Un livre de retour – Isidora

Disclaimer : ce billet va dans tous les sens et nulle part.

L’autre jour, j’ai prêté Les Villes invisibles d’Italo Calvino à une personne de ma famille. Il m’est revenu très vite, à moitié lu. A la place, on a pris La Promesse de l’aube (que j’avais moi-même emprunté et pas encore lu). C’était un peu de ma faute, je n’avais pas annoncé la couleur, j’avais donné sans rien dire ce livre à une lectrice qui aime surtout les romans “classiques”. Du coup, j’imagine sa tête, au bout de quelques pages… Déposé sur ma table où il a retrouvé sa place parmi les bouquins souvent feuilletés, il me sourit.

C’est un ami peintre qui me l’a fait découvrir, il y a peut-être deux ans. Je lui parlais de mon amour des villes imaginaires, d’un truc que j’écrirais un jour (tu parles) sur Metropolis, Minas Tirith, Gotham City, la ville du Roi et l’Oiseau (le film d’animation), leur somptueuse verticalité, leur puissance créatrice, leur autonomie d’organismes échappés au contrôle des habitants, l’expérience dont elles sont l’impulsion bien plus que le cadre… Il m’avait prêté Invisible Cities dans une édition archaïsante au papier rêche, police de caractère élégante, un plaisir à tenir en main. Et ce fut une inoubliable plongée.

Je ne lis pas l’italien, malheureusement. Avec le français et le latin, je peux à la rigueur déchiffrer et laborieusement reconstituer, mais ce n’est évidemment pas ce qu’on appelle lire. D’ailleurs, j’ai plus de mal que la moyenne des Français, je crois, à appréhender cette langue cousine. Quelque chose en moi refuse de céder, d’adopter la souplesse nécessaire. La proximité est un obstacle autant qu’une aide. Je me souviens de séances de petit latin avec un frère de Khâgne de la paroisse d’à côté (il se spécialisait en Lettres modernes, moi en Lettres classiques) : sa connaissance de la grammaire laissait à désirer, mais son instinct lui révélait immédiatement ce que racontait Plaute ; moi, en face, la reine de la grammaire, mais ayant le plus grand mal à saisir la réalité de la scène (de théâtre, donc) que nous lisions – autant dire qu’avec moi, le comique tombait totalement à l’eau (… il se peut aussi que la responsabilité ne soit pas entièrement mienne et que le comique de Plaute… Mais c’est une autre question). Mes versions étaient plutôt de bonne tenue, mais l’exercice du petit latin, qui consiste à prendre un texte et à se lancer dans une lecture vraie, c’est-à-dire au pied levé, me déstabilisait. J’ai grandi dans un environnement bilingue, je parlais vietnamien avant de parler français (je l’ai ensuite en grande partie perdu, au point de ne pas comprendre ce que je raconte moi-même dans les enregistrements que mes parents ont fait des envolées lyriques dont j’étais coutumière à deux ans – si c’est pas de l’aliénation, ça), j’ai ensuite appris sans difficultés une ou deux autres langues vivantes et mortes anciennes. Mais je n’ai pas cet instinct qui fait comprendre une langue par adaptation et acclimatation. Il me faut les règles – sauf pour l’anglais, où une fois les principes de base acquis, elles ne servent pas à grand chose.

La traduction anglaise du livre de Calvino m’a enchantée (je ne sais pas de qui elle était l’oeuvre). Je me suis ensuite acheté le livre en français (traduction de Jean Thibaudeau, 2013). L’ambiance en était différente. Normal, intéressant, mais un peu douloureux quand même, car je préférais l’autre. Si maintenant une fée me faisait le don de l’italien et m’ouvrait un accès à l’original, il y a fort à parier que je ferais encore l’expérience d’autre chose. Et celle, aussi, ordinaire, de ne pouvoir mettre la main sur une certitude rassurante : voici le monde, docile et familier, transparent au langage, brave et fidèle bête. Ah, ce serait trop facile. Ce serait ennuyeux. Ce serait une prison.

Bon, et tout ça pour quoi ?
1) Pour rien, c’est un blog sans queue ni tête.
2) Pour vous coller une page de ce Calvino en français, parce que c’est incroyable, et d’une évidence – parce que ça parle du désir et de la mémoire, et de la vie.

Les villes et la mémoire. 2.

Il vient à l’homme qui chevauche longtemps au travers de terrains sauvages, le désir d’une ville. Pour finir, il arrive à Isidora, une ville où les palais ont des escaliers en colimaçon incrustés de coquillages marins, où l’on fabrique lunettes et violons dans les règles de l’art, où lorsqu’un étranger hésite entre deux femmes il en rencontre toujours une troisième, où les combats de coqs dégénèrent en rixes sanglantes mettant aux prises les parieurs. C’est à tout cela qu’il pensait quand il avait le désir d’une ville. Isidora est donc la ville de ses rêves : à une différence près. Dans son rêve, la ville le comprenait lui- même, jeune; il parvient à Isidora à un âge avancé. Il y a sur la place le petit mur des vieux qui regardent passer la jeunesse; lui- même y est assis, parmi les autres. Les désirs sont déjà des souvenirs.

