Une autre ville (Toulouse)

C’est Mister Black, le merle avec lequel je partage mon jardin de Canterbury, qui m’a conduite au blog de Guillaume Sire. WordPress ayant jugé qu’il lui fallait un compagnon, il a fait surgir de dessous le “réseau des ormes” cet autre merle. Sa présence dans la nuit vivante de la forêt a remué dans mes halliers des souvenirs que je ne savais pas abriter, et j’ai continué à parcourir avec bonheur les textes de ce blog, poèmes (Joséphine Lanesem a évoqué ici cette écriture exigeante à l’incision parfois oraculaire), pensées. Bien que ne sachant rien de leur auteur, je me sens en territoire ami, reconnais des préoccupations, des accents, des blessures et les sentiers qu’elles font prendre.

Puis il y a ses écrits sur Toulouse, qui au contraire me sont étrangers, et pour cette raison fascinants d’une autre manière. En moi les cordes de la sensibilité au paysage, qui donnent ma note fondamentale, vibrent à leur lecture. Le souvenir d’une amie très aimée, aussi, qui partit y vivre quand nous avions treize ans – dans ses lettres, j’aurais voulu trouver des regrets plus saignants pour Lyon, égoïstement, sans penser à ce que lui aurait coûté d’exprimer cette peine. Mais en lisant les textes de Guillaume Sire, je me dis qu’il était bien normal de ne plus penser à nos fleuves et nos collines (hélas, Lyon n’appartient qu’en désir au royaume alpin…). Comme il doit être bon d’être de quelque part, quand ce quelque part est Toulouse. Il y a un peu de Sparte (de la mienne, en tout cas), dans cette ville que le soleil semble acculer contre les Pyrénées. Je vous laisse lire.

Ce qu'il reste des brumes

D’un côté la Méditerranée : miroir de feu hellénique ;
De l’autre l’Atlantique : voiles blanches, colère ;
Les Pyrénées : cheveux de glace, flancs d’éboulis ;
Le Lauragais ; le Gers ;
Lotissements aux abords des châteaux, mauvais vins, trafiquants,
Aristos fauchés,
Pizzaïolos.

Dans la voix, les Toulousains ont des billes de fer. Ils ne parlent pas, mais brisent des cagettes dans leurs coffres tourbeux.
Leurs jambes s’arquent autour du souvenir des chevaux avec lesquels leurs ancêtres labouraient les pâtis.

Les églises bandent au chaud soleil. Les rues s’amoncellent vers la sortie. Je suis brun, malade, colossal, cathare, paranoïde, hasardeux et chimérique. La même torpeur nous anime,
Ma ville et moi,
Qui saigne le jour et fond la nuit.

Toulouse est wisigothique depuis toujours, déjà avant les Wisigoths. Cité violente et vaniteuse, jaillie du sexe de l’Histoire.
Toute son architecture païenne est dédiée à la Lune (Notre Dame de la…

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Manchester

Je lui appartiens par mes enfants
qui lui appartiennent par leur famille paternelle
qui lui appartient par le flot des Irlandais venus se répandre dans ses rues depuis Liverpool où ils trouvèrent à s’employer dans les manufactures de coton, se consolant de leur exil dans ses inlassables pluies douces.

Cosmopolite et industrieuse, généreuse et sans détours, le verbe haut et sarcastique, elle a la modernité un brin vulgaire et l’orgueil plébéien – c’est ici le berceau du prolétariat originel. Ses enfants n’aiment rien tant que la compétition, surtout si elle leur permet de frotter dans la figure des habitants des autres reines du Nord, Leeds et Liverpool, le gros sel de leur supériorité. Il arrive cependant que l’on s’allie, quand il s’agit de faire sentir à quelque arrogant venu du Sud et pire, de Londres, qu’il n’est qu’un Southern softie. Mais l’étranger que ne titille pas la susceptibilité trouvera ici un accueil d’une exubérante chaleur et se consolera des quatre vérités dont on le gratifiera par la certitude de n’être pas traité avec hypocrisie. Manchester ne tolère pas la diversité – elle s’en réjouit. À une condition : visiteur, remise au fond de ta poche tes titres et tes prétentions ! Le snobisme est ici le premier des péchés capitaux, on n’aime ni la hiérarchie, ni passer par quatre chemins quand un seul mène au but. Manchester, ou le prix de la vérité.

