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I know I have been going on about how much I love cosmos and Sakura and Ino, etc. But this is far better than I hoped (and, to be honest, a little too big – the peony is now buried under this forest and doesn’t get any sun…). My father-in-law says he has never seen cosmos as tall as these. It is official, I have green fingers (nobody needs to know my father-in-law improved the soil considerably last Autumn with manure and all that). And, on top of that, these flowers are covered in bees. Que demande le peuple?

Well le peuple wanted more stuff. So I got some big pots for the Japanese maples which will need repotting soon, plus some Alpine plants (Aeonium, Delosperma and Ajuga) and lots of Spring bulbs : snowdrops because husband gets emotional about them, tulips which will go in a container this year (no more totally silly-looking salad in the middle of the flower bed for weeks on end), and different sorts of alliums (I have fallen in love with them – not only do they look spectacular, they don’t seem to tempt snails and slugs, alleluia) and hyacinths (again, for my husband). Oh, and more snake-head fritillaries, because I absolutely love them.

Walking in the high-street the other day, feeling nostalgic for the mountains, I came across a stall where people from L’Arche sold plants. There they were, the sempervivum that I wanted to bring back from the Alps so much. Being impatient, I just got two trays and planted them directly into my clay soil without adding grit or sand. So we’ll see if any survives. I think they will. After all, this is Kent, not Lancashire, so why not. Will post pictures of the new plants when the sun deigns to show his face around here.

Apart from that, covered myseld in manure the other day and no, two 60L bags are nowhere near enough, even for a very small garden with only 3 flower beds and a tiny border (if you follow the advice to put a layer of at least 5 cm on your soil). Well I’ve learned something this week !

De retour des montagnes

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De retour des Alpes. Aurevoir, glaciers étincelants au soleil du matin, sombres sommets dont le manteau de nuage et de brume rend la présence plus saisissante encore.

J’ai déjà passé un été près du Lautaret il y a 16 ans. J’avais 17 ans, et à la faveur de la lecture du Seigneur des Anneaux, il me semblait être passée dans un autre monde ou, plus exactement, être parvenue dans une région de frontière entre les mondes. La montagne était enchantée :  chaque souffle de vent dans les frondaisons, chaque reflet jouant parmi les feuilles ne demandait qu’à être déchiffré, et portait le message d’un esprit dont la présence faisait résonner toute chose autour de moi, pierre, plante, lumière. J’avais connu les Alpes en hiver pour être allée au ski un certain nombre de fois, mais je faisais pour la première fois l’expérience de la montagne en été. Comment la décrire ? Me voici comme toujours confrontée à la pauvreté de mes mots.

Il y avait d’abord la présence écrasante des sommets, cette exaltation mêlée d’oppression qui transit le corps devant la majesté des pics, et l’aura stellaire des glaciers. Et puis les sources courant sous les mélèzes, le chant profond des torrents, la présence fée de l’eau qui faisait le pont entre le monde minéral des sommets et le règne luxuriant de la végétation – les forêts d’épineux dressés vers le soleil, les massifs d’aulnes verts, la multitude des fleurs sauvages, les rosettes des joubarbes entre les rocs, le velours des pelouses alpines. Et encore, à une altitude moindre, les sentiers évoquant les Alpes du Sud, aux odeurs de Provence, évoquant le pays d’Ithilien, craquant de soleil.  Et aussi, la magie des noms – Valfroide, le Glacier de l’Homme, le Doigt de Dieu – hommage de l’homme à un univers qui le baigne de beauté et lui parle des Commencements tout en lui imprimant dans le corps le sentiment de son insignifiance.  Ces souvenirs, visions et sensations, ne me sont pas sortis de la tête, et il me fallait y revenir.

Il me semble que si je vivais à la montagne, je saurais quoi faire de ma vie, ou plutôt que je ne m’inquièterais plus de ce que je devrais en faire, que toute considération d’orgueil ou de réussite sociale perdrait naturellement son apparence de sens et son masque de nécessité. La domination absolue de la nature dans un tel environnement remet à leur place les éructations de nos misérables egos. De fait, aujourd’hui compte à peine plus qu’hier et peut déjà rejoindre le cortège des siècles et des millénaires engloutis dans les strates qui dorment au coeur des roches. Et en même temps, bon sang, on se sent vivant – si vivant ! Tout le corps tremble devant tant de beauté –  si hier et demain ne comptent pas, c’est que maintenant déborde de beauté surabondante, et, aussi bizarre ou illogique que cela paraisse, suffoque de gratitude. Même la gamine sans Dieu que j’étais en pleurait de gratitude. Splendeur du monde absurde, peut-être, mais comment alors se fait-il que l’on se découvre une âme dont le cri dit merci ?