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Greek Summer

Today is the day when Spring and Winter join the tips of their fingers.

I had a dream yesterday. I was talking with my friend M. about somebody I don’t remember now, a man, I believe. I said something like: what is good about him is that he believes in the soul. My friend looked a bit sceptical. So I embarked on a long, convoluted and utterly self-addressed explanation of the reasons why I know souls exist. I can’t remember any rational argument now. But I can still feel the images, the colours, the touch of the light.

I was trying to make my point through images (the things you do in dreams), the very pictures which have stayed with me after reading L’Eté grec by Jacques Lacarrière a long time ago. On my journey from a mythical Greece I had chosen as my “patrie imaginaire” deep in childhood, to living in the real world and embracing Christianity, that book (how do you translate a “récit de voyage” ? Traveler’s tale ? Account of a journey ? Travel story?) built a bridge which allowed me to cross a rift that I had never imagined I would want to or be able to cross. Sometimes people ask me why I became a Christian. I may have been able to explain it quite well some years ago, but the words and the chain of events have left me now (my memory is capricious). Yet I know that I would probably have died without that conversion. And I think with tenderness of the moment when my friend lent me his volume of L’Eté grec (he used to scribble poems by Ronsard on tiny bits of paper during the German lessons and, if he at first expected me to take my turn in this literary game, he soon came to realise I wasn’t able to do it, being far less cultivated than he was. Yet he didn’t hold a grudge and carried on making the destroying of Heinrich Heine bearable).

How I loved that book ! The Mediterranean sea, the colours, the smells, that beauty you recognise at the unmistakable piercing of your heart, Lacarrière’s lighthearted step on the stony paths of Mount Athos, the funny encounters with a few crazy monks, and the song of the waves – yes, of course, we have a soul. Mount Athos became a sort of key for me, the key to the gate linking the Greece of my dreams to a real country where people lived real and sometimes Christian lives (how I was heartbroken when I discovered I would never be able to visit the Holy Mountain!). I was young when I read it. Yet I trust the book must really be what I thought it was then, because my friend’s taste was very sure and his mind truly brilliant.

If you haven’t read Lacarrière, get yourselves a copy of (The?) Greek Summer. The man, an erudite Classicist who practised journalism, literary critics, theatre and of course traveling, is very inspiring, and his style lively, witty, poetic, similar in some aspects to that of Nicolas Bouvier (how on Earth does Bouvier do funny, poetic, original and deep at the same time? I find his writings have the precision and the evocative power of those estampes where a few strokes create a world).

Jacques Lacarrière

Jacques Lacarrière, source : http://www.babelio.com/auteur/Jacques-Lacarriere/8690

My dream wasn’t really about the existence of the soul. It was about this very moment when Winter and Spring join the tips of their fingers. Our bodies take part in that unmistakable swelling of the new season, which in the depths of my unconscious memory connected to the rise of that Summer light. A new door was opened then, to the landscape of a Greek Summer which kept me alive.

Couverture : L'été grec

Bric-à-brac

Je n’ai rien d’intéressant à dire mais je vais le dire quand même. C’est mon blog après tout, je peux raconter n’importe quoi.

1. Il est très pénible de ne pas avoir le droit de se moucher quand on a un rhume. Essayez. Tout ça parce qu’on m’a fait un petit trou dans l’os du nez, pour laisser passer les larmes.

2. Je me demande ce qu’il faudrait pour que cet imbécile de Sasuke comprenne qu’il ne sert à rien d’entretenir la discorde. Est-ce qu’on ne pourrait pas échanger les frères ?

3. L’automne est arrivé : belle lumière, froidure.

4. Saurai-je faire mieux que les parents du jeune G., qui le laissent aller à la dérive dans la vie, avec moult encouragements à ne prendre aucune décision et à ne suivre aucune direction ? A quel point est-on responsable du malheur de ses enfants ?

5. J’ai fini Belle du Seigneur et j’ai fini par comprendre, étant un peu longue à la détente, qu’il ne s’agit pas d’une histoire d’amour. Il y a dans ce roman multiple un récit édifiant sur la nature lamentable de la passion humaine et le carambolage qui l’attend. Les longues tirades sur les divers genres de babouinerie (adoration de la force qui est pouvoir de tuer, on le saura) m’ont un peu tapé sur les nerfs. J’ai surtout aimé les pages où Solal se laisse aller à rêver, méditer ou délirer sur le destin des Juifs, hérauts de l’antinature, et sur sa propre fascination pour l’Eternel qu’il révère sans croire en Lui. J’ai beaucoup, beaucoup ri du regard de Mariette sur le couple clownesque de ses maîtres (le coup des sonneries de cloches dans leur villa d’Agay, à mourir de rire), des habitudes hélas bien reconnaissables du mari (“il était cocu dans le ventre de sa mère”, Mariette), des tics de la Chameau (la mère Deume), de la fantaisie débridée des cousins juifs. Je ne suis pas sûre que la structure très lâche du livre, ou la multiplication des thèmes qui ne s’entrecroisent pas toujours, soient très réussies, mais peu importe – je ne l’ai pas lu avec assez d’attention pour me prononcer vraiment. Je dois dire que pour un livre bavard qui aime la répétition, c’est un livre qui bavarde et se répète avec panache. Mais je ne le mettrai pas dans la liste des dix bouquins qui vous ont marqués dont tout le monde se fend sur Facebook ces jours-ci. Je suis assez partagée, comme Solal d’ailleurs, sur le sens ou la valeur de tout ça, et en même temps charmée. Solal, il est un peu comme la psychanalyse, on ne peut pas le prendre en défaut, il maintient tous les points de vue en même temps. Infaillible mais brouillon.