Son accent lui ressemble, nasal, aigu, impatient, à l’opposé de celui de Leeds, sa rivale, qui traine ses voyelles avec l’énergie d’un éternel candidat au suicide. L’un et l’autre restent compréhensibles aux oreilles non initiées, ce à quoi se refuse celui des scouse de Liverpool (plus fiers, tu meurs) – je ne sais s’il existe d’autres régions du monde où, de villes aussi proches, peuvent émaner d’aussi irréconciliables accents.

On rend un culte assidu à une Triade sacrée constituée de la Politique (le Parti Travailliste), la Religion et le Football (Manchester United ou Manchester City, qui se départagent moins par la religion que par des critères géographiques). Dans les années soixante, les murs de bien des intérieurs mancuniens s’ornaient des portraits du pape, du Président Kennedy et du manager des Red Devils. Entre ces trois puissances l’ordre de préséance variait, mais il n’était pas rare d’entendre dire, comme Ken Loach le fait remarquer par un personnage de Looking for Eric (Cantona, bien sûr) : “you can change your religion, you can change your woman, but you can’t change your football team”.

A une fille de Lyon, ville de bonnes manières bourgeoises, Manchester offre un dépaysement assuré ; c’est le coton contre la soie et le Nord contre le Sud. Si je m’y sens chez moi, si j’ai pour elle une tendresse franche, c’est qu’elle sera toujours la ville où est née, a vécu et est morte l’arrière-grand-mère de mes enfants. Menue, active, inquiète mais courageuse, c’était une de ces saintes que leur discrétion tiendra à l’écart de la consécration du calendrier. Pour être discret, le miracle qui consiste à aimer et servir avec modestie et constance, au besoin avec acharnement (privations de la guerre et de l’après-guerre), à toujours accorder à autrui la première place, n’en est pas moins renversant ni, surtout, moins fécond. Elle fut très aimée et jusqu’au bout très entourée. Lorsque le grand âge finit par la débarrasser des délicats oripeaux de son désir de respectabilité – un si chaste désir ne saurait être péché – Manchester s’affirma en elle. Et elle qui toute sa vie s’était interdit les critiques et les commérages trouva à l’une des dents jaunes, à l’autre trop de gras sur le corps, à son fils qu’elle ne reconnaissait plus une barbe insupportablement mal taillée, à sa petite-fille une coiffure ridicule. Dialogue :

“Who are you ?
– M.
– Well, that doesn’t tell me much.
– I am your son.
– Since when ?!?
– Since 1945.
– Nobody ever tells me anything !

À Manchester chacun se souvient de la dernière bombe. Cette délicate attention de l’IRA avait réduit en gravats deux bâtiments et soufflé les fenêtres sur un rayon de deux kilomètres. Autre temps, autres mœurs : l’IRA avait prévenu, personne n’était mort.

Ce soir, je regarde les visages des enfants morts ou disparus, pensant aux grands-parents qu’ils seraient peut-être devenus.

Giscard et Mitterrand, quelques mots

Vu ce soir la fin d’une émission de France 3 consacrée à Valéry Giscard d’Estaing (“Giscard d’Estaing, de vous à moi“). Émotion tout à fait inattendue.

J’attrape la narration au moment où VGE doit quitter l’Elysée. Il raconte que Mitterrand arrive dans un costume froissé, qu’il est mal rasé et ne semble pas intéressé par les conseils qu’il voudrait lui donner. On le sent désemparé plus que déconcerté. Suivent des images d’archives le montrant quittant l’Elysée à pied, sous les huées. Je ne savais rien de cela – j’existais à peine en 1981.

Il est ensuite question d’une visite que, quelques années plus tard, Mitterrand a désiré rendre à son prédécesseur dans son fief de Chamalières, en Auvergne, on ne nous dit pas pourquoi (du moins, je ne m’en souviens pas). Lors de cet entretien, Mitterrand lui aurait déclaré vouloir “détruire la bourgeoisie française”, obstacle à toute réforme. Phrase étonnante dans cette bouche. On ne saura pas ce que Giscard a répondu, ni ce qu’il en pense aujourd’hui.

