Richesse des ténèbres

Overdose de bruits parasites. Suffit, j’éteins la télévision.

Ce Vendredi Saint doucement verse dans le néant. Et moi…

Je me souviens du temps où le rythme même de mon cœur battant me conduisait vers l’Office des Ténèbres. Ô étranges heures de la mort de Dieu – et riches d’un ineffable amour. Deux images : celle de la Croix dont la tête reposait sur une épaule vêtue de violet, et vers laquelle montait lent et obstiné le fleuve fidèle du silence ; celle de l’église rendue aux ténèbres, comme les âmes à la nuit obscure, et que l’on quittait sans un murmure, le pas furtif, les lèvres scellées sur l’espérance. Le silence des dominicains chantait comme leurs psaumes. En ce temps-là rayonnait dans ma conscience une lumière qui trop souvent à présent s’étouffe sous le boisseau, ou s’éparpille au moindre souffle de vent. C’était en des années où, dans la flamme du soir, j’entendais la note, ce claquement caractéristique du Feu de l’Esprit. Convertie adulte, et ainsi délivrée de la marée montante de l’enfance, j’ai beaucoup reçu, et peu donné.

Quelques lignes, et une pensée pour mon parrain à qui je dois une lettre depuis des années.

“C’est dans la ligne de la Puissance que la créature spontanément cherche son Dieu. Elle n’évite pas de s’orienter d’abord dans cette direction. Devenue chrétienne et invitée à contempler l’Impuissance absolue du Christ crucifié, elle se souvient obstinément de sa première démarche qui l’a profondément marquée. Mal convertie, elle oscille entre deux images du divin qu’elle concilie tant bien que mal, faute de savoir les unifier (…).

Cette coexistence est un désastre pour l’âme et pour l’esprit. Certes, Dieu est Tout-Puissant. Mais puissant de quelle puissance ? C’est la Toute-Impuissance du Calvaire qui révèle la vraie nature de la Toute-Puissance de l’Etre infini. L’humilité de l’amour donne la clef : il faut peu de puissance pour s’exhiber, il en faut beaucoup pour s’effacer.
Dieu est puissance illimitée d’effacement de soi.”

François Varillon, L’humilité de Dieu, éditions Le Centurion, page 59-60.

Le crucifix pris en photo appartenait à la grand-mère de mon mari. Deux inscriptions y sont gravées : POW 1942 (Prisoner of War) et Japan.

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