6. Oui mais bon, est-ce que ça veut dire que je vais vraiment devoir reprendre et finir Frankenstein ?

Itachi, 100 – Solal, 0

Pendant que le monde fait rage, je lis Naruto, de nouveau. Comme je ne me souviens jamais de l’endroit où je me suis arrêtée l’année précédente, je reprends au hasard. Je lis des shonen par élans, une fois par an en général. Je me lance dans un marathon de chapitres enfilés frénétiquement jusqu’au dernier disponible, et puis je laisse reposer pendant un an, plus ou moins. Ca me prend comme ça, j’ai une envie grandissante de Naruto, ou de Bleach, pas parce que je pense que ce sont les meilleures oeuvres (évidemment !), mais parce que ce sont les titres que je lisais en France, et dont la publication s’est poursuivie.

Je lis, je grince des dents au contact de traductions hâtives qui n’ont ni queue ni tête, je m’esquinte les yeux à tenter de déchiffrer la densité des scènes de bataille. J’ai mal au dos mais je ne décolle pas de mon inconfortable chaise. Mon coeur bat, ma gorge se serre, mon flot sanguin s’accélère, quelque chose ressuscite en moi. J’ai 13 ans, la chape du quotidien me glisse des paupières, mon coeur se gonfle. Il y a des ennemis sadiques, des martyrs, des saints, de faux forts, de faux faibles, il y a, certes, beaucoup de violence justifiée, les méchants finissent par ramasser ce qu’ils méritent, et vive la bagarre au nom de la paix – ce n’est qu’une BD.

Itachi Uchiwa, abîmé dans la ténèbre du sacrifice d’amour, se dresse magnifique comme une tour couronnée de corbeaux au sommet d’une montagne ; le Démon-Renard emplit le ciel de l’insoutenable éclat d’une étoile naissante ; la guerre fracasse le paysage d’un horizon à l’autre ; tout le monde souffre et se tend d’un même souffle, et, renversant les destinées, le simplet Naruto sauve le monde parce qu’il ne peut concevoir le mal. Ca fait du bien !

Et me voilà, à un âge plus que raisonnable, me demandant comment les liens de l’amitié pourront se renouer entre Naruto et Sasuke tandis que, précédée de ma poussette, je cherche un tapis de bain anti-dérapant chez Boots. Et me voilà, chargée de yaourts et de lingettes, tanguant dans la rue parmi les visages de personnages pour gamins de 12 ans, le coeur emporté, le pas enthousiaste, me récitant leurs noms. Il y a probablement des tares dont l’âge ne nous guérit pas. Tant mieux !

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En même temps, je relis Le Silence de la mer, que j’aime ; je n’arrive pas à terminer Frankenstein, que je trouve affligeant, et je continue Belle du seigneur, qui me semble être une comédie très réussie, mais une histoire d’amour peu engageante et assez lamentable. Je suis un peu déçue, comme plusieurs personnes dignes de confiance m’avaient dit le plus grand bien de ce roman – je dois dire que je le lis avec plaisir, et hâte de connaître la chute, mais sans émerveillement. Heureusement, il y a Naruto. A défaut de pouvoir aimer Solal, je peux admirer sans fin Itachi et fantasmer tout mon soûl. 😉

Deux traductions du « Roi d’Asiné » de Georges Séféris

Je me permets de partager un article du blog “Brumes, blog d’un lecteur”, que je suis. Il contient deux traductions du Roi d’Asiné de Georges Séféris, et une introduction qui décrit bien mieux que je ne saurais le faire le sentiment d’être révélé à soi-même par les mots d’un autre. J’ai moi aussi partagé cette expérience saisissante et rare, en découvrant d’autres poèmes de Séféris dans mon adolescence. Merci à l’auteur de Brumes.

Brumes, blog d'un lecteur

temple

« Il y a un “rien”, un “vide” tonifiant qui vaut plus que l’apparente opulence.»

G.Séféris

En découvrant LeRoi d’Asiné, un des plus beaux poèmes de Georges Séféris, j’ai ressenti immédiatement une étrange convergence entre ce texte et mon expérience personnelle. Certains passages rejoignent ma sensibilité, tant historique que littéraire, à un point que je n’ai presque jamais ressenti auparavant. Ce sentiment de proximité extrême, de mise en mots d’une émotion précise, est rare – pour un lecteur, s’entend. On peut aimer tel ou tel poème, tel ou tel poète, l’admirer hautement, le placer au pinacle des accomplissements d’une civilisation sans se sentir ébranlé, sans, surtout, se sentir dévoilé et révélé à soi-même. J’aime Coleridge ou Goethe, Baudelaire ou Segalen, Verlaine ou Jaccottet, Auden ou Reverdy, Nerval ou Luzi, mais en les lisant, même avec un profond respect et une non moins profonde admiration, je ne me lis…

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Une suite au Trente-cinq Mai ?