Bye little garden

I am leaving soon for a holiday with my family in France. I don’t know if I will manage to steal some time for this blog. Some flowers I have been eagerly awaiting will show up in my absence. It doesn’t really matter – my husband can enjoy them and take some pictures. Living things have to go their path and follow their own rhythm. I am grateful for what my first gardening spring and summer brought me.

Auntie Shelagh’s miniature-rose-turned-big had so many flowers it couldn’t stand their weight. It was a bit as if the flowers’ stems had stayed adapted to a miniature plant, while the leaves and the flowers had gone wild. My Dad managed to keep them upright for a while using some complicated wire and stake composition. The colours were just beautiful.

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Little dianthus doing well. Why aren’t they more fashionable ? They are so pretty. Too easy for the advanced gardener ?

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One of the delphiniums. Not what I expected, but white, which is good, and as glorious as a victory against snails and slugs !

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I have lots and lots of Anémones de Caen, and I am just in awe of the blue ones.

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The first blue cornflowers. They are the sign and the heart of summer (waves of poppies and cornflowers in the fields of beautiful old France).

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It turns out Sainsbury’s yellow lilies were truly yellow (phew ! At least my son wasn’t betrayed this time, unlike then). And magnificent as well !

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The Clifford’s Stingray hosta is now showing off – not only are the flowers impressive, they also seem to attract bees quite a lot !

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The fifty pence climbing rose bought in Poundland in the end had to be declared dead (mentioned here), but the hypericum purchased in the same shop at the same price has done quite well. The jewel-like flowers are small and I have no idea if this hypericum is going to be an upright bush or a groundcover kind of thing. Qui vivra verra. But is this Poundland plant going to live ?

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Finally, my first cosmos flowers ! Simple flowers close to my heart.

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And, last but not least, proof that this garden deserves to be loved. Here is the Spirit of the place (talked about him here), under the ceanothus. He lives there, usually hidden under the dense groundcover provided by the Anémones de Caen. French, essentially ! 😉

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See you !

xxx

En descendant des collines au printemps

L’été a déployé ses voiles.

J’ai été occupée ces trois dernières semaines – famille et amis en visite avant et après le baptême de ma fille. Un soir, alors que nous nous apprêtions à regarder un épisode de Bleach, ma soeur et moi en sommes venues, je ne sais plus pourquoi, à parler de poésie. Ma soeur occupe un poste assez important dans un ministère à Paris qui a bien moins à voir avec la littérature que mon job de prof. Pourtant, elle lit de la poésie, et moi non, plus depuis la naissance de mes enfants. Je suis bien contente d’avoir une soeur qui lit de la poésie.

Pour être honnête, je n’en lisais pas beaucoup auparavant non plus. Il ne m’est arrivé que deux ou trois fois d’aller à la bibliothèque spécifiquement pour emprunter un recueil de poésie, au temps où j’étais lycéenne à Lyon, ou lorsque j’étais en Khâgne. Je feuilletais des recueils de poètes contemporains au hasard, et les reposais rapidement sur les rayons si rien ne se passait, sans laisser le temps à la réflexion de déceler, éventuellement, dans l’amas de sons et d’images, l’idée, le fil directeur, l’enjeu, le truc qui lui donnait un sens. Attitude impatiente, paresseuse et probablement consumériste, mais après tout, la poésie est à mes yeux jeu et gratuité, et c’est simplement en passant qu’elle est révélatrice ; la vérité qui se laisse entrevoir, ou pressentir, n’est pas mieux appréhendée si on se prend la tête à démanteler le texte et à l’analyser. Attention, je ne veux pas dire qu’on ne doit pas étudier de poèmes, mais simplement que l’étude du poème, si elle nous permet de mieux comprendre et apprécier le texte, n’est pas nécessaire à l’expérience particulière que j’appelle révélation et en est même indépendante.

