Bredouille

Fouillé partout dans mes classeurs de grec pour chercher un texte que je voulais traduire, à l’exemple de Joséphine. Ironie du sort, c’est l’amour que m’inspirait ce texte qui le soustrait aujourd’hui à mes recherches : ne l’avais-je pas diligemment retiré du classeur pour le serrer dans quelque pochette destinée aux coups de cœur ? Pochette aussi précieuse qu’introuvable, comme il se doit. Un texte que j’ai su par cœur, que j’ai encré cent fois sur mes trousses et mes intercalaires, et qu’il est désormais impossible, évidemment, de faire recracher à ma mémoire.

Eh bien, à quoi sert Internet, me direz-vous ? Oui, bien sûr, mais ce que je cherchais, c’était surtout le polycopié de la Maîtresse N., couvert de ses annotations, dans cette écriture ronde qui convenait si peu à son tempérament de bretteuse et ne donnait aucune idée de la façon qu’elle avait d’attaquer Thucydide et Lucien, la plume rageuse, mâchonnant sa langue dont la pointe faisait pousser une sphère baladeuse dans le creux de sa joue. Homère seul faisait descendre sur elle un air de sérénité rêveuse, freinant le débit de sa voix pour y couler une douceur un peu distante. Même les séances de scansion, où nous charcutions des vers l’un après l’autre (les vers, les élèves aussi) en quête d’un rythme (longue – brève – brève ; galope, galope, petit helléniste ; saute la césure ; et hop, on recommence) , étaient un plaisir. C’était une Maîtresse que nous aimions, franche, se fâchant sans retenue sur les copies, mais juste et soupesant la langue avec une admirable subtilité.

En attendant de remettre la main sur ce texte fugueur, j’ai épousseté ma page d’accueil qui laissait à désirer. La page About mérite également le balais, mais cela attendra.

Résultat de recherche d'images pour

Prométhée enchaîné, Nicolas-Sébastien Adam, au Louvre.

Advertisements

2 thoughts on “Bredouille

    1. Ah, tu veux rire ! C’est plutôt toi qui me l’enseigneras ! 😉 Nos traductions des poètes grecs et des tragiques n’étaient pas sans maladresses. J’ai essayé de traduire une fois en anglais un de mes propres poèmes, écrit pour une amie japonaise maîtresse de calligraphie, qui ne lit pas le français. Ce fut très, très douloureux et le résultat, ma foi, à mourir de rire. Bon, je n’y avais pas non plus passé trop de temps. Evidemment, il faut un sens poétique aigu pour traduire de la poésie, en plus d’une excellente connaissance des deux langues et de leur spectre symbolique, sans parler de l’humilité nécessaire – une humilité d’amoureux sans espoir – bref, c’est un travail pour âmes de lumière et esprits d’exception. Mon admiration totale à ceux qui s’y attellent !

      Liked by 2 people

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s