Mon assiduité sur ce blog laisse fortement à désirer. C’est pourtant un blog sans queue ni tête, et si la saison ne permet pas de poursuivre de loin en loin, comme je l’ai fait au début, la thématique du jardinage, on pourrait croire qu’il me resterait suffisamment de choses à dire ou partager avec mes quelques lecteurs. Eh bien non. J’ai le plus souvent la tête vide ou pleine de choses qui ne méritent pas d’être écrites, même sur un blog sans queue ni tête lu par un tout petit nombre de personnes. Il y a aussi d’autres sujets qui me travaillent beaucoup (en politique et en religion principalement) mais mériteraient d’être traités avec bien plus de sérieux que ce que je fais dans ce blog. Quelles sont mes excuses ?

– selon l’enfant, je change des couches, fais faire un peu de lecture, construis des voitures en Lego, et quel que soit l’enfant, je lave, nettoie, astique et frotte après avoir allumé la télé.

– nouvelle résolution : je fais du vélo d’appartement tous les soirs, dans l’espoir d’augmenter la proportion de la masse musculaire dans mon poids total (bon, d’accord, je voudrais perdre la graisse emmagasinée depuis ma dernière grossesse, sans avoir à suivre de régime, voeu pieux s’il en est).

– je lis en même temps et par conséquent à un rythme d’escargot Illusions perdues (pour la troisième fois), Du Côté de chez Swann (idem), une biographie de Tolkien, une oeuvre de Tolkien (Farmer Giles of Ham suivi des Adventures of Tom Bombadil), et garde sous le coude Invisible Cities d’Italo Calvino qu’un ami m’a prêté, que j’ai commencé, qui m’a éblouie, et que j’ai refermé dans l’intention de le reprendre tranquillement quand j’aurai fini les autres parce que je sens que je vais faire une rencontre importante. Je précise que si je lis le Balzac et le Proust pour la 3ème fois, c’est simplement parce que j’ai une mémoire de poisson rouge. Je me souviens mieux du Proust que du Balzac, parce qu’il a eu, lors des lectures précédentes, un impact important, mais ce que je ressens surtout, c’est que je suis capable de l’apprécier d’une manière différente maintenant que j’ai vécu davantage. Je comprends Swann beaucoup mieux, par exemple (euh, oui, je crois à la pertinence de la psychologie d’un personnage fictif, ne vous en déplaise). Et oui, je lis lentement.

– je regarde aussi des séries plus ou moins divertissantes et / ou décervelantes (oui, je regarde Sherlock, mais aussi Revenge et Fresh Meat, et puis Monty Don’s French Gardens qui relève davantage de la réclame touristique que du programme de jardinage).

– ah oui, je travaille aussi un peu quand même, deux jours et demi par semaine, et j’ai un peu de préparations à faire.

Parfois, pourtant, lorsqu’il arrive qu’une sensation particulière et insolite me traverse, il me semble me réveiller et que le monde me fait signe : bouge-toi, il y a là quelque chose à explorer. Et puis il faut ramasser la tétine ou répondre au téléphone, et voilà.

Cette nuit, cependant, j’ai fait un rêve étrange, dans lequel j’avais enfin trouvé ce qu’il fallait que j’écrive. J’étais secouée d’une exaltation et d’une joie que j’avais du mal à contenir. J’expliquais à qui voulait m’entendre que ça y est, je tenais mon sujet. Etrangement, les divers membres de ma famille auxquels j’essayais de communiquer mon enthousiasme n’étaient pas du tout convaincus. De quoi s’agissait-il ? D’inventer une suite au Trente-cinq Mai d’Erich Kästner.

Le Trente-cinq Mai est un roman de littérature de jeunesse (“à partir de 8 ans”, selon la quatrième de couverture). Il raconte les aventures du petit Konrad et de son oncle Ringelhuth, un jeudi après-midi où ils découvrent un passage secret au fond d’une armoire du XVème siècle située sur le palier, et traversent un certain nombre de pays et de cités surprenants, en route pour les mers du Sud (au sujet desquelles Konrad doit faire une rédaction). Ils sont guidés durant ce voyage par un cheval noir au chômage nommé Negro Caballo.

J’ai lu ce bouquin à 9 ans – et pardon au passage, Monsieur Dumoulin, je crois bien que l’exemplaire déguenillé qui se trouve dans mon tiroir appartenait en fait à la bibliothèque de la classe… Je l’ai ADORE. C’était la première fois qu’un livre me possédait de cette manière. Je ne voulais plus en sortir. La réalité était devenue totalement et absolument décevante : pas de 35 mai au calendrier ! Jamais je ne pourrais visiter le Pays de Cocagne, le Château du Lointain Passé, le Monde Renversé, Electropolis (la Ville Automatique) et les Mers du Sud ! Franchement, la vie ne valait presque plus le coup.