D’autres fois, c’est un poète en particulier que j’allais chercher, parce qu’on m’avait montré un de ses textes et que je me disais, C’est lui ! C’est lui ! et il me le fallait. René Char, Georges Séféris, Odysseas Elytis.

(J’ai aimé la Grèce longtemps, longtemps, de toutes mes forces, de tout mon souffle, et je ne savais pas comment les gens pouvaient vivre sans une Grèce intérieure tant la mienne m’orientait toute entière. Ensuite l’âge adulte est arrivé et tout s’est émoussé. Mais de loin en loin, j’entends encore ce vers ou cette phrase de Séféris qui disait “Où que me porte le voyage, la Grèce me fait mal.”

Et je me souviens, elle me faisait mal, et jamais autant qu’à la naissance de l’été, quand la lumière au-dehors semblait déclencher l’éblouissement intérieur que je reconnaissais – éclat brûlant des marbres, reflet de métal de la mer, débauche de lumière, de bleus, de blanc, vertige aveuglant, pureté minérale, vision déchirante. Ô patrie intérieure, beauté insurpassable. C’était mon pays, je l’avais reconnu. Mes racines s’y trouvent encore, quelque part dans cette partie de nous qui demeure en enfance. Peut-être était-ce le fait d’être une fille d’immigrés. Je croyais qu’on choisissait ainsi sa patrie. Quand je suis allée en Grèce, pour de vrai, je ne l’ai pas reconnue, sauf sur la colline de Sparte, où il m’a semblé que reposait mon rêve bruissant parmi les feuilles des oliviers. Sparte. Quand donc ai-je cessé de croire que tu me faisais moi-même ?).

Surtout, j’ai eu l’occasion de découvrir et d’aimer des poèmes en feuilletant les manuels scolaires qui m’étaient confiés de collège en collège (j’étais TZR, titulaire en zone de remplacement, ce qui signifie que je n’avais pas de poste fixe et étais envoyée deci, delà. Etre brillamment reçue à l’agrégation pour être envoyée comme remplaçante dans des collèges de banlieue. Heureusement que j’aime les élèves et que je crois à la mission des hussards noirs, toute référence anticléricale mise à part).

Et c’est ainsi que j’ai lu “En descendant des collines au printemps” de Desnos. Il m’a saisie tout de suite et je l’ai fait lire à toutes mes classes à partir de la 5ème. J’ai toujours étudié la poésie à la fin de l’année scolaire, au risque de ne pouvoir couvrir qu’une partie de la séquence, alors même que je la place au-dessus des autres genres. Il me semble que pour bien lire de la poésie en classe, il faut que l’esprit se sente libre, léger et vagabond, comme aux premiers jours de soleil et de chaleur, et que pour les “mauvais élèves” et ceux qui n’aiment pas l’école, les barreaux de la cage aient commencé de se dissoudre dans la montée de l’été. Je crois que je voulais que l’élément de contrainte inhérent à tout enseignement scolaire soit le moins sensible possible. Je voulais qu’en prêtant à la lecture une oreille distraite, ils soient touchés et émus, sans se sentir obligés de feindre l’intérêt. Je voulais qu’ils l’aiment, et que les mots rendent leur vie plus belle.

Et voici le poème :

En descendant des collines au printemps

A ‘heure où la rosée brille dans les toiles d’araignées

Au bruit lointain du fer battu dans les forges,

Au miroitement du jour dans l’eau des rivières.

 

En descendant des collines au printemps

J’ai laissé, dis-je, avec l’hiver les chagrins et les rancunes

Un amour profond me transporte de joie

Et ma haine elle-même me transporte et m’exalte.

 

En descendant des collines au printemps

Abandonnant des tombes vermoulues et des souvenirs,

Ivre des parfums de la terre et de l’air

Et me dilatant jusqu’à contenir le monde.

 

En descendant des collines au printemps,

J’ai brisé les balances où je pesais la vie et la mort,

Enfin prêt à accueillir l’été et les vendanges,

Prêt à accepter que le chemin, mon chemin s’interrompe.

 

En descendant des collines au printemps

Vivant de plus de joie qu’au jour de ma jeunesse

Mais attentif aux parfums de la terre et de l’air,

Attentif à l’écho d’une petite chanson lointaine

Chantée, d’une voix mal assurée, par une petite fille

Que jamais je ne connaîtrai.

