Nuit d’été

Une ville, nuit d’été Lune, songe Sans tourment Sur les toits que quitte la pourpre Les goélands témoignent du large invisible Que dirais-tu, Basho - Étale, cette paix Froissée dans son halo - D’une corde pincée L’écho ?

Petits bourgeons du jour

* Je gratte la surface La surface me gratte Dans les bons jours nous sommes L’une à l’autre patiemment Comme soeurs s'épouillant Jouant des ongles et minutieuses Telles la pluie * À la faveur du chant nocturne Que l’on nomme silence Une étoile Penche sur moi Le feu de l’interrogation Or de réponse plus de…

Soir

* Ayant atteint le degré d’opacité où le mystère même s'éteint je vais par les fenêtres cognant à l'armure lamée des nuages les lambeaux du silence mien du soir la soie suture mes lèvres par leur val désormais refermé un souffle presque un baiser une âme de montgolfière refuse d’oublier le grain de l'air au-delà…

Alerte

. Comme le cerisier délesté de lui-même par un soupir du ciel il faudrait se livrer Ou comme ce passant à mi-pas suspendu devant l'éphémère perfection inhaler la grâce du renoncement et consentir Sans façon Aucune giclée de roses aucun printemps lascif se livrant au mirage des saules ployant sur les eaux de leurs larmes…

Si lentement

. Si lentement l’été s’en vient Et je peine je peine Sur son rai à enfiler mon pas Les mots se sont éparpillés Graines promises à d’autres contrées - Et ce vent qui cavalier m’érode En familier A mon tour j’essaime le silence : L’aigrette du pissenlit De mon souffle embrumé recevra son plumage Et…

Moisson

    Le temps s’en vient comme qui possède des champs barbus d’or en abondance et ne songe à faucher que pour qu’un peu de suc au bout de chaque tige cristallise en miel l’ininterruption     Time is coming as who has fields of bearded gold in abundance and thinks of mowing only so…

Quetzalcoatl

    La brise froisse à peine l’ourlet de mon rêve Le silence est ardent A l’Occident fulmine un symbole inconnu Fendant le bouclier riveté de la nuit Dérive magmatique Cuirassé de consonnes un dieu étranger Le feu de ses écailles a fauché les étoiles Et sous le vent de ses plumes s’ébroue Un peuple…

Combien manque

* Combien manque à mon corps ta somme de splendeur l'impossible impalpable indubitable feu qui m’absente à mes jours m'aveugle à leur couleur est-ce la nuit qui déborde ses rives le paradis qui maraude en deçà ? (telle brûlure dans la pulpe du rêve vive plus que tout souvenir) - C'est ainsi que je te…

Ma terre est de franche pauvreté

*     Ma terre est de franche pauvreté où seul croît ce qui tremble au seuil de l’existence ténu En héritage le vent me légua l’arrière-peau de toute nudité Mais penche-toi sur ma poussière : plus qu’en fertile cendre y palpite la pulpe des saisons de bois vert Orpheline de mon ombre je possède…

Essor

  Je doute de ma langue plus que de ma peau je doute de mes yeux et doute de vos voix je douterai demain d’avoir jamais vécu ici - comme à présent d’avoir connu là-bas tel regard autrefois   Mais jamais de l’aube et de l’essor que contre le courant mon lent désir amonte en…

Arcane (2)

Percevoir l’arcane du monde et tâtonner vers son déchiffrement est l’objet même de la poésie. La poésie ne peut advenir sans cette foi perceptive, aussi brumeuse soit-elle, d’une vérité à la fois immensément lointaine et trop proche, et dont le monde est une manifestation. C’est à cela qu’on la reconnait : au passage de son…

Nœud (2)

Au milieu de la vie je dénombre les nœuds encore là noués La Seine antique évente autour des peupliers le bleu que prend le soir tremblant au bord du noir et les rires les rires des marcheurs qui ne halent plus rien sans ombre dans la nuit m'écorchent Ô silence silence qui sans répit m'assoiffe…

Ceci et cela

dix ans le monde en son essor a poussé des racines puis la ramure où se tend vagabonde l'innombrable voilure du ciel dans l'herbe des talus et l'ombre des taillis j'ai appris ânonnant les gammes de la joie à compter les saisons et parfois le jour m'ayant heurtée au diapason du vent je perçois le…

Calligraphie

* A Koshu Novembre grisonnait embué Et l’automne ployait Trop tendre tôt dissout Droits comme midi se dressaient Ton corps et ton pinceau (Quant à l’autre bras de la croix C’était l’encre allongée dans sa pierre) Tu ne dis que ceci : La ligne révèle qui nous sommes. Traçons-la Comme le sabre son destin Plus…

L’arbre de la foi

A Jehanne * l’arbre de la foi ? je suis couchée dessous le ciel se ceint de feuilles cela suffit peut-être doucement y bourgeonnent les ailes des anges leur voix de plumes ce long silence d’en-deçà de la racine obscur et étranger plus encor que la chair par-delà la feuillée le ciel joue à plier…

Sur Le Cirque bleu

* Approche mon aimée Cette nuit est propice Dénoue ta longue natte et ombre tes paupières Du pigment bleu des songes - Ensemble pénétrons dans les eaux giboyeuses Entends-tu bien-aimée Hennissant de désir sous l’archet de la lune La verdeur vagabonde de l’été ? Garde-toi de son œil plein de mélancolie D’autres s’y sont noyés…

Ciel et cendre

Chez Réda le ciel domine, inconstant et liquide, miroir de la vie temporelle, et le poète glisse sur ses rives, avec des ailes au coin des paupières. La pipe aux lèvres, les yeux plissés (une poussière sur le cil ?) il salue du menton la mort, menant familière son troupeau de tendres trépassés vers quelque fleuve…

Février

Envie aujourd’hui de poster de nouveau ce poème écrit il y a quatre ans. Contrairement à d’autres que j’ai commis, je l’aime encore. Il faisait clair dans la petite salle où j’attendais mes étudiants. C’étaient de grands garçons qui, bien qu’hésitant encore à devenir des hommes, partageaient dans leur essence l’audace du perce-neige. Avec eux aussi, je jardinais.

In the Writing Garden

Le ciel est tissé de lumière
A travers les champs célestes
Voguent des voiles de fête
Et fusent les flèches solaires

Sous l’obscur velours des paupières
L’incandescence demeure
La forteresse intérieure
Est éventrée – tout est offert

Les secrets que l’ombre resserre
Désirs, songes et pensées
A travers ciel projetés
Se dissolvent dans la lumière

Sur tes iris de métal clair
Tes paumes de pierre polie
Toute tristesse abolie
Je reconnais le printemps vert

Par tous les pores de ma peau
Moi qui oubliais de vivre
Comme au zénith l’oiseau ivre
Je file au son du chant nouveau.

Illustration de Georges Lemoine.
Vous pouvez lire un entretien très intéressant avec l’illustrateur ici.

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Blanche

Dans ma tête intermittente une ville dérive blanche Il suffit que conspirent dans un angle ébloui un mur et un rayon : oblique je bute – les jeux sont ainsi faits – à la racine du mystère Dans les éclats de ma chute se lèvent aveugles et prémonitoires des tours au front de phares un…

Juniperus thurifera

Nulle trace de vent. Le feu de l’été assiégeait de cigales le sentier des thurifères. Chaque pas entêtait de rêves la feinte fugue des rochers et, par la plus infime anfractuosité puisant un souvenir d’eau, l’ami genévrier distillait la lumière comme lui toujours jeune - car l’Eternel lui fit la promesse d’infuser son humble bois…