Maintenant que je suis réveillée, je ne suis plus si sûre que la suite du Trente-Cinq Mai soit “l’oeuvre qui m’attendait”, mais je suis bien contente malgré tout que mon inconscient reste habité par l’émerveillement causé par ce petit livre. J’ai hâte de pouvoir le faire découvrir à mes enfants et à ceux des amis !

Déambulations en souvenir de Georges Lemoine

Mercredi matin. Ma poussette et moi bravons le froid pour aller en ville retrouver mon amie Marie. Je descends Station Road West. Devant moi se dresse la vue habituelle du clocher de la cathédrale surmontant une masse de pierre aux couleurs de l’aurore. Je débouche sur St Stephen’s Road, qu’il faut traverser pour atteindre le pont qui enjambe un bras de la Stour.

Soudain, mon coeur se serre et j’ai dans la poitrine un oiseau qui se débat pour s’échapper. Afflux d’oxygène dans le sang.

C’est la lumière. Le bleu du ciel, strié, infusé de lumière, d’une pureté qui fait venir les larmes aux yeux, un bleu éblouissant qu’on ne voit d’ordinaire qu’après l’orage, ou en bord de mer, à la fois exaltant comme une voile gonflée du souffle de l’été, tendre comme une poignée de myosotis dans une main d’enfant, et d’une intensité tragique.

C’est la lumière des mois minéraux. Janvier, février. Cette lumière découverte pour la première fois dans les nouvelles de Jean-Marie Gustave Le Clézio – Peuple du Ciel, Mondo, Lullaby, par la conjonction des phrases de l’écrivain et des illustrations de George Lemoine qui les accompagnaient.

MONDO ET AUTRES HISTOIRES

Je voudrais parler de Le Clézio, et particulièrement de Mondo et autres histoires, un recueil de nouvelles publié en 1978. Je le voudrais, mais ne le peux pas (encore). On trouve bien sûr des tas d’analyses des oeuvres de Le Clézio partout, mais c’est ma lecture que je voudrais partager, si seulement je savais comment. Je voudrais dire comment la rencontre de l’univers de cet écrivain a changé ma vie et certainement ma perception du monde – de la lumière, des couleurs, du silence – consciente que je ne suis sans doute pas la seule à avoir connu cette expérience.

J’ai découvert ces nouvelles vers l’âge de 10 ans, je crois ; j’avais donc presque l’âge des personnages qui en sont les héros et leur initiation, leur cheminement, furent en quelque sorte les miens. J’ai appris à sentir, à regarder, à percevoir comme eux, à moins que je n’aie été amenée à me reconnaître en eux. Leur manière d’habiter le silence. D’être sensibles à toute nuance de lumière. De vivre dans un monde habité. Quant à leur candeur, leur innocence aiguisée, tranchante, leur audace, je ne crois pas les avoir jamais partagées.

(Je me souviens d’avoir écrit à l’auteur, à l’âge de 10 ou 11 ans, sur une feuille de classeur verte, une lettre farcie de mots pédants (pour une gamine), où j’avais essayé de caser, allez savoir pourquoi, toutes mes connaissances en mythologie grecque. Il me plaît de penser que le personnel préposé à l’ouverture du courrier chez Gallimard ne la lui a jamais transmise.)

Mais c’est de George Lemoine que je me souviens particulièrement en ce mercredi où je marche à la rencontre de mon amie. Ses bleus, ses ciels, ses visages. Si vous avez grandi en France dans les années 1980 et avez transporté dans vos cartables des volumes de Folio Junior, vous serez familiers des dessins de Georges Lemoine, souvent des pastels ou des aquarelles. Si vous les avez oubliés, je souhaite que la lecture de ce petit post permette de les faire émerger des eaux profondes de votre mémoire. Ce sont des dessins qui font se rappeler que la vie vaut le coup.

En faisant une rapide recherche sur Internet, ne voilà-t-il pas que je tombe sur le blog de l’illustrateur (http://georges-lemoine-illustrateur.blogspot.co.uk) ! Je fouille, et tombe sur cette illustration pour L’Enfant et la Rivière d’Henri Bosco, le deuxième livre à avoir compté dans ma vie (au cas où vous vous interrogeriez, le premier fut Le Trente-Cinq Mai d’Erich Kästner).

Et il y avait un braconnier là dedans. Il y avait un dessin du braconnier. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois le mot “taciturne”. Le braconnier s’appelait Bargabot. Je fouille mes étagères. Et… oui, c’est incroyable, je possède un exemplaire de L’Enfant et la Rivière, et je l’avais complètement oublié ! Et voici Bargabot :

Georges Lemoine Bargabot

Le mot taciturne se trouve bien à côté de l’illustration, mais, fait intéressant, ce n’est pas le braconnier qu’il décrit, c’est le narrateur, Pascalet, et ses parents !

Souvent, je pensais à Gatzo. Où était-il ? Parfois, à la tombée du jour, très haut dans les nuages, les canards passaient, volant en triangle, à travers une bourrasque. Et leurs cris sauvages me pénétraient. Mes parents, me voyant se taciturne, devenaient, eux aussi, très taciturnes. Ils avaient essayé de tout, et rien ne m’avait réussi.

Facéties de la mémoire.

