(Sieste de fin d’après-midi)

L’école. Plus que les bâtiments réels, leur esprit magnifié – une atmosphère de prestige et de grandeur sereine. Dans la grand-salle que de larges baies vitrées ouvrent sur le parc, les élèves et leurs parents sont rassemblés pour une célébration de fin d’année. Une brise de fin d’après-midi met un mouvement dans les longs rideaux clairs.
Eloi est assis devant moi. Je reconnais sa nuque, ses cheveux qui se rebellent sous l’eau qui veut les dompter, la chemise bleue de l’uniforme. Je suppose que je suis là en qualité d’enseignante, mais me sens insignifiante, tout au plus spectatrice. Emue, pourtant, d’une étrange émotion où se mêlent le plaisir d’être là et la conscience de ne pas, de ne jamais, faire partie de ce monde. Il y a aussi, sur ma corde, ce glissement du pincement au déchirement, car ce sont des adieux. La communauté de l’école se célèbre, se réjouit de l’identité distinctive qu’elle construit année après année et dont les élèves seront à vie marqués. Dans mon rêve, cet idéal de la independant school n’est pas simple déclaration, slogan publicitaire, mais idéal accompli. Je me tiens à la marge, presque clandestine, le coeur un peu dilaté.
Plus tôt, Patrick m’a expliqué que, pour rendre plus mémorable la lecture d’un livre, certainement un roman d’aventures, il donnera aux élèves des torches et de quoi construire des cabanes ou des tentes. Je m’émerveille à imaginer mes ouailles absorbées dans le reflet de la lampe sur la page, corps et esprit bien à l’abri au centre du halo magique. Je me souviens de ce que Patrick m’avait raconté d’un passé devenu presque mythique – Lord N. emmenant les garçons à l’arrière de son pickup pour des parties de chasse et de pêche, journées éblouies à apprendre par bois et champs, leçons et chansons sous les frondaisons : l’enfance allègre et sauvage de l’école.
A un moment, j’essaie d’expliquer à Eloi, qui me montrait l’autre jour, à l’occasion d’une leçon sur l’héraldique, le château et le hameau de sa famille, que mes parents n’auraient jamais eu les moyens de m’envoyer dans une telle école mais qu’avec du travail on peut toujours réussir. C’est un raccourci un peu mensonger, mais dans mon rêve je n’en ai pas conscience.
Je me réveille avec une sensation exacerbée de la présence de Patrick et d’Eloi, comme s’ils me débordaient du corps.

2 thoughts on “Ecole idéale (récit de rêve)

  1. Il y etait une fois un petit seminaire missionnaire en Ecosse. Les jours de fete, de meetings, de neige … les peres laissaient partir les garcons pour la vallee, faire cuisiner le dejeuner au feu du bois. la plupart des eleves venaient des familles ouvrieres, meme tres pauvres. Peutetre 5 sont ordonnes au cours des annees. Marques? Bien sur.

    Et mon petit-fils a suivi pendant 2 annees au maternel un cours de forest school. La vie en plein air doit etre pour tous les enfants. A 4ans et demi il espere que les ecoles ferme, pour qu’il peut travailler au jardin et ramasser les paiers dans la rue et le parc.

    On peut toujours rever!

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