Ton pays

J’ai vu ton pays de fièvres basaltiques
Suspendu aux ailes d’un archange

D’un même élan
Les humeurs de la Terre faites sanctuaire
Toitures accotant de l’épaule les cloches
Sous le pont le courant sur le fleuve la pierre
Aérienne –
Et toi le long de l’eau
Arpentant au matin les rives du sommeil

J’ai reconnu les paupières mi-closes
Veillant encore veillant
Des chapelles passant au fil de la prière
Les larmes et la nacre des siècles
Insomnie d’yeux limpides jusqu’au Jugement
(Veillant encore veillant)

Tandis que dans la nuit
Sur la table de pierre des seuils et des autels
Comme aux marches des parvis
Le fin soupir du temps exhale sans regret
Le phosphore furtif des âmes :
Vers la pente du sud certaines s’entrebâillent
Sur l’aube où écloront la conque et le Chemin

Puis au matin – à tous les murs
Les crêtes où s’aiguise rai à rai
La perception qui me tient lieu de conscience

Si bien que déliées des coûteux artifices
Par l’allégresse du monde
Nous pourrions maintenant
Marcher ensemble vers le bout du pré

Chaque épi chaque fleur se souvient de la neige
Où s’abreuve le sourire éternel
De sorte que l’oubli ne nous condamne plus
Ni même l’oubli de l’oubli

*

(En quittant Le Puy-en-Velay)

Advertisements

Demain l’automne

Random pictures, one feeling.

Only-in-England (not really, but still. On the way to Harbledown).

Photo 14-09-2017 16 01 51

Clematis vitalba, Old Man’s Beard, Traveller’s Joy, Herbe aux gueux, Viorne des pauvres.

Photo 14-09-2017 16 04 42

My little garden at a transitional stage. Though it doesn’t show yet, a lot of work has been done since coming back from Paris. The shed should have crumbled long ago, but Father-in-law’s magic has kept it standing. Pity the roof isn’t strong enough to support the wisteria anymore.

The copper beech in the hedge has escaped at the top and will be sawed. I love copper beeches so much one features as a main character in a novel I am writing. Their newly opened leaves are out of this world, in texture and colour. A Spring photo to prove it :

2017-05-07 14.41.26

Acer palmatum Katura, Autumn’s seat at the moment.

Photo 21-09-2017 11 01 38

The tree will be repotted in a month or so.

Photo 21-09-2017 10 59 17

P.S. : I have been hacking at pruning the previously barrel-shaped boxwood, aiming for a niwaki. It probably is wrong, as it is situated in the hedge, not to mention that it will take years to reach an acceptable form, if ever. However, during the four hours spent doing that, I had the close company of Little Red (the robin) and Mister Black (or one of his sons), the former catching spiders and worms while the latter was feasting on the many snails falling from the branches. I know robins are bold, but this one just amazes me ! Unfortunately, I did not have my camera with me. If I feel brave enough, I’ll post about this quest for a niwaki shape. Please, Father Christmas, bring me a beautiful Japanese secator ?

 

Petites surprises

Avertissement. Sur les blogs de jardinage, on ne voit le plus souvent que de superbes plantes en fleur, des arbres majestueux, des spécimens rares, des pelouses manucurées. A Dieu ne plaise qu’une mauvaise herbe s’avise de paraître ! Aucune perfection de ce genre ne vous attend chez moi.

J’aime trouver dans mon jardin des choses que je n’ai pas plantées. Si des indésirables tels que le liseron ou la ronce pointent le bout de leur nez, je les arrache, et c’est une joie du corps. Le terrain n’est pas assez grand pour que la tâche de désherber devienne une insurmontable corvée (il y a bien le vieux lierre et ses cousins… mais c’est un autre sujet). Le plus souvent, les surprises sont bonnes et nourrissent ma gratitude envers le vent et les oiseaux. Chez moi, par exemple, le houx pousse comme une mauvaise herbe, ce qui est une bénédiction (où vous verrez qu’il a fait sec et que personne n’a épanché de fumier sur ce jardin depuis deux ans).

Photo 25-08-2017 19 01 38

La glycine de Susan, que je continuerai à nommer ainsi bien que ma voisine canadienne aux beaux yeux myosotis ait vendu sa maison durant notre absence, a fait un petit.

Photo 25-08-2017 19 03 54

Auriez-vous une idée de l’identité de ce jeunot ? Glycine aussi ? Jeune frêne ? Wait and see !

Photo 25-08-2017 19 03 47

En creusant au pied de l’aucuba du Japon que je retrouve tel que je l’avais laissé, à la fois vigoureux et affecté d’une maladie qui nécrose certaines de ses feuilles jusqu’à l’obsidienne, j’ai senti ma fourche s’enfoncer d’un coup jusqu’au manche. Cela ne m’était jamais arrivé – sous la couche superficielle de bon terreau, notre sol argileux oppose d’ordinaire une résistance opiniâtre. Je bascule la fourche. Surprise : une vieille souche surgit de la terre, révélant alentour et au-dessous des espaces vides, des ébauches de galeries. Elle est beaucoup plus jolie en réalité que sur la photo ci-dessous (le rouleau de scotch vous donnera une idée de la taille).

