Musaraigne

Homme
Tu es sur la terre pour plus
De souffrance et de joie qu’il n’y a
D’abeilles aux lèvres du soleil
De sève aux paupières des forêts
De peine à la racine des dents

Le reste n’est pas ton lot

Aussi
Dévêts-toi de ton manteau de pluie
Délivre tes épaules de la maille étroite
Des sagesses d’acier
Décroche les volets de tes fenêtres
Abolis sans tarder
L’auvent carrant son ombre sur ton porche, déjà 
Fissuré par l’ennui plus que par les orages

Et debout sur le seuil, pardonne 
Pardonne au vent fou qui disperse
La patience des jours et l’ardeur de la nuit

S’il faut être prudent que ta prudence soit
La flamme en la prunelle du renard
– acculé par l’hiver au linceul des clairières
Il scrute sous la neige
(Son corps, tout écoute, déjà se sent bondir)
Le murmure intermittent de la vie musaraigne
Certain de la saisir autant qu’elle est certaine
D’accoster la première au printemps

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4 thoughts on “Musaraigne

  1. J’aime beaucoup cette musaraigne qui sait attendre son printemps ; et le bouquet d’images (au hasard, l’auvent …fissuré par l’ennui plus que par les orages, la prunelle enflammée du renard ou le linceul des clairières) Merci Frog !

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