Le documentaire raconte alors, assez rapidement, les tentatives infructueuses de Giscard pour retrouver le pouvoir.

Enfin est évoqué le souvenir de sa dernière entrevue avec Mitterrand, alors près de mourir. La caméra montre en contre-plongée l’espace – le jour – autour duquel tourne l’escalier menant à l’étage où s’éteint le monarque solitaire, et zoome brièvement vers le sommet de la colonne d’air. L’effet, pathétique, est efficace ; la tête me tourne doucement et le vertige me prend d’une mort sans au-delà. Au journaliste, Giscard confie une théorie selon laquelle Mitterrand, qui méprisait le milieu politique, n’aurait cru possible de communiquer et d’avoir une relation “normale et ouverte” qu’avec des “gens de son rang”, c’est-à-dire, en définitive, avec d’anciens présidents. Un sourire dans l’œil, Giscard fait remarquer que, de cette catégorie, il est alors le seul représentant… Au moment où il s’apprêtait à prendre congé, Mitterrand le retint et lui demanda s’il se souvenait de ce qu’il lui avait confié, autrefois, à Chamalières. Il répondit que oui. Mitterrand dit alors : “Eh bien reconnaissez que je n’ai pas fait grand-chose.” Commentaire de Giscard : “Qu’est-ce que c’était ? De l’humour ? De la complicité ? Assez étonnant. Et je l’ai quitté là-dessus.”

Mon émotion ?

En petite part, la surprise du charme de ce vieil intellectuel coquet, un brin chafouin, de sa langue bien rythmée, chuintante, précise et pourtant langoureuse.

Mais il y a surtout autre chose, une sensation de vertige, le vent fraîchissant de la solitude des sommets qui me semble exemplifier ce qui se joue entre les gens “ordinaires”. Ce que j’entends dans les anecdotes rapportées, ce qui me prend au ventre, c’est que, se parlant, s’entretenant, se frottant l’un à l’autre, ces hommes jamais ne se sont rencontrés. Giscard rapporte les paroles de Mitterrand, prononcées en diverses occasions, non seulement comme s’il n’avait pas réussi à en percer le sens, mais comme s’il n’avait pas même essayé de le faire, comme si, en définitive, cela ne comptait pas parce que demeurant dans un au-delà du possible. Là où précisément la communication s’avérait primordiale – on peut imaginer que des chefs d’Etat devraient avoir des choses importantes à confier, qui permettraient d’éclairer des événements ayant influencé la vie de nombre de gens, etc -, elle est demeurée vaine, abandonnée avant d’être tentée. Orgueil d’hommes qui ne voulaient s’abaisser ni à s’expliquer, ni à demander des explications ? Peut-être… Mais ce que je perçois, devant ce brouillard entre les êtres, c’est plutôt une grande tristesse. Une sorte de manque de foi : à quoi bon, puisque tout cela est voué au néant. Oui, il me semble que pour des hommes qui aimaient farouchement les phrases et les livres, il est un peu désespéré d’avoir trouvé plus sûr de confier leur postérité au marbre de musées et de bibliothèques qu’à la chair de leurs propres paroles.

Je suis Giscard se souvenant. Mitterrand m’a parlé, je lui ai parlé. J’ai même retenu le contexte et le contenu de ces échanges, et je suis capable, à quatre-vingt-dix ans, de les raconter. Pourtant, ce qui en ressort est étrangement semblable à une de ces pièces de théâtre où les répliques sont ouvertes à tant d’interprétations possibles qu’on repart confus, avec la vague sensation de tenir entre ses mains un coffre à trésor dont la clé ne vous a pas été confiée… Seulement, il n’y a pas ici de personnage ou d’être de papier, mais un collègue, un compagnon de route, un adversaire ou un ami, c’est-à-dire mon prochain, posé sur mon chemin pour que se noue entre nos âmes quelque chose qui devrait être de l’ordre de l’amour.

Mélenchon, Torreton (et Giono).

Ce soir, à la télé, en direct, Jean-Luc Mélenchon est l’invité de l’Emission Politique.