Robert Desnos, dans Destinée arbitraire, 1943.

Comme je me posais des questions sur la fin du poème et sur cette mystérieuse petite fille, ma soeur m’a dit qu’elle connaissait un autre poème de Desnos, plus ancien, qui pouvait éclairer celui-là. Le voici :

La Voix

Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu’elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée 
Parvient pourtant, distinctement, jusqu’à nous.

Bien qu’elle semble sortir d’un tombeau 
Elle ne parle que d’été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie, 
Elle allume aux lèvres le sourire. 

Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles, 
L’écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l’entendez-vous pas ? 
Elle dit “La peine sera de courte durée”
Elle dit “La belle saison est proche.”

Ne l’entendez-vous pas ?

Robert Desnos – Contrée (1936-1940)

Ce poème me fait sourire mais ne me touche nullement comme le premier, qui parle à la fois de transfiguration et d’accord avec la vie, et dont le ton est tout autre. Je ne sais pas quand Desnos l’a écrit, mais il sait que sa fin est proche. La mort est au coeur de ce chant. On ressent à la fois le mouvement descendant du lest, et l’envol, l’exaltation. La pesanteur et la grâce.

Qui sait, peut-être aurez-vous envie de me faire connaître un poème que vous aimez ? Merci de tout coeur si vous le faites ! 🙂

My garden in mid-July

News from the gardening front. Well, “front” probably conjures the wrong metaphor, as there isn’t much to do in the garden in mid-July, apart from deadheading (and mowing the lawn, but we still don’t have a working lawn-mower…). I just want to share some pictures of tiny miracles. As usual, click on the pictures to see them in a bigger size.

Here are the first Anemones de Caen which I did not believe would flower :

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Here are the beautiful Alpine Dianthus Starburst and Lewisia cotyledon (I wish I had bought more of these alpine little jewels) :

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Here are, finally, the lazy Alliums caeruleum :

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The Potentilla wedding dress train :

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Now, something I had not dared to hope : this weak lupin plant which was already showing signs of mildew or illness on the M&S shelf where I found it a few months ago, which couldn’t produce leaves strong enough to stay upright and was almost thrown in the bin… is trying to produce a flower !

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If you compare this plant to the other yellow white lupin, which I planted at a much later date, you can see how weak it is – it is clearly struggling.

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Yet it is trying to do its job, with a determination I find inspiring. It wants to overcome snails, slugs, fungi. It wants to be part of the summer glory, and project in the air the colourful spike which may bear its survival. I am glad I did not listen to my usual impatience and kept it.

I took the risk of upsetting my husband and gave the Japanese Spiraea a trim.

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It is not yet the promised Tory-style cut which will happen in the Autumn, but it allows a bit of light to reach other plants on the side and behind it. This bed is the sunniest spot in our North-facing garden and I don’t see why only one plant should get all the benefit of it. As my son keeps saying (when lurking around at my piece of cake after having gobbled his) : “Il faut partager !”.

I said somewhere that my sowing hadn’t been very successful. I haven’t got any Love-in-the-mist. But the Nemophila Five Spot which have grown here and there in a disorganised and rather unaesthetic manner have actually flowered, and yes, the flowers are still worth it. I especially like the fine bluish veins on their white petals.

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And, talking about annual seeds, my joy at the moment is with the Cosmos. They haven’t flowered yet. But by Jove, they are beautiful.

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They fill the space whilst staying airy and feathery, achieving the desirable combination of volume and lightness. Cosmos come from Mexico. And yes, when I look at them, they conjure a sensation of white heat and dangerous sun and mineral lanscape. I can’t wait for them to show their flowers – memories of a celebration of friendship in Naruto (cute Sakura !).

naruto !Mine haruno sakura yamanaka ino gif: naruto ino haters to the left please i think a lot of people tend to overlook this part in the anime. ino is actually a really caring person especially to sakura when sakura started crying i just died a little inside otp so much

naruto !Mine haruno sakura yamanaka ino gif: naruto ino haters to the left please i think a lot of people tend to overlook this part in the anime. ino is actually a really caring person especially to sakura when sakura started crying i just died a little inside otp so much

Finally, the hostas are going to flower !

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I hadn’t even realised these plants could produce interesting flowers, as they are grown for their gorgeous leaves. How a garden is full of little surprises ! Yes, it feels like a continual birthday, a present for each week.