Photo 25-08-2017 19 01 23

Ce vestige sous-terrain se trouvait déjà là avant notre arrivée en 2011. Il est certainement la raison pour laquelle les pulmonaires installées au-dessus ne parvenaient pas à s’épanouir vraiment. J’ai donc déplacé les pulmonaires et je vais garder la souche pour laisser les enfants en explorer les trésors (en plus de l’habituelle colonie de cloportes).

Enfin, j’ai la joie de constater que la véronique fausse gentiane, plantée il y a quelques jours, semble se plaire assez pour lancer de nouvelles feuilles (le bazar tout autour vient de la santoline voisine que j’ai sévèrement ramenée à sa base).

Photo 25-08-2017 19 02 51

A bientôt pour un billet sur mes mauvaises herbes ! 🙂

P.S. : J’oublie de vous dire qu’il y a dans mon jardin toute une famille de merles ! Mister Black n’a pas perdu son temps. Le rouge-gorge a également fait quelques apparitions.

 

Feuilles, fleurs, branches et troncs

Suivant l’exemple d’Aldor, dont j’aime lire le blog et écouter les Improvisations, quelques images de silhouettes et de flagrants délits d’éclosion, à Paris et aux alentours…

Les arbres et les plantes, je ne sais comment, ont remplacé le sentiment de perte à la source de mon écriture. Mes photos ne rendent pas justice à ces êtres dont je suis chaque jour davantage habitée, mais elles sont prises et partagées de bon cœur.

Fagus sylvatica, hêtre pourpre, Parc Montsouris

2017-02-25 16.29.15 Fagus sylvatica Hêtre pourpre

Quercus castaneifolia, chêne à feuilles de châtaignier, Jardin des Plantes

2017-04-01 17.13.48 Quercus castaneifolia

Prunus serrulata, Cerisier du Japon, Jardin des Plantes

2017-04-01 16.39.54

Un autre (j’ai un faible pour les cerisiers blancs), Jardin des Plantes

2017-04-01 16.49.172017-04-01 16.47.19

Betula (je ne sais pas lequel), bouleau, Parc Montsouris

2017-03-25 16.20.57

Lichen fruticuleux (Evernia prunastri ) sur tronc de peuplier, Parc de Sceaux

2017-03-12 14.23.482017-03-12 14.23.56

Populus nigra var. Italica, peuplier d’Italie, parc de Sceaux

2017-03-12 14.25.51

Inconnu (marronnier?), Parc de Sceaux

2017-03-12 15.00.35

Monsieur Ginko, un ami de mes enfants, à divers stades de son débourrage. Passage Rimbaut.

Un autre (mâle), Jardin des Plantes

2017-04-01 17.41.33

Un autre (mâle), musée Guimet, déjà partagé

2017-04-02 15.32.13

Enfin, par-dessus un mur, Rungis

2017-03-26 12.40.38

Petites joies du jour.

Il fait beau, sinon chaud (faut pas rêver), et j’ai passé pas mal de temps à quatre pattes dans la “pelouse” avec le long sécateur, celui qui sert à tailler les haies (c’est marrant, je connais les noms des outils de jardinage en anglais bien mieux qu’en français !). Eh oui, la tondeuse a rendu l’âme il y a quelques semaines, et on est en pleine période de pousse – aux grands maux, les grands moyens. Ce mois-ci, y a plus de sous pour acheter une nouvelle tondeuse, de toute manière.

Je suis assez satisfaite du résultat, à vrai dire. Et un des plaisirs de la tâche a été d’imaginer ce que devaient penser les voisins, à voir la voisine chinoise le derrière en l’air en train de tailler des brins d’herbe avec un sécateur. Sûrement une habitude de là-bas. En Angleterre, on respecte les pratiques culturelles des sauvages.

Autre joie : j’ai maintenant la preuve que les renoncules ne vont pas seulement produire les touffes de feuilles d’un intérêt très limité auxquelles elles m’ont habituée ces derniers mois, mais aussi des fleurs ! Voyez vous-mêmes !

DSCN7284   DSCN7285

Dans la série des promesses du jardin :

  • Le rosier nain de chez Marks and Spencer offert par Tante Shelagh, planté au hasard pour voir s’il survivrait et qui porte un tas de boutons de fleurs :

DSCN7277

  • Les alliums les moins pressés de la Terre (Allium Christophii) :

DSCN7298

  • Les cosmos (cf. Sakura et Ino) :

DSCN7286

  • Les lys jaunes choisis par mon fils à Sainsbury’s (qui est un supermarché – ces lys pourraient bien se révéler d’une autre couleur – drame) :

DSCN7282

  • L’oeillet miniature (Alpine Dianthus Starburst) (si, si, cliquez, vous verrez les boutons) :

DSCN7283

  • Le chèvrefeuille rose qui se réveille (groggy, car les pucerons sont déjà là) :

DSCN7293

  • Et surtout une langue d’agapanthe émergeant alors que je la croyais morte !