Du ciel maritime de Canterbury aux paysages du Lubéron. Clin d’oeil du destin, mon amie Marie est, sinon du Lubéron, du moins du Sud (oui, je sais, le Sud est vaste, et vague, mais ne me cherchez pas des poux, soyez cool, c’est juste un blog, hein).

P.S. : En bonus, ce petit film très intéressant de Loïc Seron où vous pouvez voir Lemoine travailler chez lui en 2008 : https://www.youtube.com/watch?v=HJqYHi6OMRc

Regardez-le, il est chouette (bien que le choix de la musique me laisse dubitative).

En descendant des collines au printemps

L’été a déployé ses voiles.

J’ai été occupée ces trois dernières semaines – famille et amis en visite avant et après le baptême de ma fille. Un soir, alors que nous nous apprêtions à regarder un épisode de Bleach, ma soeur et moi en sommes venues, je ne sais plus pourquoi, à parler de poésie. Ma soeur occupe un poste assez important dans un ministère à Paris qui a bien moins à voir avec la littérature que mon job de prof. Pourtant, elle lit de la poésie, et moi non, plus depuis la naissance de mes enfants. Je suis bien contente d’avoir une soeur qui lit de la poésie.

Pour être honnête, je n’en lisais pas beaucoup auparavant non plus. Il ne m’est arrivé que deux ou trois fois d’aller à la bibliothèque spécifiquement pour emprunter un recueil de poésie, au temps où j’étais lycéenne à Lyon, ou lorsque j’étais en Khâgne. Je feuilletais des recueils de poètes contemporains au hasard, et les reposais rapidement sur les rayons si rien ne se passait, sans laisser le temps à la réflexion de déceler, éventuellement, dans l’amas de sons et d’images, l’idée, le fil directeur, l’enjeu, le truc qui lui donnait un sens. Attitude impatiente, paresseuse et probablement consumériste, mais après tout, la poésie est à mes yeux jeu et gratuité, et c’est simplement en passant qu’elle est révélatrice ; la vérité qui se laisse entrevoir, ou pressentir, n’est pas mieux appréhendée si on se prend la tête à démanteler le texte et à l’analyser. Attention, je ne veux pas dire qu’on ne doit pas étudier de poèmes, mais simplement que l’étude du poème, si elle nous permet de mieux comprendre et apprécier le texte, n’est pas nécessaire à l’expérience particulière que j’appelle révélation et en est même indépendante.

D’autres fois, c’est un poète en particulier que j’allais chercher, parce qu’on m’avait montré un de ses textes et que je me disais, C’est lui ! C’est lui ! et il me le fallait. René Char, Georges Séféris, Odysseas Elytis.

(J’ai aimé la Grèce longtemps, longtemps, de toutes mes forces, de tout mon souffle, et je ne savais pas comment les gens pouvaient vivre sans une Grèce intérieure tant la mienne m’orientait toute entière. Ensuite l’âge adulte est arrivé et tout s’est émoussé. Mais de loin en loin, j’entends encore ce vers ou cette phrase de Séféris qui disait “Où que me porte le voyage, la Grèce me fait mal.”

Et je me souviens, elle me faisait mal, et jamais autant qu’à la naissance de l’été, quand la lumière au-dehors semblait déclencher l’éblouissement intérieur que je reconnaissais – éclat brûlant des marbres, reflet de métal de la mer, débauche de lumière, de bleus, de blanc, vertige aveuglant, pureté minérale, vision déchirante. Ô patrie intérieure, beauté insurpassable. C’était mon pays, je l’avais reconnu. Mes racines s’y trouvent encore, quelque part dans cette partie de nous qui demeure en enfance. Peut-être était-ce le fait d’être une fille d’immigrés. Je croyais qu’on choisissait ainsi sa patrie. Quand je suis allée en Grèce, pour de vrai, je ne l’ai pas reconnue, sauf sur la colline de Sparte, où il m’a semblé que reposait mon rêve bruissant parmi les feuilles des oliviers. Sparte. Quand donc ai-je cessé de croire que tu me faisais moi-même ?).

Surtout, j’ai eu l’occasion de découvrir et d’aimer des poèmes en feuilletant les manuels scolaires qui m’étaient confiés de collège en collège (j’étais TZR, titulaire en zone de remplacement, ce qui signifie que je n’avais pas de poste fixe et étais envoyée deci, delà. Etre brillamment reçue à l’agrégation pour être envoyée comme remplaçante dans des collèges de banlieue. Heureusement que j’aime les élèves et que je crois à la mission des hussards noirs, toute référence anticléricale mise à part).

Et c’est ainsi que j’ai lu “En descendant des collines au printemps” de Desnos. Il m’a saisie tout de suite et je l’ai fait lire à toutes mes classes à partir de la 5ème. J’ai toujours étudié la poésie à la fin de l’année scolaire, au risque de ne pouvoir couvrir qu’une partie de la séquence, alors même que je la place au-dessus des autres genres. Il me semble que pour bien lire de la poésie en classe, il faut que l’esprit se sente libre, léger et vagabond, comme aux premiers jours de soleil et de chaleur, et que pour les “mauvais élèves” et ceux qui n’aiment pas l’école, les barreaux de la cage aient commencé de se dissoudre dans la montée de l’été. Je crois que je voulais que l’élément de contrainte inhérent à tout enseignement scolaire soit le moins sensible possible. Je voulais qu’en prêtant à la lecture une oreille distraite, ils soient touchés et émus, sans se sentir obligés de feindre l’intérêt. Je voulais qu’ils l’aiment, et que les mots rendent leur vie plus belle.

