Les hortensias

plantoftheyear_940x627_Hydrangea-macrophylla-MISS-SAORI-(20022)

J’aime les hortensias. Dans les jardins, leur air d’abondance, leur aise prétentieuse et mensongère qui masque mal leur santé de poitrinaires : point trop de ceci, point trop de cela, nous sommes des divas. Avec du soin et pas mal d’eau, ils occuperont vite tout l’espace que vous leur aurez alloué, et davantage. La main, l’épaule.

J’aime leurs infinies nuances, leur extravagance. Il faut à tout prix qu’ils vous jettent à la figure leurs têtes plus grosses que de raison, coiffées de ces bonnets de grand-mère, avec ou sans dentelle mais toujours délicieusement démodés.

Il y en a un qu’il me faut évoquer. Planté à l’entrée de la maison de mon amie, il a décidé de bloquer le passage vers le garage et le côté de la maison. Si on lui en laissait l’occasion, il boucherait la porte d’entrée. Vigoureux et caractériel, il est d’une beauté stupéfiante : ses énormes fleurs blanches teintées de vert évoquent tout à la fois des nuages de beau temps, la reine d’Angleterre, la barbapapa, le moelleux d’un édredon neuf, l’ouate de la neige, la gloire de l’été, et la distinction de ses propriétaires. C’est qu’il n’est pas donné à n’importe qui de posséder une telle créature. L’installer à côté de la porte d’entrée relève d’une stratégie bien pensée : voyez les invités se pressant dans l’allée. Avant même que la porte s’ouvre et qu’apparaisse le sourire radieux de la maîtresse de maison (mon amie sait recevoir), ils ne peuvent que se sentir honorés d’être ainsi accueillis par ce choeur de vierges en coiffes de dentelle et corsages vert sombre.
(Mon amie m’a laissé prendre quelques branches pour en faire des boutures. Malgré mes pouces verts, je n’avais encore jamais réussi à bouturer quoi que ce soit. Pour l’hortensia de mes rêves, ça a été pareil. Oh well.)

En feuilletant les magazines de jardinage que mes beaux-parents me passent, je tombe sur une nouvelle variété récompensée au Chelsea Flower Show (une des raisons pour lesquelles il faut que je revienne en Angleterre. Je rêve de m’y rendre. Ca, et les pub quizz. Mais ce sera pour une autre fois). Sur la photo, la plante a un côté un peu trop propre sur soi, trop bien dessiné, presque artificiel (fleurs d’un rose pâle bordé d’un liseré plus profond ; cela dit, il ne faut jamais faire confiance aux photos, surtout promotionnelles). Mais elle s’appelle Saori. Il me la faut. Un jour, quand j’aurai de nouveau un jardin.

Et puis il y a les massifs bleus de Bretagne, sur fond de murs de granit et de toits d’ardoise. Voilà le vrai pays des hortensias, où sous la bruine et le vent s’exhale leur nature véritable. Voyez comme s’accordent et se répondent le ciel d’anthracite, les ardoises luisantes, la lumière changeante et le scintillement des fleurs. L’hortensia breton n’est ni prétentieux, ni capricieux – accordé à son paysage de franchise et de simplicité, ouvert à l’assaut des éléments, il semble naître de l’air et des embruns pour en concentrer la couleur et la matérialiser. Derrière chaque hortensia exilé sous ses dentelles extravagantes, c’est cela que je perçois, le pays de granit, les cris des goélands dans le grand vent qui courbe les mâts.

Photo : Hydrangea macrophylla Miss Saori sur le site de la RHS : https://www.rhs.org.uk/shows-events/rhs-chelsea-flower-show/2014-stories/Plant-of-the-Year-2014

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Author: Frog

French and Vietnamese, living between England, France, and an often-dreamt Mediterranean, where my heart dwells.

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