deux choses que je me suis dit que je devais noter aujourd’hui
lesquelles déjà
pour la syntaxe revenez
un autre jour de moindre fatigue
seems like the other half – what an absurd expression – may have emailed himself out of a job
et nous potentiellement – encore un mot horrible – out of our lives
du moins telles qu’elles sont aujourd’hui, nos vies, notre vie
ici
et dans le chamboulement général ce ne sera rien
sinon une participation (c’est ce qui compte)
puisqu’un chamboulement général doit être fait, n’est-ce pas
de chamboulements minimes accumulés épaule contre épaule
genou contre genou
nous verrons, si nous vivons, puisqu’à qui vivra
on promit qu’il verrait
ce qu’il verrait
tu vas voir ce qui t’attend
tu verras quand il rentrera
ouvre l’oeil ou gare
mais t’es bigleux ou quoi
– nous verrons bien.

Or ce matin la colère ne m’a pas effleurée. J’ai eu l’impression d’avoir sauté par-dessus la colère, et d’éprouver déjà la vaste lassitude, le lent renoncement de marée descendante qui suit d’ordinaire la colère. Même ma névrose perso, qui fricote dans les jupes du sentiment de l’injustice (s’il faut se faire virer, au moins que ce soit en défendant quelqu’un, ou ses principes) et se prosterne à l’autel de la logique (but why oh why did you), n’a protesté que mollement, un fond de bouillie syllabique. Les mots n’étaient pas là, ils avaient simplement laissé la porte ouverte en s’en allant, et un souffle entrait, blanc comme la poussière du chemin tombée d’une sandale, quand les semelles d’un coup sec referment le rideau du passé.

De fait, je n’ai aucune imagination, et surtout aucune imagination du malheur. Quand je le dis, on s’en réjouit pour moi, on m’en félicite : il ne sert à rien de souffrir avant l’heure. Permettez, je n’en suis pas si sûre : si souffrir prospectivement (celui-ci est si laid qu’il en est beau) ne sert de rien, avoir un avant-goût de la catastrophe permet de se fouetter les méninges et de prendre quelques mesures qui pourraient bien s’avérer utiles le moment venu. Si l’imagination peut vous égarer, elle peut, plus souvent à mon avis, vous préparer. Aussi, moi, assise sur ma couette, m’efforcé-je de… mais non. Je constate la présence dans mon corps d’une sorte d’ensoleillement obstiné. Un lest de présent inamovible au nom de l’avenir. Une incarnation dans ce matin de beau temps, ce premier jour de chaleur printanière, cette promesse de papillons au jardin. L’esprit s’énerve devant tant d’idiotie, tant d’inertie, mais quelle honte que cette béatitude charnelle, que cette masse d’âne bâté. L’esprit voudrait avoir à redire. L’esprit a des comptes à régler, des commandes à préparer, une organisation à mettre en place, des lignes directrices, des listes, des garde-fous, des paratonnerres, des échauffements, des assouplissements, des serrements de dents. Rien à faire. A moins que ce ne soit une ruse. Un mensonge du corps qui décharge à l’instant ses canons hormonaux et veut prendre de court l’esprit trop prompt à brasser l’angoisse. Va savoir. Je constate en tout cas, une fois de plus, que je suis une indécrottable optimiste. C’est que je suis flemmarde : combien plus simple de croire que les choses s’arrangeront par magie – ce qu’elles font rarement, si l’on en croit l’expérience, réplique l’esprit. Sans compter que tu ne serais pas prioritaire, madame, si vraiment quelqu’un voulait s’occuper d’arranger les choses. Mais l’esprit, chez moi, perd toujours. Quant à l’âme, je ne sais pas, je crois qu’elle est muette.

Au jardin, malgré tout, je constate que le cou et les épaules sont douloureux, ankylosés, que les dents peinent à desserrer.

Nous verrons bien.

L’autre chose dont je voulais parler ? Elle a suivi le papillon surpris près de la mare.

3 thoughts on “Optimisme

  1. Magnifique ! il faudra que je revienne (avec plaisir) relire pour voir si je comprends bien ce que j’ai cru comprendre (je crois toujours comprendre, quitte à improviser un peu…) ais la première impression que me laisse ton texte est celle d’un éclat de soleil irrésistible : tu dis des choses qui m’éclairent même si je ne comprends pas sans doute pas du premier coup. Un éclat de soleil ? Y a-t-il des nuages et de la pluie ? le soleil ne les empêche pas, mais s’en fiche.
    bref,je reviendrais.

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