Mue

Un matin tu te lèves, l’été n’est plus là. Le fond de l’air est blanc. Un voile émousse toute pointe de couleur et de son, une astringence travaille l’espace. Bien que loin de toute campagne, tu perçois dans cette infusion de brume l’haleine des vallons où s’embrasent sans chaleur des rousseurs éphémères. Ainsi se réincarne…

Raconte

- Il n'y a plus que nous. C'est l'heure des histoires. Raconte. - Que veux-tu que je raconte ? - Raconte les miracles qu'il y a eu ici aussi. Raconte-les tous. - Des miracles ? Tu t'adresses à la mauvaise personne. Tout est là. Il n'y a rien d'autre. - Tout ? Ces pierres, d'autres…

Scandale

La vérité sur Gillian Ferguson-Brown ! … Ah, vous voulez connaître la vérité… Eh, pourquoi limiter ses ambitions, quand on a pour soi l’autorité de la jeunesse… Mais croyez-moi, oubliez cette dame, elle ne mérite pas votre attention… Je ne sais ce qu’on vous a raconté, mais n’y accordez pas trop de poids… Détail, épiphénomène……

Après Lindisfarne

  Neuf jours, non, dix, que ça souffle sans discontinuer, depuis l’avant-dernier village, avec une rage froide aiguisant la dent de l’humidité, et bien qu’avec ses frères il foule à présent un chemin sec, ayant arraché le spectre de ses semelles à l’avidité de la tourbe, il continue à chaque pas d’incliner la cheville comme…

Silver Sands (Bay of Morar)

It was mid-afternoon and low tide under grey skies. He was walking along the estuary, weighing almost nothing on a sand as white as his mind, weaving his steps according to a lonely seagull's flight patterns, hollowing his ear to receive the distant rumble coming fom the frontier line where the slow wandering water would…

Ligne de fuite

Il avait tant l'habitude de perdre, au black-jack et au monopoly, au tennis et des contrats, ses mots et ses clés, son sang-froid et son latin, qu'après avoir égaré tour à tour (sans que cela fût perdu pour tout le monde puisque d'autres, dont l’accointance avec la perte tenait moins du destin, surent en tirer…

Rencontres par fragments

  Guy Fawkes Night, flamme de novembre, feux d’artifice en défi à l’hiver. C’est une obscurité d’encre plus que de poix, intense aux yeux et légère à la peau, et l’on va par enjambées rétrécies dans le spumeux clapotis des voix, surpris par la soudaine proximité de corps et de visages échappés in extremis à…

Ce que sème l’hirondelle

Joséphine Lanesem a lu mon roman encore inédit et a la gentillesse d’en parler dans son blog. Elle a évoqué la première les “lecteurs voyants, poètes de leur lecture, qui créent autant que les écrivains qu’ils lisent, bien qu’autre chose qu’eux”.

C’est avec reconnaissance et une joie toute ronde que je reçois ce témoignage de sa lecture voyante, grâce à laquelle mes personnages poursuivent leur chemin.

Nervures et Entailles

Un livre présage, l’écho d’une révélation à venir, encore confidentiel, un oiseau qu’on se passe sous le manteau. Il lui manque un éditeur. Pour vous le procurer, vous pouvez vous adresser à son auteur : Quyên Lavan. Vous devrez passer quelques épreuves dont je ne peux vous révéler la teneur. Elle tentera, entre autres, de vous décourager en vous disant que c’est trop long (335 pages), que le début est lent et ce passage-là mal démêlé. Il ne faut surtout pas l’écouter.
L’histoire se consacre aux personnages secondaires, à leur grâce particulière d’effacement et d’écoute, à leur solidarité qui fait tenir le monde : « c’est la place du second qui s’avère nécessaire et d’une valeur intrinsèque ; l’émotion se joue dans la relation entre les personnages, la reconnaissance dans toutes ses acceptions, l’interdépendance ».
Le héros, Frankie, est absent ; et tous tournent autour de cette absence, interrogent ce manque, François surtout qui…

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Figures de transition

Des années d’insomnie distillées dans la bouteille – Jerry finit par se demander si l'adolescent dont il voit tous les mardis trembler la silhouette dans la résille ombreuse de l’aube s’est échappé d’un rêve récurrent, ou si, si le temps a le hoquet (par solidarité). La curiosité le tance, il brûle de le suivre, si…

Parole de sécateur

Je n'ai pas vraiment d'identité à décliner. La marque de fabrique, l'année de production, toutes ces vétilles d'état civil ont été emportées par les frottements et la sueur des années. Mon manche écaillé qui fut vert et la vis tachée de rouille qui cheville la croix déguisée de mon corps feraient mauvais effet sur le…

L’île de l’éternel printemps

Cela prend forme. A l'horizon s'échafaudent en toute hâte de menaçants étagements d'anthracite et d'outremer. Et c'est le déploiement - une vaste coulée magmatique qui procède à la conquête du ciel. Ce ne sera pas le simple coup de grain - cette brusque germination de la tempête semblable à l'éveil au désert, sous le baiser de la…