Et voici le poème :

En descendant des collines au printemps

A ‘heure où la rosée brille dans les toiles d’araignées

Au bruit lointain du fer battu dans les forges,

Au miroitement du jour dans l’eau des rivières.

 

En descendant des collines au printemps

J’ai laissé, dis-je, avec l’hiver les chagrins et les rancunes

Un amour profond me transporte de joie

Et ma haine elle-même me transporte et m’exalte.

 

En descendant des collines au printemps

Abandonnant des tombes vermoulues et des souvenirs,

Ivre des parfums de la terre et de l’air

Et me dilatant jusqu’à contenir le monde.

 

En descendant des collines au printemps,

J’ai brisé les balances où je pesais la vie et la mort,

Enfin prêt à accueillir l’été et les vendanges,

Prêt à accepter que le chemin, mon chemin s’interrompe.

 

En descendant des collines au printemps

Vivant de plus de joie qu’au jour de ma jeunesse

Mais attentif aux parfums de la terre et de l’air,

Attentif à l’écho d’une petite chanson lointaine

Chantée, d’une voix mal assurée, par une petite fille

Que jamais je ne connaîtrai.

Robert Desnos, dans Destinée arbitraire, 1943.

Comme je me posais des questions sur la fin du poème et sur cette mystérieuse petite fille, ma soeur m’a dit qu’elle connaissait un autre poème de Desnos, plus ancien, qui pouvait éclairer celui-là. Le voici :

La Voix

Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu’elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée 
Parvient pourtant, distinctement, jusqu’à nous.

Bien qu’elle semble sortir d’un tombeau 
Elle ne parle que d’été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie, 
Elle allume aux lèvres le sourire. 

Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles, 
L’écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l’entendez-vous pas ? 
Elle dit “La peine sera de courte durée”
Elle dit “La belle saison est proche.”

Ne l’entendez-vous pas ?

Robert Desnos – Contrée (1936-1940)

Ce poème me fait sourire mais ne me touche nullement comme le premier, qui parle à la fois de transfiguration et d’accord avec la vie, et dont le ton est tout autre. Je ne sais pas quand Desnos l’a écrit, mais il sait que sa fin est proche. La mort est au coeur de ce chant. On ressent à la fois le mouvement descendant du lest, et l’envol, l’exaltation. La pesanteur et la grâce.

Qui sait, peut-être aurez-vous envie de me faire connaître un poème que vous aimez ? Merci de tout coeur si vous le faites ! 🙂

Autour du rêve – voyage dans des souvenirs d’enfance

Hier, je suis allée à la bibliothèque rendre les livres empruntés par mon fils et en chercher d’autres. En fouillant dans le bac, je suis tombée sur cette couverture…

© Grahame Baker-Smith, Templar Publishing

… et je suis restée saisie. Les ailes, la transparence, les nuages, la lumière, ce bleu qui dilate et resserre le coeur – un très court instant, on se sent le souffle coupé.

La monumentalité de l’illustration, la place centrale des personnages sur un arrière-plan presque abstrait, l’expression figée et lointaine des visages, la place proéminente des mains du père, l’aura d’éternité née des ailes, la charge symbolique de la montagne, évoquent le caractère sacré des icônes. De fait, ce livre est un hommage à la relation filiale : il conte, par la voix du petit garcon, la manière dont la vie du père fut dominée – tyrannisée – par le rêve de voler, et comment ce rêve, que l’on croyait disparu sur les champs de bataille d’où le père ne revint pas, parla un jour à l’enfant devenu adulte, et se réalisa enfin. A la fin de l’histoire, le narrateur, devenu père à son tour, se demande si ce rêve parlera un jour à son fils. L’histoire est merveilleusement racontée, mais ce sont les illustrations qui en font toute la force ; elles vous arrachent littéralement à vous-mêmes, et vous jettent en plein ciel.

© Grahame Baker-Smith, Templar Publishing

Et voici que dans les profondeurs de mon ventre où ma mémoire serre les souvenirs qui vacillent au bord de l’oubli, je sens remuer des sensations tres anciennes. Et bien sûr, lorsque j’essaie de distinguer ce qui remonte des abysses, ou d’effeuiller les strates de cette sensation, tout se brouille.

“et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur; je ne sais ce que c’est, mais cela remonte lentement; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.” (Marcel Proust, Du Côté de Chez Swann)

Essayons quand même.

Plein ciel. Il y avait dans mon enfance un livre intitulé Brise, dont je ne retrouve pas la trace. Il racontait l’histoire de la fille du roi des vents. Je me souviens seulement de la force des illustrations – c’est le souvenir le plus ancien de mon amour des choses aériennes. Plus tard, j’ai aimé les avions, les constellations, les récits de la conquête de l’espace.