Je ne le soutiens pas. Je ne soutiens aucun des candidats aux élections présidentielles. Je connais le même dilemme que beaucoup : s’il faut voter, dois-je me laisser guider par un programme qui ne sera probablement pas tenu et dont une partie seulement me sera compréhensible, ou une personnalité (pour autant qu’on puisse en saisir quelque chose à travers la tragicomédie de la campagne) un peu moins repoussante que les autres ? Certains m’agacent plus que d’autres, notamment Emmanuel Macron.

De Mélenchon, je n’ai rien lu. Je ne le connais qu’à travers ce que j’ai pu entendre, ici et là ; souvent, des choses qui avaient l’air de toucher à la caricature – autant dire que je ne le connais pas. Je sais seulement qu’il a longtemps été sénateur socialiste, et que pour certains, c’est une raison de ne pas prendre au sérieux sa rhétorique antisystème. Enfin, il n’a certainement aucune sympathie pour les croyants et notamment les catholiques, dont je fais partie, mais c’est quelque chose qu’il partage avec la plupart des candidats (à ce propos, je tiens à souligner que ce n’est pas parce que Fillon va à la messe que je voterai pour lui. En revanche, le fait qu’il “aime Pénélope”… Je plaisante). A vrai dire, j’ai regardé une partie de cette émission plus pour me faire une idée de ses talents d’orateur, qu’on entend souvent louer.

Je regarde. Je l’entends refuser de répondre aux questions du journaliste sur son programme économique, et adopter sans nécessité un ton agressif, polémique, bref, utiliser la manœuvre ô combien usée de se poser en victime d’un guet-apens langagier pour ne pas avoir à reconnaître sur le plateau télé que, suprise, certaines de ses propositions ne sauraient plaire à tout le monde (vraiment ?). Et puis il fait le “méridional” comme il dit, finasse, matois, avant de revenir à l’éclat sanguin. Je n’ai jamais compris à quoi servait ce genre de mauvais tours de rhétorique dont personne n’est dupe, et qui au contraire dégrade la perception que l’auditeur se fait de la probité du politicien.

Et puis arrive un “invité surprise”, avec lequel on lui impose de débattre pendant dix minutes. C’est Philippe Torreton, le comédien. Je ne sais pas grand-chose de lui non plus (ma foi, je ne sais pas grand-chose en général). Il vient avec le présent d’un livre, L’Homme qui plantait des arbres, de Jean Giono. La discussion s’engage. On sent Torreton un peu mal à l’aise ; il le dira un peu plus tard, il “tremble des genoux”, le journaliste d’avant lui a chauffé son interlocuteur (c’est que c’est de l’amadou, cet homme-là). Il tremble surtout, dit-il, sous le poids d’une responsabilité : celle de devoir servir la question de l’écologie qui est, pour la première fois, au cœur des programmes des candidats de gauche. Heure historique !

Et petit à petit, ce qui se passe devant moi, sur l’écran de la télé, change de nature. Je n’en crois presque pas mes yeux, mais j’ai bien l’impression, et les sensations qui me viennent disent la même chose, qu’on est en train de passer du jeu médiatique, de cet usage proprement diabolique du langage qui sert à étouffer le sens, à éviter l’engagement, de cette prostitution des mots si courante à la télé (et ailleurs) et dont les conséquences mortifères vont bien plus loin qu’on ne le soupçonne, vers quelque chose qui ressemble à une conversation véritable. Au grand dam des journalistes, qui ne cessent de tenter de le réorienter, Torreton n’a pas l’intention de polémiquer avec Mélenchon. Il vient porteur d’une demande, qu’il n’ose formuler, qui pèse sur sa langue et le fait donner dans les méandres au lieu de parler franchement – mais ce sont des méandres pleins de sens, des hésitations et des circonlocutions d’amoureux maladroit… Amoureux, non de Mélenchon, évidemment, mais d’une idée de la nature et de l’homme qu’il croit devoir défendre en invitant le candidat à faire alliance avec Benoît Hamon.