Now, the thing is, my daughter is going to be baptised on Sunday. We are Catholics and this is obviously a very, very important event for us. Family and friends are coming. So please :

– Mrs Poppy and Mr Hollyhock,

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– Liatris spicata,

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– Auntie Shelagh’s rose,

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– Forest of blue cornflowers,

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HURRY UP AND FLOWER !!!

P.S. : there was one red strawberry which had escaped the birds. Little one and I went to the garden, duly covered in sun cream, ready for the mystical encounter with our first ever home grown fruit. Just as we arrived, flap flap flap flap, the thieves flew off with the Precious. I will get my revenge.

De l’écriture et de l’amitié

Quelques amis et connaissances me demandent de temps en temps, en passant : “Pourquoi n’écris-tu pas de nouvelles ?”. Certains, je crois, aiment me lire ; d’autres voient que je m’ennuie ; d’autres enfin pensent qu’il est criminel d’une manière générale de ne pas développer et exploiter ses talents (au sens biblique). A tous (mais ils ne sont pas si nombreux), je réponds que je n’ai rien à dire. Ce n’est pas une coquetterie. Je n’ai pas d’histoire à raconter. Quant à écrire sur rien, il faut à mon avis un talent éblouissant pour le faire et ne pas le regretter, être un virtuose du style, un magicien de la langue, ce que je ne suis pas.

J’écris bien, me dit-on. Mais encore ? Je repense à cette prof de lettres qui en terminale écrivait sur mes copies : “L’expression te sauve”. J’étais impressionnée, elle était la première de mes profs du secondaire à me voir vraiment, à percer à jour mon manque d’idées véritables. J’avais un vernis de connaissances que j’enrobais dans de jolies tournures. Quand j’ai lu son commentaire, je me suis sentie un peu piquée, et en même temps, j’ai pensé, chapeau, tu dis vrai madame. J’imagine que les profs des années précédentes étaient simplement trop contents d’avoir une élève qui maniait correctement le français pour se préoccuper du fond.

Faire du style ? Il serait plus réaliste pour moi de m’attaquer à une nouvelle avec une histoire précise, bien charpentée. Et je n’ai pas d’histoire. Je relis Dino Buzzati (malgré la traduction), j’admire le fait qu’il ait su tourner le quotidien de manière si intéressante, et je suis aussi frappée par la manière dont il construit son atmosphère à la fois fantastique et poétique par le jeu d’accumulations surprenantes (je n’ai pas le bouquin sous la main, sinon je vous collerais un exemple). Mais je ne me sens pas capable de l’imiter. Est-ce que je manque d’imagination ? Oui. Mais ce n’est pas que ça.

J’ai envie d’écrire. J’ai besoin d’écrire. Mais ce que je voudrais dire, je crois, ce que je voudrais exprimer,  est précisément ce que je ne saurais dire, ce qui ne se dit pas. J’ai réalisé cela ce soir, en rouvrant L’Humilité de Dieu, un livre de François Varillon que mon parrain m’avait offert du temps de mon catéchuménat. Dans un passage de ce livre (par ailleurs véritablement éclairant pour ceux qui se posent des questions sur la personne de Dieu au milieu de ce monde dégueulasse), le père Varillon disserte sur le silence. Il parle de Claudel et de ” l’unité plus originelle de la poésie et de la musique”. Plus exactement, de ce point en nous où notre nature temporelle est rattachée à l’Eternel, et où repose la Mémoire. Je lui laisse la parole :

“Cette unité est au plus intime de l’être. Elle se situe, pour reprendre les mots de Jean Cassou, “plus bas que ne descend la sonde”. Elle n’est encore ni poésie ni musique, elle est Silence, abîme de silence (Sigè l’Abîme est le terme qui conclut Connaissance du temps). Saint Augustin et les plus métaphysiciens des mystiques ont appelé Mémoire cette zone de solitude qui est antérieure aux opérations des facultés, antérieure à leur distinction même, antérieure donc a fortiori aux techniques de l’art. C’est là que l’homme échappe au temps par la cime de lui-même. Il serait vain de vouloir cheminer au niveau psychologique ou historique d’Animus, si nous ne séjournions d’abord dans le royaume secret d’Anima, où “dans le silence du silence Mnémosyne soupire”. Tout commence en effet avec la Muse de la Mémoire qui est indivisiblement mémoire de soi et mémoire de Dieu. On connaît le texte prodigieux de la Première Ode :

L’aînée , celle qui ne parle pas ! L’aînée, ayant le même âge !