Puis, au lycée, j’ai fait ce rêve où, après des péripéties dont je ne me souviens pas, je m’engouffrais dans un tunnel, à bord d’un chariot de mine qui roulait à une vitesse vertigineuse, et débouchais brutalement dans un ailleurs hors du temps et de l’espace où, clouée au sol, j’étais écartelée et comme soulevée par la vision de quelque chose de blanc tournoyant avec lenteur dans un ciel éblouissant.

Ce rêve a probablement un lien avec les illustrations par Georges Lemoine de la nouvelle Peuple du Ciel de Jean-Marie-Gustave Le Clézio. Si mes souvenirs sont bons, Petite-Croix, une petite fille aveugle qui veut découvrir la couleur bleue, voit, au cours d’un voyage intérieur, un dieu aztèque dérivant dans le ciel. (Je ne saurais dire à quel point Le Clézio a compté dans mon enfance. Pour moi, il a été un des gardiens des clés, celles qui ouvrent sur la signification du monde – j’assume, aussi ridicule que cela puisse sembler.)

Et puis il y a les visages des personnages, sur cette couverture, qui me rappellent un peu celui du roi Charles Cinq-et-trois-font-huit-et-huit-font-seize, dans Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault. Voilà un film d’animation qu’il faut que vous voyiez, si ce n’est déjà fait. La fable inspirée d’Andersen, les textes de Jacques Prévert, les dessins et la musique sont à mon avis inoubliables. (J’aimerais revenir un autre jour sur ce film, dans un post sur les villes imaginaires).

De fil en aiguille, je me rends compte que le lien entre toutes ces choses, illustrations, film, livres (j’ajouterais à cette liste Fleur de Lupin déjà évoqué dans un précédent post et Ratatatam), c’est le rêve, présent comme thème ou dans l’atmosphère onirique de ces oeuvres. Mystère, beauté, étrangeté.

© L’Ecole des Loisirs

Je ne suis pas surprise que Farther ait obtenu la Kate Greenaway Medal en 2011. Je ne résiste pas au plaisir de partager deux autres illustrations de ce magnifique album.

© Grahame Baker-Smith, Templar Publishing

Frogs

Did I say that frogs and toads actually live in my garden ? It makes me feel even worse for using slug pellets and stops me from cutting back the ivy as they like to hide in it.

Unlike English people, I am not particularly a bird lover – I mean, I think birds are pretty and lovely, but I am not really interested in them, unless they carry some strong symbolic connotations, like ravens or swallows (I once had a swallow. But this story is for another day). But hang on, I am not a bad person altogether : I like frogs and toads ! I don’t actually know anything about them, but I just find them fascinating, beautiful and mysterious. I also love them because of two texts that I discovered in school.

I strongly disagree with the commonly used argument against literary studies, according to which working on a text in school makes the children hate it. “Books are here to be enjoyed, not studied”, blablabla. As a pupil, I found literary studies very interesting. I am also eternally grateful to my teachers without whom I wouldn’t have heard about so many wonderful novels, poems and plays. Although my parents are both doctors and my Mum has a PhD in 20th century French literature, we rarely talked about books (or even culture in general) at home. My parents had come from Vietnam without a penny and we did not own a lot of books when I was little. It is thanks to the school and the literature lessons that my shelves – and my inner world – slowly filled with treasures.

I find pretentious the idea that one never needs help to understand and enjoy a book. I lacked references, historical and sociological knowledge, points of comparison, etc. I am happy some teachers and fellow pupils shared all that with me.

Back to our frogs. The first text is Le Crapaud, a poem by Tristan Corbière, one of Verlaine’s “poètes maudits”.

Le crapaud

(Les Amours Jaunes, 1873)

Un chant dans une nuit sans air…
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

… Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré là, sous le massif…
– Ça se tait ; Viens, c’est là, dans l’ombre…

– Un crapaud ! – Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue… – Horreur !

– Il chante. – Horreur ! ! – Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son oeil de lumière…
Non, il s’en va, froid, sous sa pierre.
……………………………………………………………………..

Bonsoir – ce crapaud-là, c’est moi.

The second text is a short story by Dino Buzzati, published in Il Colombre in 1966 (in French, Le K). The French title is Dix-huitième trou. The “hole” in question is on a golf green where an ageing successful businessman is playing with his daughter, her husband-to-be, and a friend, as the day draws to its end. As the round goes on, the businessman, usually a very mediocre player, shows an unexpected and almost unsettling talent even though he is feeling weary and detached, and keeps complaining about flies only he can see. When exhaustion overcomes him, at the 18th hole, the ball gets lost in the rough. As the participants set out to look for it, they realise the businessman is nowhere to be found. In the area where the ball is supposed to have landed, they find a toad, covered in flies, which faces the setting sun as it gives up its struggle and prepares to die. As the animal lifts its head, gasping for breath, its eyes meet the daughter’s gaze. She panicks and calls for her father.

I must say I don’t like the French translation of Buzzati’s short stories in my edition. It feels clumsy, sometimes heavy and, in a word (or two), very laborious – the tenses in particular are all over the place. But then again, I am not able to read Italian… Despite that, I remember feeling moved by the description of the dying toad, because of the way it abandons itself to the evening light.

Please tell me about your own frog stories, I might start a collection !