Allons bon, c’est un acteur, qui de plus a été engagé en politique, il sait feindre la sincérité et provoquer l’émotion, benêt qui s’y laisse prendre. C’est bien possible. Et pourtant je crois qu’à ce moment-là, malgré les caméras, Torreton ne jouait pas la comédie, ou pas entièrement. Une porte s’était ouverte, un chemin se traçait entre ces deux hommes. On ne jouait plus au poker. On parlait. On était d’accord sur l’enjeu. Et Mélenchon était soudain différent. Fini, le matador gesticulant pour les yeux du public. Il disait que la porte n’était pas fermée à la négociation avec Hamon, mais qu’il devait convaincre ses soutiens, lesquels ne peuvent plus voir le Parti Socialiste en photo. On devinait le visage derrière le masque, la voix d’un homme sous l’élocution travaillée. Le regard s’apaisait, le ton se posait. Il s’étirait comme une fine brume renvoyant chacun à son intériorité, vers le souvenir d’une profondeur. Les journalistes eux-mêmes en venaient à parler franchement.

C’est toujours très intéressant, et encourageant, de voir se fendre le glacis funèbre de la “communication” et émerger une parole, un contact, une rencontre imprévus. Je ressens ces moments comme une sorte de changement de pression intérieure. Le décrochement vers la sincérité, on le ressent jusque dans sa chair. On entre dans un moment de conscience accrue. Ca ne dure pas. Mais c’est arrivé.

N.B. L’Homme qui plantait des arbres, on me l’a offert récemment, à moi aussi, dans une édition illustrée, avec des découpages “pop-up” (j’adore, je suis une gosse). Je vais m’y plonger très vite.

Off topic

So I have decided to start a new section in my blog, entitled Back in the pond. I have been back in Paris for more than two months now, and the family is happily settling in. A cardboard-free life is on the horizon – soon, we may even be able to find space to hide the clutter and receive people in a respectable setting.

I will leave the topic of adaptation into a French school, freshly experienced by my kids, for another time. I’ll just say that I can’t really remember why I thought, some years ago, that no other education system could pretend to rival ours. Not that I don’t like French schools anymore, I can just see limitations I wasn’t aware of at the time, or didn’t understand when I heard about them. I was probably, as a child, the most school-adapted pupil you could find, and it took me some years of teaching before I could start to grasp the complexity of the difficulties many kids find themselves in. I needed to feel them experiencing the angst and the confusion in front of me, as a result of my own and other teachers’ mistakes, clumsiness, blindness, whatever you call it, by which we failed to see the path we should have chosen to convey meaning to those children. There is obviously no simple answers to those protean problems, but at least I finally knew they existed in reality, I could imagine from my own feeling of helplessness and unsatisfaction what some of my pupils were going through. Yet, I also encountered many cases of extraordinary and almost frightening resilience : pupils who were very far behind, unable to understand what was expected of them, to whom we asked candidly to choose a profession in their mid-teens, as an emergency exit from an education which was now inaccessible to them (I can’t even start to say how wrong all of this was), but behaved as if they were totally oblivious to the seriousness and the sadness of their situation. I never managed to know what they really thought of all that – on my side, I tried to sound calm and positive. They were probably right to consider the school’s advice as the natural path to follow, as nothing else was on offer. They had a way of considering things as a matter-of-fact. (Now that some years have passed and I have had the chance to work with more teenagers and to get to know them quite well, I can say I have often met young people, from all backgrounds, wise beyond their years, and wiser than me.)

As I was sorting out old papers following my move to Paris, I found old reports I wrote about “problematic” pupils who, having drained most of my colleagues’ reserve of patience, ended up expelled from school (which was often how they had arrived in our school – that old vicious circle). I was surprised and a bit ashamed by the tone I sometimes employed, the anger. But teaching teenagers is something you do with your whole person, your body, your emotions. At least, that is how it was for me at the time – it is likely experience, age and a clearer idea of what can be achieved, would have put some distance in there, which might have allowed me to be more than a teacher the kids liked, an observant and efficient one. (Would the reports be less emotional if I had to write them now ? I dearly hope so, but wouldn’t swear to it, considering how often I lose my temper with my own kids. Though it is easier to deal with other people’s offspring, be professional and all that). I guess what I am trying to come to, is the fact that our system, the French system, produces teachers who know very little of how their job should be handled – we were quite learned in our subjects, yes, I knew enough about texts, but what of the pupils, what of the reason I was there ? At the time, after having passed the competitive exam which would make of us academically able civil servants, we had to go through one year of practical training which, unlike most of my colleagues, I enjoyed, but during which the way to help “underachieving pupils” was not once touched. Yes it is an old topic, about which everything has been written (the irrelevance of the training, the absence of basic psychology lessons, the gap between the acdemically or subject centred exams the trainee teachers have to take and the reality of the job, etc), and yet still so relevant.

