Musings · Slices of life

Ce qui reste

 

… et pourtant à toutes choses les mots ne sont pas bons.

Certaines, les laisser décanter, un an au moins, que les oripeaux du reportage s’effritent et que reste, sinon ce qui devait rester, ce qui reste vraiment. Et si la cicatrice est encore sensible, écrire.

A Sainte-Anne la première fois on se perdit presque parmi les noms d’artistes, de compositeurs et d’écrivains. Les allées du labyrinthe décrivaient une géographie où la folie s’incorpore le génie (Mais où donc est ce Pavillon J).

Je voudrais me souvenir du rythme des fleurs dans les parterres où auraient dû pousser des simples. Les éclosions, les tumescences, les marées et les cadences, les incisions dans l’espace, les superpositions de matière végétale et de vide, de présence et d’absence, les contrastes de couleurs qui menaient savamment au point d’orgue : l’intensité de la ricine, ce pourpre de fonds marins où se noie la lumière. Je ne sais plus.

J’ai pourtant examiné ces parterres tous les mardis, avec l’attention, avec l’ignorance passionnée que tire de moi la manifestation des plantes. Je ne sais plus.

Ainsi, laisser décanter un an, mais pas deux.

Il fut un temps où le passé me tenait à la gorge, puis un autre où il ne m’était plus grand-chose, puisque j’avais renoncé à ses sirènes et que la rencontre de Dieu avait refondu le temps. Désormais ça tiraille de nouveau, peut-être parce que la nature, ou l’équilibre, de ma foi… mais je n’en dirai rien, toute parole posée sur la foi la plie dans un sens ou dans l’autre, trahissant la vérité sans profit, et si cela peut se dire de tout, le coût est plus ruineux quand il s’agit de foi.

Il reste qu’il faisait bon marcher dans Paris pour aller à Sainte-Anne, et les souvenirs (Ulysse et Firas, qui apprirent à mon garçon l’humour et le rire canaille ; Nejiba, dont l’amour pour ses petits-enfants soutenait vaillamment tout l’édifice de sa famille) ne tiraillent aujourd’hui qu’autant qu’ils furent doux en leur présent. Ecrivant cette banalité (qui d’ailleurs ne console de rien), je manque évidemment ma cible et vais me coucher bredouille, ayant failli ce soir à interroger la sensation et le sens de la trace.

 

 

11 thoughts on “Ce qui reste

  1. Difficile de commenter, pourtant j’aime cette note, le contraste terrible entre la sérénité de ta magnifique écriture et le tumulte du contenu.
    Je ne connais pas le fond de l’histoire mais est- ce l’endroit qui veut que l’on perde en les traces? Je suis allée en visite 3 ou 4 fois à sainte Anne, certainement perturbée et angoissée par le lieu lui-même que ma raison refusait d’admettre et de comprendre, je n’en ai aucun souvenir sinon une salle aux murs clairs décorés d’une multitude de dessins étranges et cette amie qui, à ma grande stupéfaction, semblait si à l’aise dans cet univers.
    (Et pardon si mon commentaire n’est pas dans la ligne de ton récit…)

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    1. Merci Almanito de ton commentaire… Je crois être un peu malhonnête dans cette note. Je veux dire, on lit “Sainte-Anne”, on imagine aussitôt des choses graves, or pour moi ce n’était rien de grave, seulement la participation hebdomadaire de mon fils à une thérapie de groupe (qui lui apprit vraiment à oser rire), et pourtant tu as raison, il y avait quelque chose en ce lieu, dans les allées couvertes menant à ces petits pavillons, une sorte de silence peut-être, qui invitait à une présence intensifiée, je ne sais pas. Quand l’angoisse du temps me saisit, ma mémoire revient là, bien qu’elle n’y trouve pas grand-chose. C’est étrange, comme si je ne pouvais me résoudre à ce que dans la vie on aille d’une chose à l’autre, comme s’il était inscrit en moi qu’il faudrait refaire sans cesse les mêmes actes, parcourir les mêmes chemins, rencontrer les mêmes personnes, pour ne pas être coupable d’infidélité, et ne pas être condamné à se perdre.

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    1. Presque rien de vraiment ancien ne me revient avec suffisamment de clarté pour que je puisse le relire ou le comprendre. Je n’ai que très peu de souvenirs d’enfance clairs par rapport à ma soeur par exemple. J’aimerais connaître ce resurgissement, cette résurgence, dont vous parlez.

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        1. Ce qui est étrange c’est que l’oubli ne me sauve pas de la nostalgie. Je la ressens même à vide. Je sais que quelque chose est perdu même si je ne peux toujours l’identifier.

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