DSCN7291

Mais pourquoi diable cette raseuse nous montre-t-elle des plantes sans fleur ?

Eh bien c’est le stade que je trouve le plus excitant. On ne sait pas à coup sûr, après tout, si une plante va donner des fleurs, quels que soient les soins qu’on lui apporte. L’apparition des boutons est pour moi l’occasion d’un petit feu d’artifice intérieur et d’un soulagement. Ouf, maintenant, c’est sûr, ça va venir, il ne reste plus qu’à attendre !

Enfin, tout dépend, il reste toujours les ennemis jurés et leurs oeuvres diaboliques :

DSCN7296    DSCN7299

Finissons malgré eux sur une note positive : pour une fille des villes, voici une vision réjouissante.

DSCN7287    DSCN7288

Et le plus drôle est de voir mon fils qui, après avoir examiné les fraises, fait un tour de 45 secondes dans le jardin puis revient me déclarer : “Maintenant, elles sont rouges, Maman, on peut les manger ?”

The Japanese maples have arrived.

Arrivée des érables. Rien que leur nom est un enchantement – ce « a long », trainant, qui s’allonge comme branche sous la brise.

Depuis quelques jours, je m’inquiétais de ne pas avoir assez de place pour les planter, je me reprochais d’avoir eu les yeux plus gros que le ventre, comme d’habitude. Je me disais, tant pis, j’en renverrai un. Je prenais conscience que planter des arbres dans un jardin n’est pas un geste anodin – il ne s’agit plus de jonquilles ou d’iris !

Croissance

Concrètement, c’est un investissement en espace et en argent. Si on le met en terre, ce qui me paraît préférable, il faut prévoir large, l’imaginer dans la splendeur des décennies à venir, déployant sa canopée à des mètres à la ronde et un réseau de racines plus étendu encore. Pour moi qui ai un tout petit jardin, l’achat de cinq érables, je le reconnais, relève de la folie douce ou de la mégalomanie la plus stupide, c’est selon. Ah, mais, pour ma défense, ce sont des érables du Japon, acer palmatum. Leur croissance est lente, et ils se prêtent à la taille, puisqu’on peut faire de certaines de leurs variétés des bonsaïs. Cela dit, tailler un érable de manière à respecter sa grâce naturelle est un art que je ne suis pas sûre de maîtriser à l’avenir.

Enracinement

Surtout, l’arrivée de ces arbres me fait m’interroger sur ma relation à cette maison. Nous y vivons depuis deux ans, ma fille est née dans le salon (littéralement), mon fils va faire sa rentrée dans l’école du quartier. Mais, rien à faire, je ne me sens pas enracinée ici. Est-ce parce que ce n’est pas mon pays ? Je ne crois pas. Apres avoir vécu quatre ans en Angleterre, je prévois que rentrer en France me sera difficile. On s’habitue à un autre mode de pensée, de nouveaux codes sociaux… enfin, ce serait le sujet d’un autre post. Pour revenir à nos moutons, je voudrais pouvoir emmener mes arbres avec moi quand je partirai. Ca tombe bien, les érables du Japon peuvent vivre heureux dans de grands pots, si l’on ne rechigne pas à les soigner – les arroser, les rempoter, tailler leurs branches et (rarement) leurs racines. Pourtant, quand je les regarde, dans leurs pots, ca me démange, j’ai une envie viscérale de les mettre en terre. L’art du bonsaï n’est pas pour moi, j’aime que les êtres vivants prennent leurs aises (sauf les humains dans ma maison qui ont intérêt à quitter leurs chaussures… bref…). Et puis je me sens mesquine – quoi ? Pourquoi ne pas les laisser aux prochains occupants de la maison ? C’est quoi cette cupidité, cette possessivité ? Et qui me dit que j’aurai un jardin dans mon prochain logement ?

Dépaysement

Je songeais hier, dans mon post, à la construction du jardin idéal (tiens, je me sens très facteur Cheval, en ce moment) et à la manière de composer avec le cadre dont j’ai hérité. Je ne suis pas près d’y parvenir. Après avoir planté en un joyeux fouillis mes tulipes, mes alliums, les rosiers nains offerts ou récupérés d’autres membres de la famille qui ne voulaient pas les jeter, etc… VLAN ! Voici que je fiche en plein milieu de tout ça un arbre qui ne souffre pas le désordre et symbolise à lui seul la grâce et l’harmonie.

Le voilà, debout au milieu du parterre, entre les tulipes échevelées. Il conjure dans la dentelle de ses feuilles et le ploiement caractéristique de ses branches des visions de jardins japonais – perfection immobile, évidence qui réduit au silence.

Et tout autour, mes semis à demi levés, mes pots de pensées en fin de parcours, tout ce brouhaha et ce remue-ménage…

C’est bon, tout ça devra lever le camp, tout est à recommencer.