However, many things we need in our work cannot be taught and have to be learned in the job. And of course, knowing about texts isn’t antagonistic to an openness to people and a skilful handling of difficult emotional situations, quite the contrary. It probably helped me a lot, in the absence of pedagogical and psychological training. (At the time, the kids also seemed to like the fact I was trying to do difficult things with them. I believe they felt I was showing them respect in that way. But I have no idea if it would work again, in other circumstances). One can also achieve good things in an unorthodox way, through emotional closeness to the pupils, as I can see in my son’s judo teacher’s methods – I don’t approve of them, I resent their lack of “cold professionalism”, but I can see how much the young ones like him, how much they enjoy being in his lessons. I also recognise myself a bit in him, much to my dismay I have to say. I didn’t want to be that sort of teacher – but let’s not go down that route.

And here I am blaberring again, having said I would leave the topic of school for another time, and promising something about Paris. But I suppose it is the nature of this blog, a bit of anything, following what crosses my mind. I am told blogposts shouldn’t be too long, so I guess I should leave it for today. I hope to be back soon (si Dieu le veut) with more about school, and our arrondissement of Paris, and what I will try to do this year. Night night.

Parent’s rummaging

I said in a previous post that I am not a talented mother. Other mothers around me (plus some on Facebook) make me confirm what I already knew : I am impatient, inconsistent, temperamental, unimaginative… and I take my kids to MacDonald’s. As a result, my almost four-year-old son is addicted. I sometimes bribe him into doing something by promising to take him to the shameful fast-food place – yes, even though for French people, it must the worst capital sin. The main problem with this is probably that I enjoy it myself.

Apart from bribing, I do all those parentally incorrect things : use the telly as a babysitter, give in (sometimes) to bickering, labelling children (“the dreamer” and “the pirate”), punishing for minor things, etc.

I actually read a number of parenting books, especially when my son was a baby : books about breastfeeding, about the utmost importance of putting a baby on a routine, about not ever trying to force a routine on a baby, about everything you should expect in the first year (this one is a good one if you want to become stressed about all the important milestones your two-month-od child hasn’t reached), about taming toddlers, funny English or American books and very serious and culpabilising French books (“si vous ne réglez pas ce problème dès maintenant, ce sera trop tard !”). Funnily, none of the advice seems to have stuck with me and yet, I am usually a relatively disciplined and obedient Asian girl. But I find that I am ageing in a strange way : I am a lot more laid-back than when I was younger (geographical distance from the parents might be a reason why). When I say laid-back, I might mean self-indulging.

Some of my friends try to raise their children according to the principles of “non-violent education”, aiming to avoid coercion as much as possible, explaining endlessly and negociating with their young kids. I admire them for their courage as I know how much energy they must dedicate to this squeezing reality through the frame of principles. And I feel slightly astounded when I see how differently people who are quite similar and received more or less the same education (at least, in school) go about parenting.

The reason why I don’t follow their path is not just my self-indulging ways. I think explaining things to children is good and desirable, but I don’t believe in endless negociating. I don’t believe reality can be reduced to a system. I don’t know. I think life is a thing that just flows and kids will grow up on their own. Of course, we should help, advise, teach, listen, etc. But getting all worked up because the kid did something unexpected or we lost our temper in spite of all our principles, well, it’s too tiring. In my case, if I got discouraged everytime things don’t happen by the book, I would just need too much money for the therapist. I keep hoping, in a somewhat subconscious way, that time / God / something will take care of things for me and sort us out, the children and me. At the same time, I realise I am only saying that because I haven’t got any real problem to face. If action was truly needed, then I suppose I would act.

And what exactly is the point of this post, then ? Mmmmm… No idea. 😉 Well, I suppose I would like to initiate a debate about parenting, but I don’t think anybody will be bothered to participate, so… 🙂