Mnémosyne qui ne parle jamais !

Elle écoute, elle considère.

Elle ressent (étant le sens intérieur de l’esprit),

Pure, simple, inviolable ! elle se souvient.

Elle est le poids spirituel. Elle est le rapport exprimé par un chiffre très beau. Elle est posée d’une manière qui est ineffable

Sur le pouls même de l’Etre.

Elle est l’heure intérieure ; le trésor jaillissant et la source emmaganisée ;

La jointure à ce qui n’est point temps du temps exprimé par le langage.

Elle ne parlera pas; elle est occupée à ne point parler. Elle coïncide.

C’est cette note du silence, unique et identique, cette flamme profonde, cette immobilité poignante, que je voudrais être capable de dire ! C’est elle que je voudrais pouvoir mettre en présence. A mes yeux, c’est ce que font les grandes oeuvres : toucher au siège de la Mémoire profonde, faire chanter cette note. Dans mon histoire personnelle, je l’ai ressentie, en retrouvant dans Le Voyage de Chihiro des scènes dont j’avais rêvé dans mon enfance, ou au détour d’une phrase de Proust ou de Le Clézio, la flèche, paf, en plein dans le mille, chute en plein ciel, vertige ébloui. Toute contingence s’efface, les portes du Royaume s’entrebaillent. Matin premier sur la montagne. Lumière sans ombre.

Je l’ai dit ailleurs, pour moi l’art premier est la poésie, et la poésie est révélation. Je voudrais avoir le talent de la tisser dans le texte d’une nouvelle sans prétention. Je voudrais qu’un lecteur ait ce frisson, et partager avec lui ce moment, et être son amie. En gros, j’ai les yeux plus gros que le ventre, et des ambitions trop élevées. Ca, plus le manque d’imagination…

Je dis cela sans déception, sans amertume. Je m’estime bien heureuse de connaître cette révélation grâce aux oeuvres d’autres personnes. A défaut du talent littéraire ultime, je crois avoir un talent pour l’amitié. Or l’amour (qu’est l’amitié) est l’autre voie par laquelle le coeur de l’homme et sa conscience peuvent entrer en contact avec “le poids spirituel”, “le trésor jaillissant et la source emmagasinée”. Pour l’écriture, ce n’est pas sûr, mais pour l’amitié, j’ai ce qu’il faut.

Shonen

C’est la quatrième fois que j’essaie de publier ce fichu post, et que Firefox ou WordPress me laissent tomber. Il n’y a pas de mot capable de décrire l’état d’irritation dans lequel je suis. Perdre sa matinée pour un post de blog qui ne sert à rien, c’est la haine. Tout ça à cause des images. Pour les voir en plus grand, cliquez dessus, que je ne me sois pas crevée pour rien. Bon, je me calme.

C’est la fin de l’année, et tout le monde autour de moi semble débordé. Les parents de mes élèves du samedi courent dans tous les sens, de spectacle de fin d’année en concours de piano, de fête d’anniversaire en compétition de sport. En revanche, je me demande bien par quel mystère je me trouve, moi dont les enfants ne vont pas encore à l’école et ne sont pas invités à 36 birthday parties, également en train de courir après le temps.

Ah si. Réflexion faite, il n’y a aucun mystère là derrière. Je viens de lire un paquet de chapitres de Bleach…

Bleach 1

… suivi d’un paquet de chapitres de Naruto.

NarutoCoverTankobon1

Donc forcément. Bon, eh bien puisque nous y sommes, allons-y…

Je suis une lectrice de Naruto et de Bleach. Ce n’est pas que je tolère les mangas shonen quand je n’ai rien de mieux à faire, ou qu’en les feuilletant je veuille en savoir davantage sur les moeurs des ado, non. Je les aime.

Oui, j’ai treize ans et demi et je savoure les grands sentiments chevaleresques, les déclarations grandiloquentes, les batailles où les gentils ressuscitent, les moments où les méchants qui me déplaisent s’en prennent plein la tronche, et plus encore ceux où les méchants se révèlent être en fait des gentils que la vie a maltraités. Je dis les méchants qui me déplaisent, car j’ai la plupart du temps une prédilection pour les méchants, pourvu, bien entendu, qu’ils aient la classe, ce qui est assez souvent le cas dans les mangas.

