Estrella, the angel.

A small room. On a narrow bed tucked in the far corner, under the window, the pale thin mound of Estrella’s sleeping body. Against the opposite wall, alongside a washstand, a rush-seated chair.

THE ANGEL, nonchalantly leaning back in the far-left corner, opposite the bed, hands in the pockets of his robe, soon coming out to take their flight:

This : a standard single room in the servants’ quarters. Barely two steps from wall to wall, no effort spent on frivolities. Still, a fair-sized window from which a corner of sky beckons. One can live off a corner of sky. The furniture is decent if not recent, well-oiled pine, plain and solid. Admittedly, Estrella here was happier in the larger double bedroom she used to share with Aster, but, all in all, this is many steps above what she was accustomed to before she was bought into the House of Thorin. That would be… a handful of years ago now.
(Rising from the wall and slowly moving towards the front of the scene). Yet it is only a few months since Thorin took notice of Estrella, when, against all odds and in spite of herself, she was sent to serve mead at the high table. One has to give it to her, she was quite inventive in striving to be spared the honour, displaying as much ill will as her face could convey, letting a few dishes escape her usually deft hands, applying dirt on her white apron, and generally driving the butler to dangerous heights of alarm. (Smiles) Nevertheless, as no suitable alternative presented itself, she “had to do”. (In a low voice, growing cold) Of course, serving the high table used to be Aster’s task and we know what malevolent attention that brought upon her. Not all of Thorin’s guests are worthy of his hospitality.
(Turning towards the bed) Luckily for her, Estrella resembles Aster as much as a dandelion does an iris. Her dark hair, foreign features and closed expression, funnily enough, don’t appeal the way Aster’s fiery curls and luminous smiles did. Aster… Had her manners been slightly polished, her voice lowered a half tone, she could have been a princess of the land, and one of the most beautiful. What else, on the other hand, could Estrella be, but a servant of dubious past and worth, imported from distant uncivilised shores? But then Thorin is a traveler. Her long eyes, her copper skin and full coral lips… Who knows what signs he may have read in them, signs of a place and a time secretly meaningful to him. (Quietly) How powerful the yearning for loved and lost landscapes…
(Moving to the front) Though proud, in the manner of his kin, Thorin does not share many a lords’ usual disdain or indifference toward servants. However, this growing curiosity for a mere kitchen maid, soon turning to a nagging interest, was going far beyond his desire to see his people decently fed and treated. As it filled his mind and his body, it bothered, then worried and finally angered him. Turmoil worked him to such extent that he resolved to do whatever it took to rid his mind of her, if it cost him his prized honour.
(Sitting down in the front right corner of the scene) Thorin is not that sort of lord, or man. He lacks the thickness that would shield him from self-disgust or guilt. His is a good enough soul – I would know. Yet he woke up one night from a monstrous dream, unable to wash the blood off his sight, nor mute the screams off his ears. Scared of himself, a feeling he had so far been spared, in spite of all the bitterness and battles of his life. The healer was summoned, a remedy prescribed to calm his nerves. Of all the maids, it was Estrella who was asked to bring him the herbal concoction. It is, after all, a healer’s duty to guess more than they are told. When Thorin saw her entering his room with the tray, something gave in him. It became clear that no violence could ever bring him peace. So he made her sit at the other side of the room and, to ease the silence, asked her questions about her past. He heard of the town where she grew up, at the foot of far-eastern mountains whose twisted summits adopt the shapes of clouds, of the nearby great fortified city which did not open the gates of its protection when the raiders flew across the plains, swift as the wind, their weapons glistening like unnatural stars in a gathering storm, of the eyes of the white storks looking down from the tops of turrets, red and fiery, mirrors of the destruction. And that is how Thorin set off on a new journey, flowing through Estrella’s voice.

…………………………………………………………………………………………………………

Une chambre exigüe. Sur un lit étroit poussé dans le coin, sous la fenêtre, la forme pâle et menue du corps endormi d’Estrella. Contre le mur d’en face, à côté d’un meuble de toilette, une chaise paillée.

L’ANGE, nonchalamment appuyé dans le recoin de gauche, en face du lit. Ses mains, enfoncées dans les poches de sa robe, sortiront bientôt et prendront leur envol.

Ceci… Une chambre simple à l’étage des domestiques. Deux pas à peine d’un mur à l’autre, pas l’ombre d’une frivolité. Malgré tout, une fenêtre de bonne taille d’où salue un coin de ciel. On peut vivre d’un coin de ciel. Les meubles, décents, sinon récents : du pin bien huilé, simple et solide. Il est vrai qu’Estrella était plus heureuse dans la chambre double plus spacieuse qu’elle partageait avec Aster mais, tout bien pesé, ceci vaut bien mieux que ce qui fut son lot, avant son acquisition par la Maison de Thorin, il y a quelques années.

(Se redresse et s’avance lentement vers le devant de la scène) Cela ne fait pourtant que quelques mois que Thorin a remarqué l’existence d’Estrella. Contre toute attente et contre son gré, on l’a chargée de servir l’hydromel à la Table-Haute. Il faut reconnaître qu’elle n’a pas ménagé ses efforts pour se voir épargner cet honneur, affichant autant de mauvaise volonté que pouvait en exprimer son visage, laissant échapper des plats de ses mains d’ordinaire habiles, tachant son tablier blanc, enfin menant calmement et sûrement le maître d’hôtel à de dangereux accès de panique. (Sourire). Néanmoins, comme aucun autre choix convenable ne se présentait, elle dût « faire l’affaire ». (A voix basse, de plus en plus froide). C’était à Aster, bien sûr, qu’incombait auparavant la tâche de servir la Table-Haute, et l’on sait quelle malveillante attention cela lui a attiré. Les invités de Thorin ne méritent pas tous son hospitalité.

