La plaie du ciel

Traces d'élans morts-nés. Ce blog va changer un peu pendant quelques temps. Puisque les choses insistent à disparaître aussitôt qu'elles apparaissent, je jetterai ici l'écume salie qui m'en reste. De ces élans, les mots auront l'imprécision, sinon l'éclat passager. N'y cherchez pas d'ordre, ni de sens. Je goûte peu les manquements à la syntaxe. Ils…

Naissances

"La magie du langage" et "l'imagination sans image" sont pour Joséphine Lanesem la double source de la littérature, entendue comme la pratique de la lecture et de l'écriture. L'une, musique ou "bruit" naturel des mots, fait sonner la paroi de l'âme et y éveille des ondes, mouvements et souffles innommés qui nous meuvent ici et…

Voeux

Et puisqu'il est presque minuit et que je me trouve ici, devant mon ordinateur, comme déversée sur ma chaise par une journée éreintée de routes et de chemins de fer, de serrures et de rangements, au bord de me demander s'il faut, ou s'il vaudrait mieux ne pas, partir à la recherche de ce bout…

Arcane (2)

Percevoir l’arcane du monde et tâtonner vers son déchiffrement est l’objet même de la poésie. La poésie ne peut advenir sans cette foi perceptive, aussi brumeuse soit-elle, d’une vérité à la fois immensément lointaine et trop proche, et dont le monde est une manifestation. C’est à cela qu’on la reconnait : au passage de son…

Monastères

Ce qui suit est une liste de considérations à laquelle il manque trop de choses. Il traine dans mon ordinateur depuis un moment et je ne crois pas que j’aurai dans les temps à venir l’occasion d’en faire quelque chose de correct. Je publie donc tel quel. On m’interroge de temps en temps sur la…

Arcane (1)

« La matière est l’excroissance de l’amour » (Rodin) Quand je marche, il me semble répondre à l’exigence du paysage. Ce désir qui me harponne et me pousse dès qu'un peu de ciel s'ouvre, qui m’écartèle, qui justifie non seulement ma présence en ce lieu mais mon existence même, ce désir, s’il passe par moi,…

Notes on skylarks, memory and happiness

Walking one morning on the Holcombe moors under a bright Spring sun. Distances are vanishing into a gleaming haze and on the banks bloom the first coltsfoot flowers. Up Moorbottom lane, the warm stones elicit sensations of Southern Alpine paths. Lancashire moors, Southern Alps, worlds apart ? Not to me. I walk, grateful for the…

Peter

It is Holy Week. So many things have wanted to pour out of me this week, or come to words through me, and I haven't had the time, and I'm bursting at the seams. I am tempted to let some of them tumble down here in a most disorganised way. Perhaps, I should limit myself…

Voie

De toi-même tu ne sais rien. A peine l’existence t’a-t-elle effleurée – trop peu pour que tu aies pu te mouler à sa forme. Au je que tu prononces, quelques voix font l’aumône d’un tu. Si d’aventure il te semble y percevoir plus qu’un écho de convention, la curiosité aussitôt te tourmente ; tu brûles…

Note sur la poésie

Remarques en parcourant, de temps à autres, Philippe Jaccottet, une poétique de l'insaisissable de Jean Onimus (Champ Vallon). La poésie comme quête du réel insaisissable. Comme entreprise par laquelle on ôte, et arrache s'il le faut, les masques rassurants soigneusement plaqués sur la sauvagerie du réel : concepts, mots, dieux, etc. Elle s'opposerait ainsi à…

Optique

Une réflexion venue il y a plusieurs jours, que j'ai laissé filer et peine à retrouver. Plongeon dans le champ par matin de soleil. Octobre défend encore la digue. L'air est tendre. Le regard vague, égaré dans les ondes d'une lumière verte, vive, qui s'abstrait à la vue et s'adresse au toucher. Le sommeil tient…

Lucidité

Je lis un livre sur Philippe Jaccottet (Une poétique de l'insaisissable de Jean Onimus, chez Champ Vallon). Je suis frappée de ce que cette écriture soit si souvent une façon de soupeser le pessimisme, de rendre compte d'un doute qui ronge obstinément (et parfois de le surmonter - temporairement) et qu'elle mérite pour cela d'être qualifiée…

Du pareil au même

Il a plu. Sur le chemin de l'école, nous longeons le grand pré pour ne pas risquer les chaussures vernies de la petite. Du côté de la ville, par-dessus le clocher de la cathédrale, glisse une superposition de plumes noires. Par beau temps, nous nous élançons éperdus dans ce pré comme on se jette à…

Saisons

La poésie est une activité saisonnière. Non pas en ce qu'elle serait attachée à une saison plus qu'à une autre, mais en ce qu'elle sert de canal à ce que chacune susurre en passant. Comme le jardinage, elle vacille en équilibre sur le dos du temps qui court, attentive à cette note dans le halètement…

Vegetal Key (what gardening is)

I read today a wonderfully written post which, amongst other things, talked about its author's reading of nature. It stirred me. I would like to answer to her but 1) my little comment was again sent by WordPress to the bin ; 2) I have had no time to think properly. This somewhat clumsy article…

Quatre ans

Aujourd'hui, mon blog a quatre ans. Par un de ces hasards qui sourient comme une coïncidence, le ciel était beau ce soir : un effrangement d'or dans le bleu, le pressentiment d'un nuage de plénitude gonflant plus loin ses joues derrière un immeuble parlaient du solstice à venir. Adolescente, je donnais à cette période de l'année le…

Manchester

Je lui appartiens par mes enfants qui lui appartiennent par leur famille paternelle qui lui appartient par le flot des Irlandais venus se répandre dans ses rues depuis Liverpool où ils trouvèrent à s'employer dans les manufactures de coton, se consolant de leur exil dans ses inlassables pluies douces. Cosmopolite et industrieuse, généreuse et sans détours,…

Méditerranée

A Joséphine Notre rencontre n'est pas datée, aucune image n'en est restée. Elle eut lieu à l'âge où la durée ne se scinde ni ne s'accumule, courant ignorant des digues, houle d'outre-rivage. Je sais seulement que je l'ai vue. Bleue, mais non comme peuvent l'être tes yeux ou le ciel, la tristesse ou la joie, le…

Des paysages II (Gracq)

Chose promise, chose due. Voici le texte de Julien Gracq dont je parlais dans mon billet précédent, et qui est un de mes passages préférés du livre d'où il est extrait. Qu’est-ce qui nous parle dans un paysage ? Quand on a le goût surtout des vastes panoramas, il me semble que c’est d’abord l’étalement…

Des paysages

Quelques notes, très imprécises encore, nées de l’écoute récente d’une improvisation d'Aldor (Les beautés bouleversantes), elle-même inspirée de la lecture d'une ravissante célébration d'un paysage italien écrite par Joséphine Lanesem. Dans son improvisation, qu'il juge "insuffisamment réfléchie" mais qui est comme souvent une invitation pour l'auditeur à laisser son esprit vagabonder à sa suite, Aldor…