Tout a commencé il y a longtemps avec Saint Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque).

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A vrai dire, j’ai choisi d’étudier le grec à cause de la série, et je n’étais pas la seule, à en croire les collègues qui fréquentaient l’IUFM avec moi !

Je ne m’attarderai pas sur les raisons plutôt évidentes de l’immense succès du genre. Dessin efficace, souffle épique,  personnages attachants bien que peu complexes, débauche de bons sentiments mêlés à suffisamment d’humour pour éviter la nausée (tout juste), combinaison d’une structure répétitive et prévisible et de quelques coups de théâtre fracassants, format par épisodes qui permet au lecteur de développer un attachement durable à l’univers décrit, etc. Bon, pour être honnête, on oublie rarement, à la lecture, que ces mangas sont destinés à des gamins de 13 ans. Et pourtant.

Je suis une fan de Bleach. Si mon mari était moins sensé, je couvrirais les murs de posters représentant les capitaines Byakuya Kuchiki…

Kuchiki Byakuya

… et Gin Ichimaru.

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J’aime la qualité anguleuse des dessins de Tite Kubo, l’énergie incroyable qui émane de ses scènes de bataille, le style des costumes et l’expression des regards. La qualité esthétique des dessins est pour une grande part dans le plaisir que je prends à m’immerger dans le monde d’Ichigo. (D’ailleurs, quand ma soeur et moi, nous regardons l’épisode de Bleach où l’on apprend que Rukia va être adoptée dans la famille noble des Kuchiki, je ne suis pas la seule à me raidir sur ma chaise au moment où Byakuya – la classe absolue – croise sans le voir le pauvre Renji, terrassé par la vision d’une supériorite devant laquelle il ne peut que plier et renoncer. Sans vouloir balancer, cela dit…).

Je suis une fan de Naruto. L’événement de l’année 2007 a été pour moi la mort d’Itachi Uchiwa.

Uchiwa Itachi portrait or

(La découverte de son sacrifice quasi christique a également été le moment où j’ai cessé de porter de l’intérêt à son frère. Le beau Sasuke n’a pas grande valeur, finalement. Il ne comprend rien à rien et est totalement paumé. Vraiment, on ne comprend pas sous l’effet de quel défaut de vision tout le monde, dans l’univers de Naruto, se trouve magnétiquement entraîné vers lui).

uchiwa Sasuke noir et blanc 2

Les frères Uchiwa :

Uchiwa frères dos_by_pokefreak

A vrai dire, je trouve les dessins moins intéressants et saisissants que ceux de Bleach. J’ai également du mal à accepter que l’auteur puisse s’en tirer avec la distribution éminemment sexiste des rôles parmi les personnages (Sakura ne peut être, évidemment, qu’une infirmière améliorée – mais après tout, c’est encore pire pour Orihime dans Bleach). Le personnage principal, Naruto, a une psychologie plus primaire encore que celle du héros de Bleach (on peut d’ailleurs la résumer ainsi pour l’un et l’autre : gros muscles, petit cerveau, grand coeur). Mais il se dégage de lui une telle énergie positive qu’on ne peut que se sentir enthousiasmé, malgré la guimauve des grands sentiments. Et il est entouré de personnages plus complexes et intéressants, qui deviennent au fil des années de véritables types et des références, comme Kakashi, Orochimaru, Gaara, Shikamaru, et surtout Itachi (bon, OK, j’arrête).

J’aime Bleach et Naruto. Je ne suis même pas gênée de l’avouer. (C’est plus gênant, d’ailleurs, d’admettre qu’on aime les mangas pour filles, va savoir pourquoi). Vive Naruto ! Vive Bleach ! Vive la jeunesse ! 😉

En bonus, la superbe couverture du chapitre 341 de Naruto :

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N.B. Je ne possède évidemment les droits d’aucune de ces images qui appartiennent à Tite Kubo pour Bleach et à Masashi Kishimoto pour Naruto, ainsi qu’à la maison d’édition Shueisha qui les publie.         

July buds

July is now here, believe it or not.

Here are the renoncules.

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Pretty glamorous, aren’t they ?