(Se tournant vers le lit). Heureusement pour elle, Estrella ressemble à Aster à peu près autant qu’une fleur de pissenlit à un iris. Ses cheveux noirs, ses traits étrangers et sa mine fermée n’attirent pas comme le faisaient les boucles flamboyantes et sourires lumineux d’Aster. Aster… Eût-on poli ses manières, juste un peu, et fait descendre sa voix d’un demi-ton, elle aurait pu passer pour une princesse du pays, et des plus jolies. Tandis qu’Estrella… Que pouvait-elle être d’autre qu’une servante au passé douteux, importée de quelque lointain rivage barbare ? Mais il se trouve que Thorin est un voyageur. Les longs yeux, la peau cuivrée, les lèvres corail… Qui sait quels signes il a pu lire en eux, signes secrets d’un lieu et d’un temps de lui seul connus. (Doucement) Puissance des paysages dont dure la nostalgie…

(Se déplace vers le devant de la scène). Malgré sa fierté, héritée de son sang, Thorin ne partage pas le dédain ou l’indifférence de bien des seigneurs envers leurs domestiques. Cependant, cette curiosité croissante envers une fille de cuisine, qui bientôt devint un intérêt dont il ne pouvait se défaire, outrepassait de loin son désir de voir ses gens décemment traités et nourris. L’obsession envahissant son esprit et son corps, la contrariété le céda à l’inquiétude puis à la colère. Le tourment le travailla jusqu’à lui faire envisager toute solution qui puisse l’en débarrasser, n’importe laquelle, dût-elle lui coûter son précieux honneur.

(S’asseoit au coin de la scène, côté cour) Thorin n’est pas ce genre de seigneur, ni ce genre d’homme. La grossièreté qui le protègerait du dégoût de soi ou de la culpabilité lui fait défaut. C’est somme toute une assez bonne âme – j’en sais quelque chose. Pourtant, il se réveilla une nuit d’un rêve monstrueux, incapable d’ôter le sang de sa vue et de faire taire les cris qui résonnaient à ses oreilles. Il eut peur de lui-même – un sentiment qui jusque là lui avait été épargné, malgré l’amertume et les tribulations de sa vie. On convoqua le guérisseur, qui prescrivit un calmant pour ses nerfs. Or, de toutes les servantes, ce fut Estrella qui fut chargée de lui porter la concoction. Après tout, un guérisseur doit savoir entendre davantage que ce qu’on lui dit. Quand Thorin la vit entrer avec son plateau, quelque chose céda en lui. Il comprit qu’aucune violence ne pourrait lui rendre la paix. Alors il la fit asseoir à l’autre bout de la salle et, pour amadouer le silence, l’interrogea sur son passé. C’est ainsi qu’il entendit parler de la ville où elle avait grandi, loin à l’Est, au pied de montagnes dont les cimes tortueuses s’apparentent par la forme aux nuages, de la cité fortifiée dont les portes et la protection demeurèrent fermées lorsque les pilleurs fondirent à travers la plaine, vifs comme le vent, leurs armes scintillant comme des astres néfastes dans le rassemblement des nuées, des yeux des cigognes blanches qui les observaient depuis le sommet des tourelles, rougeoyants miroirs de la destruction. Et c’est ainsi que Thorin reprit son voyage, dérivant sur le courant de la voix d’Estrella.

19 thoughts on “A prologue

    1. J’ai hésité… et craint qu’une fois embarquée en français je n’aie plus le courage d’essayer ma main en anglais. J’essaierai peut-être de traduire. 🙂

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    1. Merci Carnets d’essayer ! J’ai commencé à traduire mais je constate que c’est aussi galère de se traduire que de traduire les autres, et que ce n’est ps du tout la même chose que d’avoir écrit en français dès le départ.

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      1. Oh, ne te donne pas cette peine ; à la grande rigueur, raconte la nous aussi en français, mais sans traduire… en suivant la pente de la langue, je me demande si ça n’est pas une autre histoire qui surgirait ! deux histoires d’un coup, le lecteur bilingue serait ravi (et toi exténuée, et tes lecteurs monoglotes des deux langues terriblement frustrés !)

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        1. Le truc c’est qu’au départ j’avais écrit une autre scène complètement, et puis le narrateur est apparu et a pris toute la place, reléguant la scène de départ à un statut de suite potentielle. 🤔

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  1. Frog,
    Comme les amis au dessus, la traduction donne un goût étrange.
    C’est le mystère de la langue source, rien ne goûte mieux le goût de l’eau claire que l’eau claire de la source.
    Je faire l’effort de le lire en anglais, mais mon niveau n’est pas assez bon, surtout que ta plume sensible est très littéraire;
    Tout fort
    Corinne

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    1. Merci de ton passage, Corinne ! C’est drôle comme certaines choses viennent dans une langue, d’autres dans l’autre. Je suppose que Thorin est un nom qui vient de la littérature anglaise, et il m’y a attirée.

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      1. C’est bien Frog, et c’est ce qui fait le mystère des langues…
        Il y a longtemps j’avais entendu une interview de Lou Doillon (fille de Jane Birkinet Jacques Doillon). Interrogée sur quelle était la langue qu’elle utilisait à la maison avec ses parents ? elle répondit …l’anglais , “parce que c’est pour moi la langue de l’intime”
        je t’embrasse Frog
        à bientôt
        Corinne

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