Poems

Elle passe

elle passe
coiffée d’algue folle
avec son ombre qui va l’amble

la brûlure soudain au sommet de mon crâne !
sur le seuil étonné de mes lèvres
une bulle garde le secret d’un cri

elle passe
miroitante à l’enjambée d’ibis
et l’urne qui me contient se leste
du plomb de l’instant immortel

ce qu’elle emporte, ma foi
est mystère sans remède
et ce manque ajouré au vitrail de l’oubli
donne au rai qui s’enchâsse et s’incline
le poids d’or de ma vie

20 thoughts on “Elle passe

  1. “et ce manque ajouré au vitrail de l’oubli
    donne au rai qui s’enchâsse et s’incline
    le poids d’or de ma vie”
    Très beau. On entre dans tes poèmes comme on s’immergerait dans une brasse longue, lente et puissante. Peut-être est-ce ce qui retient certains sur le seuil. Ca ne se lit pas du coin de l’oeil, entre deux clics, il faut y plonger, ils sont situés à une certaine profondeur qui n’est pas accessible à tout instant, au tout venant. Mais cet effort de concentration permet de voir des merveilles, comme ces derniers verts : un récif de corail, au détour des rochers.

    Liked by 4 people

    1. Merci beaucoup Joséphine, je suis vraiment reconnaissante d’avoir la chance d’être lue par toi et d’autres lecteurs qui veulent bien passer le seuil. Je ne cherche pas à faire obscur et je n’ai aucun goût pour l’hermétisme, mais j’essaie de m’approcher au mieux des images qui surgissent. Souvent, en vain. (Et puis on lit ce qu’un autre écrit, et on se dit : ah, voilà ! Ca me fait souvent ça en lisant tes textes.) J’aimerais pouvoir attribuer la “difficulté” (wrong word) qui parfois se trouve dans mes poèmes à l’étrangeté de l’image que je cherche à traduire, mais c’est plutôt ma maladresse qui souvent en est cause. Pour répondre à ta question, il est rare que j’aie le dernier vers. Souvent, je pars d’un premier vers qui finit par disparaître. S’il disparaît, je le mets de côté au cas où il donnerait naissance à autre chose. J’ai un fichier word avec des fragments. Dans ce poème, c’est le troisième vers qui a été le point de départ. 🙂

      Liked by 2 people

        1. 🙂 Et ce vers vient lui-même d’un autre vers qui était dans un post précédent sur les arbres (Au chêne, l’ambre charnelle de quatre heures avec son ombre qui bascule).

          Liked by 2 people

      1. C’est vrai que le troisième vers est très visuel. Il s’impose. Je remarque en passant que j’ai écrit “verts” dans mon commentaire. Mais c’est une couleur qui va bien à cette phrase sur la plongée.
        Je ne pense pas que tu sois obscure, mais tu cherches en effet à donner chair aux images et la chair n’étant pas transparente ta poésie ne l’est pas non plus. Tant mieux. C’est sa richesse et son originalité.
        Et une fois qu’on est entré dans le poème, l’image surgit très nettement, précisément. Rien de maladroit.

        Liked by 2 people

        1. “la chair n’étant pas transparente, ta poésie ne l’est pas non plus” – *ah, voilà !!!* Merci de m’aider à penser ! Aussi, quand tu parles de la profondeur à laquelle se situe un texte – image parfaite, qui traduit immédiatement l’idée. D’ailleurs, en tant que lectrice (de moi-même comme des autres), je vois bien que je n’arrive pas toujours à descendre à la juste profondeur…

          Liked by 1 person

  2. elle passe
    coiffée d’algue folle
    avec son ombre qui va l’amble

    la brûlure soudain de lire de vrais mots
    pleins du secret d’un cri

    elle passe
    ce qu’elle emporte, ma foi
    cette écriture si juste, ce manque qui s’enchâsse et s’incline
    c’est le poids d’or des mots bien dits.

    Frog, je t’emprunte quelques mots – qui mieux qu’eux diront ce que je lis en eux ?
    (oh, cette phrase est ampoulée… n’aurais-je pas mieux fait de me taire et d’en rester à ton écriture ?)

    Liked by 1 person

    1. Merci Carnets ! Tu sais quoi, je préfère ta seconde strophe, lumineuse et claire. Tu n’es jamais ampoulé Carnets, et tes commentaires me font toujours plaisir même si je ne les mérite pas.

      Liked by 1 person

      1. et qui te dit que je mérite de lire tes poèmes ?
        j’aime beaucoup aussi ce que tu dis sur ton écriture, le processus et les amorces qui parfois s’effacent (et que tu gardes, comme des pousses pour une bouture future : je fais un peu pareil : tenter-jeter-mettre de côté, laisser poser et voir comment aider ce qui veut bien pousser)

        Liked by 1 person

        1. Ca serait drôlement intéressant si on pouvait voir les processus d’écriture des gens qu’on aime lire. Si je pouvais être une petite mouche au coin de ta lampe de bureau, par exemple (on dirait une amorce pour un de tes contes !).

          Liked by 2 people

          1. Je trouve moi aussi intéressant de pouvoir entrevoir le processus d’écriture. C’est pourquoi je publie aussi mes manuscrits, où quelquefois on peut entrevoir les tâtonnements de la réflexion et de son expression

            Liked by 2 people

            1. De vrais manuscrits papier ? Il est vrai que l’écriture sur ordinateur fait souvent disparaître toutes ces étapes qui peuvent être passionnantes à étudier.

              Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s