Now, my husband’s favourite : the Japanese spiraea. A bit too voluminous to my taste (wait till this Autumn, you’ll get a Tory-style cut), but the bumble bees are all over it.

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The alliums took their time, but they are quite spectacular now. I mean, the alliums Christophii, as the Caeruleum are still waiting for God knows what.

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Now to the bits I like : things I did not expect, or about which I had given up hope, but which don’t hold a grudge and still go their patient way, like the poppy :

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or the anemones de Caen,

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or the liatris spicata.

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As expected, Sainsbury’s can’t really be trusted on the colour of the plants they sell. You may remember I went there and purchased some yellow flowering plants for my son. Well, here is the lupin :

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Even the worst kind of sophist featuring in The Apprentice wouldn’t convince my son this flower is yellow. (I find it funny some people are ashamed to admit they watch the Jeremy Kyle Show, but not The Apprentice. I think the kind of stuff you see in the latter programme is more damaging to the idea of a worthy humankind.)

Lovely weeds : I must admit the plant which has actually given me most satisfaction wasn’t planted by me, nor by anybody. It is the Herb Robert, yes, that invasive weed, which builds such wonderfully light architectural structures of red, pink and green, dotted with dainty little flowers that bees love so much.I have let it grow along the border of a flower bed. Shame my camera is not able to capture its beauty.

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Other unexpected beauty, legacy of my father-in-law’s meadow flower mix of last year.

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And, finally, some expected vandalism by birds, who have eaten all the red strawberries. Well, I accept it will happen until I can get a net.

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Bon appetit, little birds, this feast won’t last forever ! (I say little, but my garden is actually inhabited by fat blackbirds who think it is their space and keep looking at me with a reprobatory stare).

Parent’s rummaging

I said in a previous post that I am not a talented mother. Other mothers around me (plus some on Facebook) make me confirm what I already knew : I am impatient, inconsistent, temperamental, unimaginative… and I take my kids to MacDonald’s. As a result, my almost four-year-old son is addicted. I sometimes bribe him into doing something by promising to take him to the shameful fast-food place – yes, even though for French people, it must the worst capital sin. The main problem with this is probably that I enjoy it myself.

Apart from bribing, I do all those parentally incorrect things : use the telly as a babysitter, give in (sometimes) to bickering, labelling children (“the dreamer” and “the pirate”), punishing for minor things, etc.

I actually read a number of parenting books, especially when my son was a baby : books about breastfeeding, about the utmost importance of putting a baby on a routine, about not ever trying to force a routine on a baby, about everything you should expect in the first year (this one is a good one if you want to become stressed about all the important milestones your two-month-od child hasn’t reached), about taming toddlers, funny English or American books and very serious and culpabilising French books (“si vous ne réglez pas ce problème dès maintenant, ce sera trop tard !”). Funnily, none of the advice seems to have stuck with me and yet, I am usually a relatively disciplined and obedient Asian girl. But I find that I am ageing in a strange way : I am a lot more laid-back than when I was younger (geographical distance from the parents might be a reason why). When I say laid-back, I might mean self-indulging.

Some of my friends try to raise their children according to the principles of “non-violent education”, aiming to avoid coercion as much as possible, explaining endlessly and negociating with their young kids. I admire them for their courage as I know how much energy they must dedicate to this squeezing reality through the frame of principles. And I feel slightly astounded when I see how differently people who are quite similar and received more or less the same education (at least, in school) go about parenting.

The reason why I don’t follow their path is not just my self-indulging ways. I think explaining things to children is good and desirable, but I don’t believe in endless negociating. I don’t believe reality can be reduced to a system. I don’t know. I think life is a thing that just flows and kids will grow up on their own. Of course, we should help, advise, teach, listen, etc. But getting all worked up because the kid did something unexpected or we lost our temper in spite of all our principles, well, it’s too tiring. In my case, if I got discouraged everytime things don’t happen by the book, I would just need too much money for the therapist. I keep hoping, in a somewhat subconscious way, that time / God / something will take care of things for me and sort us out, the children and me. At the same time, I realise I am only saying that because I haven’t got any real problem to face. If action was truly needed, then I suppose I would act.

And what exactly is the point of this post, then ? Mmmmm… No idea. 😉 Well, I suppose I would like to initiate a debate about parenting, but I don’t think anybody will be bothered to participate, so… 🙂