Un dimanche

La journée avait pourtant bien commencé. Six mots qui sonnent comme l’incipit d’une nouvelle à chute ? Désolée, amis, rien de tel. A moins que…

Fin de matinée. Dans le miroir, au sommet de mon crâne, se dresse une chose étrange. Serait-ce… ? Oui, un cheveu blanc. Je ne suis pas choquée, ce n’est pas le premier, mais un peu surprise tout de même : celui qui l’a précédé, il y a quelques années, n’avait pas fait d’émule. L’épigone qui m’accueille aujourd’hui dans le miroir me paraît mériter mon attention. Il semble avoir hésité entre les saisons : d’abord noir, il a viré une première fois au blanc, un blanc terne (“fil de serpillière”, disait une amie de ma sœur en parlant des éclaireurs de l’âge chenu égarés avant l’heure sur sa propre tête), puis s’est ravisé un mois ou deux, peut-être, avant d’opter définitivement pour un blanc brillant, lumineux, translucide. Ma foi, cette découverte en vaut bien une autre, et je m’en vais la rapporter au cher et tendre, à qui j’ai la satisfaction de constater qu’elle ne fait ni chaud, ni froid. Il est occupé à préparer les enfants pour la messe et, téméraire, a en tête une expédition à vélo jusqu’au Parc de Sceaux. Du coup, child-free, j’ai l’intention de retrouver ma sœur au musée Guimet pour voir une exposition sur les kimonos. Quitte à se taper les répugnants trottoirs de la capitale (auxquels je ne manquerai pas de penser quand le mal du pays me dévastera dans l’Angleterre post-Brexit), autant profiter également des avantages qu’elle offre.

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C’est compter sans l’interminable queue que le premier dimanche du mois, jour de gratuité au musée, fait s’étirer depuis la porte d’entrée, le long de quelques trottoirs, jusqu’à une pancarte annonçant la fermeture de l’accès à l’exposition “en raison de l’affluence”. Cornegidouille ! C’est malgré tout l’occasion d’ajouter à ma collection de photos d’arbres pris en flagrant délit de débourrage celle du ginko qui s’éveille devant la façade.

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Débourrage : j’ai découvert récemment et par hasard (ou par grâce) ce mot dont le manque me travaillait depuis longtemps. Cela faisait des semaines que je passais mon temps à marmonner dans les rues de Paris, le nez en l’air, It’s leafing out, leafing out, leafing out, malheureuse et frustrée de ne pas trouver l’équivalent en français. Merci, merci, merci au monsieur qui m’a délivrée de mon insatisfaction lexicale !

Ma sœur et moi décidons de nous promener. Il fait chaud.  C’est probablement pourquoi, au Palais Galliera, un monsieur jardine tout nu.

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Nous rions de l’inadéquation des habits et des prix affichés dans les vitrines de l’avenue Montaigne. Chez Valentino ou Prada, pourtant capables du meilleur, on vend pour quelques milliers d’euros une fripe que nous n’aurions pas achetée pour dix sous au marché, même en soie d’araignée et brodée à la main par des fées – mais c’est peut-être là la jouissive perversité du luxe.

Question luxe, je préfère la place François Ier noyée de soleil.

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Picotement d’ivresse sous la glycine.

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Dans le jardin devant le Grand-Palais, nous évoquons des bourdes du passé et préférons rire, trop fort, de leurs conséquences dans nos vies.

Passe un jeune homme avec des yeux qui rendent heureux (heureuses, en tout cas). Les yeux, je m’y connais – ceux-ci sont longs et lumineux, avec des iris comme des soleils marins.

– – –

Et puis je rentre. Tout le monde est là. Très vite, c’est le chaos, l’énervement, l’accablement. Pourquoi ? Je n’ai pas à me plaindre de ma journée, bien au contraire. Je rumine des choses qu’au fond, je ne pense pas. Rien à faire, tout tourne à la tristesse.

Un terrible besoin de silence et de solitude m’étrangle. Retranchée dans la cuisine, j’aperçois une boîte d’allumettes, et d’instinct en fais craquer une. Oh, le soulagement de la combustion, de la flamme dévorant en toute hâte sa subsistance, courant à la mort embrasée de désir !…

… à la radio, un jeune homme parle de son île, Chypre, de sa ville, Nicosie, toutes deux divisées, dit qu’il se fiche de savoir si les gens sont grecs ou turcs, qu’il est prêt à tout braver pour que tombent les barrières, et dans sa voix tremblant de défi, l’espoir ressemble au désespoir. Son nom glisse dans mon oreille parmi le cri des mouettes.

Le micro grésille, le vent éteint ma flamme.
Aussitôt je vous vois
Mer dont les vagues chantent un thrène en riant
Et toi
Ile bleue de l’Amour où meurent les oiseaux

Un jeune homme debout vous porte dans sa voix
Et son cri
Conjure le naufrage scellé dans son nom
Orestis

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Author: Frog

French and Vietnamese, living between England, France, and an often-dreamt Mediterranean, where my heart dwells.

10 thoughts on “Un dimanche”

    1. Oh merci ! En lisant votre improvisation précédente, je voulais moi aussi partager des photos, mais ne savais comment m’y prendre.
      Il est beau !
      Bonne journée à vous aussi !

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    1. Ah tu es là ! 🙂 pas beaucoup dormi mais on fera aller. Tu es dans les cartons à déballer ? Tu as pris des photos sur la route ? Tu vas raconter ton voyage ? (Est qu’on sent que je suis contente de te lire ?) 😉

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      1. Pour l’instant un entre-deux, dans l’attente d’un appartement définitif, avec les visites et les cartons encore parqués dans la voiture, donc pas vraiment installée et tant de travail à rattraper, c’est pourquoi je suis plutôt absente de mon blog.
        Pour le voyage je ne sais pas, je suis nulle pour les histoires vraies 🙂 peut-être des aperçus. Ou bien plus tard une histoire inventée.

        Liked by 1 person

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